Premières amours

Il disait des choses qu’elle ne comprenait pas. Pourtant, il parlait français, et à 12 ans, mini-Adrienne croyait maîtriser cette langue.

– C’est ton frangin, çui-là ? lance-t-il en désignant du menton une présence derrière elle.

Elle se retourne et voit son petit frère qui, comme d’habitude, la suit partout où elle va.

– Ton frangin ! Ton frère, quoi !

Elle se dit que leur histoire est mal partie. Qu’il va tout de suite la prendre pour une gourde.

Il refait une deuxième tentative d’approche.

– Tu viens manger chez nous, ce soir ? Ma mère fait des pattes !

– Des pattes de quoi ? elle demande.

Là, c’est lui qui ouvre de grands yeux.

– Bin… des pattes, quoi !

– Je n’aime pas les pattes. Nous, les pattes on ne les mange pas.

Ça l’a drôlement étonné. Elle n’a compris pourquoi qu’après. Chez lui, à Paris, on prononçait ‘des pattes’ pour ‘des pâtes’. Chez lui, l’accent circonflexe avait disparu.

Puis sa mère est passée, qui revenait avec un grand bassin rempli d’assiettes, de bols et de verres.

– Daniel ! Prends un torchon, c’est ton tour pour la vaisselle !

C’est alors qu’elle l’a planté là : j’ai bien fait, se dit-elle, de refuser son invitation! Non seulement ils mangent des pattes, mais en plus ils essuient la vaisselle avec des torchons ! 

***

texte écrit pour l’atelier d’écriture de Daniel Simon à Leuze
http://traverse.unblog.fr/2014/02/13/un-seul-etre-nous-manque/

La consigne était: « Il me disait des choses que je ne comprenais pas »

14 commentaires sur « Premières amours »

  1. … et mon fils qui dans le camping d’Aldeburgh utilisait son anglais scolaire pour parler à des vacancières de Fulham et se voyait répondre « Waddiasaï ? » par ces charmantes fillettes

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  2. Comme quoi il ne faut pas mélanger les torchons avec les essuies. Mais je confirme : c’était mal parti pour toi.
    Remarque c’est mal parti pour nous aussi : j’ai l’impression qu’en France plus personne ne se préoccupe de prononciation, ça me hérisse le poil.

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  3. c’est que nous ne sommes pas tout à fait aussi bêtes que dans les blagues d’un certain Coluche, Berthoise 😉
    (le plus fort a été une Française qui voulait me vanter l’inteligence de son fils en me disant « il n’a que 8 ans et il est déjà en CM2 », comme si cette appellation était internationale ;-))
    et une autre, Walrus, qui appelait l’homme-de-ma-vie « Péteur » (ça ne lui a pas plu, d’ailleurs, allez savoir pourquoi ;-))
    ce qui me hérisse surtout, Mathilde, c’est « visionner un film » au lieu de regarder, « solutionner un problème » au lieu de résoudre, employer le subjonctif avec « après que », mal placer les pronoms personnels à l’impératif négatif (fais-le pas au lieu de ne le fais pas) etc etc quand je regarde la télé sur une chaîne française
    LOL
    ceci est une fiction, Mme Chapeau, mais basée sur des faits réels: le frangin, c’était avec moi vers mes 11-12 ans, les « pattes » c’était la maman d’une petite Véronique qui invitait mon frère (alors 7 ou 8 ans) et c’est lui qui a répondu: « des pattes de quoi? »
    cette histoire n’a jamais cessé de nous faire rire et on la ressortait chaque fois qu’on mangeait des pâtes, ou presque 😉
    voili voilou
    bonne soirée à tous!

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  4. Mon Dieu ! Je vais devoir rebaptiser ma rubrique « Trouvailles et visionnages » ! Et pourtant, qu’est-ce que j’en visionne, des vidéos sur Youtube ! 😉
    Mon point de vue à moi, c’est que un gars qui fait la vaisselle et la cuisine, faut pas cracher dessus : il est déjà un peu plus avancé que les autres question partage des tâches ménagères !

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  5. Suissesse ayant grandi à quelques kilomètres à peine de la frontière française, j’ai toujours trouvé étonnant comme certains mots ou expressions ne passaient pas du tout la douane !
    Et chacun dans son camp ne comprenant pas l’entêtement de l’autre à ne pas vouloir comprendre 😀 !

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  6. si tu « examines un film ou une séquence de film d’un point de vue technique » tu peux garder le mot visionner, Joe Krapov, et pour le reste tu fais tous les néologismes que tu veux 😉
    ah bien sûr, Loulou, touche à ma langue et tu touches à mon identité, je crois qu’il y a de ça…
    (il y aurait beaucoup à en dire et j’en ai gros sur la patate en ce moment mais je vais m’arrêter là… je crois que voilà un sujet de plus à censurer de ce blog)
    merci et bonne journée!

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