F comme Fiat

 FIAT VOLUNTAS TUA

Ils avaient tout juste 22 ans, le diplôme en poche et un contrat de travail pour le premier septembre. Il ne leur manquait qu’une chose : la bagnole pour les déplacements.

Ils n’avaient pas un sou vaillant, mais qu’à cela ne tienne : un beau-frère de l’Homme avait un frère qui était carrossier. Spécialité : les voitures de seconde main. Il les retapait lui-même.

– Un vrai pro ! a assuré le frère du copain du beau-frère.

Et justement, ça tombait bien, il avait une occase en or – ou plutôt vert d’eau – une petite Fiat qu’il était prêt à céder pour trois fois rien. Parce que c’était eux.

– Les pneus sont neufs ! dit-il en la montrant comme un trophée.

Elle ne payait pas de mine, avec son teint verdâtre et sans le moindre reste de brillance, mais à ce prix-là, il ne fallait pas faire la fine bouche.

– Tope-la ! On la prend !

Ils l’ont ramenée chez eux. Bichonnée, lessivée, pomponnée, lustrée, frottée : ses chromes rutilaient et sa couleur vaguement verte avait repris un peu de brillant.

Une fois toutes les formalités accomplies, ils ont pris la route dans l’allégresse. Pour son maiden trip, ils lui feraient avaler une centaine de kilomètres d’autoroute.

Entre Bruxelles et Louvain, l’Homme la pousse un peu et regarde d’un air satisfait, conquérant : il n’y avait pas à dire, ces petites Fiat, ça gaze drôlement bien !

Puis tout à coup son regard change et d’une voix altérée il dit :

– Je n’ai plus de contrôle !

Ils ont juste pu se laisser dériver vers une station-service qui par bonheur se trouvait au bon endroit.

Ils étaient passés à travers le châssis.

***

texte écrit pour
http://ecritoire2012.wordpress.com/2013/04/30/elle-et-moi-le-jeu-de-mai-est-ouvert/

14 commentaires sur « F comme Fiat »

  1. On ne dira jamais assez de mal des garagistes qui sont les copains du beau-frère de la cousine.
    Des faisans !
    Y’a pas pire engeance…ah si, les carrossiers.

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  2. Ah, le temps heureux où l’on pouvait encore ajouter un peu de sciure de bois dans la boîte de vitesse pour étouffer les grincements pendant quelques kilomètres…

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  3. On a beau pester contre le contrôle technique, il est tout de même nécessaire. Je me souviens du temps où il n’existait pas encore en France, et où l’on voyait parfois de drôles de choses cahoter sur la route (par exemple un conducteur retenant sa portière avec une ficelle!).

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  4. merci Colo 🙂
    la trace, gbaland, c’est qu’on n’a plus jamais rien acheté d’occasion 😉
    tu aurais dû entendre les commentaires de mon père, à l’époque, Berthoise 😉
    toute une culture, que dis-je? tout un savoir-faire qui se perdrait, Walrus?
    le comble, Anémone, c’est que cet homme, comme carrossier, a dû voir l’état du châssis… et le comble du comble, c’est qu’il a réussi à faire passer cette bagnole au contrôle technique (où il a sans doute aussi eu affaire au frère d’un copain etc)
    merci et bonne journée à tous!

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  5. vendredi une collègue racontait la vente de sa vieille bagnole (pourrie) à quelqu’un qui l’enverrait en Afrique et j’ai plaint l’Africain qui la rachètera (on a recommandé à ma collègue de bien la faire briller… ahlala les clichés ont la vie dure)

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