T comme Talleyrand

Je lis la biographie de Talleyrand par David Lawday (1). Une de ces mystérieuses nouvelles acquisitions de ma bibliothèque communale Cool

Je ne connaissais de lui que les quelques clichés qu’on trouve en 4e de couverture du volume (2). Mais très vite le livre fait découvrir un personnage beaucoup plus complexe et plus intéressant.

Le personnage rêvé pour un biographe, au parcours à peine croyable, dit l’article du Telegraph (3), qui trouve l’auteur subjectif parce qu’on ressent sa sympathie admirative pour son sujet. Mais qui déplore surtout de nombreuses erreurs, des simplismes, et une présentation complètement fausse de sa relation à Napoléon. D’où le titre de l’article: Talleyrand mérite mieux que ça!

C’est bien possible, je ne suis pas capable d’en juger. L’auteur de la biographie semble, à grand renfort de notes et de citations d’ouvrages consultés, bien au courant de son sujet. C’est peut-être trompeur.

Cependant, il reste les extraits des écrits de Talleyrand, cités ça et là, dont on peut supposer qu’ils sont parfaitement corrects. Je vous en livre un, qui montre un pacifisme toujours d’actualité et argumenté comme suit:

On a appris enfin que la véritable primatie, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne à des hommes libres et éclairés, est d’être maître chez soi, et de n’avoir jamais la ridicule prétention de l’être chez les autres. On a appris, et un peu tard sans doute, que pour les États comme pour les individus, la richesse réelle consiste non à acquérir ou à envahir les domaines d’autrui, mais à bien faire valoir les siens; on a appris que tous les agrandissements de territoire, toutes ces usurpations de la force et de l’adresse auxquelles de longs et illustres préjugés avaient attaché l’idée de rang, de primatie, de consistance politique, de supériorité dans l’ordre des puissances, ne sont que des jeux cruels de la déraison politique, que des faux calculs de pouvoir, dont l’effet réel est d’augmenter les frais et l’embarras de l’administration, et de diminuer le bonheur et la sécurité des gouvernés pour l’intérêt passager ou la vanité de ceux qui gouvernent.

David Lawday, Talleyrand, Albin Michel, 2015, p.101

 

C’est un extrait du mémoire adressé au Comité de salut public – mené par Danton –  que Talleyrand écrit au moment même où les armées « révolutionnaires » envahissent le territoire belge, qui faisait alors partie des Pays-Bas.

Mais pour découvrir ces écrits-là, il suffit d’aller sur le site consacré à Talleyrand, où on trouve le mémoire entier http://www.le-prince-de-talleyrand.fr/memoireconvention.html … ainsi qu’une biographie et de nombreux autres documents.

 talleyrand.jpg

(1) dans une traduction de Valérie Malfoy parue chez Albin Michel en 2015.

(2) photo du site de l’éditeur où on peut lire la 4e de couverture
http://www.albin-michel.fr/Talleyrand-EAN=9782226316578

(3) The Telegraph, un article peu élogieux dans la presse britannique
http://www.telegraph.co.uk/culture/books/3656372/Talleyrand-deserves-better.html

 L’article du Independent ne contient aucune critique, c’est plutôt un résumé du livre: 
http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/reviews/talleyrand-napoleons-master-by-david-lawday-424034.html

12 commentaires sur « T comme Talleyrand »

  1. Sans doute un mec bien, ce Talleyrand, mais j’aime pas son nez. C’est terrible, il a un nez qui sent l’inconstance.
    Des types avec un nez pareil, c’est bien simple, je peux pas les piffer.

    J’aime

  2. son biographe dit qu’il avait le nez en trompette et j’ai trouvé ça rigolo parce que ma plus vieille amie a vraiment le nez en trompette (mais elle n’a rien d’un Talleyrand :-))
    ce qui me déplairait à moi, c’est son air « content de lui » 🙂

    J’aime

  3. Tout ce dont je me souviens à propos de Talleyrand, c’est de son surnom et d’avoir visité son château de Valençay (et les bois qui l’entourent à la recherche de cèpes) :o)

    J’aime

  4. Déjà, la forêt de Valençay est assez étendue, je risque pas d’y retourner et de toute manière, ce ne sont pas mes coins mais ceux du beau-père de ma fille du temps où il habitait Selles-dur-Cher. Maintenant qu’il habite les Côtes d’Armor, il ferait plutôt dans les coins à ormeaux, à homards, à dormeurs et à palourdes.

    J’aime

  5. Il me semblait que « primatie » (après tout, il y a aussi « suprématie ») avait un petit côté délicieusement suranné. Je me demande s’il n’y a pas eu un Secrets d’histoire sur lui. Ou toute autre émission documentaire. Je me demande aussi s’il n’a pas fait plusieurs régimes, par je ne sais quel tour de force. Je veux dire, sans être arrêté ni faire de la prison. Mon père, féru d’histoire et de biographies, l’admire assez, pour ce tour de force, je crois. Son nez et les cèpes lui étant relativement indifférents…
    Il boîtait non ? Mais après tout, il n’a pas été au Congrès de Vienne aussi ? ce qui prouve vraiment qu’il a fait plusieurs régimes…

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s