H comme histoire, la petite et la grande

« S’il est une dimension qui importe au psychanalyste, c’est bien celle de la vérité, ce tissu de souvenirs remaniés, embellis par la mémoire, dans lequel nous nous drapons, romanciers de notre propre histoire. Tout souvenir est fiction, récit imaginaire dont nous sommes les auteurs, bousculant lieux et dates, et c’est sur cette fiction que nous construisons, plus sûrement que sur la réalité des faits. »

Philippe Grimbert, Rudik l’autre Noureev, éd. Plon, janvier 2015, p.39

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Voilà le passage qui pour moi explique le mieux la démarche de l’auteur: écrire une fiction (1) construite sur des faits (2). Philippe Grimbert combine ainsi des éléments de la biographie de Rudolf Noureev, sa connaissance de la psychanalyse et plus que probablement des détails de sa propre histoire.

Le tout donne un livre que je n’ai plus lâché dès que j’en ai entamé la lecture Cool

On est tout de suite « pris » par le narrateur qui commence son histoire au moment où Noureev, après un quart de siècle d’exil, a enfin pu retourner au pays pour y revoir sa mère mourante… qui ne le reconnaîtra pas.

C’est ainsi que peu à peu se dévoile un homme qui présente les blessures et les failles que nous sommes si nombreux à avoir: le besoin d’être reconnu et aimé dans ce que nous faisons et dans ce que nous sommes, surtout de la part de nos proches, notre père, notre mère.

Seulement voilà, son propre père le rejette à partir du moment où il décide de devenir danseur et le renie quand il choisit de passer à l’Occident. Sa mère, qu’il revoit enfin grâce à la nouvelle politique de Gorbatchev, ne le reconnaît plus: « Ona ne ouzmala menya » (3) est la première phrase échangée entre l’artiste et son psychanalyste.

Un livre qui est probablement à la fois très proche de la vérité et très universel.

Un bon livre, quoi Cool

 ***

si vous voulez voir l’appartement parisien du danseur, il est ici, tel qu’il est scrupuleusement décrit par l’auteur: http://haute.decoration.over-blog.com/article-rudolf-noureev-son-appartement-du-quai-voltaire-a-paris-72330589.html 

une petite vidéo de Noureev jeune http://www.ina.fr/video/CPF07009903

la première partie d’un reportage biographique qui lui a été consacré sur les chaînes françaises et qui retrace ses débuts et son passage à l’Occident: http://www.dailymotion.com/video/xzkjx7_rudolf-noureev-le-prix-de-la-liberte-part-i_creation

***

(1) il est bien marqué « roman » sur la couverture…

(2) en fin d’ouvrage, Philippe Grimbert remercie Ariane Dollfus, dont la biographie de Noureev lui « a permis de donner à [son] roman sa touche de réalité et (…) ses accents de vérité » 

(3) « elle ne m’a pas reconnu » (p.29)

 ***

merci à Masse critique
qui m’a offert le livre!

14 commentaires sur « H comme histoire, la petite et la grande »

  1. alors bon amusement, ce soir, gballand 🙂
    (même moi qui ne suis pas fan, j’ai suivi avec intérêt et même regardé aussi la 2e partie :-))
    et qu’es-tu pensé de la déco, Walrus? 😉
    non, Lulu, de quoi ça parle?
    pour ça il faudrait que je tienne un blog de livres, Mme Chapeau, et que j’aie 50 commentaires par billet 😉
    oui, Tania, tout est incroyable et exceptionnel chez cet homme 🙂
    je l’azi trouvée intéressante pour chacun de nous, Lily, et surtout elle devrait m’aider à mieux comprendre ma mère, la reine dans la réécriture de sa propre histoire et de la mienne 😉
    oui, c’est terrible, Rafaël, je l’ai vécu avec ma grand-mère paternelle et la première fois qu’elle ne m’a pas reconnue ça m’a fait un choc terrible!
    merci et bonne soirée à tous!

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  2. J’ai eu l’occasion de voir ce grand danseur sur scène dans les années 80 à Zürich.
    La prestation n’était pas extraordinaire, peut-être la maladie se faisait-elle déjà sentir. Mais c’était émouvant de voir cet homme en connaissant un peu son histoire.

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  3. Désolé de jouer au correcteur typograpique mais je crois que c’est « Ona ne ouznala menya ». (Она не знала меня = elle ne m’a pas connu )
    Il se trouve que j’ai fait le plein samedi à la bibliothèque d’anthologies de poésie russe et que je découvre le plaisir de lire Maïakovsky dans le texte (sans rien comprendre, bien sûr mais l’ouvrage est bilingue) !
    Le bijou le plus fameux dans la pile est ce recueil de contes en forme de vraie-fausse anthologie :
    http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/contes-russes
    Si tu le trouves par chez toi, n’hésite pas à tester cela !
    J’essaierai de lire celui-là mais j’ai déjà calé sur « Vladimir ou le vol arrêté » de Marina Vlady sur Vyssotsky. Tous ces Russes sont de drôles de cocos !

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  4. ah bon! j’ai recopié ce qui est dans le livre mais je pourrais vérifier, j’ai un ami qui a déjà six ans de russe derrière lui, il lit Guerre et paix dans le texte et Tchékov aussi à ses moments perdus 😉
    (et puisque tu parles de poésie, lui il est fan de Mandelstam :-))

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