V comme village

Le dimanche après-midi on s’offre un cruchon chez Firmin, tous les quatre, et Edmond apporte le journal.

Il est le seul à savoir lire alors on compte sur lui pour nous dire les nouvelles du monde.

On ne comprend pas tout, ça parle surtout de gens et de pays qu’on ne connaît pas, mais on écoute et on s’intéresse.
Et puis ça fait passer le temps.

On a bien senti dès le début que l’Émile était fort nerveux, même s’il prétendait que non, il n’arrêtait pas de se tortiller sur le banc pour voir la route, comme s’il guettait quelqu’un ou quelque chose…

Edmond s’est arrêté de lire et a doucement posé sa main sur son bras:

– C’est aujourd’hui que ta fille revient de Paris, peut-être? il lui a demandé, mais l’Émile a fait la sourde oreille.

Poings serrés.
Mâchoires serrées.

Sa fille a trouvé du travail à la capitale, il en était bien fier d’ailleurs, quand elle est partie, pourtant il n’aime pas qu’on en parle.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 183e devoir:

Cette toile d’Émile Friant m’a frappé car elle me dit quelque chose.
Mais quoi ? La discussion semble animée autour de ce pichet de vin.
Sur quoi peut-elle bien porter ?

34 commentaires sur « V comme village »

    1. ah tu me fais penser à une petite phrase de ma grand-mère, revenir « met een pakske », « avec un petit paquet », déshonneur suprême pour une fille, jamais pour un garçon, évidemment 😉

      J’aime

  1. Merci à Monsieur le Goût de mettre en lumière l’oeuvre d’Emile Friant ! Merci à toi, Adrienne, de cette séquence de vie, brève mais intense comme toutes les scènes de vie quotidienne peintes sur les rives de la Meurthe et de la Moselle.

    J’aime

  2. J’ai admiré ses toiles à Nancy et pensé à les utiliser en atelier d’écriture. Mais généreront-elles de la bonne humeur ? 😉

    Ici, moi je renverserais bien la vapeur pour que tout finisse bien : la fille revient présenter à son père son promis, un Ardennais qui est revenu d’Afrique cousu d’or après y avoir fait du trafic d’armes, un certain Arthur R.

    Mais ça nous emmènerait trop loin,cette uchronie, et puis ça a déjà été fait ! 😉

    J’aime

  3. Pourquoi reviendrait-elle enceinte avec la certitude du déshonneur au pays ? Non… C’est sans doute ce que redoute le papa. J’espère qu’elle vient présenter un promis…

    J’aime

  4. Je remarque que seuls les messieurs sont assis au bistrot autour d’un cruchon de vin. Les femmes sont à la cuisine? Et la fille qui revient de Paris risque d’être plus indépendante? C’est peut-être ce que craint le père… Ou alors il craint que sa fille dédaigne sa famille?

    J’aime

    1. quand ma grand-mère était jeune, les femmes n’allaient pas au café, et là on est en 1889, donc à fortiori 🙂
      moi encore aujourd’hui, entrer seule dans un café, je le fais avec circonspection, je vérifie d’abord quelle sorte de public s’y trouve 😉 (il y a à Bruxelles de ces « cafés turcs » où on ne voit aucune femme, pas même parmi le personnel ;-))

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s