F comme Frans

Quand Frans est rentré chez ses parents, à Vilvorde, son père ne l’a pas reconnu:

« In de tuin keek vader wantrouwend naar de clochard met verwilderde haardos, ongeschoren, het aangezicht vol puisten en verbrand van de zon, een vest over de schouders als een vogelschrik, de broekspijpen in franjes, de schoenzolen met koorden aan de voeten gebonden, nog slechts 45 kg van de 65 kg bij vertrek. »

Dans le jardin, mon père regardait avec méfiance ce clochard aux cheveux hirsutes, pas rasé, couvert de pustules, brûlé par le soleil, sa veste sur les épaules comme un épouvantail, le bas du pantalon en loques, les semelles des chaussures attachées au pied avec de la ficelle et qui ne pesait plus que 45 kg des 65 qu’il pesait au départ. (p.230, traduction de l’Adrienne)

Ce n’est qu’au moment où le garçon, la gorge nouée, a balbutié « vader » que son père l’a reconnu.

Mêmes témoignages chez tous les autres à leur retour:

« Maar Jozef, zijde gij dat wel? » (p.301)
C’est bien toi, Jozef? (16 ans)

Lui-même ne se rendait pas compte du changement: en trois mois, il n’avait pas eu l’occasion de se regarder dans un miroir. Vêtements en loques, lui aussi, mais surtout fort amaigri: il ne pesait plus que 58 kg, il en pesait 79 en quittant la maison.

La mère de Gustaaf (17 ans) ne le reconnaît pas et lui assène un terrible: « Tu n’es pas mon fils! »

Pour tous, le retour signifie d’abord prendre un bain, pendant que les parents font brûler dehors les vêtements pleins de vermines diverses.

C’est en sortant du bain que Jef (19 ans) constate combien de kilos il a laissé dans la douce France: il ne lui en reste que 52.

***

Karel Strobbe, Pieter Serrien, Hans Boers, Van onze jongens geen nieuws. De dwaaltocht van 300.000 Belgische rekruten aan het begin van de Tweede Wereldoorlog, éd. Manteau, 2015, 357 p. (traduction du titre: Pas de nouvelles de nos garçons. L’odyssée de 300 000 recrues belges au début de la deuxième guerre mondiale)

24 commentaires sur « F comme Frans »

  1. Une expérience qui les a les transformés, contrairement à Tintin et Milou sur le dessin d’Hergé. 🙂
    Et tout ça pour retrouver un pays occupé et une guerre qui allait durer 5 ans…

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      1. Évidemment ! Pendant mes études, j’ai eu l’occasion de lire des lettres de conscrits wallons dans l’armée napoléonienne : édifiant.

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  2. La lecture des lettres de poilus et d’un petit carnet d’un infirmier dans les tranchées que j’ai eu entre les mains m’avaient beaucoup touchée mais j’étais sans doute trop jeune pour en mesurer le poids. Aujourd’hui, je regrette d’avoir dû me séparer de ces objets rassemblés par mon père.

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  3. Toutes ces escalades destructrices et depuis toujours ça dépasse l’entendement… Rien n’a été appris des misères, des folies du passé. Est-ce que l’évolution de l’humain est seulement rendue à ce stade? Comme on n’a connu que la guerre cela devient un grand défi d’établir la paix. Moi j’y crois que c’est possible seulement si chacun commence par lui-même.

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  4. Ne l’ayant pas connue autrement que par les récits des parents ou des grands-parents, il est impossible de se faire une idée plausible de ce qu’est l’horreur de la guerre.
    Et tout le monde en parle trop ces temps-ci, à croire qu’on nous explique que c’est inévitable et pour bientôt…

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