J comme je me souviens

Je me souviens des dimanches de mon enfance, avec les amis de mes parents. Un dimanche chez eux, un dimanche chez nous. Un réveillon de nouvel an chez eux, puis un chez nous. Et toutes les fêtes de famille dont nous étions aussi, les uns et les autres.

Je me souviens de l’amie Ghislaine, qui était si frileuse qu’elle avait tout le temps peur que nous ayons froid.

Je me souviens que j’avais à peine plus de dix ans quand elle m’a prêté une paire de ses pantoufles et qu’elles m’allaient fort bien: elle avait des pieds d’enfant.

Je me souviens que quand l’ami José racontait des blagues, elle riait peu, sans doute les avait-elle déjà très souvent entendues, mais elle nous observait pour voir si nous, nous riions. Alors elle riait de nous voir rire.

Je me souviens de ses vêtements qu’elle achetait toujours dans la même boutique et qu’elle prenait toujours trop grands; ils la faisaient paraître bien enrobée, tailleurs épais sous lesquels elle portait un cardigan, le tout avec de larges épaulettes, doubles boutonnages, lavallières, plis et replis, alors qu’elle était toute menue.

Je me souviens que jamais elle n’élevait la voix pour se faire obéir de ses fils. 

Je me souviens qu’avec l’ami José, c’était toujours elle qui avait le dernier mot. En toute douceur et discrétion.

Je me souviens de sa minuscule cuisine où nul ne pouvait entrer, sauf moi quand je l’aidais à débarrasser. Mais jamais elle n’a permis que j’y fasse une vaisselle.

Je me souviens que je me suis dit que ce monde était mal fait: elle aurait voulu avoir une fille qu’elle aurait appelée Christine et ma mère voulait des fils.

 ***

ci-dessous le lien où je parle de l’ami José

J comme José et J comme je me souviens

***

Et aujourd’hui je suis révoltée et bouillante de colère qu’une personne comme elle, en pleine possession de ses moyens intellectuels, soit reléguée à la va-vite dans une « maison de repos » sans même avoir été consultée.

– J’aurais mieux fait de mourir, me dit-elle.

15 commentaires sur « J comme je me souviens »

  1. Bien triste histoire, mais Ghislaine doit être heureuse de retrouver ton amitié fidèle.
    Je répète souvent à mon épouse en parlant de maison de retraite « Home, sweet home ».
    J’imagine qu’il s’agit d’une sorte d’oraison propitiatoire, une façon d’écarter le pire en l’évoquant…

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  2. ces endroits sont souvent bien tristes, oui, Maty…
    c’est pourquoi je lisais avec plaisir et intérêt le blog d’une femme qui travaille dans un « home » pour personnes âgées, mais elle a arrêté.
    merci et bonne soirée (ou journée… vous êtes Canadienne, si je me souviens bien?)

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  3. Elle a arrêté son blog ou son travail dans un « home »…
    Je suis du Canada mais Québéçoise, seule province à 80% française dans le Canada.
    Les 9 autres provinces sont de langue anglaise avec quelques colonies françaises éparpillées ici et là.
    Du Canada c’est le Québec que je préfère bien entendu.
    À cette heure vous devez être en plein rêve alors Bonne nuit!

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