Premiers contacts

Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.

Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:

– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.

Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin.
Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.

Autre province, même topo.
Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience.
Mais on avait compris.

Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:

– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?

La tête du pauvre homme!

Elle en rit encore 🙂

***

texte inspiré par la consigne du défi du samedi où Walrus proposait le mot misogyne.

***

la photo d’illustration vient d’une expo de l’université de Gand où la première étudiante a été inscrite en 1882.

24 commentaires sur « Premiers contacts »

  1. Jamais fait de telles rencontres. Quand on travaillait dans un athénée, on y était envoyé par l’administration et le préfet ou la préfète n’avait rien à dire.

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  2. Belle évocation ! Elle me rappelle une gloire de notre plaine des Vosges qui mérite d’être connue au-delà des frontières : la bien nommée Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France
    (https://fr.wikipedia.org/wiki/Julie-Victoire_Daubi%C3%A9).
    Personnalité admirable qui, ses portraits ne laissent aucun doute, menait son monde à la baguette et qui n’avait pas peur de critiquer le niveau des enseignants des premières écoles de filles.

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    1. justement, le pauvre homme qui a fini par m’engager et à qui j’ai demandé si ça ne lui faisait pas peur, une femme, niveau discipline et tout ça, j’ai su par après qu’il n’avait qu’une seule femme dans sa vie: sa mère 🙂

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    1. ces « premiers contacts » ont fait que pendant toute ma carrière j’ai bien observé que ceux qui avaient des problèmes de « discipline » étaient souvent des hommes 😉

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  3. Tartuffe ne s’y était pas trompé qui demandait à Laurent de serrer sa haire avec sa discipline.

    Comment ? C’était « Laurence » dans le texte original ? Au temps pour moi ! 😉

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  4. Ce que j’ai connu, moi, au boulot :
    J’avais envie de changer de mon département informatique pour travailler dans des domaines plus pointus. Le directeur du département que je visais m’avait dit : « c’est qu’il y a déjà beaucoup de femmes dans le département… » . Je lui ai répondu : « ça ne me dérange pas, je ne suis pas misogyne ». Il n’a pas osé me refuser d’entrer chez lui.
    Le même, lors d’une réunion : « ah non, on ne va placer deux femmes côte à côte, ça va se chipoter… ».
    Et en général, quand deux hommes ne sont pas d’accord, ils débattent. Quand il s’agit de deux femmes, elles se crêpent le chignon. Voilà, ce genre de choses… Mais bon, j’ai survécu! 😉

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    1. c’est tout aussi frustrant!
      j’ai eu cette réponse aussi, « on préfère quelqu’un d’expérimenté », et c’était aussi en rapport avec ce fameux problème de la « discipline », ahlala…

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  5. Comme c’est étouffant tous ces concepts et préjugés qui perdurent encore. J’ai bien aimé votre question « vous n’avez pas peur pour la discipline » juste à la question il avait sa réponse.

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    1. c’est frustrant quand on cherche du boulot…
      et aujourd’hui que le métier s’est presque totalement féminisé, vous avez des directeurs/trices qui vont privilégier le candidat masculin uniquement parce qu’il est un homme… dans une tentative désespérée de « rétablir un équilibre » perdu pour de bon.
      (j’ai pris le candidat masculin pour le secrétariat, m’a dit une directrice, comme ça quand il y a des trucs lourds à déplacer…)
      pour me remplacer aussi on a pris un homme, résultat: au bout de l’an, il change de boulot!

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