Wagon de train

C’est dans un wagon de train entre chez moi et Bruxelles que je trouve la réponse (définitive? on peut rêver ;-)) à un de mes questionnements:

« Je n’envie pas les faiseurs d’histoires, ces maîtres en abîme que l’on nomme romanciers. Je n’ai pas la prétention d’inventer des héroïnes invisibles qui ne sont souvent que papiers et chimères, chair évoquée à défaut de la chair. Je me sens bien plus aujourd’hui ce ramasseur d’images qui aime se distraire de toute diffraction des gens dans la lumière. »

Carl Norac, Métropolitaines, L’Escampette, 2003

Alors j’ai suivi son exemple et « croqué » deux héroïnes assises en face de moi dans le wagon de train:

Il y a longtemps qu’elle ne s’est plus lavé les cheveux. Ils sont gris et auraient besoin d’une coupe. Mais elle a abandonné tout effort d’élégance, enveloppée dans un long pull informe et large comme une canadienne à deux places. Il est d’une couleur bleuâtre qui ne l’avantage guère. Grosses chaussures, pantalon noir à pattes d’éléphant, et suspendue derrière elle, une parka beige un peu défraîchie contre laquelle elle se blottit. Sur ses genoux, elle tient un foulard rose vif à petits motifs fleuris, seule note un peu joyeuse dans cet ensemble triste.
Derrière ses lunettes, elle ferme de temps en temps les yeux. Puis les ouvre, me regarde, ou observe ce que fait la fillette de la dame d’à côté. Sans sourire.
Jamais elle n’a ni un mot ni un regard pour l’homme en face d’elle.

Elle a les cheveux qui lui tombent sur les épaules, séparés par une raie médiane. Dix centimètres de blondeur extrême, puis dix centimètres d’indécision, et trois centimètres franchement très bruns, comme ses yeux et ses épais sourcils. Elle est jeune. De la pochette sur ses genoux, elle sort d’abord un portable blanc pour annoncer où elle est (« je suis dans le train ») puis une petite tablette pour regarder des photos. Dans l’oreille droite, elle a un écouteur relié à sa petite boîte à musiques. De l’autre oreille, elle écoute le babil de sa petite fille…
Enfin, je suppose.

Je suis descendue à la gare Centrale, toute pensive.

001 - kopie.JPG

galerie de la Reine, ciel bleu de fin décembre 2011

16 commentaires sur « Wagon de train »

  1. Je suis allé voir la définition que donne de diffraction le TLFi. Cela ne m’a pas beaucoup aidé.
    Tes portraits sont très réussis mais je sais que tu es aussi douée pour la fiction (ou alors dis-moi de qui tu t’es inspirée pour ces personnages qui vont se retrouver à la Mandoline).

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  2. Les trains transportent des bulles de vie, étanches souvent aux autres et offertes au regard, c’est ce que j’affectionne dans ces voyages ferroviaires. Et du coup j’aime bien leur inventer des histoires. J’ai toujours voulu savoir pourquoi.

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  3. Je me demande bien quelle description de moi pourrait fait une observatrice avisée comme toi … 😉
    J’aime aussi observer les gens dans le train… parfois, certains doivent se demander ce qui me fait sourire !

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  4. Moi aussi, ça me plaît beaucoup. C’est très évocateur (hélas pour les deux dames).
    Curieux parce que dans mes voyages incessants en train, il m’est arrivé de « croquer » une personne, bien à l’abri derrière mon agenda. Faut quand même faire ça discrètement… Je l’ai fait pour une jeune dame qui, tout de suite, s’était retranchée derrière ses écouteurs et un e-book. Et un jour que je ronchonnais intérieurement, sur la sncb ou que sais-je, mon voisin d’en face m’a croquée sans trop de discrétion. Je trouvais ça marrant. Le dessinateur dessiné…

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  5. Quelqu’un qui, dans la blogosphère, faisait volontiers ce genre d’exercice dans ses balades parisiennes, c’était Valclair. Je parle à l’imparfait car il a suspendu son blog (ou arrêté). M’enfin, le principal c’est que quelques-uns continuent …

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  6. oh moi, Walrus, je ne suis même pas allée voir 😉 mais j’ai compris le mot dans le sens « une des multiples facettes »…
    pour le défi krapovien, chaque personnage est lié à quelqu’un de « vrai », je ne vois que ce moyen de leur donner un peu d’épaisseur et de vérité
    moi aussi, Caro, je vois des gens et je m’interroge sur leur vie, qui sont-ils, où vont-ils, quelle est leur famille, quel est leur travail, … ça me passionne 😉
    ça ne transparaît peut-être pas vraiment dans ces portraits, Teb, mais j’observe les gens avec beaucoup de sympathie… en moi-même j’ai plaint cette dame à l’air triste et je me suis demandé ce qu’elle allait faire à Bruxelles, un vendredi soir…
    après mon coeur s’est serré pour la petite fille, pour une chose que je raconterai peut-être une autre fois
    tu n’as rien à craindre de ma plume, Teb 😉 On se voit quand?
    merci Coumarine 🙂
    et bien, nous voilà un point commun
    les « croquer » en catimini, Pivoine, je l’ai fait aussi, quand j’étais étudiante 😉
    ça m’aurait bien plu qu’on me rende la pareile!
    merci Berthoise
    je ne compte plus les points communs que nous avons 😉
    merci à tous et bonne journée!

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  7. ah Margotte, je n’ai pas encore lu La maison Tellier, et ma PAL est déjà trois PAL 😉
    je finis d’abord Alexis Curvers, Tempo di Roma, délaissé depuis deux semaines… je n’ai pas osé le redire une deuxième fois sur ton blog à la question « et vous, que lisez-vous? »

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  8. Ces deux femmes sont bien décrites en peu de mots, j aime tes explications sur la teinture des cheveux, vu tellement de fois. On les remarquarque de loin, surtout les rousses et les blondes. Je trouve compréhensible qu un Femme dont les cheveux commencent à blanchir se teigne pour repousser le cap fatidique( Qui aime ètre vieux?),mais je trouve dommage que des jeunes Femmes veuillent absolument devenir blonde.
    Bonne journée Adrienne
    Latil

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