L comme lendemains

police fun funny uniform

Witterfield est venu le lendemain. Je me demande à quoi il passait son temps avant que je ne m’installe à Pemquide House, il était fourré chez moi presque tous les jours, avant ou après son travail. J’étais bien obligé de lui offrir une bière quand il s’installait sous mon porche, étendait ses longues jambes, et se mettait à discuter des choses de la vie… et à me poser de plus en plus de questions sur la mienne. Evidemment, c’était facile d’inventer – il lui était impossible de vérifier – mais au fil des jours ça devenait compliqué de ne pas perdre le fil de ma propre histoire. C’est comme ça que je me suis remis à écrire. Une forme d’autofiction, en quelque sorte. Et je me suis pris au jeu.

Je n’ai pas pu m’en empêcher: le lendemain, j’ai gratté à sa porte. J’avais des tas d’idées pour raconter la suite fictive de ma vie, ça prenait vraiment des allures de roman. Il me fallait des heures, après, pour tout mettre au propre et madame Seyerling était enchantée de travailler chez un ‘écrivain français’. Elle passait le balai et l’éponge tout autour de moi, sans me déranger, et m’apportait continuellement des cafés, pensant sans doute que leur absorption faisait partie intégrante des nécessités du métier.

Les deux voitures de police sont arrivées un peu avant minuit. Deux policiers sont entrés chez madame Seyerling et en sont ressortis avec elle puis repartis, toutes sirènes hurlantes. L’opération n’avait pas duré dix minutes et je suis resté un long moment à ma fenêtre à essayer de voir si le chat reprendrait sa place habituelle. Il ne s’est plus montré. J’ai failli aller taper à la porte de Witterfield ou de Carol, mais je me suis retenu, j’étais sûr de les voir le lendemain.

Ils étaient aussi éberlués l’un que l’autre et ne comprenaient pas ce que la police voulait à madame Seyerling. Nous avons passé la journée à élaborer des scénarios plausibles sans que ça ne nous avance d’un pouce. Je me suis couché la tête pleine d’idées de polars qu’il faudrait que je note dans mon carnet. Mon éditeur allait être content.

Au matin, madame Seyerling n’étant toujours pas rentrée, Carol et moi avons décidé d’aller aux nouvelles. Au poste de police ils étaient précisément en train de finaliser les formalités pour sa libération sous caution. Elle avait son air guilleret habituel, comme si elle venait de faire un tour au parc. Elle nous a fait un petit signe amical en souriant dès qu’elle nous a vus et elle est repartie avec nous, non sans avoir serré la main à tous les agents présents. On aurait dit qu’elle remerciait des hôtes qui l’auraient gentiment hébergée deux ou trois jours.

***

Ecrit d’après cette consigne de Joe Krapov (mille mercis!) et à l’aide des quatre débuts de chapitres suivants, toujours du même roman de Didier Decoin.

Source de la photo: Pixabay sur Pexels.com

26 commentaires sur « L comme lendemains »

  1. Dans le quotidien régional, il y avait toujours comme ça, outre les dessins humoristiques du professeur Nimbus, un feuilleton qui s’arrêtait pile là où le lecteur était en apnée…..et se faisait son cinéma. jusqu’au lendemain.
    Et n’oublions pas les auteurs dits « classiques » dont les écrits ont paru sous forme de feuilleton.
    Dame Adrienne nous fait le même effet…vivement demain.

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    1. la réalité dépasse souvent la fiction, d’ailleurs tu te souviens sûrement de ce précepte de Boileau, le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable 😉
      (ça me rappelle un autre fait divers, où c’était une grand-mère qui dealait, comme ça elle était sûre que son petit-fils avait de quoi se droguer sans avoir affaire lui-même à ce milieu ;-))

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