Dernier cri

« La joie venait toujours après la peine » se dit l’Adrienne en souriant, mais elle se tait.

Une des participantes venait juste de dire que jamais elle n’avait eu la chance d’avoir un prof qui leur faisait écouter un disque avec de la poésie lue, comme le personnage de cette nouvelle d’Aidan Chambers qu’on venait de lire ensemble autour de la table de la bibliothèque.

L’Adrienne s’est retenue de dire que ça aurait bien fait rigoler ses élèves, si elle leur avait fait écouter le Pont Mirabeau lu par Apollinaire…

Elle avait déjà dû se retenir précédemment, quand les participants discutaient de l’autorité du prof, surtout pour en exprimer leur dégoût profond, comme s’il était possible d’enseigner au milieu du chahut ou du « je fais ce que je veux ».

Et comme si toute forme d’autorité était forcément obtenue par de mauvais moyens.

C’est un vrai bonheur quand une classe entière est penchée sur un travail et se concentre en silence.

Pas seulement pour l’enseignant, comme certains pourraient le croire, mais aussi pour les élèves eux-mêmes, qui sont les premiers à mépriser le prof qui ne réussit pas à faire régner le calme.

Un vrai bonheur pour les élèves, donc, à commencer par ceux pour qui l’école est un havre de paix, parce qu’ils vivent dans des disputes et des criailleries infinies à la maison.

– Cette semaine de vacances qui arrive là, ça me stresse, disait Manal, ici au moins pendant quelques heures, je suis tranquille. C’est le silence. Le repos.

***

Écrit selon les consignes de Monsieur le Goût – merci à lui – pour son devoir 141.

Évidemment, cette toile de Thierry Duval me rappelle quelque chose. Mais à vous ?
Rappelle-t-elle quelque chose qui commencerait par « La joie venait toujours après la peine ». Et si en plus votre récit se clôt sur « Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! » ce sera parfait.

35 commentaires sur « Dernier cri »

  1. Je me rappelle cette époque où l’on s’est mis à grand renfort d’associations à enseigner aux jeunes qu’ils avaient des droits, généralement sans souligner que tout droit crée un devoir correspondant.
    Mais bon, je suis vieux donc je suis con, n’est-ce pas…

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  2. Quand je repense au silence des classes de 40 à 45 élèves que j’ai connues et que l’Ours me dit le souk des classes de 25 apprenants, il m’arrive de penser que les notions de liberté, de responsabilité, de droits et de devoirs est salement oubliée…

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      1. Au lycée, la règle était simple :
        Parlotte où remarque déplacée : regard noir du prof ou truc genre « sonnets » pour le vendredi suivant.
        2ème manquement sérieux aux règles : jeudi de 8H à 12H en salle d’étude.
        Il y avait « la colle à la maison » pour les « fautes vénielles » (billet du lycée accompagné d’une copie en deux exemplaires du « Règlement intérieur du lycée » et revêtu de la signature des parents.)
        Rares étaient les « fortes têtes » qui résistaient à ce traitement, d’autant que l’ensemble des élèves n’avaient pas envie de passer deux ans dans la même classe ou d’être virés si deux ans n’avaient pas suffi à atteindre le niveau adéquat.
        (à l’époque, la proportion d’élèves allant au lycée n’allait que de 5 à 15% et les parents appréciaient modérément de « pousser » un gamin aux études pour qu’il déconne en classe et les châtiment familiaux étaient souvent autrement « maltraitants » que les punitions du lycée…)

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  3. Forcément, pour des jeunes qui ne connaissent que le chaut et la liberté totale d’enquiquiner le monde, la moindre remarque prend des tournures de dictature.
    Je me pose une question, au sujet de tes voisins, leur reste -t- il donc encore un peu de vaisselle ? Qu’ils cassent en famille, bien sûr.

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  4. Je plains le corps enseignant… et les jeunes qui vivent des situations douloureuses à la maison. Comment faire pour rétablir un bel équilibre ? 😦
    Très beau poème de G. Apollinaire mais quelle monotonie à l’écouter, je n’aurais pas éclaté de rire mais me serais endormie !

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  5. Les professeurs, les poètes et les animateurs d’ateliers d’écriture ont ceci en commun : ce sont des créateurs de « silence bénéfique ».

    Citation : « Le silence qui suit le mot-consigne du Défi du samedi, c’est encore du Walrus ». in Ronchonchon Crochet. – Necnon margaritas – Cabasse : Nana Fafo éditions, 2022

    😉

    N.B. Il n’y a que très rarement un mot-valise dans le mot-consigne du Défi ! 😉

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  6. C’est vrai que côté diction et emphase, le brave Apollinaire récitant son poème, on ne peut que lui dire d’arrêter et de laisser un enregistrement silencieux.
    Pour ce qui est des profs. Dans ma famille il y a prof de maths. Lors d’une inspection, il y a trois ou quatre ans, le type lui a demandé : « mais comment vous faites pour ne pas avoir de problèmes de discipline ? ». Il a répondu : « j’essaye de bien préparer mes cours ». Personnellement je pense que c’est un pédagogue hors-pair. La preuve il m’a expliqué des trucs de maths du niveau de la seconde… et j’ai enfin compris…

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  7. Intéresser un élève relève certaines fois du domaine de l’Art, il y a des publics plus ou moins faciles… En terminale, j’ai eu un jeune prof. de philosophie, le pauvre n’avait pas un physique facile, il y avait une trentaine d’élèves dans cette classe avec juste trois garçons. Ce philosophe n’a jamais réussi à se faire respecter, il a bien vite abandonné l’enseignement, a écrit des livres sur l’art et fait de la politique en qualité d’adjoint à la culture dans une très jolie petite ville du sud, il a su éviter bien des problèmes !
    Bonjour à tes voisins, si tu les aperçois… Doux après midi dame Adrienne, à bientôt. brigitte

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    1. oui, il y a toutes sortes de publics, j’ai enseigné aussi en technique et en professionnelle, aucun public n’est hermétique à l’art ni aux questions philosophiques!
      merci, bonne journée

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  8. Hélas, avec les délires pédagogiques actuels on ne rend pas vraiment service aux élèves… Mais on dirait que quand tu étais « en service actif » 😉 tu te débrouillais très bien.
    Bon après-midi.
    Mo

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  9. Cette façon de dire les vers nous semble emphatique un siècle plus tard, comme l’ancienne manière de dire les dialogues de théâtre, mais c’est un beau sujet de réflexion et de mise en perspective.
    J’imagine le cours : demander aux élèves de dire ou lire ce poème à voix haute à leur façon d’abord, puis de chercher d’autres tons, enfin d’imaginer comment le poète lui-même aurait dit son texte. Ce serait amusant, et l’écoute de l’enregistrement serait pour la fin, en prévenant qu’il faudrait juste après proposer un adjectif qui décrive la manière de réciter d’Apollinaire…
    Bonne fin d’après-midi, du soleil pour l’heure du thé – parfait ;-).

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    1. on y passait une petite heure, à décortiquer le vocabulaire, découvrir les images, les sentiments divers qui agitent l’auteur et puis à l’heure suivante on passait à des choses plus joyeuses, comme la révision de l’emploi des temps du passé 😉

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    1. oh oui! je l’ai fait jusqu’au dernier jour (juste avant la pandémie, facile comme point de repère ;-)) et même si mes élèves n’étaient pas tous fan – ils avaient le droit de ne pas aimer la poésie et le droit de le dire – ils voyaient mon enthousiasme (ça les faisait même un peu sourire ;-))

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