Z comme zou! on jette!

farinade

M. et Mme L ont un hôtel-restaurant sur la place du marché dans une petite ville du Midi, juste devant le jeu de boules sous les platanes et à côté du bar des Sports.
Mme L est une fille du Sud à l’accent charmant, toujours frileuse, toujours son petit cardigan. Dès qu’elle n’a plus ses 27°, elle accueille la famille en disant « Il fait frisquet, aujourd’hui, hein! ».
M. L est aux fourneaux et ne se montre jamais en salle. Lui est Auvergnat, alors il présente parfois une spécialité de sa région d’origine, comme la farinade. 
Le père s’est pris d’amitié pour eux, qui sont pourtant à l’opposé de tout ce qu’encensent à l’époque ses chers Gault et Millau. 
Le chef est aux antipodes de la « nouvelle cuisine », la sienne est certes faite de bons produits du terroir, mais généreuse et sans fioritures. Madame n’a rien de ces « charmantes patronnes » qui ne sont que façade et faux sourires; elle a son franc-parler et sourit rarement. 
D’ailleurs justement, elle n’a pas envie de rire: ces messieurs du Gault&Millau ont écrit sur son établissement. Et de quoi ont-ils parlé? Ni de son charmant accueil, ni de la bonne cuisine de son mari: ils ont déploré qu’il y ait « des hordes d’enfants » dans son restaurant. Et – ô horreur! – des touristes hollandais.
Vous vous rendez-compte? dit-elle au père. Mais qu’est-ce que je dois faire, moi? Interdire les enfants? Interdire les Hollandais?
Alors le père s’est dit que finalement, le Gault&Millau, ce n’était pas une bible non plus.

***

texte écrit pour le marathon d’écriture 2019
source de la photo et recette de la farinade ici.

28 commentaires sur « Z comme zou! on jette! »

  1. D’ailleurs, il faut avoir vu à l’oeuvre ces attributeurs d’étoiles. Ils arrivent sans avoir réservé, un jour de grande affluence, commandent des spécialités de la carte qui demandent un long travail de préparation, veulent les meilleurs vins, tirent la gueule en mangeant, déclinent leur identité au moment de l’addition dans l’espoir de ne pas payer… Jipi et moi les avons vu dans un excellent resto d’Ornans, mais dont les propriétaires ne sont pas friands d’une étoile ni des contraintes qui vont de pair…

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    1. les restaurateurs disaient surtout du mal des inspecteurs du G&M pour ce qui est de ce genre de pratiques (et les responsables du guide s’en défendaient en disant que « la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a », par quoi ils voulaient dire qu’un chef prévenu de les avoir à table ne pouvait pas cuisiner mieux qu’à l’ordinaire…)

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  2. Ah vrai dire, nous ne mettons pratiquement plus les pieds au restaurant. La dernière fois, il y a un an, c’était dans une pizzeria bretonne avec des amis et nous avons tous eu une gastro le lendemain… 😦
    En revanche, en tant que retraités, nous avons le temps de passer du temps en cuisine à l’occasion pour nous ou pour recevoir des amis.

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  3. le principal est qu’on se régale et qu’il y a des platanes sur la place, non ? plein de Hollandais, ça c’est rare, ils sont réputés pour trimballer leur nourriture dans les valises et ne rien dépenser à l’étranger, encore un cliché ?

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