O comme Ode

Savoir à l’odeur quel jour on est. Rentrer tard. Dès l’entrée, se rendre compte: ah oui, on est mercredi. Allumer. Les poils du tapis sont bien droits. Neige fraîche que personne n’a foulée.

Aan de geur weten welke dag het is. Laat thuiskomen. Bij de deuropening beseffen: ach ja, het was woensdag vandaag. Licht aan. De polen van het tapijt staan weer rechtop. Verse sneeuw, nog door niemand beroerd.

La chambre: une chambre d’hôtel aux draps frais. La salle de bains: se revoir dans les robinets, allongé. Le bureau: elle a trouvé le billet. Combien de ces billets lui a-t-on écrits ces dernières années? Aucune idée. Un par quinzaine.

De slaapkamer: een hotelkamer met schone lakens. De badkamer: jezelf weer zien in de kranen, langgerekt. De werkkamer: ze heeft je briefje gevonden. Hoeveel van die briefjes heb je de afgelopen jaren geschreven? Geen idee. Om de twee weken eentje.

‘Bonjour S., pas besoin de changer les draps aujourd’hui, j’étais souvent à l’étranger.’

‘Salut S., rien de spécial aujourd’hui. Si tu veux, il y a de la soupe au frigo. Bon appétit.’

Bonjour S., je hoeft de lakens niet te verversen vandaag, ik was veel in het buitenland.’

Salut S., rien de spécial aujourd’hui. Si tu veux, il y a de la soupe au frigo. Bon appétit.’

Un jour elle a dit qu’elle aimait ces billets. C’était il y a longtemps. Depuis combien de temps vient-elle, d’ailleurs? Douze ans? Treize? Elle était encore ‘illégale’. Quelle horrible expression. Les papiers pour sa famille et elle ne sont arrivés que plus tard. J’ai aidé son mari avec ça. Vu grandir ses enfants. Leur français est devenu meilleur que leur albanais. Ils le parlaient avec elle mais ne l’écrivaient pas ou à peine. La petite fille rigolote est devenue une jeune femme. Le fils a fait des études.

Eén keer heeft ze gezegd dat ze dat fijn vond, die briefjes. Dat was jaren geleden. Hoeveel jaar komt ze hier überhaupt al? Twaalf? Dertien? Ze was nog ‘illegaal’ toen. Wat een vreselijke uitdrukking. De papieren voor haar en haar gezin kwamen pas later. Je hebt haar man er nog mee geholpen. Je hebt haar kinderen groot zien worden. Hun Frans werd beter dan hun Albanees. Ze spraken het met haar, maar schreven het niet of nauwelijks. Het koddige dochtertje werd een jonge vrouw. De zoon ging studeren.

Ressentir encore un peu de gêne. Toujours penser aux mots de Gandhi, que toute la vie il faut continuer à faire d’humbles travaux. C’est pour ça que je n’ai pas de lave-vaisselle. Mais tout de même: laver ces quelques assiettes, n’est-ce pas uniquement pour apaiser ma conscience? C’est si peu en comparaison de tout ce qu’elle fait.

Nog steeds enige gêne voelen. Nog steeds denken aan de woorden van Gandhi, dat je je hele leven lang ook nederig werk moest blijven doen. Daarom heb je geen vaatwasser. Maar toch: die paar borden zelf afwassen, is dat niet enkel om je geweten te sussen? Het is zo weinig vergeleken met wat zij allemaal doet.

Se demander si son salaire est en rapport avec son travail. Comment elle tient le coup, six jours sur sept, chez toutes ces familles ou ces célibataires dont elle a les clés. Racheter cette gêne en lui donnant parfois une somme plus importante. Ecrire sur le billet ‘J’ai gagné un prix’. Ou le marmonner. Voir alors son regard brillant d’incrédulité. Se sentir encore plus gêné.

Je afvragen of ze wel loon naar werken krijgt. Je afvragen hoe ze het volhoudt, zes dagen per week, bij al die gezinnen en singles waarvan ze de huissleutels heeft. Je ongemak afkopen met af en toe een groter bedrag. ‘Ik heb een prijs gewonnen,’ op het briefje schrijven. Of mompelen. Haar stralende ongeloof dan. Je nog gegeneerder voelen.

Rentrer parfois quand elle y est. Bruits d’enfance: quelqu’un chantonne dans la pièce d’à côté, trempe une serpillière, fait grésiller le fer à repasser.

‘Viens, S., on déjeune ensemble? Tu veux du thé?’

Écouter les histoires de son pays. De sa famille. De la santé d’une maman là-bas. Pluie de mots dans son français élémentaire. Un jour je suis allé dans son pays, j’ai mangé du poisson avec son frère, dans un routier décrépit. Depuis, j’arrive à me représenter quelque chose aux noms de lieux qu’elle évoque. A la nostalgie aussi.

Soms thuis zijn wanneer zij er is. Geluiden uit de kindertijd dan: iemand die neuriet in een aanpalende kamer. Het soppen van een dweil. Het hissen van het strijkijzer.

‘Kom, S., zullen we samen lunchen? Wil je thee?’

Luisteren naar de verhalen over haar land. Over de familie. De gezondheid van haar verre moeder. Stortvloed van woorden in haar elementaire Frans. Je bent ooit naar haar land gereisd en hebt daar met haar broer vis gegeten in een verlopen wegrestaurant. Sindsdien kan je je iets bij de plaatsnamen voorstellen. Bij de heimwee ook.

Peut-être que personne ne me connaît mieux qu’elle. Elle a trouvé les vêtements de femme dans l’armoire puis les a vus disparaître. Elle a vu le désordre de lits après l’amour et après une nuit solitaire. Elle a vu le côté sombre de ma vie publique. Elle ne pose pas de questions.

Après toutes ces années, elle persiste à repasser les sous-vêtements. ‘Pour tuer les microbes’, dit-elle avec conviction après une nouvelle tentative de lui faire abandonner cette habitude farfelue.

Misschien weet niemand meer over jou dan zij. Ze heeft in de kast dameskleren gevonden en later weer zien verdwijnen. Ze heeft bedden gezien, omgewoeld door liefde en omgewoeld door eenzaamheid. Ze heeft de donkere achterkant van je openbaarheid gezien. Ze stelt geen vragen.

Na al die jaren strijkt ze nog steeds je ondergoed. ‘Pour tuer les microbes,’ zegt ze overtuigd als je weer eens een poging hebt ondernomen om haar van die malle gewoonte af te helpen.

Il y a quelques années, j’étais malade comme un chien. Je l’ai appelée pour lui dire de ne pas venir. Elle est venue le soir même, avec son mari. C’était en décembre, par un froid de canard. Ils m’apportaient une casserole de soupe. Une vieille recette de famille, des Balkans. Une casserole de soupe. Son mari et elle. Ils étaient venus à pied, par les rues de Bruxelles, dans ce froid. Chacun tenant une poignée, comme s’il s’agissait de la transporter du fourneau jusqu’à table. Mais c’était dans le froid, dans Bruxelles, dans la nuit.

Il y a des années. Mais aujourd’hui encore, j’en ai la gorge serrée d’émotion.

Jaren geleden was je zo ziek als een hond. Je belde om te zeggen dat ze niet moest komen morgen. Ze kwam diezelfde avond nog, samen met haar man. Het was december en steenkoud. Ze hadden een keteltje soep meegenomen. Een oud familierecept uit de Balkan. Een keteltje soep. Zij en haar man. Ze waren ermee door de straten gelopen van Brussel, in de kou. Een hand aan elk handvat, als bracht ze het van het fornuis naar de eettafel. Maar dan door de kou, in Brussel, in het donker.

Het is jaren geleden. Nog steeds een krop.

Traduction de l’Adrienne, article de David Van Reybrouck, Ode aan mijn poetsvrouw, in De Correspondent, 15 octobre 2015.

Ces articles parus dans le journal néerlandais ont été rassemblés dans un ouvrage sous le titre Odes (De Bezige Bij, 2018) et récemment traduits en français, publiés chez Actes Sud (2021). On peut en lire des extraits ici.

Photo prise à Paris à l’expo Banksy.

32 commentaires sur « O comme Ode »

    1. voilà, « humanité » dans son sens numéro 2, dans le regard qu’on porte sur l’autre, avec « compassion »…
      j’ai bien aimé toutes ses « odes », d’ailleurs, à David Van Reybrouck

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  1. Avec les chèques ALE puis les titres services, nous avons eu quatre « poetsvrouwen » successives, toutes charmantes , efficaces et d’une bonne humeur permanente malgré leur vie si difficile. Dans deux heures, Maria sera là et avec elle tout le soleil du Portugal…

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  2. Coucou. J’ai essayé de lire à haute voix ce qui n’est pas en français. Pas facile hein! 🙂 Mais j’ai lu quand même la partie en français pour tout bien comprendre tout comme il faut et j’en ai été très émue. L’humanité est belle, surtout dans sa simplicité et dans un bol de soupe. Bises alpines.

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  3. Ce texte si beau dans ses nuances, ses sous-entendus m’a rappelé que mes parents ont reçu un bol de soupe reçu dans des circonstances similaires … quelques années plus tard, ils l’ont accusée de les voler. Une honte qui s’est ajoutée à beaucoup d’autres pour leur descendance.

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      1. je lisais justement ceci, de Romain Huët : « La souffrance porte en elle une capacité d’ébranlement, une impulsion à la transformation du monde », au moment où je me disais, après votre commentaire, que ce genre de souffrance pourrait aussi faire de vous un voyou 😉

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    1. Moi si, je pense que la plupart des gens sont mauvais, se contrefichent de leurs voisins, ne tendraient la main à personne, de peur que ça ne bouscule leur petite vie étriquée. Quand un jour, tu as besoin d’eux, ils se font la malle, ne veulent pas s’impliquer…Pourquoi je dis ça ? Parce qu’un monsieur que je connais a été injustement accusé d’avoir frappé quelqu’un..Et là, plus personne pour venir en aide au monsieur, lui apporter son aide Je suis écoeurée par l’humanité. Moralité, ne jamais être trop gentil, ne jamais faire confiance en personne, ni en ses voisins, ni en sa famille…L’être humain est moche, la justice est moche qui te règle des cas en coup de cuillère à pot, en 5mn et décide qui est le gentil, qui est le vilain….Je suis vénère grave ce matin.

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    2. L’être humain, il est tout beau, tout gentil, tant qu’on ne lui demande rien. Mais, le jour où tu as besoin d’eux, il te tourne le dos. Ne jamais faire confiance en personne.

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      1. je suis désolée que cela soit ton vécu!
        j’aide où je peux et j’ai été aidée aussi quand j’en ai eu besoin, je suis consciente que c’est un grand bonheur et j’en éprouve une gratitude infinie.

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  4. Quand je regarde mondialement ce que je vois n’est ni très beau, ni rassurant.
    Pourtant je vois tellement d’humanité autour de moi que je ne peux m’empêcher d’avoir un grand espoir dans la bienveillance de l’être humain.
    Ce texte, les rencontres avec le petit Léon et bien d’autres que vous avez partagés j’aime beaucoup.

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    1. oui bien sûr si on regarde les divers pouvoirs, ce n’est pas joli, ou les violences dans le monde, jusque dans les ménages, c’est vrai… et pourtant 😉
      Merci d’apprécier!

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