B comme belle au bois

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire: « Après ? »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
« Soit ; n’y pensons plus ! » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours. 

Victor Hugo – Vieille chanson du jeune temps, in Les Contemplations

Peinture de Peder Monsted et consignes chez Lakévio, que je remercie: Romance. Fraîche ou rance. Frais ombrages, amers ou doux secrets. On se découvre, on se frôle, les baisers se donnent ou se volent. En route pour l’été. Ou pour l’éternité… A vous de composer.

PS : Phrase à inclure dans votre récit : « Une absence totale d’humour rend la vie impossible. » (tirée de Chambre d’hôtel de Gabrielle Sidonie Colette.)

Le poème de Victor Hugo se suffit à lui-même: tout y est, même l’absence de cette pointe d’humour qui rend la vie plus légère… 🙂

34 commentaires sur « B comme belle au bois »

    1. je ne pouvais pas penser à autre chose, en voyant cette peinture, qu’au poème de Victor Hugo dans sa version chantée par Julos 🙂
      merci à vous et bonne journée, madame Chapeau!

      J'aime

  1. J’entendais la voix de Julos Beaucarne en lisant ces vers, qu’il m’a fait découvrir en les chantant. Et maintenant, je vais l’écouter… Bon mois de juin, savoure-le pleinement – dernières corrections !

    J'aime

  2. De Pétrarque à Aragon, j’ai remarqué que les poètes ont une caractéristique commune : Ils ont le feu au c… et usent d’un talent de baratineur confirmé pour arriver à leurs fins.
    Ce qui prouve qu’une langue habile est plus efficace qu’un œil de velours… 😉

    J'aime

  3. Comme je ne connaissais pas ce poème de Totor, j’ai cru que c’était toi qui en étais l’auteur ! Tu t’en es remarquablement tirée, d’autant plus que tu as cité la phrase de Colettesans avoir l’air d’y toucher ! Bravo !

    J'aime

  4. Je ne connaissais ni la version chantée (d’ailleurs je ne savais pas qui était Julos) ni le poème de Victor Hugo.(inculte je suis 😉 )
    Mais quelle fraicheur, quelle délicatesse dans ce poème…

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s