F comme filou, filoute

photography of person peeking

C’est en soulevant le couvercle de la photocopieuse que Madame a découvert avec stupéfaction que le papier qui se trouvait dessous lui appartenait: c’était bien sa liste de « vocabulaire utile » à la compréhension des mots argotiques dans Oscar et la Dame rose. Bizarre, se dit-elle.

Deux élèves frappent à la porte de la salle des profs, ils doivent rendre leur dernière interro de français, après l’avoir corrigée. Tiens, se dit Madame, ma collègue fait du recyclage! C’était une interro que Madame avait donnée il y a une dizaine d’années. Bizarre, tout de même, se dit-elle.

Madame aide parfois des élèves qui ont des difficultés avec le français. En ouvrant leur syllabus de cours, elle constate que seule la page de couverture est différente: tout le reste a été puisé chez elle. Jusqu’aux exercices de grammaire où chaque phrase a été inventée par elle. C’est quand même fort, se dit-elle. 

Au moment des oraux de juin, Madame trouve des liasses de notes de cours. En les feuilletant pour voir à qui les rendre, elle voit que toutes les photocopies viennent de son propre syllabus de littérature française. On me prend vraiment pour un pigeon, se dit-elle.

Pas besoin de chercher la taupe, de lever les masques ni de prendre des empreintes digitales pour élucider cette affaire d' »espionnage scolaire »: on sait quel prof enseigne à quelles classes.

Il y a ceux à qui Madame a donné avec plaisir tout ce qu’elle avait à donner. C’était en filières techniques et professionnelles.

Et il y a ceux qui d’un air hautain lui ont dit qu’ils étaient expérimentés et qu’ils n’avaient besoin de rien.

Bien sûr! Ils avaient déjà tout 🙂

***

texte écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: couverture – espionnage – taupe – filou – masque – empreinte – pigeon

Photo de Noelle Otto sur Pexels.com

45 commentaires sur « F comme filou, filoute »

  1. C’est le principe de base du capitalisme : Utiliser et vivre du travail des autres…
    Si possible sans demander à celui qui l’a fait ce qu’il en pense. 😉

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      1. Bref, dans tous les cas on se passe de notre avis et on nous parle de « démocratie » chez les uns et de « pouvoir du peuple » chez les autres…

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  2. et oui le pillage entre prof existe malheureusement, et pas seulement les copies et devoirs mais les idées pédagogiques que l’on s’attribue ensuite avec succès et félicitations. J’en ai été victime… Mais pas grave pourvu que les élèves apprennent. avec le sourire

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  3. Et oui les « profiteurs » existent dans toutes les professions !
    J’en ai connu une qui déléguait tout leur boulot aux « CES » (Contrat Emploi Solidarité), lorsque c’était bien fait, elle acceptait les félicitations, et si il y avait un problème elle « dénonçait » l’incompétence de la CES, laquelle en emploi précaire n’avait aucun moyen de se défendre…

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  4. Ha ha, tu as parfaitement exploité ta réserve de mots, on y croirait ;-).
    Comme toi, j’ai partagé des notes avec certaines, comme on l’avait fait avec moi en début de carrière, mais c’est très révélateur quand on découvre ce genre d’emprunt sans vergogne et sans le dire. Cela prouve que tu avais fait du très bon travail, en fait.

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  5. Evidemment je n’ai pas prêté attention au fait que qu’au lieu du Gout-des-autres, ce crétin de système change régulièrement pour mes données perso…
    Si tu voulais bien Adrienne…
    Je suis désolé, j’essaierai de ne plus le faire…

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    1. je me demandais si tu le trouvais encore important, j’ai déjà fait ce changement ces trois derniers jours sans que tu le demandes donc aujourd’hui je me suis dit que peut-être ça t’était égal 😉

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    1. ce n’est pas seulement question d’imagination, c’est un gros boulot, ça prend des heures, des jours, toute une vie, en fait! tout ce que je lisais, tous les dépliants quand j’étais en France, un slogan, une affichette, une publicité, une BD… tout absolument tout est « exploitable » en cours de FLE mais ça demande un boulot énorme.
      ou alors on prend un manuel tout fait 🙂

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  6. Dans l’Education Nationale, comme partout, il y a ceux qui se donnent à fond, quitte à arriver au Burn Out, et il y a ceux qui profitent, qui se la coulent douce.
    J’ai beaucoup apprécié ton texte

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    1. c’est du véridique.
      l’une avait deux ou trois ans de plus que moi et n’avait qu’à se servir (j’ai eu ses filles en classe et les trois enfants de sa sœur)
      l’autre demandait simplement à des anciens élèves de lui passer mes cours

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  7. Je comprends que ce doit être blessant de se sentir voler comme ça sans vergogne. Mais tu dois être trop gentille pour leur infliger aux copieurs la soufflante qu’ils méritent…

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  8. Ce genre de pratiques me laisse sans voix, mais c’est sans doute parce que je suis d’une incorrigible naïveté.
    Se donner des coups de mains, partager/échanger des ressources entre collègues, je trouve ça très normal. Mais pomper comme ça le travail de quelqu’un d’autre sans rien demander, c’est du vol. Je comprends ton agacement!

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  9. Ah, la vie d’école !!! Je me suis toujours demandé comment il était possible d’enseigner quoi que ce soit correctement en copiant le travail des autres. Moi, je n’ai jamais pu.

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    1. moi non plus… les dix premières années, mon mari était mon collègue de français, il utilisait mes préparations et je faisais ses corrections (LOL que personne ne se moque SVP) mais le contraire était impensable (faut que je gère tout moi-même ;-))

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      1. ça dépend quoi… j’étais toujours si impatiente de voir si mes élèves avaient bien su que je corrigeais tout le soir même mais ce que je détestais corriger c’était l’expression écrite: même avec un bon barème et des critères d’évaluation clairement définis, j’avais encore peur de commettre une injustice et je refaisais tout deux fois, pour être sûre que je n’avais pas été plus sévère avec les premières copies qu’avec les dernières 😉

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  10. Filou, filoute sont, pour moi, des mots gentils souvent précédés de l’adjectif petit.e pour parler de jeunes enfants tentant d’obtenir plus de bonbons que leur part, de doubler dans la file pour un tour de manège ou quelque chose dans le genre.
    J’ai beaucoup aimé votre réponse au commentaire de Caro où vous dites avoir beaucoup réfléchi à ce qui serait la bonne réaction et, n’ayant pas trouvé, avoir rien dit. Parfois, même en ne comprenant pas de tels actes et malgré la blessure, je trouve sage de ne pas « s’abaisser » à en parler aux voleurs/voleuses qui, je pense, en plus d’être malhonnêtes, peuvent avoir l’art de retourner la situation. On peut se sentir encore plus mal car on sait bien qu’ils mentent et, d’une certaine façon, nous obligent à faire semblant de les croire pour sortir d’un moment pénible.
    Bon dimanche.

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    1. c’est vrai, j’ai choisi ce mot comme titre pour rendre la chose un peu plus légère 😉
      et vous avez raison aussi dans votre analyse, elles m’auraient fait encore plus mal, comme celle dont j’ai eu la fille en classe pendant 4 ans, elle a choisi de faire les mêmes études que moi (philologie romane): un jour que sa mère évoquait je ne sais plus quelle matière, je lui ai dit « tu trouveras tout ça dans les cours de S*** » – je savais qu’elle les utilisait ! – et elle m’a répondu: « oh! S* a jeté tout ça à la poubelle »

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  11. Oh comme c’est moche la tricherie !
    Oui, je suis un peu en retard dans mes lectures des défis, mais j’apprécie toujours me retrouver ici, c’est vivant, issu du réel, et léger ou gai malgré tout
    Belle fin de semaine Adrienne 😉

    Aimé par 1 personne

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