U comme une, deux, trois…

DSCI7132

– Le temps ne fait rien à l’affaire, se dit-elle. 

Sur la table, elle a étalé des lettres d’amour vieilles de plus de trente ans, qu’elle essaye de reclasser dans l’ordre chronologique. Elle a tout de suite mis la main sur la plus ancienne, la toute première, qu’elle connaît encore par cœur. 

– Le temps ne fait rien à l’affaire… 

Trois fois déjà au cours des années précédentes, elle a tout fourré dans un sac en plastique. Noir. Opaque. Elle a pensé les brûler, un soir d’automne, au fond de son jardin. Les déposer dans un parc à conteneurs, très loin de son domicile, dans un pays étranger. Les passer à la déchiqueteuse, tôt le matin, sur son lieu de travail. 

Chaque fois, au moment ultime, celle qui avait été la première, celle qu’elle connaissait par cœur, lui était tombée entre les mains. Jamais elle n’avait réussi à la brûler, la déchiqueter, la jeter. 

Non, le temps ne fait rien à l’affaire.  

*** 

12 ans que ces lettres lui brûlent les doigts 

il serait temps qu’elle s’en débarrasse 

tongue-out 

Et la valise de Folon, photographiée à la Brafa, est ici bien à sa place 🙂

 

27 commentaires sur « U comme une, deux, trois… »

  1. De toute façon, brûlées ou pas, elle sont dans ta mémoire.
    Cette mémoire étrange qui ferait licencier n’importe quel physicien des semi-conducteurs.
    Cette mémoire qui perd les données qu’on voudrait garder et ineffaçable quand on la voudrait vierge.

    J'aime

  2. Est-ce parce que je suis fatiguée, que le temps est gris, mais aujourd’hui, ton billet m’a tellement touchée qu’il m’a mis de la brume aux yeux.
    C’est tellement cela ! j’en perds le verbe

    J'aime

  3. Je ne sais que te dire, toi seule peut décider.
    Nous avons retrouvé dans les affaires de mon beau-père les lettres d’amour envoyées par son propre père lorsqu’il était fiancé à la future grand-mère du Nini. Des lettres écrites dans les années 1920.
    C’était très émouvant, et même si j’en étais un peu gênée, je n’ai pu m’empêcher de les parcourir. Qu’en aurait-il pensé? Mais ces lettres m’ont fait connaître et aimer cet homme décédé bien avant ma naissance.

    J'aime

    1. oui, j’ai aussi quelques lettres de la maman de mon père à son mari, celle que j’appelle la petite Yvonne et qui est morte quand mon père avait six ans, c’est vrai que c’est émouvant… mais dans mon cas ceux qui le trouveraient connaîtront les intéressés, je préfère qu’ils ne le trouvent pas 😉

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s