T comme traduttore…

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Aux pages 270-271 de l’épais volume relatant la biographie du petit Marcel – et en même temps c’est la fresque de toute une époque, de tout un milieu, avec autant de personnages que dans la Recherche elle-même – on peut lire ceci, concernant les efforts dudit Marcel pour traduire Ruskin:

Rien n’est meilleur, pour connaître un écrivain et se pénétrer de sa pensée, que de le traduire. Le simple effleurement de la page par l’œil, comme c’est le cas lorsqu’on lit un texte dans sa langue, est remplacé par l’application nécessaire au déchiffrage de phrases obscures, à la quête de certains mots dans le dictionnaire, et l’hésitation devant plusieurs termes entre lesquels il faut choisir, impose une lenteur favorable à la réflexion, à l’approfondissement de la signification de la phrase. En compensation de ces peines, il y a le plaisir d’avoir vaincu l’obstacle et de voir les mots s’ordonner suivant une logique, la pensée de l’auteur jaillir soudain, comme un rayon de soleil perçant les nuées. De là, d’ailleurs, à se sentir un peu l’auteur de ce qu’on vient de traduire, il n’y a qu’un pas que le disciple franchit parfois dans l’ivresse de sa trouvaille […]

C’est tellement vrai 🙂

A quoi j’ajouterais: plus le texte est bon, plus il y a de plaisir à le traduire!

(et inversement, bien sûr ;-))

 

27 commentaires sur « T comme traduttore… »

  1. Merci de tout coeur, comme tu dis, c’est tellement vrai (et si bien exprimé!!).
    Pour les poèmes, tu l’auras vu aussi, le traducteur se prend parfois pour l’auteur au point qu’il n’y a qu’une lointaine ressemblance avec le poème de base.;-)

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  2. Plus le texte est bon … Comme c’est vrai. À l’inverse, les textes médiocres, comme ceux que je traduis le plus souvent, demandent parfois une réécriture au moins partielle. Comment traduire « proprement » en gardant l’authenticité de l’original ? Corriger une prose malhabile, n’est-ce pas trahir l’auteur ? Je ne suis jamais satisfait de ces traductions-là. Mais en général, l’auteur ne lisant pas le français ne se rend compte de rien …

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  3. Si L’Adrienne devient adepte du petit Marcel, j’en connais un qui va hurler à la trahison. je vois d’ailleurs que c’est fait !

    Mettons en pratique ?

    « Rien n’est meilleur, pour connaître un écrivain et se pénétrer de sa pensée, que de le traduire. Ce n’est plus le simple effleurement de la page par l’œil comme lorsqu’on lit un texte dans sa propre langue. On s’applique plutôt au déchiffrage de phrases obscures, on cherche certains mots dans le dictionnaire et on hésite devant plusieurs termes : il faut choisir. Cela impose une lenteur favorable à la réflexion, à l’approfondissement de la signification de la phrase. En compensation de ces peines, il y a le plaisir d’avoir vaincu l’obstacle et de voir les mots s’ordonner suivant une logique. La pensée de l’auteur jaillit soudain, comme un rayon de soleil perçant les nuées. De là, d’ailleurs, à se sentir un peu l’auteur de ce qu’on vient de traduire, il n’y a qu’un pas que le disciple franchit parfois dans l’ivresse de sa trouvaille […] »

    Génial ! 😉

    Ce n’est pourtant pas compliqué de leur dire aux asthmatiques : « Respirez ! Finissez vos phrases ! Mettez des points ! La ponctuation n’est pas faite pour les Jackie Russell ou pour les bassets artésiens ! »

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    1. Ma chienne, dans l’impossibilité de se connecter en raison des méandres circonvolutoires de la connectvité wordpressienne me prie de te transférer le commentaire suivant :
      « C’est qui ce Picard bretonnant qui dénigre les enfants de ma race et les copains ? Il a pas lu Saramago ou quoi ? T’en foutrai des apostrophes, mwouah ! »

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      1. « oh! bichette! », comme ils disent dans la région de mon frère
        (et chez belle-sœur-de-mon-cœur ils disent « bosseigne » mais je ne sais pas comment ça s’écrit ;-))

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  4. Ravie de te savoir dans des heures proustiennes, Adrienne. Bel extrait : c’est ainsi que j’ai réessayé de lire « Les Vagues » de Virginia Woolf sur le blog d’une traductrice qui commentait son travail sur le texte de jour en jour… mais j’ai fini par abandonner au bout de quelques semaines, c’était un peu fastidieux.
    Passe une bonne journée, c’est gai, cette grande lumière, même s’il fait froid.

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