22 rencontres (4.16)

Si souvent Madame entend de la part de ses anciens élèves une sorte d’excuses: ils semblent croire qu’ils n’ont pas donné pleinement satisfaction.

Ce en quoi ils se trompent, évidemment, chacun fait ce qu’il peut et comme il peut, avec le talent qu’il a, la motivation qu’il a.

Et il est rare qu’à seize ou dix-sept ans on soit conscient que peut-être le français un jour sera utile professionnellement.

Plus généralement, il rebute par sa complexité et son « étrangeté » – au sens premier du terme: où en entendent-ils encore, en dehors de l’école?

Nulle part.

Ainsi, comme souvent, cette rencontre débute par des excuses: Ineke croit que Madame a gardé un meilleur souvenir de sa sœur, plus douée en langues, ou de son mari, plus assidu, plus consciencieux et surtout plus facile à vivre!

C’est vrai que son mari est un chou 🙂
Par bonheur pour lui, elle en est consciente: « C’est bien pour ça que je l’ai épousé », rit-elle.

Aujourd’hui elle est institutrice dans une petite ville de Flandre Occidentale, proche de la frontière linguistique: « J’ai besoin de mon français tous les jours », dit-elle, « et je reçois souvent des compliments sur sa qualité ».

Des parents wallons envoient leurs enfants dans la Flandre d’à côté pour qu’ils soient bons bilingues.
Ineke et son mari ont pris le même genre de décision pour leurs trois petits garçons: néerlandais à la maison puis « jetés dans le bain de langues » en français dès qu’ils ont deux ans et demi.

« Comme ça », dit-elle, « ce sera plus facile pour eux ».

37 commentaires sur « 22 rencontres (4.16) »

  1. Une joyeuse rencontre si je comprends bien.
    De ce côté-ci de la frontière, on a beaucoup entendu parlé du ministre flamand de l’Enseignement et ce n’était pas aussi joyeux.

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  2. Mon père, flamand d’origine, n’a pas opté pour cette politique linguistique : il a refusé de nous apprendre sa langue maternelle pour que nous ne puissions pas dire des choses dans une langue que notre mère liégeoise ne comprendrait pas ! Quelle étrange motivation… 😉

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  3. C’est forcément toujours utile une langue… J’ai fait un bac « A5 », qui n’existe plus je crois, avec 3 langues vivantes.
    Voilà plusieurs fois (Sauf si j’ai rêvé) que je vois cette banderole en illustration d’une note. Y a t-il une raison particulière ?

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    1. c’est la photo d’une bannière d’accueil qui avait été placée un premier septembre à l’entrée d’une école primaire. A un moment donné j’ai commencé à l’utiliser pour ma rubrique du 22, où je raconte des rencontres avec des anciens élèves, donc tu las fois chaque mois, le 22 🙂
      les mots veulent dire: on vous aime

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      1. voilà 🙂
        je ne comprends pas certains de mes collègues qui se disent heureux de vivre dans une autre ville de sorte qu’ils ne risquent jamais d’en rencontrer alors qu’ils font leurs courses ou leur jogging…

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      1. en Flandre le français est la première langue étrangère que chaque enfant doit apprendre, il n’a pas le choix (contrairement à la partie francophone de pays, qui ne rend pas la politesse ;-))

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      2. Comme à Bruxelles, les écoliers wallons devront apprendre obligatoirement le néerlandais à partir de la 3e primaire dès l’année scolaire 2027-2028, c’est une décision récente de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
        Le hic sera le recrutement des enseignants, à former d’ici là, puisqu’on en manque déjà dans l’enseignement francophone.
        Dis donc, tu as enseigné à toute la famille, c’est fou ;-).

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      3. ils ont encore cinq ans pour trouver ou former des profs, en principe ça suffit 😉
        (je dis bien « en principe », depuis le temps que j’écris des billets pour dire qu’on manque de profs… et ça ne fait qu’empirer)
        (et oui parfois j’ai eu toute la fratrie, parfois j’ai eu les parents puis les enfants LOL il s’en est fallu de peu que j’arrive à la 3e génération ;-))

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  4. Quelle richesse, le bi ou même multilinguisme!
    Notre petite Poppy de 19 mois mélange joyeusement français, espagnol, et son propre langage non répertorié! mais elle saura vite démêler tout ça.

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    1. voilà! c’est dans ce sens-là qu’Ineke a dit la phrase « ce sera plus facile pour eux », sous-entendu: plus facile pour eux que pour son mari et elle, l’apprentissage d’une langue est plus facile si on te jette dans le bain 😉
      et plus c’est tôt, meilleur c’est pour acquérir la bonne prononciation
      bises!

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  5. Professionnellement, oui, mais… ils n’envisagent pas de venir passer leurs vacances en France ?

    Ou alors ils parleront en anglais comme font les Hollandais dans les campings bretons ?

    Pourquoi pas, après tout ! Vu qu’il suffit de cliquer sur une tablette pour commander son pain ! Et que tout se réserve d’avance sur Internet ? Pourquoi savoir parler ?

    Et peut-être que les esclavagistes européens réformeront bientôt la société pour en extirper ces périodes de vacances improductives ? Suis-je déjà dans l’irrationnel ou envisagé-je du déraisonnable ? 😉

    Bon dimanche quand même !

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  6. Bien, bien, bien … je souris en vous lisant … j’ai délaissé l’anglais pour revenir au français, belle langue de ma naissance … m’offrant de multiples manières d’exprimer les choses … mais suis ouverte aux autres, notamment vous, chère Adrienne et vos lecteurs, lectrices !
    Après, nous avons tous rencontré des personnes décevantes et pas que par leur langage, ici ou là, l’été en villégiature … qui ne respectent pas le local … Joe les décrit bien !

    Bah ba bas… il suffit d’un sourire, d’un bon mot sinon de passer son chemin en n’en pensant pas moins !

    Pour conclure, je retiens ces mots de l’Adrienne : « Ces mots veulent dire : on vous aime ! » et c’est bien cela l’essentiel ! Belle journée à toutes, tous !

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  7. Je me rappelle une rencontre, Papa flamand, à peine 60 ans, parle un excellent français, son fils, environ 30 ans, fait l’effort de s’adresser à nous en français mais a parfois besoin de l’aide de son père. Tous les deux nous disent que la jeune génération conversent en anglais lors des rencontres entre wallons et flamands.

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    1. disons que c’est plus égalitaire, c’est une langue étrangère pour les deux parties 😉
      (mes élèves avaient toujours peur qu’on se moque d’eux, ils pensaient que leur français n’était pas assez « parfait », ils n’ont pas ces peurs avec l’anglais)

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