K comme krapoverie

skeleton hanging on patio

Penser que je pourrais me fondre dans le décor de cette rue, de cette maison banale, c’était une erreur. En France ça aurait peut-être fonctionné, mais aux Etats-Unis on se retrouve très vite à faire ami-ami avec les voisins. Dans mon cas, avec Carol, qui a tout de suite paru sous le porche pour les présentations d’usage. Carol en anorak blanc, avec un capuchon bordé d’une fourrure si blonde, si pâle qu’il était évident qu’aucun animal ne pouvait en avoir de semblable. Carol dont il a fallu tout de suite dompter la curiosité tout en trouvant des explications plausibles à ses nombreuses questions. Sous prétexte que j’étais un homme seul et étranger au pays, elle a tenu à faire avec moi le tour de la maison pour m’aider à m’y installer au mieux et vérifier si tout fonctionnait. De fait, même le téléphone marchait. Etrange pays.

Elle est revenue plus tard pour me présenter à l’autre voisin, un dénommé Witterfield dont je n’ai pas saisi le prénom. Il est chauffeur de taxi et sa femme est serveuse dans un diner, au centre commercial. Ouvert 24 h. sur 24. J’ai tout de suite profité de son taxi pour m’y rendre, histoire de remplir le frigo pour les prochains jours. Il n’était pas minuit quand Witterfield m’a déposé dans Brooklyn devant 237 West. Un de ces centres commerciaux qui sentent la friture et le graillon, où la musique va trop fort et où des jeunes femmes exténuées, dont les cheveux n’ont pas vu de coiffeur depuis des années, vous offrent le sourire sans même vous regarder.

Tôt le lendemain, la diligente Carol m’a envoyé la dame d’en face pour qu’elle fasse mon ménage. Elle est venue au matin, madame Seyerling. J’étais encore en pyjama, pas rasé et d’assez méchante humeur. Moi qui recherchais l’incognito, j’allais finir par fréquenter tout le quartier! Pendant que je me douchais et m’habillais, madame Seyerling a pris possession de la cuisine, préparé du café, des pancakes et du jus d’oranges. Nous avons bavardé. Elle était surtout intarissable sur Carol et sur Witterfield, qu’elle appelait Capitaine, je n’ai pas compris pourquoi mais je trouve que ça lui va bien.

Un soir – le mardi suivant, je crois – le capitaine Witterfield m’a invité à dîner. Je suppose que sa femme était curieuse de faire ma connaissance. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre ni comment refuser un tel honneur – il m’avait dit en pinçant le pouce et l’index contre ses lèvres que son épouse était un fin cordon bleu et qu’il fallait que moi, venu de France, je goûte à sa bonne cuisine.

***

Ecrit selon la consigne de Joe Krapov à l’aide des incipits des quatre chapitres suivants d’un roman de Didier Decoin. Source de la photo: Brett Sayles sur Pexels.com

30 commentaires sur « K comme krapoverie »

  1. Ça, ça sent les états du nord-ouest.
    La gentillesse envahissante et la curiosité souvent indiscrète.
    Heureusement qu’ils ont aussi les serial-killers… 😉
    J’aime beaucoup ton devoir krapovien.

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  2. Je me doutais, en lisant les commentaires, qu’il y aurait une suite… (pour nous donner l’envie de lire Didier Decoin ?) .
    Et bien , c’est aussi réussi que le premier texte, mais on ne peut s’empêcher de regretter (ou d’admirer) l’efficacité de Carol.
    Sa retraite ne sera pas aussi isolée qu’il l’espérait…. ou bien ????

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    1. c’est une amis qui m’a dit avoir aimé un livre de decoin, donc j’ai lu deux de ses livres, je les trouve assez bof, bof donc je ne vais pas faire sa pub (sauf involontairement avec ce petit jeu ;-))

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    1. modernisé! ce n’est pourtant pas vieux, ces ouvrages (je n’ai pas noté la date de parution et je viens de rendre le livre à la bibliothèque, je devrais vérifier)
      j’ai terminé l’exercice (= aller jusqu’à expicit) donc il y aura encore deux billets (demain et après-demain)

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  3. La lecture de Didier Decoin est trop lointaine (pensé à la Carol du film tiré de Patricia Highsmith), mais cette suite est parfaitement agencée pour nous faire réclamer… la suite.

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