Première rencontre

Les Belges, selon les dires de Tshiamuena, avaient débarqué dans son patelin à la faveur des vaccins contre la varicelle. Quatre ou cinq médecins stagiaires qui devaient traiter une centaine de mômes. Alors qu’elle vadrouillait dans son village, elle était tombée nez à nez avec l’un d’eux. – Tu as quel âge? Elle n’avait pas su comment réagir. Elle avait souri du bout des lèvres. Tout en tremblant de peur, elle s’était efforcée de soutenir le regard de l’homme. Depuis sa naissance, c’était la toute première fois qu’elle croisait un Blanc. Ses parents, ses oncles, ses tantes, ses nièces, ses cousins, également. Comme la majorité des gens de son village. […]

Lorsqu’un marchand, en rentrant de ses pérégrinations, avait confirmé non sans tristesse que les Blancs se servaient de morceaux de métal pour manger, il avait déclenché une hilarité sans précédent. Pendant plus d’une année, lorsque le type revenait sur ce fait divers, on s’éclatait jusqu’à rouler par terre. […]

Comme l’homme blanc arrivait par la mer, le fleuve ou l’océan, des rumeurs circulaient selon lesquelles c’était un animal marin qui après des années de solitude et de putréfaction corporelle s’était décidé à sortir des eaux à la recherche d’une vie meilleure sur terre. On assimilait l’homme blanc à un revenant ou même à un ancêtre – succombé par noyade ou de mort naturelle -, qui à l’issue d’un séjour aquatique prolongé avait perdu la couleur de sa peau […]

Fiston Mwanza Mujila, La Danse du Vilain, éd. Métailié, 2020, p.69-71

Le premier billet sur ce livre est ici.

20 commentaires sur « Première rencontre »

    1. oui il y a pas mal d’autodérision, je me suis souvent dit en le lisant que si un « blanc » osait écrire ça à propos du Congo, il se ferait lyncher 😉
      (pas pour cet extrait-ci mais pour tant d’autres où il s’agit de la situation politique et économique)

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    1. je sais que c’est un ‘hot topic’ en ce moment mais pour moi il n’y a aucun racisme à appeler un noir un noir ni un blanc un blanc
      (et vu que j’ai beaucoup de suite dans les idées, je trouve choquant d’appeler un asiatique ‘jaune’ ou un de traiter le ‘native american’ de peau rouge ;-))

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      1. Sans compter les métis, comment s’y retrouver avec toutes ces nuances de jaune plus ou moins pâle, de rouge tirant sur le rose, de chocolat mêlé de plus ou moins de lait … Ne serait-il pas plus simple de dire « les gens » et de les appeler simplement par leur nom ?

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  1. J’aime comme les gens se creusent la tête pour trouver une explication à un phénomène nouveau… On aurait pu dire aussi que les blancs n’avaient pas assez cuit au four quand on les a fabriqués. 😉

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  2. Et voilà pourquoi on va à la mer tous les étés ! Pour bronzer ! Pour retrouver et faire entrer dans l’Histoire l’homme africain qui est en nous !

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