W comme wallon

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image de la consigne du Défi du samedi – merci à Walrus!

Ce devait être au début des années septante quand le téléphone a été installé: les nouveaux voisins ne s’appelaient plus Albert et Julia et ils n’avaient pas le téléphone.

On avait quitté le numéro 17 et la rue de grand-mère pour une maison où mini-Adrienne ne s’est jamais sentie chez elle.

Mais on avait le téléphone 😉

Ainsi qu’une porte de derrière et une porte de devant.

Sauf que ni l’une ni l’autre n’était située à l’avant ou à l’arrière – vu qu’elles étaient toutes les deux sur les côtés – et que tout le monde utilisait la porte de derrière, même les visiteurs, alors que seule celle de devant avait une sonnette.

Bref, un jour le voisin frappe à la porte de derrière et demande s’il peut utiliser le téléphone.

Bien sûr qu’il peut.

Le brave homme parle si fort dans le combiné que dans la pièce d’à côté, on peut suivre la conversation.

Sauf que mini-Adrienne n’y comprend rien du tout.

– Allô? ici c’est Devlé-Chauvert! répétait-il.

– Pourquoi il dit Devlé-Chauvert? demande-t-elle à sa mère.

– C’est parce qu’il téléphone en Wallonie.

C’est ainsi que mini-Adrienne a appris trois choses: que le voisin, qui ne connaissait pas un mot de français, s’exprimait assez couramment en wallon, qu’il adaptait son nom de famille – Devleesschouwer – à son public, et que s’il était maigre comme un clou et crachait ses poumons, c’est parce qu’il avait travaillé dans le Borinage comme mineur de fond.

27 commentaires sur « W comme wallon »

      1. Mini-Adrienne n’était donc plus si « mini » que ça…
        [ « ou » aurait été mieux que « où », désolée. ]

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      2. mais il m’a appris encore une autre chose, à l’époque, c’est que tous les mineurs n’étaient pas exposés pareillement au danger pour le poumon et que lui était en première ligne, à « ouvrir la voie », à quatre pattes ou à plat ventre s’il le fallait… et qu’il le faisait parce que c’était mieux payé.
        (je n’ai jusqu’à présent jamais vérifié, pourtant j’ai visité une ancienne mine avec mes élèves)

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  1. Cette photo me parle et tes mots tout autant.
    Moi, la petite fille âgée de 9 ans qui habitait une maison modeste de mineur et qui avait pour horizon le chevalement du charbonnage Saint-Théodore à Dampremy…Que de bons et doux souvenirs !
    Merci Adrienne.

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    1. on est obligé de le prononcer ‘à la française’
      du coup ça le rend souvent incompréhensible pour une oreille flamande
      (j’ai parlé déjà je crois du jour où dans l’auto, en France, à la radio, il était question de Philippe Air-Vaigue et ni mon mari ni moi ne comprenions qu’il s’agissait de Philippe Herreweghe…)

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  2. Avec l’air de ne pas y toucher, comme toujours, un très bel hommage.

    Une petite krapoverie par-dessus ?

    – Allô ? Ici Deuxmesses-Mécoeure ! Passez-moi le dénommé Gaston, j’ai deux mots à lui dire !

    Aimé par 1 personne

  3. Quand on voit la méchante fumée noire de la photo ça aussi c’est pas rassurant pour les poumons. Pauvres petits êtres humains pris dans un tel engrenage… si loin de notre véritable nature. Vous avez ce don de nous amener à réfléchir.

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