R comme repos

source ici

L’hiver de 1888, Vincent est en mauvaise santé et décide de quitter Paris pour trouver un peu de chaleur: il prend le train pour Arles d’où il envoie cette lettre à son frère, dès son arrivée, le 21 février:

Mon cher Theo,

Durant le voyage j’ai pour le moins autant pensé à toi, qu’au nouveau pays que je voyais.

Seulement je me dis que plus tard tu viendras peut-être toi-même souvent ici. Il me semble presque impossible de pouvoir travailler à Paris, à moins que l’on n’ait une retraite pour se refaire, et pour reprendre son calme et son aplomb. Sans cela on serait fatalement abruti. […]

Arles ne me semble pas plus grand que Breda ou Mons.

Avant d’arriver à Tarascon j’ai remarqué un magnifique paysage d’immenses rochers jaunes, étrangement enchevêtrées des formes les plus imposantes.

Dans les petits vallons de ces rochers étaient alignés de petits arbres ronds au feuillage d’un vert olive ou vert gris, qui pourraient bien être des citronniers.

Mais ici à Arles le pays paraît plat. J’ai aperçu de magnifiques terrains rouges plantés de vignes, avec des fonds de montagnes du plus fin lilas. Et les paysages dans la neige avec les cimes blanches contre un ciel aussi lumineux que la neige, étaient bien comme les paysages d’hiver qu’ont fait les Japonais.

Voici mon adresse:
Restaurant Carrel,
30 Rue Cavalerie, Arles.
(Département Bouches du Rhône).

Je n’ai encore fait qu’un petit tour dans la ville, étant plus ou moins esquinté hier soir. » (source ici.)

La chaleur, il la trouve en ce mois d’août 1888:

« Maintenant nous avons une très glorieuse forte chaleur sans vent ici, qui fait bien mon affaire. Un soleil, une lumière, que faute de mieux je ne peux appeler que jaune, jaune soufre pâle, citron pâle or. Que c’est beau le jaune! Et combien je verrai mieux le nord.

Ah, je souhaite toujours que le jour viendra où tu verras et sentiras le soleil du midi. »

C’est exactement à ce moment-là qu’il a peint cette « petite étude d’une halte de forains, voitures rouges et vertes », où l’on voit en avant-plan une grande flaque de cette lumière jaune pâle sur le sol, qui prend la moitié du tableau.

Et il conclut:

« Vivre à peu près en moines ou ermites avec le travail pour passion dominatrice, avec résignation [renoncement] du bien-être. La nature, le beau temps d’ici, cela c’est l’avantage du Midi mais je crois que jamais Gauguin [ne] renoncera à la bataille parisienne, il a cela trop au cœur et croit plus que moi à un succès durable. »

Lettre de Vincent à son frère Théo, le 13 août 1888, source ici. Les mots sont soulignés dans le texte par Van Gogh.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 114e devoir!

40 commentaires sur « R comme repos »

      1. Oui et cerise sur le gâteau
        Elle me renvoie à mon village et j’entends encore le galop des chevaux en cadence des roulottes traversant mon village
        Oh ils n’étaient pas toujours les biens venus mais …ça reste un souvenir …

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  1. Les couleurs du ciel d’aujourd’hui jouent au gris et au bleu très pâle, la colline est semée de petites étoiles oranges qui ne tarderont pas à s’éteindre … À quand le retour de la chaleur des jaunes ?

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  2. J’aime beaucoup ton angle d’attaque du sujet. C’était malin, de faire parler Vincent.
    On comprend mieux pourquoi il est tombé amoureux du midi. Et ces rochers jaunes dont il parle, ne sont-ce pas les carrières d’ocre de Roussillon ? 😉
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  3. Tu me donnes envie de relire ces lettres. J’ai eu longtemps une reproduction de ce tableau dans ma chambre, puis d’autres de Van Gogh. C’est très beau, toutes ces nuances de jaune, une toile solaire ! Merci & bonne journée, Adrienne.

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  4. Est-ce que la correspondance de Van Gogh réussirait à me faire aimer (enfin moins détester serait déjà bien) le sud et le jaune là où Giono et Pagnol ont échoué ?

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  5. C’est très intéressant, ces lettres de Vincent Van Gogh.
    Je viens de finir un puzzle de 2000 pièces (laissé en souffrance sur une planche depuis plusieurs semaines par ma fille, fallait agir!) de sa célèbre ‘nuit étoilée’.
    Horriblement difficile, le puzzle, mais aussi très touchant de voir sur chaque pièce le mouvement, le coup de pinceau, le choix et mélange des couleurs… J’étais sans cesse en train de m’imaginer le peintre à sa fenêtre, dans son asile de Saint-Rémy-de-Provence.

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    1. exactement! c’est ce qui rend l’observation d’un tableau ‘en vrai’ si intéressante, ce coup de pinceau, ces épaisseurs, ces stries, la « patte » du peintre…
      je coile toujours le nez au tableau, à la distance limite du signal d’alarme 😉

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