H comme horribilis

A l’époque des faits, l’Adrienne s’était retenue d’en parler.
Trop proche.
Trop concernée.
Trop horrifiée.

En classe, jusqu’à il y a un peu plus d’un an, elle a toujours eu des élèves de toutes les confessions.
Des athées et des musulmans.
Des catholiques plus ou moins convaincus.
Des orthodoxes grecs. Russes.
Une famille juive.
Elle en oublie sûrement.

En classe chaque année elle faisait lire Voltaire.
Et chaque année ce beau poème d’Abdellatif Laâbi: Les tueurs sont à l’affût.

Puis hier matin elle lit que tout cet horrible engrenage qui a conduit à l’assassinat d’un prof français a été mis en branle à cause d’un mensonge.

Qu’une gamine de 13 ans a menti à son père.

Et que c’est sur la base de ce mensonge que tout le battage est parti.

Jusqu’à ce que mort s’en suive.

***

Enseigner l’esprit critique, qui fait qu’on vérifie, qu’on réfléchit, qu’on ne saute pas sur la première rumeur venue… Il n’y a rien de plus difficile.

40 commentaires sur « H comme horribilis »

      1. Le blanc non plus m’ont gentiment expliqué des élèves venus d’Afrique pour étudier chez nous.
        🙂

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  1. La rumeur ça peut provoquer des drames…Comme dit Calogero dans sa chanson  » la rumeur »
    « C’est un arbre sans racines
    À la sève de venin
    Avec des feuilles d’épines
    Et des pommes à pépins »
    J’ai été profondément choquée par cet assassinat 😦

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  2. Avec les réseaux sociaux, les rumeurs, les fausses informations ont la vie belle !
    Quand le mensonge s’en mêle, et que cela aboutit à un assassinat, c’est révoltant doublement.

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  3. Croyant en la vertu de l’exemple, je me demande comment on est surpris qu’une gamine ne prenne pas plus le temps de la réflexion que nombre de journalistes.
    Cette pauvre môme n’aura jamais assez de toute sa vie à se ronger les ongles pour ce qu’elle a fait.
    Alors que la tendance est à oublier que les parents sont responsables de leurs enfants et de ce qu’ils leur enseignent.

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      1. Le père est alors le responsable.
        Il a failli à son devoir.
        L’éducation, c’est le respect, pas la peur.
        Le premier boulot c’est d’enseigner le respect mutuel et les limites de la liberté.

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      2. Très juste Dame Adrienne, je l’ai vécu, j’ai du mentir aussi, ho pas ce genre de mensonges avec de graves conséquences, mais des mensonges quand même… Je n’étais pas fière, mais c’était une question de survie.

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  4. Exactement, et je trouvais cela si injuste d’en arriver là pour tout compte fait, s’épargner un coup dans la figure. Mais à la longue, on ne supporte plus les coups, on essaie de les éviter.
    Juste se donner la chance de pouvoir revoir le lever du soleil après la tempête…

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  5. Pourquoi les religions qui devraient mener à la solidarité et l’amour des autres, conduisent-elles toujours au fanatisme et ceci, partout dans le monde ? Le mensonge ajoute encore à l’horreur mais ne change rien sur la forme. Il a été assassiné par des fanatiques ! Ce sont ceux qui ont tué les coupables !

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      1. ça me semble très humain, le « je doute donc je suis » me semble au moins aussi pertinent pour la condition humaine que la formule de Descartes 😉

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  6. Un peu d’espoir peut-être? En remplaçant Paris par la civilisation?
    .

    Pendant qu’il est encore temps – Nâzim Hikmet
    Publié le 13 décembre 2015

    « Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,
    pendant qu’il est encore temps ma rose,
    Pendant que mon cœur est encore sur sa branche.
    Me voici, par une de ces nuits de mai,
    t’appuyant contre un mur du quai Voltaire
    il me faut t’embrasser sur la bouche.
    Et puis, tournant vers Notre-Dame nos visages,
    il nous faut contempler la rosace.
    Soudain tu devras
    te serrer contre moi ma rose,
    de peur, de surprise, de joie,
    et tu devras pleurer silencieusement.
    Les étoiles bruineront,
    très fines, se mêlant aux lignes de la pluie.
    Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,

    Pendant qu’il est encore temps ma rose,
    pendant que mon cœur est encore sur sa branche.
    En cette nuit de mai sur les quais il nous faut aller,
    sous les saules, ma rose,
    sous les saules pleureurs trempés.
    Je dois te dire les deux plus beaux mots de Paris,
    les plus beaux, ceux qui ne mentent pas.
    Puis, en sifflotant,
    il me faut crever de bonheur
    et nous devons croire aux hommes.
    Là-haut les immeubles de pierre
    s’alignent sans coins ni recoins
    et leurs murs en clair de lune
    et leur fenêtres bien droites dorment debout,

    et sur l’autre rive, le Louvre,
    sous le feu des projecteurs,
    illumine pour nous notre palais de cristal…
    Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,

    Pendant qu’il est encore temps, ma rose
    pendant que mon cœur est encore sur sa branche.
    En cette nuit de mail, sur le quai devant les dépôts
    nous devons nous asseoir sur les bidons rouges.
    Le canal en face pénètre dans l’obscurité.
    Une péniche passe,
    Saluons la, ma rose,
    Saluons la péniche à la cabine jaune,
    S’en va-t-elle vers la Belgique ou la Hollande?
    A la porte de là cabine
    une femme au tablier blanc
    sourit avec douceur.

    Pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    avant que Paris ne soit brûlé et détruit,
    pendant qu’il est encore temps, ma rose,
    Peuple de Paris, peuple de Paris
    ne laisse pas détruire Paris.

    13 mai 1958

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    1. en ce moment je ne peux m’empêcher de penser que Paris a beaucoup moins à craindre que le millier de chênes centenaires qui seront abattus pour reconstruire Notre-Dame « à l’identique » au lieu de choisir des structures en béton ou en métal comme à Reims ou à Chartes…

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      1. Le pire ?
        De toute façon ces chênes auraient été abattus au profit de pin douglas qui poussent si vite et sont si rentables.
        Quand tu penses qu’il ont un an, qu’ils finissent devant une cheminée, décorés puis réduits en scieur pour faire de l’agglo qui finit en étagères de mauvaise qualité…

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  7. Enseigner l’esprit critique est l’affaire des parents ET des enseignants. Et cela doit commencer très tôt et dans tous les domaines. J’ai travaillé avec un auteur de manuels scolaires du primaire qui introduisait toujours des problèmes de maths dans lesquels, par exemple, l’huile en promotion en tête de gondole par trois litres était plus chère au litre que celle vendue en rayon par un litre. Et c’est transposable à bien d’autres matières (même en géographie, on peut faire mentir les chiffes).
    Je dévie un peu, mais je vous conseille de regarder ce très remarquable travail d’une classe sur les théories du complot : Le complot chat (sur Youtube).

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    1. et prendre conscience de nos propres préjugés, puisqu’on en a tous, qui font qu’on sera plus ou moins critiques envers certaines choses et que pour d’autres on aura tendance à les minimiser/leur trouver des excuses

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  8. Sans vouloir mettre de l’huile sur le feu , l’école n’aurait-elle pas pu intervenir dans l’enquête et donner cette information capitale, l’absence de cette adolescente ?
    Ce drame met aussi en lumière la dangerosité des réseaux sociaux, les fausses informations véhiculent beaucoup trop vite…

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    1. oui en lisant l’article envoyé pat Tania, je me suis dit que l’école aussi finirait au banc des accusés (et pas seulement pour son manque de soutien envers un de ses profs)

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