L comme Léon

67f7b-255579498

– J’aime ton prénom, dit Madame au petit garçon qu’elle a devant elle pour la toute première fois. C’était le prénom de mon papa.

Petit Léon est un de ces nombreux enfants qui, bien que son école ait rouvert ses portes, n’y retourne pas.
Parce que les locaux ne sont pas extensibles et qu’il n’y ni locaux ni personnel en réserve pour recevoir tous les élèves en respectant les normes de distanciation. Ils sont 28, dans sa classe.
Parce qu’il faut donner la priorité à tous ceux qui pendant trois mois n’ont rien fait. Ou si peu.
Parce que, comme a dit la maîtresse à la maman du petit garçon, il est bien suivi à la maison et peut donc continuer encore un peu à se débrouiller sans son aide.

Et oui, à la maison, il est bien suivi.

Autour de la table où sont étalés ses devoirs, il y a papa, maman et le grand frère.
Chacun donne son avis sur ce qu’est une « phrase déclarative négative ».
Personne n’est d’accord.
Tout le monde s’énerve.
Petit Léon pleure.

– Je vais devenir folle, dit la maman à Madame. Vous le savez, vous, ce que c’est une « phrase impérative négative »?
– Amenez-le-moi, dit Madame, on va voir ça ensemble.

Après les devoirs, Madame ramène le petit Léon chez lui.

– Ça, c’est mon école, dit-il alors qu’ils passent devant.
– Ça ne te manque pas trop, l’école? demande Madame.
– Si! un peu quand même! fait-il avec une conviction qui dément le « un peu ».

Puis il se lance dans des explications très compliquées de récrés séparées, de réfectoire en plusieurs temps, de circulation comme ceci et comme cela et Madame en conclut une nouvelle fois qu’elle a pu prendre sa retraite juste à temps.

45 commentaires sur « L comme Léon »

  1. Oh oui, une grande chance!
    Maintenant qu’on sait que les enfants ne sont pas, ou pratiquement pas transmetteurs du virus, on pourrait souhaiter des milliers de dames Adrienne pour aider ces enfants, ces familles.
    Bon dimanche à tous.

    J’aime

  2. Madame a eu du nez.
    Ici, le bruit court que si les enfants ne retournent pas en classe, c’est parce que les profs sont des fainéants. C’est même un ministre qui le dit.
    Moi aussi, je me réjouis que ce soit de l’histoire ancienne et pouvoir regarder ça de loin.

    J’aime

  3. Ah, l’apprentissage en famille, pour la joie des parents et des enfants 🙂 Certainement que les salaires des profs vont augmenter après le coronavirus, car les profs sont devenus des héros. Je plaisante, bien sûr.

    J’aime

    1. tu crois? une question ne s’appelait pas « une phrase interrogative », dans le bon vieux temps?
      il devait savoir reconnaître si la phrase était un impératif, une question ou une déclaration.
      (pour moi la seule différence c’et la phrase déclarative, qu’autrefois on appelait « affirmative », il me semble ;-))

      J’aime

      1. Les jargons se succèdent, reste la langue qui ne se laisse pas aisément mettre en boîte. Et les enfants toujours aussi perdus devant ce charabia dont ils n’entrevoient bien souvent ni le sens ni l’utilité.
        Bon, alors, c’est quand qu’on va où ?

        J’aime

      2. Tout à fait.
        Quand on voulait faire simple
        – « une phrase déclarative affirmative » était une affirmation.
        – « une phrase déclarative interrogative » était une question.
        – « une phrase déclarative impérative » était un ordre.
        Mais que veux tu, quand on n’est plus « incapable de » ou qu’on « ne peut pas » mais « en situation d’incapacité de » … hein 😉

        Aimé par 1 personne

    1. moi aussi 🙂 mais les élèves y tenaient beaucoup: après que je leur avais dit qu’il pouvait disparaître d’un tas de mots, ils ont tenu à continuer à l’écrire (en classe avec eux j’appelais ça un chapeau chinois ;-))
      alors ça donnait ce genre de conversation:
      – Je vois que tu es un adepte du chapeau chinois?
      – oui, je trouve ça joli 🙂

      J’aime

      1. Eh oui, il sert…
        En remplaçant « je rêvais d’une femme qui fût belle » par « je rêvais d’une femme qui fut belle », on vient juste de lui coller trente ans de plus, un coup à prendre gifle si on pense lui avoir envoyé un tendre poulet…
        Et puis m… ! La beauté de la langue écrite, ça existe aussi !

        J’aime

      2. c’est tout le problèmes des réformes successives qui ont été proposées: on veut ‘simplifier’ mais on est chaque fois obligé de créer de nouvelles exceptions, comme pour l’accent grave dans la conjugaison de certains verbes en -er…
        c’est le cas aussi pour l’accent circonflexe, qui pouvait disparaître sauf là où il servait à faire la différence, comme dans la conjugaison du verbe croître, chaque fois qu’une forme est identique à celle du verbe croire…
        conclusion: on ne simplifie rien du tout 🙂

        J’aime

      3. Ce qui me chiffonne dans ces réformes qui semblent surtout proposées pour limiter les « catastrophes de dictées » c’est que ceux qui ne faisaient pas de fautes vont en faire et ceux qui en faisaient vont en faire d’autres.
        Qu’on laisse l’évolution diachronique de la langue faire, elle le fait très bien seule.
        On est pressé à ce point ?

        J’aime

  4. Je ne connaissais pas non plus la phrase déclarative.
    Je me souviens du fils aîné de Zhom (40 ans cette année), utilisant des mots de grammaire que je n’avais jamais entendus, tout cela pour justifier l’orthographe d’un verbe au participe passé, sur lequel il faisait une erreur 🙂
    Alors que les parents puissent être paumés, ne m’étonne pas.
    Tu aurais peut être dû donner un cours à tout le monde 🙂
    Bon dimanche Adrienne.

    J’aime

    1. comme j’ai dit à la maman, la grammaire du français, c’est mon biotope, chacun sa spécialité, chacun son truc 🙂
      et les notions qu’on en donne aux enfants, c’est surtout pour qu’ils aient « des portemanteaux » auxquels accrocher les règles et surtout la mise en pratique des règles…
      en effet, l’accord du p.p. en est un bon exemple 🙂

      J’aime

      1. comme prof de FLE je ne sais que trop bien à quel point le français est une horreur grammaticale, dès que tu as enseigné un nouveau truc à tes élèves, tu dois y ajouter une exception, et quand ils ont assimilé l’exception, tu dois leur dire ‘attention, on n’est pas au bout de nos peines’ parce qu’il y a aussi tel ou tel cas particulier et l’exception à l’exception…
        c’est ce que les francophones appellent ‘la richesse de la langue’ 😉

        J’aime

      2. Ce n’est pas une richesse, c’est une dictature venue d’un autre temps, et qui se perpétue comme une malédiction de génération en génération.

        J’aime

      3. non, être compliquée et pleine d’exception, ce ne sont pas des critères qui font la richesse de la langue, surtout si ces complications sont la suite de choix faits dès le 16e siècle pour tenter de prouver que le français est bien une langue issue du latin 😉

        J’aime

    1. non ce n’est pas pour l’école, c’est via une plate-forme de ma ville qui avait fait appel à des bénévoles, ce qui explique que ces élèves d’un nouveau genre (pour moi) soient souvent des petits de 7, 8 ou 10 ans 😉
      pas du tout mon public habituel!

      J’aime

  5. C’est bien que tu sois là pour le petit Léon. Mais c’est navrant de le savoir privé d’école.
    Cette situation me laisse perplexe. Ici les écoles ont repris depuis plus d’un mois, pour tous les enfants. Les cas de covid n’ont pas explosé pour autant. Des mesures sanitaires ont été mises en place mais elles sont acceptables pour les élèves comme pour les enseignants.
    Ce que j’apprécie le plus, c’est d’avoir vu (presque) disparaître le climat d’angoisse et de suspicion qui a régné les premières semaines de la pandémie. Je préfère prendre le risque de tomber malade plutôt que ça.

    J’aime

    1. est-ce qu’en Suisse les enfants de l’école primaire et secondaire peuvent se retrouver au coude à coude, comme « avant »? ici c’est uniquement en maternelle que les contacts physiques sont autorisés… mais ces distances imposées font que les locaux ne sont pas assez grands, ce qui peut poser problème pour les écoles qui n’ont pas assez de grands espaces à disposition pour y installer des classes « post covid »…
      d’autre part, de nombreux parents hésitent encore à envoyer leur enfant à l’école, mes anciens élèves instits n’ont pas encore leurs effectifs au complet et il faut de grands efforts de persuasion envers certaines mamans 😉
      par contre, il a déjà été décidé qu’en cas de seconde vague, on ne fermerait plus les écoles…

      J’aime

      1. Pour les cycles 1 et 2 (de 4 à 12 ans), les classes ont repris une configuration habituelle (les 2 premières semaines, les enfants étaient en demi-classe). Au collège aussi, mais les enfants ont repris 2 semaines plus tard. Quant aux lycées, ils viennent de rouvrir mais avec plus de contraintes sanitaires et avec peu d’heures de cours.
        Ici les parents qui s’estiment à risque (ils doivent le justifier je crois) peuvent garder leurs enfants à la maison mais le pourcentage est faible.
        J’ai apprécié le côté modéré des mesures prises en Suisse. Il me semble qu’un climat trop anxiogène est encore plus délétère que le virus.

        Aimé par 1 personne

      2. Depuis le 3 juin pour les maternelles et depuis le 8 juin pour les primaires, les enfants wallons peuvent aussi retourner à l’école quasi normalement, la principale contrainte sanitaire à respecter étant le non mélange des groupes classes. Pour y arriver, on a décalé les heures d’entrées et les sorties des classes. (par exemple, certaines classes commencent à 8h 20; d’autres à 8h 30…); les enfants ne vont plus à la récréation tous au même moment, on a également placé des barrières dans les cours pour que les enfants des différentes classes ne jouent pas ensemble, on mange le repas de midi en classe et plus au réfectoire…
        Bref, rien de trop anxiogène non plus, mais comme partout, certains enfants ne sont pas rentrés.

        Aimé par 1 personne

      3. oui comme dit Mme Chapeau chez nous aussi les mesures ont été peu « anxiogènes », on a pu continuer à se promener etc etc
        au début beaucoup chez nous en Flandre admiraient le modèle suédois (pas de confinement) mais maintenant il apparaît clairement qu’ils avaient tort

        J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s