X c’est l’inconnu

Le 2 décembre approchait.

On allait fêter son anniversaire, même s’il préférait laisser passer cette journée comme les autres.

– Je n’ai besoin de rien, affirmait-il haut et fort chaque année avant de se replonger dans son journal.

Un beau paravent, ces grandes feuilles de papier qu’il prétendait lire d’un bout à l’autre.

– Tu vois bien que je lis, disait-il quand on lui adressait la parole, mais au moment même où on croyait ne pas être entendus, on constatait à une de ses petites remarques qu’il avait suivi toute la conversation.

Une sorte d’absence au monde, comme tentative de déjouer son épaisseur et son étrangeté, son côté purement absurde.
Naître, grandir, et devoir tout de suite affronter tous les malheurs possibles: un jour sans doute le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement.

Plus de quatre-vingts ans que le temps le porte.
Ou plutôt que lui porte le temps.
Parfois, il parcourt la courbe de sa vie, la courbe du temps, et il est saisi par l’horreur de constater que le temps est son pire ennemi.

N’était-ce pas absurde, jour après jour, de souhaiter être à demain.

***

Merci à monsieur le Goût pour son 144e devoir.

Et merci à Albert Camus d’avoir écrit Le mythe de Sisyphe 🙂

34 commentaires sur « X c’est l’inconnu »

  1. Relire Camus, toujours; chacun trouve, choisit (ou subit) sa façon d’affronter l’absurde de nos vies, éphémères.
    Ce vieux monsieur me rappelle mon beau-père qui faisait semblant de lire, on le savait car souvent il tenait le livre à l’envers:-))

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  2. Compliqué le rapport des gens à l’âge, j’ai une sœur qui n’a jamais voulu vieillir…
    Il est certain qu’à partir d’un certain âge on ne doit plus vouloir compter, pour le moment ça va encore 😉

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    1. je n’ai jamais fait mystère de mon âge, pas même en classe 😉
      il me semble que chaque année est « gagnée » et c’est surtout à cause de certains décès trop précoces que j’en suis persuadée… fêtons chaque occasion qui se présente 😉

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  3. lorsqu’elle finissait un repas ma mère disait: un de plus…puis elle ajoutait ce n’est pas celui de plus qui m’emm..de! c’est celui de moins! Je ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire … maintenant je sais !:)

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    1. on l’a un peu désappris avec le covid, puisque c’était devenu impossible de prévoir des activités, et c’était vraiment un gros manque!
      prévoir, pour moi, c’est se réjouir à l’avance, « se préparer le cœur » comme dit le petit Prince 😉

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  4. Ton texte me fait immanquablement penser au Nini!
    Son anniversaire est aussi le 2 décembre et je le soupçonne d’avoir régulièrement utilisé son journal comme paravent. Mais comme il est passé à la version numérique de son quotidien, ça marche nettement moins bien avec la tablette!
    😀

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