P comme panique à bord!

101ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_101.jpg

Ce fut un chagrin désordonné mêlé d’un fort sentiment d’impuissance qui la poussa à se rendre chez la mère de l’enfant.

Comment pouvait-elle croire qu’un gamin levé chaque jour à cinq heures pour faire une heure de bus et ne rentrer que vers dix-huit heures trouvait encore le temps et l’énergie nécessaires pour faire ses devoirs, étudier ses leçons?

Son cœur se brisait lorsqu’elle y pensait, ce qui était souvent, et même tout le temps.

– Vous êtes fière de moi, Madame? avait-il demandé la veille en levant ses yeux bleus sur elle.

Il faisait tant d’efforts! Il menait un combat quotidien et risquait de perdre espoir et aussi le peu de confiance en lui qu’elle avait réussi à lui insuffler.

C’était cela, peut-être, qui l’avait déterminée à aller dire deux mots aux parents: il y avait cette confiance et cet espoir à préserver.

Alors son combat changea d’âme.

Parce que, comme le disait Victor Hugo, « le centre du combat », ce n’était pas ce bilan de maths qu’il avait le lendemain, et pour lequel il n’était pas prêt, non!
Ce « point obscur où tressaille la mêlée », c’était là qu’il se trouvait, derrière cette porte où elle avait enfin sonné, une « effroyable et vivante broussaille » d’où jamais, jamais ne pourrait sortir un gagnant.

***

Merci à Monsieur Le Goût pour sa 101e consigne, même si sur ce coup-ci il s’est montré un brin sadique 😉

Je pense que vous en avez assez des œuvres de John Salminen mais que voulez-vous, elles me posent toutes des questions auxquelles j’essaie de répondre. Si vous m’aidiez, vous aussi à y répondre, ce serait gentil. Mais ce serait trop simple. Il faut d’abord trouver quelles questions posent l’œuvre, et je sais qu’elle ne pose pas les mêmes à chaque observateur. Puis, quand vous avez enfin une question qui vient, il reste à y répondre… J’aimerais que vous commenciez votre devoir par « Ce fut un chagrin désordonné », comme écrit Maupassant dans « Un cœur simple ». Ce serait chouette aussi que vous le terminassiez sur « Le centre du combat, point obscur où tressaille la mêlée, effroyable et vivante broussaille, » comme disait Victor Hugo dans « L’expiation » J’eusse aimé que vous y casassiez aussi le célèbre « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » (Je ricane car Adrienne va devoir éviter la trop grande concision qui est sa marque de fabrique… Hi hi hi…)

39 commentaires sur « P comme panique à bord! »

  1. Tu vois, quand tu veux !
    Tu sais nous envoyer autres choses que des télégrammes !
    J’ai beaucoup aimé cette façon de reconnaître que l’enseignement commet parfois des erreurs d’appréciation qui tuent ce qu’il devrait éveiller chez l’enfant.

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  2. Concis quand même et… passionnant !

    A lire l’énoncé de Monsieur le Goût, je me dis que Madame est devenue « l’ultimate star of the web » 😉

    C’est drôle, parce que je pensais l’avoir rencontrée plus au Sud, la star ! 😉

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  3. Insupportable impression d’impuissance, notre métier quelquefois est un crève-cœur ; alors on serre les dents, on va voir les parents, on affronte les collègues indifférents … puis on reste là, à faire le peu qu’on peut … et on perd ses dernières illusions 😪

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    1. Les parents ont tous les droits, n’est-ce pas 😉
      C’est pour des situations pareilles qu’on a inventé l’expression « met lede ogen aanzien »…

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  4. Oh, on dirait que tu parles du petit Léon..On s’y attache à ce petit, au fur et à mesure que l’on te lit…Il y a du vrai là-dedans ? Ca me fait penser au téléfilm que j’ai regardé il y a quelques jours. Une instit parisienne parachutée en province qui se bat avec des parents pour que leur fils, très doué en math continue ses études, au risque de perdre sa place (ouf, ça finit bien à la fin).. Le père inébranlable qui dit « j’ai besoin de lui à la ferme, du moment qu’il sache compter les vaches, c’est suffisant (c’est moi qui rajoute ça) »…Combien de talents, de vocations ont ainsi été gâchés à cause de la pauvreté ? Là, dans ton devoir, peut-être que les parents ne peuvent pas faire autrement….Je me souviens, dans mon village, de tous ces enfants qui faisaient chaque jour 4km pour venir au village..Mon mari m’a dit un jour la même chose, qu’un enfant, rentrait même chez lui le midi en courant. Est-ce vrai, est-ce faux, mon mari, avec les années déformant la vérité…Avec lui, c’est non pas 4km, mais 10, voir 100 au bout de 50 ans..

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      1. Une phrase glaçante qui fait écho à tant d’autres posées sur ce blog..
        Combien de Petit Léon dans nos pays dits « riches » ?

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