22 rencontres (20 ter)

Madame marchait d’un pas allègre vers sa première piqûre quand elle a rencontré Johanna qui promenait son chien.

C’était début juin, le masque était encore obligatoire en rue, mais elles se sont immédiatement reconnues.

Johanna, depuis à peu près 25 ans, traîne la conviction inébranlable de sa nullité en français – ce que Madame contredit à chaque fois, bien sûr – mais se sent rachetée par son fils aîné, « inexplicablement » bon en français et que Madame a eu en classe aussi.

Aujourd’hui il fait ses premières armes comme prof de FLE.
Par bonheur, il aime ça.
Il l’aime encore au bout de dix mois, c’est un succès 😉
Mais les quelques anecdotes que Johanna raconte font un peu peur à Madame.

– Je vois, dit-elle, qu’il veut être proche de ses élèves. J’espère qu’il est conscient que c’est la corde raide et qu’il faut garder l’équilibre pour rester tout de même celui tient les rênes en main. Toujours!

C’est bien gentil de faire ce que les élèves demandent mais il ne faut pas oublier que chaque minute doit servir à apprendre le français, on n’en a que trois fois cinquante par semaine, c’est très peu 😉

34 commentaires sur « 22 rencontres (20 ter) »

  1. Être bon en quelque chose, fût-ce en français, ça arrive; vouloir en faire profiter les autres, c’est généreux; continuer à aimer ça malgré … tout ça, ça tient du miracle ! Bienvenue à ce miraculé, je lui souhaite de continuer à aimer enseigner aussi longtemps que nous 😉

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    1. le problème c’est que ce temps d’apprentissage n’est pas vraiment accordé (j’ai vu des parents s’acharner contre de jeunes profs inexpérimentés et des jeunes profs arrêter, dégoûtés et démoralisés)

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  2. Je ne sais pas comment se fait l’entrée dans le métier en Belgique, en France c’est criminel (oui, je pèse le mot) aussi bien pour les jeunes collègues que pour leurs élèves qui essuient les plâtres. Enthousiasme et bonne volonté ne remplacent pas une formation professionnelle rigoureuse et un accompagnement attentif.

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    1. ça dépend par quelle filière on passe et à quels élèves on enseignera:
      – Si on fait l’université (+l’agrégation) on a un minimum de stages en fin de parcours et on peut enseigner aux élèves de 16 à 18 ans ou dans les écoles supérieures.
      – Si on passe par une école supérieure pour suivre une formation de prof, comme il l’a fait, dès la première année on a des stages. Alors on peut enseigner aux élèves de 12 à 16 ans.

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      1. Mon fils n’a eu aucune formation; Il apprend sur le tas. Heureusement qu’il a été enthousiaste dès le début… Mais, il a 10 ans derrière lui de carrière dans le marketing, la gestion, le droit……Après tout, il n’enseigne « que » dans un lycée technique, pas dans la crème des crèmes de l’enseignement…

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      2. les élèves des filières techniques et professionnelles ont besoin de profs enthousiastes, flexibles, inventifs, créatifs… c’est là que j’ai vraiment appris mon métier (comment motiver, comment retenir l’attention, comment gérer une classe etc) mais ce sont aussi des élèves qui m’ont laissé les souvenirs les plus forts et avec qui les liens sont solides jusqu’à aujourd’hui.

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    2. Tiens, ma fille a dit la même chose, ne comprenant pas qu’on ait embauché son frère, sans le diplôme requis d’enseignant, de lycée, encore mieux..
      .Peut-être qu’une formation rigoureuse est nécessaire, mais une bonne chose, mon fils est prof de gestion-informatique-marketing-commerce, donc il apprend aux élèves du concret et ils aiment ça…..Pour les autres matières, il a des collègues. Il a été un peu regardé de travers par certains de ses collègues, pris de haut, voir un petit côté méprisant…Par contre, il a une super collègue avec qui il s’entend bien, une vraie de vraie prof de français. Mon fils a beaucoup aimé faire entrer quelque chose dans la tête des ados. C’est déjà pas mal, surtout dans le technique.. Dire que c’est criminel, je trouve le mot un peu fort…Bizarre comme les profs, les vrais de vrais, sont tous formatés pareils. Ma fille l’est aussi. J’ai l’impression que les vrais profs, ceux qui ont passé le diplôme et ont eu une formation rigoureuse, ont peur pour leur statut. Rassurez-vous, mon fils au lieu d’aller se faire dorer la pilule à St Trop cet été, va suivre des formations et bosser tout l’été..Il a juste prévu de s’accorder 8 jours de repos. J’espère qu’il passera l’année prochaine le concours et qu’il l’aura…et qu’il deviendra un prof « officiel »..

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      1. vu le manque de profs, chez nous aussi on apprécie ceux qui viennent du secteur privé et font le pas… mais il ne faut pas les abandonner à leur sort (déjà que ça paie généralement moins bien que là d’où ils viennent et qu’ils doivent travailler plus, même si personne ne veut le croire ;-))

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  3. Je trouve merveilleux d’aimer son métier.
    C’est à mon sens la seule façon de s’éviter 40 ou 45 ans de « chagrin » ou de « charbon »…
    Faire un métier qu’on aime et qu’ona choisi, ce n’est pas aller au boulot, c’est assouvir une passion.
    Si en plus on en vit, c’est Byzance !

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  4. La passion, c’est la seule petite voix à écouter en soi, c’est un moteur, c’est un fil qui nous suit, nous donne courage dans les moments de basse énergie, nous sauve du désespoir… Passion, bienveillance et gratitude sont des mots précieux, souhaitons qu’ils accompagnent cette jeune personne longtemps, on y ajoutera peut-être la patience et le courage… À tout bientôt dame Adrienne, lumineuse journée. brigitte

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    1. Ma fille me disait ça encore dimanche, quand elle nous racontait ses tracas avec l’administration…qu’il faut avoir la foi maintenant, entre les directives sans cesse changées, et les parents….surtout avec les parents, pas les enfants…On leur a supprimé cette année 9 heures de soutien aux élèves.

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      1. c’est ce qui m’inquiète et me fâche le plus: tant d’élèves ont besoin de ce « petit coup de pouce » individualisé…

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    1. en secondaire général c’est 50 minutes de cours par matière, quatre l’avant-midi, trois l’après-midi, une récré à dix heures et une pause déjeuner.
      en technique et professionnelle il peut y avoir aussi quatre ‘heures’ l’après-midi, certains jours.

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  5. Mon fils vient de terminer « son année » qui n’a duré en fait que de 6 mois, vu qu’il est arrivé début décembre…Il n’était pas du métier, embauché juste sur ses diplômes. Il a galéré, galère encore vu qu’il va corriger les bacs pro…Ce n’était pas prévu, mais on manque de profs…
    Il s’est trouvé plonger dans le grand bain, sans savoir nager…On lui a donné les terminales et les secondes..Sa 1ere journée a été « terrible », ne connaissant rien au métier….Il leur a appris ce qu’il connaissait le mieux, la gestion, le marketing…leur a appris à faire un CV, à ne pas faire de fautes, leur a trouvé des stages, leur a même appris l’informatique, vu qu’il y a encore des élèves qui n’ont pas d’ordi chez eux.. Par contre, il a été retoqué par son administration, parce que « trop sévère » dans sa notation. Parait que c’est le « défaut » des jeunes profs. Il a eu quelques jours de formation pendant ses vacances scolaires et le reste, il l’apprend sur le tas…
    Et, O miracle, il a adoré ça. Il a trouvé génial d’apprendre à des ados au lieu de travailler pour des grands groupes européens qui n’ont qu’un tiroir caisse dans la tête…Il a une collègue de français, 20 ans de profession, avec qui il s’entend super bien. Ah oui, il va aussi corriger le bac…Ca lui fait un peu peur, il dit se lever à 4-5h du matin pour « réviser ».. L’année dernière, les élèves avaient tous eu le bac. Manquerait plus que, par sa façon de noter, certains redoublent. Le redoublement est très mal vu en France. Alors, je suppose qu’on va rehausser les notes et lui demander d’être souple…De toute façon, ils ont un barème à respecter point par point.
    On lui a renouvelé son contrat pour l’année prochaine. Il dit qu’il va essayer de passer le concours l’année prochaine pour ne plus être contractuel. J’espère que ça lui plaira toujours autant et qu’il aura toujours des élèves sympaths. Dans le privé, il y a de tout, la moitié difficile et venant de zones à risque ( une mama est venue le remercier de faire entrer quelque chose dans la tête de son fils et lui avoir donné l’envie d’avoir le bac) et l’autre moitié, voulant travailler dans le commerce, ou voulant entrer dans la boite de papa…. Dire qu’il n’avait jamais voulu, quand il avait 20 ans, devenir prof, il ne jurait que par la musique, l’évènementiel, bien mis à mal avec la pandémie…Dommage, en ce moment, il travaillerait en Suisse, où les salaires sont 3 fois plus élevés qu’en France. Là, en France, en tant que « débutant », il ne gagne pas « bésef ». Et encore, ça aurait pu être pire..

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    1. oui, pour tous ceux qui commencent, même ceux qui ont passé des tas de stages, la « vraie » confrontation avec la classe, la direction, les collègues, les parents, l’inspection… c’est évidemment autre chose, et il faut du temps pour bien savoir « nager » entre tout ça, c’est vrai!
      D’où l’importance de collègues qui soutiennent au lieu de prendre un air goguenard quand le « petit jeune » a des difficultés, genre « qu’il se débrouille, on est tous passés par là ».
      Et c’est vrai aussi que les élèves veulent apprendre, qu’ils apprécient quand ils sentent qu’on veut leur apporter quelque chose… et que c’est très gratifiant!
      Mais c’est vrai aussi qu’on n’a jamais fini 😉

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  6. Aujourd’hui pour placer mes deux krapoveries du jour (dont une de la nuit) je rebondirai sur le mot « piqûre ». L’état semi-comateux dans lequel j’erre consécutivement à ma deuxième injection m’a permis de pondre ceci :
    « La Lorelei, malgré son bon coup de Rhin
    N’a pas le pied marin »

    et pour ici :

    « C’est après avoir choisi le métier d’en-seignant qu’on s’aperçoit de l’utilité du sparadrap d’Archibald (Haddock of curse) »

    Je crois que je vais aller me recoucher, finalement ! 😉

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