B comme belliciste

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– Et qu’allons-nous faire aujourd’hui ? demande Madame après les salutations d’usage.
– Aujourd’hui on va s’entraîner à écrire ! répond petit Léon.
– D’accord… et on fait quoi, exactement ? Une dictée ?
– Non ! Vous me montrez une image ou vous me donnez une phrase et moi je dois inventer une histoire.
– Ah ! Bon !

Madame a pris la première chose qui lui tombait sous la main : un épais fascicule publicitaire reçu avec son magazine. On y voit des familles, heureuses de faire du camping à mille milles de toute région habitée, entourées d’un tas de matériel utile et inutile.

– Voilà, fait-elle, en lui proposant une photo de paysage idyllique, avec de la verdure, une montagne au loin, un beau soleil couchant. C’est bon ? Ça te va ?
– C’est très bien, approuve petit Léon avec tout le sérieux de ses onze ans.

Et il se met à écrire.

– Fini ! crie-t-il tout joyeux, trois minutes plus tard.

Madame lit. Des extra-terrestres sont venus, la famille a été pulvérisée et des zombies sont sortis de terre. Petit Léon est content de lui et Madame est assez perplexe.

– Bien, bien, fait-elle. Tu en as, de l’imagination ! Mais pourquoi ils sont tous morts ?

Quelques explications et corrections plus tard, petit Léon réclame une autre photo.

Et bien, croyez-le, que vous lui montriez le sable du Sahara, une vue de la mer du Nord, des palmiers au soleil ou un pont de bois à Lucerne, petit Léon vous inventera chaque fois le même genre d’histoire : le pont explosera, des zombies sortiront du sable, des soucoupes volantes déverseront des hordes d’aliens hostiles et les derniers humains deviendront cannibales…

– Moi j’aime les films d’horreur, explique-t-il.

***

écrit pour le Défi du samedi 670 en illustration de la photo ci-dessus proposée par Walrus.

Merci à lui!

38 commentaires sur « B comme belliciste »

  1. Décidément cet enfant est fort surprenant et je partage la perplexité de Madame. Cependant je suis certaine que son « coach personnel » va lui donner à voir autrement une image sans lui interdire de dire son idée première.

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    1. Avant-hier, au retour de la bibliothèque :
      – Madame, je vais vous raconter une histoire, d’accord ?
      – Oui… Et ils seront tous morts, à la fin ?
      – Non mais attendez!

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    2. Les livres contemporains de lecture jeunesse ou adolescents qui figurent dans les propositions pour les collégiens français m’étonnent et m’interrogent parfois (souvent) quant à leur noirceur et leur violence.

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  2. Il n’a pas de pot Léon…
    Bon, j’ai honte.
    Mais il faut bien lire ce qu’on trouve quand on est enfant.
    Et on trouve des tas de choses à lire qui excitent l’imagination de façon autrement efficace et remuante que la vie de tous les jours.
    Franchement la collection « Le Rayon fantastique » des années conquante était bien plus efficace que « Le lys dans la vallée » même si, plus tard ça prend toute sa valeur.
    J’aime bien Léon.

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    1. Mais dans une communauté survivaliste, justement, il serait confronté à des gens qui imaginent l’apocalypse demain ! Et en plus, ils sont souvent complotistes…

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      1. c’est une chose qu’il m’a racontée au début qu’il venait, qu’il avait du mal à s’endormir et regardait un film d’horreur, et puis il avait des cauchemars …

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  3. Un imaginaire de petit garçon nourri de violence, cela me rappelle un petit adepte des jeux vidéos qui jouait tout le temps à la vie et à la mort – en nous rassurant : j’ai autant de nouvelles vies que je veux !

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    1. son imagination marche à ce thème-là alors que dans la réalité, il est extrêmement sensible, par exemple si au cours d’histoire il apprend quelque chose sur le travail des enfants, il se bouche les oreilles pour ne pas l’entendre 😉

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      1. aujourd’hui, il est venu faire de la lecture: à la bibliothèque, on a pris des livres sur le renard et sur le requin, ses animaux préférés. Mais il saute les pages « trop tristes », par exemple celle où on explique ce que mange le renard 😉

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  4. Il est si sage par ailleurs, ce petit Léon, qu’il a peut-être besoin de laisser éclater sa colère de cette manière.
    Et le pont de Lucerne brûle de temps en temps mais n’a encore jamais explosé en vrai. Ouf!

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