Premières lectures

J’ai dit que c’était une maison sans livres, c’était une exagération. Ma mère était abonnée à trois magazines féminins (même si l’oisiveté etc.) et mon père était un très grand lecteur de toute chose écrite, depuis le journal jusqu’aux volumes des condensés du Reader’s  Digest.

Petite fille, il m’est arrivé deux fois de recevoir un livre en cadeau d’amis en visite : un livre de conte de fées et un livre de chansons enfantines illustrées. Je dois encore les avoir quelque part.

Celui qui m’a finalement ouvert la porte à toutes les autres lectures, c’est le cadeau d’une amie de ma mère qu’on appelait madame Henriette : Heidi, de Johanna Spyri.

Quand on quitte le riant village de Mayenfeld pour gravir la montagne à l’aspect imposant et sévère qui domine cette partie de la vallée, on s’engage d’abord dans un joli sentier de plaine à travers champs et vergers. Au pied de la montagne le sentier change brusquement de direction et monte tout droit jusqu’au sommet ; à mesure qu’on s’élève, l’air devient plus vif, et l’on respire à pleines bouffées les fortes senteurs des pâturages et des herbes alpestres.
C’est ce sentier que gravissait par une brillante matinée de juin une grande et robuste fille de la contrée, tenant par la main une enfant dont le visage paraissait en feu malgré sa peau brunie. Ce n’était pas étonnant, car, en dépit de la chaleur de juin, la pauvre enfant était empaquetée comme au gros de l’hiver. Elle pouvait avoir cinq ans, mais sa véritable taille disparaissait sous une accumulation de vêtements : deux robes l’une sur l’autre, un gros mouchoir de coton rouge croisé par dessus, et d’épais souliers de montagne garnis de clous ; la pauvre petite suffoquait et avait bien de la peine à avancer.

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre29680-chapitre151544.html

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http://www.bons-livres.fr/livre/johanna-spyri/1118-heidi-

Je resterai éternellement reconnaissante à madame Henriette, qui a tellement bien compris mon bonheur de recevoir un livre, qu’elle m’en a offert un autre à presque chacune de ses visites : Pagnol, Le Château de ma mère, Jules Verne, La Jangada, sont deux titres qui me reviennent immédiatement en mémoire.

A peu près au même moment, j’ai eu le bonheur de recevoir d’une ancienne collègue de bureau de ma mère toute sa collection de livres de la comtesse de Ségur. C’est après la lecture des Vacances que j’ai eu l’irrépressible envie d’écrire des livres, moi aussi.

Entre-temps j’avais douze ans et enfin la permission d’aller à la bibliothèque où j’ai dû rester deux ans dans la section enfantine. J’y ai lu tout ce qu’il y avait à lire, Club des Cinq, Clan des Sept, Fantômette, Alice, je le faisais de manière systématique. Assise à mon bureau et censée travailler pour l’école, je lisais. Le soir après le souper, je lisais. Jusqu’à ce que mon père me dise :

– Finis ton chapitre et va au lit.

Car vu qu’il était lecteur lui-même, il savait combien il est dur d’arrêter sa lecture n’importe où. J’avais toujours le droit de « finir mon chapitre », même s’il comptait encore de nombreuses pages.

***

à la manière de Perec
W ou le souvenir d’enfance (
p192)

« C’est de cette époque que datent les premières lectures dont je me souvienne. Couché à plat ventre sur mon lit, je dévorais les livres que mon cousin Henri me donnait à lire. L’un de ces livres était un roman-feuilleton. Je crois qu’il s’appelait Le Tour du monde d’un petit Parisien. » 

20 commentaires sur « Premières lectures »

  1. Quel plaisir de revoir ce livre ! Mon premier livre de bibliothèque a été « Les Malheurs de Sophie », je devais avoir 7 ans. Mais la série de Heidi n’était pas loin derrière. Que de souvenir 🙂

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  2. c’est vrai, Mathilde, nos premières lectures font résonner encore des souvenirs en nous, longtemps après… nos premières émotions et joies de lectrices 🙂
    merci et bonne journée!

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  3. Encore une fois je constate que nos histoires de jeunes lectrices se ressemblent :o) !
    « Heidi », dans la même édition que celle que tu nous montres, était un des rares livres que nous avions à la maison. Alors bien-sûr je l’ai lu plusieurs fois !
    Par contre, je n’ai jamais vu mon père avec un livre. C’est ma mère qui aimait la lecture mais la vie avec ses 9 enfants ne lui laissait pas le temps de s’adonner à ce plaisir. Elle a dû attendre pour ça que nous ayons tous un peu grandi.

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  4. On a tous reçu un livre dans notre enfance qui nous a donné le goût de la lecture.
    Je me souviens de mon premier livre, reçu pour un anniversaire. Il s’agissait de « Miss Pickerell va dans la planète mars », aux éditions Rouge et Or.
    Merci à toi de me rappeler ce bon souvenir de mon enfance.
    Bises.

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  5. Ah oui, les premiers livres, on ne les oublie jamais ! Le tour du monde en 80 jours, Heidi, le Petit prince, Les malheurs de Sophie… tous ces titres m’ont fait rêver et m’ont donné l’envie d’écrire et la passion de lire.

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  6. des parfums de montagne et de lait de chèvre, gballand?
    (j’ai faim et le petit déj ne sera là qu’à 8.30!)
    ah! voilà un titre qui ne me dit rien du tout, Laurent, il n’était pas à la bibliothèque de ma ville 😉
    un rien nous émouvait, je crois, Coumarine… aujourd’hui encore, je pense 😉
    exactement, Danalyia!
    encore maintenant, il faut que je finisse mon chapitre, Margotte…
    pas dans’avion hier, en tout cas, Caro 😉
    mes voisins lisaient des choses que je ne lirai jamais 😉
    oh non Mme Chapeau! ni au lit, ni à la lampe de poche!
    je n’ai même jamais osé lire au lit iu à la lampe de poche, Loulou et Apprentie Maman
    (sous mes livres scolaires, à mon bureau, oui)
    merci et bonne journée à tous!

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  7. Je retrouve des titres qui ont enchanté mon enfance : Heidi, Le club des cinq, Alice…
    Mon père lisait surtout des romans policiers ou d’espionnage, ma mère le feuilleton dans le journal – pas le temps de s’asseoir pour lire, elle était souvent seule à s’occuper de nous. Depuis, elle s’est bien rattrapée et lit tous les jours, en français, en néerlandais, en anglais.
    Bon, oserais-je avouer que je n’ai jamais lu « W », moi qui aime tant Perec ? Cela me semble de plus en plus urgent. Bon dimanche, Adrienne.

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  8. pas de chauffage non plus mais je m’habillais chaudement 😉
    je lis Perec à petites doses espacées, j’ai commencé par le plus volumineux (La vie mode d’emploi) et j’ai déjà envie de le relire 🙂
    merci et bonne soirée à tous!

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  9. Mon premier livre ? La vie édifiante des frères Similien et Donatien, reçu en « prix » des Ursulines où j’étais à l’école maternelle ou en classe préparatoire. Les premières pages étaient écrites en grosses lettres avec les syllabes détachées, puis au fil du livre, la police devenait plus fine et les mots étaient attachés. Une initiation à la lecture en quelque sorte. Mais j’ai préféré « Blanche Neige » reçue peu après d’une cousine aînée !

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