J comme jeunesse

C’est l’été de ses vingt ans et depuis le printemps déjà, Louis sent qu’il a changé.
Qu’il n’est plus un enfant.
Qu’il veut prendre ses propres décisions.

Mais le père est intransigeant.
Louis sait qu’il ne cèdera sur rien, ni sur ses prérogatives de chef de famille et de maître absolu de son exploitation agricole, ni sur les choix amoureux de son fils.

Parce que c’est ainsi que tout a commencé, à la fin de l’hiver: quand il a été question du meilleur endroit pour y semer le lin et quand il a vu sur lui le regard et le sourire de Schellebelle.

Le père serre les poings, serre la mâchoire, serre son lourd bâton, celui avec lequel il portera le coup fatal.

– Tout est de la faute de cette effrontée, rugit-il. Je t’interdis de t’approcher d’elle.

Louis obéit et attend son heure.
Même si ça lui crève le cœur de voir Schellebelle rire et bavarder avec les journaliers, ses semblables.

Alors il voudrait ne pas être le fils du maître et avoir le droit de batifoler, lui aussi.

Et avoir la certitude d’être aimé pour lui-même.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 146e devoir:

« La multiplicité des interprétations possible de cette toile de Léon Augustin Lhermitte m’a amusé. Elle devrait vous inspirer autant qu’elle m’a inspiré en la voyant. Même mieux encore j’espère. »

Le tableau m’a tout de suite fait penser à l’intrigue d’un roman de Stijn Streuvels, paru en 1907, De Vlaschaard (Le champ de lin).

Pour ceux que ça intéresse, il y a deux billets où j’ai traduit des extraits d’une autre œuvre de Streuvels: ici et ici.

35 commentaires sur « J comme jeunesse »

  1. On dirait la description de mon beau père (père de mon ex mari).
    Même en tant que maire, il disait qu’il n’avait pas besoin des conseillers municipaux.
    Alors en tant que père et mari, on n’en parle même pas !

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  2. – On n’en finira donc jamais avec ces littérateurs d’un autre siècle qui nous montrent, de Proust à Zola et preuves à l’appui, que ça n’était pas mieux avant ?
    Il faut être résolument moderne, comme disait Rimbaud (encore un !).
    Ça me déprime, tiens ! Je m’en vais relire Alphonse Allais, lui au moins est drôle !

    – Alphonse Allais ? 1854-1905, Joe Krapov !

    😉

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  3. Oui, c’est une question grave la passation de pouvoir dans une famille paysanne. Grave et délicate. La connaissance et l’expérience ne vont pas toujours avec la sagesse et le respect. Bonne journée à toi.

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    1. et puis les idées et les techniques qui évoluent… or le père a des idées bien arrêtées… et concernant ce champ de lin, c’est le fils qui avait raison, ce n’était pas là qu’il aurait fallu le semer (mais le père n’a rien voulu savoir etc)
      merci, bonne soirée!

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