M comme Mander

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En 1604, deux ans avant sa mort, Karel van Mander, natif de Meulebeke (1) publie pour la peinture flamande ce que Vasari avait fait cinquante ans avant pour l’italienne, de sorte qu’il est aujourd’hui encore une bonne source de renseignements sur les peintres de son temps.

Peintre et poète, il a écrit son œuvre en vers. Comme il y donne aussi des tas de conseils, il y a ce passage amusant où il s’adresse aux jeunes peintres flamands qui s’apprêtent à faire le voyage en Italie (2):

Want Room is de Stadt, daer voor ander plecken
Der Schilders reyse haer veel toe wil strecken,

Car Rome est la Ville, vers laquelle avant toute autre se dirige le voyage des peintres.

Il prévient donc la jeunesse, en s’appuyant sur Pétrarque, que malgré leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens:

Cleyn Herberghen, quaet gheselschap wilt vlieden,
En laet over u niet veel ghelts bespieden,
En u verre reyse verberght oock stille,
Zijt eerlijck en beleeft, vry van gheschille,
[…].
Leert over al kennen des Volcx manieren,
Het goede naevolghen, en vlieden t’quade,
Reyset vroech uyt, en wilt oock vroech logieren,
En om mijden plaghen oft vuyle dieren,
De bedden en lakens slaet neerstich gade:
maer sonderlinghe onthoudt u ghestade
Door lichte Vrouwen worden veel verdorven.
Van lichte Vrouwen, want boven de zonden
Mocht ghy zijn u leven daer van gheschonden.
(3)

Évitez les petites auberges et les mauvaises fréquentations, ne montrez pas tout votre argent, cachez aussi votre destination lointaine, soyez honnête et poli, ne vous disputez pas […]. Apprenez partout les usages locaux, suivez les bons, évitez les mauvais, partez de bon matin et cherchez tôt un logis, et pour éviter les maladies ou la vermine, vérifiez soigneusement les lits et les draps; mais surtout évitez toujours les femmes de mauvaise vie, car en plus du péché elles pourraient vous donner une maladie mortelle.

Karel van Mander, Het Schilder-Boeck waer in voor eerst de leerlustighe Jeught den grondt der Edel Vry Schilderconst in verscheyden deelen wort voorghedraghen, (Le livre de la peinture dans lequel on propose pour la première fois, en différentes parties, à la jeunesse avide de connaissances les fondements du noble et libre art de la peinture), extraits des paragraphes 66, 69 et 70. Traductions de l’Adrienne.

Bref, vous l’aurez compris: l’Adrienne a des envies d’Italie 😉

***

(1) Meulebeke, c’est près de là où habite l’Adrienne. Dans les années 1580, van Mander a dû quitter définitivement son patelin à cause des guerres qui ravageaient la contrée, qui a toujours été le champ de bataille favori des Français, des Espagnols et cette fois-là aussi des Hollandais, sous prétexte de religion.

(2) Il sait de quoi il parle puisqu’il l’a fait lui-même, le voyage, à l’âge de 25 ans, ainsi qu’un séjour à Florence, Terni et Rome, de 1573 à 1577.

(3) ce qui diffère surtout, entre le néerlandais de 1604 et celui d’aujourd’hui, c’est l’orthographe, et ici ou là un mot tombé en désuétude, comme ici ‘vlieden‘ ou ‘gestade‘.

20 commentaires sur « M comme Mander »

  1. Quand on a utilisé les sonnets de Pétrarque pour ses intérêts, on sait que ce n’est pas « que malgré leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens: »
    Mais « que surtout avec leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens: »
    Parole d’expert… 😉

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    1. j’ai fait un raccourci 😉
      il a lu Pétrarque et fait allusion à l’Enfer

      Door ervaringhe men dat oock bevroedet,
      Als menich van daer comt beroyt en pover,
      Want een huys daer men de dolinghe voedet,
      Iae een verradich nest, daer men in broedet
      Al t’quaet heden verspreyt de Weerelt over,
      Soo noemet Petrarca, en wat hy grover
      Daer van noch verhaelt, hier te langh om segghen,
      Is qualijck met waerheyt te wederlegghen.

      Puis il ajoute que comme pour toutes les nations, il y a deux faces, donc aussi la « gracieuse » et l’artistique, et que par conséquent ce serait dommage de se priver du voyage d’Italie, de peur d’en revenir ruiné 😉

      Doch op sLandts soetheyt soude men verlieven,
      Oock Italus volck van Ianus ghesproten,
      Die oyt wel onse Conste verhieven,
      En zijn in’t ghemeyn Verraders noch Dieven,
      maer subtijl, en vol beleeftheyts doorgoten,
      Doch met open mondt en handt toe ghesloten:
      Want onder de Son en leeft schier geen Nacy,
      Sy en heeft haer bysonder faut en gracy.

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  2. Oh oui, l’Italie, je te comprends!
    Le voyage prévu en automne 2020 avec les copines n’a pas eu lieu, reporté à 2021, annulé aussi. Pour cette année, on ne sait pas si on peut y croire…

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    1. depuis 2017, ça fait trop longtemps, la faute au déménagement de ma mère, puis la faute au covid, mi manca troppo il belpaese 😉
      et comme tu dis, on n’ose pas trop faire des projets de voyage… je ne sais toujours pas si le voyage en Grèce aura lieu, finalement! Deux ans qu’il est payé et toujours remis 😉

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  3. Quel long titre ! Merci pour les traductions. Je ne connaissais même pas le nom de Karel van Mander.
    Relire « Tempo di Roma » ? Rouvrir le Dictionnaire amoureux ? (Sinon, plus prosaïquement, tu as entendu que certains policiers italiens refusent de porter des masques roses ?)

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  4. Pour les gens du Nord, l’ltalie est un pays de fièvre. De volubilité ou d’expressivité démesurée. Ce n’est pas le même baroque toujours.

    Je me trompe ? 😉

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