L comme letzte Bratwurst

Défi #676

cabo de São Vicente

L’Adrienne a toujours entendu son père vitupérer contre ces touristes qui, alors qu’ils ont choisi une destination étrangère, parfois même exotique, désirent y boire et y manger exactement ce qu’ils mangent et boivent chez eux.

– Autant rester chez soi, alors! disait-il.

C’est donc à lui qu’elle a pensé en voyant la photo proposée par Walrus et en lisant ce passage chez Jonathan Coe, où Billy Wilder et ses invités sont attablés dans le meilleur restaurant bavarois et qu’Al Pacino veut une chose qui n’est pas au menu: un cheeseburger avec des frites et du coleslaw.

Ce qui fait bondir Billy Wilder exactement comme l’aurait fait le père de l’Adrienne:

« Un cheeseburger, vraiment? Vous vous croyez au McDonald’s?

– Non, je sais qu’on n’est pas au McDonald’s, répondit Pacino, mais j’ai envie d’un cheeseburger, c’est tout. Où est le problème? N’importe quel resto du monde peut vous servir un cheeseburger, non?

– Certes, mais ce restaurant n’est pas n’importe quel restaurant. Nous sommes dans la salle de restaurant du Bayerischer Hof. Le chef est le meilleur d’Allemagne. Et sa spécialité, c’est le Schweinshaxe.

– Eh bien, je suis ravi de l’apprendre. Mais ma spécialité à moi, ce sont les cheeseburgers. Et je compte sur lui pour m’en préparer un du tonnerre.

– Vous devriez peut-être commander un milkshake au chocolat avec. Ou un diabolo fraise. Cela s’accordera sans doute mieux avec votre plat qu’un riesling millésimé. »

Bref, ça énerve tellement Billy Wilder qu’il conclut en disant au serveur :

« Dans ce cas, vous pourriez également apporter du ketchup et de la mayo, et enlever les couverts de monsieur Pacino pour qu’il puisse manger avec les doigts, et peut-être régler vos horloges sur l’heure d’été du Pacifique, pour qu’il ait toujours l’impression d’être chez lui, à Los Angeles. »

Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, éd. Gallimard 2021, traduction de Marguerite Capelle, p.152-153.

18 commentaires sur « L comme letzte Bratwurst »

  1. A passer dans les grands hôtels, on constate que n’importe où dans le monde, on peut manger comme au McDo.
    Bon, c’est nettement plus cher…
    (Je me demande quel est l’intérêt de parcourir 10.000 km pour garder l’impression d’être descendu de chez soi. Sauf, évidemment, constater combien les gens des autres pays sont pauvres.)

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    1. oui, bien sûr, mon second beau-frère était comme ça, il allait dans des palaces et commandait ce qu’il avait envie de manger, sous prétexte qu’il ne lésinait pas sur le prix et que le client est roi 😉

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  2. J’ai eu envie de rire en te lisant
    Oui un jour j’ai lu sur un blog que qq ‘un disait qu’en Auvergne on mangeait mal , toujours la même rangaine
    Chaque région ses spécialités et moi je ne vais pas réclamer de Fromage auvergnat dans le ch’Nord hihihihi
    Et oui les gens c’est parfois supporter les coliques de certains cerveaux…
    Bonne journée Adrienne

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      1. Il y a un autre passage avec Al Pacino au début du livre, cette fois dans le meilleur restaurant français de Los Angeles, et Billy Wilder dit ceci, après être allé le saluer à sa table:
        « Ce n’était pas facile de savoir ce qu’il disait au juste, parce qu’il était en train de manger un hamburger, et qu’il marmonnait en parlant la bouche pleine. Il parle comme il joue, vous savez? On pourrait lui donner le monologue de Hamlet, « Etre ou ne pas être », et on n’en comprendrait toujours pas un traître mot. Et soit dit en passant, ce n’est pas un restaurant de hamburgers ici. Monsieur Chaumeil – notre chef – n’en prépare pas normalement. Il n’y en a pas au menu. Il a donc dû passer une commande spéciale. Voyez tout ce qu’on peut s’offrir ici – bouillabaisse, cassoulet, pot-au-feu – et lui, il demande un hamburger? » (p. 60-61)

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    1. je ne sais pas si l’anecdote est véridique mais je suppose que oui, vu la méticulosité extrême de l’auteur concernant les aspects biographiques dans ce roman (il y consacre des tas de précisions et de notes en fin de volume)

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    1. oui, il y a aussi de ça, ou comme chez mon beau-frère, « je mets le prix donc tu me donnes ce que je veux »
      (il disait que pour être bien servi, il distribuait de gros pourboires en début de séjour)

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