20 ans

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Bien des fois déjà l’Adrienne a dû vous parler de cette histoire de soupe qui a terni toute sa petite enfance.

Une anecdote qui pourrait servir de symbole à la faillite de ce genre d’éducation: obligée de finir l’assiette, même froide, enfermée dans le kot aux murs bleu turquoise – grand-mère Adrienne avait badigeonné les toilettes, la cave et le kot avec la même peinture à la chaux – mini-Adrienne s’est juré que quand elle serait grande…

Et elle a tenu parole.

Pendant vingt ans, à contrecœur et avec dégoût, elle a avalé sa soupe, l’ornement obligatoire de la gastronomie domestique flamande: jamais ne s’en est servie comme projectile, jamais n’a froissé l’amour-propre de la cuisinière.

Mais sur son ardoise mentale, elle traçait une barre, une par jour, qui la rapprochait de la venue de son prince sur son cheval blanc, celui qui la délivrerait.

Qui lui permettrait de jeter aux orties de l’histoire ce triste fleuron de l’art culinaire.

***

Ecrit sur mon canapé le vendredi 13 à quatre heures pour 13 à la douzaine avec les mots imposés: soupe – ternir – faillite – ortie – ornement – projectile – froisser – turquoise – ardoise – prince – canapé – et le thème était: vingt.

Photo d’une famille flamande – celle du grand-père maternel – élevée à la soupe quotidienne. 

25 commentaires sur « 20 ans »

  1. Ma mère prétendait qu’elle avait rendu visite à une branche de la famille de mon père (qui était d’origine flamande) où l’on mangeait la soupe en fin de repas « pour boucher les trous ». Mon père, en bon « zwijger » n’a jamais fait de commentaire sur la question. 🙂

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    1. faudrait lui demander… je ne sais pas si ça m’aurait laissé les mêmes traces s’il n’y avait pas eu l’enfermement dans ce réduit (parfois ça me rendait folle de rage et parfois j’avais envie d’être morte)

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      1. le comble c’est que ma propre mère, quand elle était enfant, refilait au chien ce qu’elle avait de trop dans son assiette…
        (mais ça, quand j’avais cinq ans, je ne le savais pas encore 😉 d’ailleurs m’en serais-je servie, de cet argument? probablement pas ;-))

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  2. Aucun réduit chez nous, heureusement… Sinon, nul doute qu’en plus du reste nous y aurions goûté.
    Ce sont des méthodes « d’éducation », si on peut dire cela, mais j’en doute, qui laisse des traces indélébiles !

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  3. Et dire qu’il y a des enfants (heureusement pour eux) qui aiment la soupe et même les épinards…
    J’ai été sauvée par la soupe aux tomates boulettes unox, et les crèmes poulet champignons ou asperges mais ça c’était à la maison.
    À l’école, les conteneurs de soupe dégageaient une odeur méphitique…
    Et dire qu’un bouillon ou un suprême peuvent être si bons…
    Bravo. Quel beau texte.

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  4. Les traumatismes d’enfance, je n’en parle pas souvent, comme s’ils n’existaient pas ou n’avaient pas d’importance. Peur de provoquer un trop grand débordement d’émotions sans doute.
    C’est sûrement mieux d’en parler, peut-être que ça aide à les évacuer…

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    1. cet après-midi j’avais la visite d’une amie, elle a une bonne douzaine d’années de plus que moi et ce n’est que maintenant qu’elle commence à « évacuer » des choses traumatisantes qu’elle a vécues comme jeune mariée (et qui lui donnent encore des cauchemars…) et elle me dit que ça lui fait du bien d’enfin en parler.
      Je la crois 🙂

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  5. En parler c’est un bon choix. L’important est la personne à qui l’on se confie. Chez-nous je ne me souviens d’aucune obligation face à la nourriture. On mangeait ce qui était servi et on aimait. Mais chez-nous l’autorité régnait. Les séquelles restent accrochées laissant des malaises forts déplaisants.

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    1. ce que je détestais surtout c’est quand, en hiver, il y avait des haricots secs dedans, ils s’étaient complètement défaits à la cuisson, je n’aimais ni cette ‘poudre’ de haricots blancs, ni ces peaux 😉
      mais surtout, on m’en donnait trop, j’en avais une assiette qui déborde, tout comme les adultes, alors que je n’avais que cinq ans

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  6. La famille et ses traditions obligatoires: quelle tyrannie!

    Fait vécu:

    J’ai un ami qui a 92 ans et pour dîner il ne mange que de la soupe, depuis des années. À chaque fois qu’il entend parler d’un aliment sain, il l’ajoute dans sa soupe. Je ne sais plus combien d’éléments contient sa soupe. Alors il raconte ce détail à son médecin.

    Le médecin: Mais monsieur, vous devriez manger autre chose que de la soupe.

    Mon ami: Mon ancien médecin me disait la même chose.

    Le médecin: Vous voyez que j’ai raison.

    Mon ami: Mon ancien médecin est mort, il aurait peut-être dû manger plus de soupe!

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