J comme J’ai commencé

scenic view of city during dawn

J’ai commencé à écrire à cause d’une jeune fille, j’ai arrêté trente-cinq ans plus tard à cause d’un canard. La jeune fille s’appelait Marie-Paule et était mon institutrice maternelle, je tenais à lui dédicacer mes dessins. Et dans le canard, le chroniqueur littéraire, un ennemi intime, ne m’a pas raté à la sortie de mon quatrième roman, alors j’ai dit à mon éditeur que je voulais faire une pause, changer de style, me renouveler. Bref, cette sorte de baratin qu’on vend facilement à notre éditeur dès qu’on lui a fait gagner un peu d’argent. Il a même accepté de me payer le voyage jusqu’à Brooklyn, où j’ai loué une baraque. C’était moins cher que l’hôtel et beaucoup plus tranquille. Environ cinq cents maisons de part et d’autre de la rue qui descend jusqu’à la mer. Celle que j’avais choisie était d’une laideur banale mais son nom m’a tout de suite plu: Pemquide House. La dame de l’agence était étonnée de la rapidité avec laquelle la chose s’était conclue.

La première fois que j’avais séjourné à New York, en 1969, les plaintes aiguës des véhicules d’urgence formaient un bruit de fond pratiquement ininterrompu. Mais dans ce coin résidentiel de Brooklyn, désert la majeure partie du jour, on n’entendait même pas aboyer un chien. D’ailleurs, la voisine d’en face avait un chat. Il passait sa vie à la fenêtre. On s’observait mutuellement, lui avec une indifférence superbe et moi dans un désœuvrement total.

Avant de m’installer à Pemquide House, je suis repassé par l’agence pour faxer à Isabelle ma décision de changer d’hôtel tous les soirs afin d’en tester le plus grand nombre possible pour mon reportage. Je n’en étais plus à un mensonge près et grâce à celui-là, il serait normal que je sois injoignable au téléphone. J’étais fort satisfait d’avoir eu cette idée de reportage, ça me donnait un alibi en or.

***

Ecrit d’après cette consigne de Joe Krapov, que je remercie, avec les incipits des quatre premiers chapitres d’un livre de Didier Decoin, dont je n’avais encore rien lu jusqu’à présent 🙂

Source de la photo: Vlad Alexandru Popa sur Pexels.com

30 commentaires sur « J comme J’ai commencé »

    1. merci Tania!
      (tu me rappelles mon enfance, quand à peu près tous les soirs mon frère réclamait que je lui raconte une « histoire de sorcière qui fait peur » et qu’il fallait que j’en invente une ;-))

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  1. Quelle histoire, mais quelle histoire…
    J’aime beaucoup ton texte mais aussi les prétextes de ton héros pour être injoignable….. et je me demande si ça me serait possible de vivre dans une ville comme sur une île…. C’est dire que le tout sonne vrai. Et c’est un compliment.

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    1. ce qui est en gras vient du livre (c’est la consigne), j’ai refait le même jeu avec Thérèse Desqueyroux, donc là ceux qui ont lu le livre verront mieux les changements apportés 😉

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      1. j’ai voulu le faire pour un livre de la comtesse de Ségur mais les phrases imposées ne permettent pas vraiment d’inventer; par contre avec Thérèse Desqueyroux ça marche 🙂

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