M comme Michon

L’Adrienne s’est fait avoir. Complètement. Jusqu’à la dernière page. A tel point que ce billet a failli s’intituler G comme gefopt (bien attrapée). 

Dès l’incipit, on apprend que Tiepolo a fait son portrait. Au chapitre deux, on reçoit sa biographie et celle de ses ascendants. Au chapitre trois est décrit le tableau. Les Onze. On se dit qu’il est urgent de retourner visiter le Louvre et qu’on a raté quelque chose d’important, la dernière fois qu’on est entrée au Pavillon de Flore. Il faut dire que c’était il y a longtemps. On est dans un train et pour la toute première fois on regrette de ne pas avoir ce merveilleux joujou qui permettrait de vérifier tout ça en ligne.

Alors on fait confiance à l’auteur et aux « mille biographes dont [il s]’inspire librement » (p.45) et on poursuit avidement sa lecture. La deuxième partie du livre raconte avec une foule de détails dans quelles circonstances le tableau a été commandé. 

Tout cela vous l’avez lu aussi, dans les encadrés de l’antichambre. Vous vous êtes même arrêté devant la reproduction de l’esquisse à l’huile de Géricault qui n’est pas ici au Louvre, qui dort parmi les Girodet dans le musée de Montargis: Corentin en ventôse reçoit l’ordre de peindre les Onze.

Pierre Michon, Les Onze, Folio 5193, p.117

C’est là qu’on se dit encore une fois que l’acquisition d’un Smartphone devient inéluctable. Voir! On veut voir, ces tableaux, ces musées, ces références. Surtout quand arrive celle qu’on croit vraiment solide, Michelet. Lui aussi a vu ce tableau du Louvre et en parle « dans les célèbres douze pages » (p.124) « dans le chapitre III du seizième livre de l’Histoire de la Révolution française. » (p.119)

On ajoute mentalement Michelet à la liste des livres à lire.

Bref, on est gefopt jusqu’à la dernière ligne, où après un dernier conseil (1) l’auteur termine sur cet excipit:

Et les puissances dans la langue de Michelet s’appellent l’Histoire.

Pierre Michon, Les Onze, Folio 5193, p.132

On peut en dire autant de Michon. Magistral Michon!

lire - kopie (2).JPG

le 3e à partir de la droite: ce n’est qu’après le retour à la maison et après vérification sur internet qu’on comprend pourquoi en couverture se trouve un extrait d’un tableau de Goya, et non Les Onze.

***

(1) (…) si comme je vous le conseille vous vous écartez du tableau, si vous lui tournez résolument le dos, si vous revenez carrément sur vos pas, si vous sortez de la pièce et faites quelques pas dans la galerie du Bord-de-l’Eau, et de nouveau faites volte-face, de nouveau par artifice pénétrez dans la grande salle où à l’exclusion de tout autre tableau se tient Les Onze; si vous vous arrêtez alors sur le seuil et regardez Les Onze comme si vous les voyiez pour la première fois – alors oui, vous savez presque à quoi cela vous fait penser. (p.130)

15 commentaires sur « M comme Michon »

  1. c’est vrai! ce qui m’a sans doute aussi induite en erreur (en plus de la volonté délibérée de l’auteur, qui s’y prend vraiment très bien :-)) c’est que les deux autres livres que j’avais achetés ont aussi de forts relents biographiques (Rimbaud le fils et les Vies minuscules)

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  2. Oui ça donne envie… J’ai lu « The Lost Painting » de Jonathan Harr (je ne pense pas que ça soit traduit en français…) sur Il Caravaggio et un de ses tableaux que l’on retrouve dans un couvent irlandais..; J’étais scotchée, mais qui sait si tout est « vrai »?

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  3. je me demande si au moment de la lecture, là dans le train, j’avais pu vérifier sur internet, et si j’avais découvert que ni ce tableau ni ce peintre n’avaient jamais existé, … est-ce que j’aurais poursuivi ma lecture? et surtout avec la même avidité?
    (donc c’est bien de ne pas savoir :-))

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  4. ça m’est parfaitement égal, je ne mange jamais de madeleine 🙂
    (et normalement j’évite les biographies d’auteur, de peur d’y trouver des choses qui me les rendraient moins sympathiques ;-))

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  5. Ah oui, bien attrapée par ce Michon !
    Pour ce qui est de l’ordiphone ou terminal de poche (deux propositions pour traduire l’objet du délit, je préfère la première), je le pose à côté de moi quand je lis et c’est si commode pour vérifier le sens d’un mot sur le TLF, chercher un lieu, une image… Un outil dont je ne voulais pas et dont je ne me passe plus – accessoirement tout de même.

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