I comme internats chic (3)

suisse

« Il y a en Suisse des internats privés de réputation mondiale, où la longueur des listes d’attente est proportionnelle à la facture qui chaque moi attend les parents. Des écoles où l’on capte les langues étrangères comme par magie, où l’on pratique tous les sports, où l’on apprend les bonnes manières et où l’on forge des amitiés avec des condisciples du monde entier. » écrit Metin Arditi dans son Dictionnaire amoureux de la Suisse. (p.291)

Mais il n’en a pas voulu pour ses propres enfants, pour trois raisons qu’il appelle « trois inconvénients, tous cachés et tous pervers. » (p.292)

Le premier concerne ces réseaux utiles de relations haut-placées dans le monde entier: « Elle est bien misérable, la confiance du parent à l’égard de son enfant, lorsqu’il lui dit: ‘Tu feras ton chemin à l’aide de relations.’ Quel message lui envoie-t-il sur l’idée qu’il se fait de lui? De sa personnalité? De sa capacité à se créer des amis, des collègues, à se construire un chemin de vie… Où est l’estime, l’irremplaçable estime du parent, lorsqu’il parle à son enfant de ‘réseautage’? Il l’initie à la combine! Je ne peux imaginer regard plus humiliant. » (p.293)

« Le deuxième inconvénient touche à la facture faramineuse de certaines écoles privées. Combien de fois n’ai-je pas entendu ces mots: ‘Si je peux lui offrir cette chance que je n’ai pas eue, j’en fais volontiers le sacrifice.’ Du coup, la culpabilité change de camp. Ce n’est plus le parent qui se sent coupable d’éloigner son enfant. C’est l’enfant qui doit porter sur ses épaules ce que son écolage coûte à sa famille. » (p.293)

Le troisième concerne cette « ouverture au monde »: « Est-ce qu’elle ne soustrait pas l’élève à une vie de quartier? À un contact quotidien avec des enfants de toutes les origines sociales? Posons la question: de tout ce qu’une éducation doit apporter, s’il fallait choisir une qualité et une seule, laquelle faudrait-il retenir?  À mes yeux, ce serait la capacité de dialoguer avec tout un chacun. À l’écouter. À l’accepter autant qu’à se faire accepter de lui. J’y vois la qualité essentielle d’une réussite professionnelle et sociale, en un mot d’une vie. Bien sûr, on peut penser que, pour un enfant de chez nous, converser avec un Chinois ou un Russe est enrichissant. C’est indéniable. Mais je crois qu’il apprendra moins de son condisciple étranger avec lequel il partagera les mêmes goûts, les mêmes cercles, les mêmes préoccupations de privilégiés que d’une cohabitation avec des enfants de son quartier aux origines socio-économiques différentes des siennes.

Pour ma part, j’ai mis mes enfants à l’école publique. Sans hésitation. » (p.293-294)

Fin de l’article, qui laisse – il me semble – une large part à la réflexion et à l’échange d’arguments ou de contre-arguments.

La première partie de l’entrée ‘Internats chic‘ est ici et la deuxième .

*** 

Merci les amis suisses 🙂

16 commentaires sur « I comme internats chic (3) »

  1. L’école publique, en ce qui me concerne, n’a pas rempli son rôle d’éducation à l’ouverture de 4 à15 ans, le retard ne fut et ne sera jamais rattrapé. La plupart des établissements publics français sont aussi une école du renforcement de l’entre-soi, la « cohabitation avec des enfants de son quartier aux origines socio-économiques différentes des siennes » y est fort limitée voire source de conflits ou de harcèlement. Les études disent que notre système scolaire loin de réduire les inégalités sociales, les renforce.

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    1. oui, chez nous aussi, c’est ce que démontrent les enquêtes PISA, en tout cas en Flandre, je ne connais pas les chiffres pour la communauté francophone de Belgique… je pense qu’il faut aller en Finlande pour trouver cette mixité: il y a peu d’habitants au mètre carré donc une seule école pour tous 😉
      mon école fait un peu exception, vu la mixité de la population de ma ville, mais il y a des blancs de blancs qui préfèrent envoyer leurs visages pâles à une quinzaine de kilomètres… ici le choix de l’école est entièrement libre, on peut envoyer ses enfants absolument où on veut, près, loin, très loin…

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  2. J’ai un collège en face de chez moi, avec une idée qui pouvait sembler géniale à un adjoint au maire de Paris, prendre 30 petites sixième et 30 troisième, faire un échange avec une école ghetto, ça ne marche pas du tout, certains parents ont retiré leurs enfants du public, et les copains de l’école ghetto viennent mettre le souk dans le collège en face, en plus les gamins ne se mélangent pas du tout.
    Le collège en face de chez moi avait sa part de mixité, il ne fallait pas forcer la dose.

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    1. oui j’ai lu ça chez vous il y a quelques jours et j’ai trouvé ça aberrant, comment quelqu’un a-t-il pu croire que ça marcherait de cette façon-là?
      dans mon école cette mixité est réelle et pas problématique, elle est naturelle, si je puis dire.
      non forcée
      et j’en suis très fière
      notre meilleur élève cette année en Terminale s’appelle Nabil 🙂

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  3. Je suppose que ces écoles chic ont un sens si l’enfant n’endosse pas, justement, le devoir de reconnaissance éternelle envers le parent (donc… que le parent ne se sacrifie pas, mais au contraire ait le sentiment qu’il fait ce qu’il faut – et ait l’argent pour ça …) et que l’enfant soit logiquement destiné à rester « dans son milieu » car bien entendu… ces jolies manières ne seront pas de mise partout. Sans dire qu’il doit apprendre à mettre ses doigts dans le nez « comme tout le monde », il y a des comportements qui l’isoleraient trop du « commun des mortels ».

    C’est vraiment, je pense, au cas par cas!

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      1. Quand c’est trop, oui… j’ai été prise de nausée en me trouvant en face de quelqu’un qui léchait son assiette, ou d’une autre personne qui mettait en bouche des morceaux si gros qu’elle ressemblait à un hamster pendant 5 minutes. J’en étais littéralement malade 😀

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      2. oui oui je reconnais 🙂
        ou celui qui a un verre tout gras parce qu’il n’utilise pas sa serviette (et en plus saisit son verre à pleine main)
        je m’en veux souvent d’être comme ça
        (il y a un an ou deux j’avais voulu signaler – gentiment – à Monsieur Neveu que les verres à pied, c’était mieux de les prendre par le pied, que c’était fait pour ça, ce pied… il l’a très mal pris… il refuse aussi d’utiliser une serviette, qu’il dépose comme un chiffon à côté de son assiette… il me désole avec ces manières-là)

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  4. Au début des années 60 il n’y avait pas d’indiscipline dans les établissements français, simplement les collèges ruraux avaient des professeurs, anciens instituteurs, dont la compétence dans leurs disciplines d’enseignement laissait largement à désirer. C’était déjà une grande injustice et la perpétuation assurée des classes sociales. A notre arrivée au lycée de la grande ville, nous étions parqués dans des classes spécifiques que les professeurs cherchaient à éviter à tout prix. Nous étions conscients d’être des « sous-lycéens » mais nous ne pouvions rien dire à nos parents qui étaient si fiers de nous.

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  5. La mixité sociale ne s’impose pas. Il y a eu il n’y a pas très longtemps une mère de famille dans une banlieue dite « sensible » en France qui avait lancé un appel pour que des « petits blonds » soient aussi envoyés à l’école de son quartier car il n’y avait là que les enfants de sa communauté.
    J’imagine mal les parents des petits blonds scolariser leurs enfants là-bas pour se faire insulter en tant que « bouffeurs de porc »… Ceci était vraiment arrivé à une occasion où les petits blonds étaient trop minoritaires.
    Bonne soirée Adrienne

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  6. Tes billets précédents m’avaient déjà persuadée de lire ce dictionnaire, celui-ci soulève une question très importante. L’école publique « sans hésitation » me laisse dubitative : cela dépend de l’état dans lequel celle-ci se trouve, en tout cas en Belgique où les inégalités scolaires s’accentuent depuis une trentaine d’années.

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    1. ces trois billets viennent de la même entrée à la lettre I (internats chic), pour le reste c’est plus un guide touristique et de nombreux extraits de ses propres livres 😉
      pour ce qui est de l’école en Belgique, je ne suis pas si pessimiste, et de toute façon, que notre école soit « de l’Etat » ou « libre et subventionnée », elle est de toute façon « publique » et contrôlée par l’Etat (c’est un des nombreux trucs difficiles à expliquer à mes amis français ;-))

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