C comme choc culturel

C’est quoi, un choc culturel ? 

L’Adrienne, à l’époque, je me demande si elle connaissait ce mot. Mais depuis, elle connaît la sensation. 

Le choc culturel, c’est arriver dans un pays qui, bien qu’il soit de l’Europe géographique, ressemble plus à l’idée qu’on se fait du Tiers monde. Peu ou pas d’asphalte ou d’éclairage sur les routes, des maisons basses, décrépites, avec des toits de tôle. 

C’est être entouré d’enfants dépenaillés qui tendent la main, partout où on s’arrête. C’est constater qu’il n’y a pas de commerces indépendants, uniquement de rares points de vente où les gens font la queue. Pour un pain mou et sans goût ou un paquet de cigarettes. C’est le marché noir et la débrouille. Les « réseaux sociaux » de l’entraide et de l’échange: le copain d’un copain, d’un cousin, d’un copain d’un cousin, fournit la ţuică, les tomates, un bout de tissu, qu’on lui revaudra par un autre bien ou service rendu. 

C’est l’eau courante qui est coupée la majeure partie de la journée. Alors quand il y en a, on remplit la baignoire, quelques seaux. Pour pouvoir verser un peu d’eau dans la cuvette des toilettes… geste dérisoire. 

C’est le gaz qui est coupé parfois, sans crier gare. Tant pis pour vous si vous avez un plat au four ou une soupe sur le feu. 

C’est le manque. Le manque de tout ce qui paraît pourtant tellement évident, comme le papier ou les stylos à bille, le sucre ou les pommes de terre. Les fruits frais. 

C’est faire la queue pendant des heures à une pompe à essence. Chacun éteint son moteur et on pousse les voitures à la main, centimètre par centimètre. 

Vous pensez bien que l’Homme, l’Adrienne et Chien Parfait, dans leur mobile home (ou camping-car) ne passaient pas inaperçus dans un pays où on ne voyait que de vieilles Dacia: à chaque arrêt, ils créaient l’attroupement. 

C’est l’aspect de ce voyage que l’Adrienne a le moins aimé… au bout de quelques jours, elle n’avait plus aucun stylo, crayon, carnet, plus rien à offrir. 

DSCI4585.JPG

15 juillet 1990
les queues pour l’essence sous 40° C

28 commentaires sur « C comme choc culturel »

  1. lors d’une deuxième visite, l’Homme a un peu prospecté dans le but de trouver des partenaires locaux (vu qu’il est dans le vin) mais ça n’a rien donné à cause d’un manque de qualité – depuis, ça a évolué, des œnologues ont travaillé, mais ce n’est toujours pas le grand démarrage commercial qu’ont connu d’autres pays producteurs de vin partout ailleurs dans le monde

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  2. Bonjour, Adrienne,
    Nous sommes allés en Russie pour demander à la famille qui restait aux enfants s’ils étaient d’accord qu’on les adopte, et ça a aussi été un petit choc culturel. Pas de supérettes, mais des petits magasins ouverts jour et nuit (et pas plus chers la nuit), personne n’achète deux bouteilles d’eau en même temps, non, on revient quand il n’y en a plus. Et tout s’achète à la pièce, pas à l’emballage. Impossible de couper le chauffage dans la chambre, il n’y a pas de réglage possible, c’est la ville qui fournit et c’est comme ça. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est la mauvaise humeur des restaurateurs quand on leur commandait à manger. Ils n’avaient pas beaucoup de clients, on voulait aussi leur faire gagner leur vie, mais c’est comme si c’était trop…
    Les enfants étaient dans un orphelinat où ils manquaient de cahiers , stylos et autres accessoires. Comme je travaillais dans une firme pharmaceutique et qu’ils n’arrêtent pas de donner des blocs et des bics à leurs clients, j’ai rassemblé tout ce qui concernait d’anciens produits ou des gadgets ratés (style bic où on met le nom de la société, suivi de « always be careful », quelqu’un s’est rendu compte que ça pouvait être interprété de deux façons et on ne les a pas distribués)… et on a tout envoyé à l’orphelinat ainsi que des cartons qui contenaient des produits tels que denrées alimentaires non périssables, dentifrice, savon,… que nous avions demandé à nos collègues. Beaucoup de gens ont participé, nous avons tout envoyé via l’association, et la fois d’après avons eu le plaisir de les voir utiliser ce que nous avions offert (du sel Nezo sur les tables, nos cahiers,…)
    Oui, on est bien ici, mais ce n’est pas une raison pour se laisser endormir par nos politiciens.
    Biz,
    lulu

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  3. je reconnais beaucoup de choses dans ce que tu écris: l’achat à la pièce (même pour les paquets de cigarettes, alors qu’à l’époque ils étaient trois fumeurs acharnés), le chauffage « central » dans le sens littéral du terme (l’hiver la neige fondait tout de suite là où passaient les tuyaux d’eau chaude sous la rue ou les trottoirs), le très mauvais accueil dans les restos etc
    Nous avions aussi, grâce à un ami médecin, quelques cartons de produits pharmaceutiques de base, qui étaient les bienvenus…
    Bref, il y aurait encore des tas de billets à faire sur ce voyage et les suivants, mais je crois que je vais m’arrêter ici 🙂
    Merci à toi et bises (et oui, tu as raison, bien sûr, pour nos politiciens)

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  4. Des conditions de vie bien difficiles à supporter au quotidien ! toujours lutter pour avoir quelque chose doit être tellement épuisant ….moralement et physiquement !
    Mon fils a connu un peu les mêmes choses lors de son année d’instit à Maripasoula ….

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  5. Je suis allée lire sur le net un peu de l’histoire de la Roumanie des dernières décennies. Je la connaissais déjà, partiellement, mais tes récits lui donnent une dimension humaine.
    C’est terrible comme la folie de quelques uns peut bouleverser et faire souffrir tout un peuple.
    :’)

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  6. Oui, j’ai fait deux séjours en Roumanie, dans le cadre de « petits » voyages organisés (huit ou dix personnes maximum). L’un en 1992 dans les Carpates (régions de Neamt, Harghita), l’autre en 2005 dans le Maramures, la Bucovine et le Delta du Danube. J’en ai publié des photos sur mon blog, il y a quelques années.
    En tapant « nuages skynetblogs » et Roumanie, Maramures, Delta du Danube, tu devrais tomber dessus ;o))
    Voici : http://nuages.skynetblogs.be/archive/2006/06/index.html
    http://nuages.skynetblogs.be/archive/2006/07/index.html
    Il faut cliquer sur les petites images pour les voir en grand.

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