Le défi du 20

A trente ans Madame était toujours la plus jeune de toute l’équipe des profs de FLE de son école, ce qui veut dire que chaque fois qu’il « manquait des heures », c’est elle qui était envoyée ailleurs.

C’est ainsi qu’elle est arrivée en professionnelle et qu’elle a eu en classe Othmane, armoire à glace, deux têtes de plus qu’elle, qui a réussi l’exploit de ne jamais la regarder en face, dix mois durant. C’est grâce à lui qu’elle a appris que c’était une forme de politesse 😉

L’année d’après, c’est en technique couture qu’elle a été envoyée, où elle a fait la connaissance de Hanane, le rayon de soleil de la classe. Grâce à qui elle a su qu’au-dessus des règles établies par le père, il y avait celles établies par le frère aîné du père: quand il était en visite, Hanane ne pouvait sortir que voilée.

Ensuite, en technique commerciale il y avait l’adorable Rachida. Qui a accepté d’épouser le cousin du cousin d’un cousin et de le suivre en Allemagne, pays où elle ne connaissait personne, dont elle ne connaissait pas la langue et où elle élève aujourd’hui ses deux enfants.

Il y a eu Younes, toujours de méchante humeur, toujours « victime », toujours sur ses gardes et qui aujourd’hui porte le costume et la cravate dans une grande compagnie d’assurances.

Le même comportement mais au féminin, c’était Latifa. Jusqu’au jour où Madame lui a dit que son prénom signifiait ‘gentille, aimable’ et allez savoir pourquoi, elles en sont sur le coup devenues meilleures copines.

Madame se souvient bien aussi de Youssef, avec qui la connivence était totale: un seul regard et hop, la blague était partie, Youssef enclenchait au quart de tour, le ping pong marchait parfaitement. Elle n’a plus jamais retrouvé un tel partenaire pour ‘ambiancer’ la classe dès que le besoin d’un peu de ‘schwung‘ se faisait sentir.

Il y a eu Fehmy, poli et bien élevé, le gendre idéal, Madame lui aurait bien donné sa fille si elle en avait eu une 😉 aujourd’hui il est marié – fête en mode mineur, c’était en pleine pandémie – et spécialiste en informatique.

Il y a eu Omar, qu’il fallait sans cesse houspiller pour qu’il se mette au travail – Madame le harcelait même par SMS – mais qui a fini par réussir des études supérieures.

Et enfin, Nabil, grâce à qui Madame a pu répondre ironiquement à ceux qui lui disaient qu’ils n’inscriraient pas leur enfant dans sa ville « à cause de tous ces étrangers »:

– Vous avez raison, tous ces étrangers rendent la concurrence fort rude! Mon meilleur élève toutes catégories, cette année, meilleur en maths fortes, meilleur en latin, meilleur en langues étrangères… s’appelle Nabil.

Encore merci, Nabil 🙂

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Merci à Passiflore pour son Défi du 20 qui demandait ce mois-ci neuf prénoms.

Ceux qui viennent depuis longtemps reconnaîtront quelques prénoms qui ont déjà été utilisés ici 🙂

Le défi du 20

Chacun a occupé à sa façon l’oisiveté relative des divers confinements et dans un village anglais ils en ont profité pour semer des mélanges « prairie fleurie » partout où c’était possible.

Depuis deux ans, en plus des traditionnelles pâquerettes ou du pissenlit solitaire qui aurait échappé à la tondeuse, on peut y admirer un foisonnement de fleurs des champs, comme l’agrostemma aux nuances violettes et la centaurée bleue.

On y ajoute le rouge des coquelicots, le jaune des chrysanthèmes des moissons, le blanc des camomilles et des marguerites sauvages pour obtenir ce magnifique tableau, un régal pour les yeux des habitants et des passants.

Régal aussi pour les insectes et les oiseaux, bien sûr.

Sans compter un gros avantage supplémentaire et totalement inattendu: les automobilistes respectent ENFIN les limitations de vitesse quand ils traversent le village.

Et oui: pour admirer les jolies fleurs 🙂

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Pour le défi du 20 de Passiflore – merci, Passiflore! – ce mois-ci huit fleurs!

La photo vient du site du village de Long Newton.

Le défi du 20

– Oui, c’est bien joli ces pâquerettes, mais si tu les laisses là, l’an prochain ta pelouse en sera envahie!

Ainsi parlait grand-mère Adrienne, venue passer sa convalescence dans la maison d’autrefois et qui, installée sur la terrasse, commentait les travaux faits et à faire.

Et elle avait raison, bien sûr.

Dès leur installation dans la maison de leurs rêves, l’Adrienne s’était jetée dans les travaux de jardinage et avec l’optimisme de ses vingt ans, elle croyait qu’elle viendrait à bout des « indésirables », à commencer par les égopodes qui tapissaient le terrain sous les noisetiers et la grande ortie qui rendait impénétrables différentes parties du jardin.

C’était l’époque où Monsieur Mari, sans états d’âme, « traitait » le gazon contre le trèfle et les pissenlits, l’époque où le gratteron servait exclusivement aux facéties de beau-papa et où le mouron des oiseaux était une des friandises préférées des poules pondeuses.

Ce n’est que dix ou quinze ans plus tard que l’Adrienne a découvert les vertus gastronomiques de toutes ces « mauvaises herbes », que ce soit crues en salade ou cuites en tarte aux légumes, en sauce avec des pâtes, en accompagnement d’un plat.

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Impossible de s’en tenir à « sept légumes », comme le demande Passiflore pour son Défi du 20 (merci à elle) car il faut absolument mentionner aussi la cardamine, l’ail des ours, le chénopode blanc et la carotte sauvage en plus des sept du texte: pâquerette, égopode, ortie, trèfle, pissenlit, gratteron et mouron des oiseaux 🙂

Photo du jardin d’autrefois avec plein de « mauvaises herbes » sous les noisetiers (on voit surtout l’ail des ours en pleine floraison), ainsi qu’un jeune noyer.

Le défi du 20

En cette mi-juin, le climat anglais proposait une chaleur sans nuages et des ciels d’un bleu si dur qu’on finissait par espérer la tempête orageuse annoncée pour le vendredi, puis pour le samedi, et qui ne cessait d’être reportée.

Dans le minibus, chacun ramenait sa science – ‘chacun’ étant à prendre ici au sens strictement masculin – comme l’expert en vins qui va deux fois par an en Bourgogne et une fois dans toutes les autres régions viticoles, possède deux caves pleines de bouteilles qu’il ne réussira jamais à boire en cette vie et qu’il commence donc à revendre. Certains vins faisant l’objet de spéculation, son hobby est devenu fort rentable.

– Je connais un vigneron, dit-il, qui a des abricotiers. Il vend ses abricots à la brasserie Cantillon!

Un autre parle de son jardin – plus de trois hectares, songe l’Adrienne, est-ce que ça s’appelle encore un jardin? – où ses hêtres bicentenaires se meurent.
Il a voulu les remplacer.
On lui conseille le châtaignier ou le chêne.

– Mais ça pousse si lentement! se plaint-il.

Alors il a fait venir à grands frais des marronniers qui ont déjà plus de 15 mètres et dont la motte pèse plusieurs tonnes.
Qu’il a fallu beaucoup arroser, vu la sécheresse de nos étés.

– Il y en a deux qui vont assez bien, dit-il. Le troisième, je ne sais pas s’il va reprendre…

On arrive enfin à Charleston House.
Une maison où certes on ne censurait aucune forme d’amour 😉
Au jardin, l’Adrienne prend évidemment des tas de photos.

Comme celle en haut du billet, où on voit à peine le pommier sous l’avalanche de roses parfumées.
A leur pied, des céraistes tomentueux et des pivoines Bowl of Beauty en fin de floraison.

Heaven! I’m in heaven! chantonne l’Adrienne, qui ne sait pourtant pas plus ce qu’est le paradis que l’enfer mais dont la grand-mère était fan de Fred Astaire.

On pourrait paraphraser Aristote et dire que la quiddité d’un jardin, c’est l’âme 🙂

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Merci à monsieur le Goût pour son 128e devoir de Lakévio et à Passiflore pour son défi du 20 qui demandait six arbres!

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Justement, en cherchant quelque chose dans le foutoir de photos de mon PC, j’ai vu quelque chose. Une photo que j’ai prise en 2018 du côté de la rue du Faubourg Montmartre. Elle m’avait frappé car elle posait une question que je m’étais déjà posée il y a bien longtemps.
Ah oui… Que diriez-vous d’y mettre les neuf mots suivants ?
Ciels – Enfer – TomenteuxQuiddité – Abricot – Climat – Nuages – Tempête – Chaleur

Le défi du 20

Dans son jardinet de ville, l’Adrienne est bien heureuse de voir des familles de moineaux.
Ils vivent en groupe dans une haie ou un trou de mur sous une corniche.

Au début, il y avait un couple de pies dans le jardin de la petite école d’en face. Mais les nichées n’ont pas résisté à la voracité des corneilles, ces véritables rats des villes.

Quelques maisons plus loin, un homme élève des pigeons.
On n’a jamais réussi à savoir s’ils les mettait dans un panier en direction du nord de la France avec ces « convoyeurs » qui attendaient dans les flash-info à la radio de l’enfance chez les grands-parents.

Et puis il y a l’étang près de la bibliothèque, où dès les débuts du printemps, on compte et recompte les canetons qui s’agitent autour des mamans canes.

Et on prend bien sûr chaque fois une photo.

Avec attendrissement 🙂

Merci à Passiflore pour ses excellents Défis du 20 – ce mois-ci: cinq oiseaux.

Le défi du 20

Dix ans qu’il n’est plus l’élève de Madame et cinq ans au moins qu’il lui prodigue des conseils de lecture 😉

Tout avait évidemment commencé avec Rimbaud.

Non pas parce qu’en classe il a lu Le dormeur du val, mais parce que Patti Smith est fan du poète.
C’est ce qu’il a appris à Madame, qui ne connaissait évidemment pas Patti Smith (désolée pour les fans!).

Comme il sait que ça fait plaisir à son cœur de prof de FLE, il ne manque jamais de lui annoncer quand il a lu un livre en français:

– J’ai lu la biographie de Rimbaud par Baronian, lui écrit-il en 2015. Et ce qui est magnifique, c’est que je suis juste au chapitre sur les deux coups de feu alors que je me trouve dans le train de Bruxelles!

Puis il a découvert Édouard Louis – ils ont à peu près le même âge:

– J’ai bien aimé Pour en finir avec Eddy Bellegueule, dit-il. Mais de nos jours, je ne le suis plus. Il est devenu trop « vedette ».

Madame doit avouer qu’elle n’a pas réussi à finir ce livre: trop de violence trop bien décrite. Elle est une petite nature, oui. Mais elle a lu jusqu’au bout Qui a tué mon père.
Qu’elle a trouvé tout à fait poignant.

C’est par Édouard Louis qu’il est arrivé jusqu’à Annie Ernaux.

– Ah! fait Madame, j’ai arrêté de la lire, surtout après la lecture de Mémoire de fille.

Mais il insiste:

– J’aimerais, dit-il, que vous lui donniez une seconde chance et lisiez Les années.

Bizarrement, depuis des semaines ce volume est indisponible à la bibliothèque, quelqu’un sans doute l’apprend par cœur.

Mais son grand coup de cœur en littérature française contemporaine va à Pierre Michon et ses Vies minuscules et là, Madame est entièrement d’accord.
Elle lui a d’ailleurs prêté-donné Les Onze 🙂

Que ne ferait-on pas pour qu’un ancien élève lise en français 🙂

Écrit pour le Défi du 20 où il était demandé ce mois-ci de donner quatre titres de livres – les quatre que j’ai lus sont en gras dans le texte – merci Passiflore!

Le défi du 20

Pour le 20 mars, Passiflore (merci, Passiflore!) demande trois chanteurs et tout naturellement l’Adrienne a pensé à regrouper trois Italo-belges.

Le premier est évidemment Adamo, dont on peut lire ici la biographie, au cas où on ne la connaîtrait pas bien, et voir toute la discographie.

Tombe la neige est un de ses tout premiers morceaux, le choix est large et ceux que l’Adrienne aime sont nombreux, ils font partie de la jeunesse de sa Tantine.

Ensuite il y a Frédéric François. Il a francisé son nom, Francesco Barracato, et s’est spécialisé dans les chansons d’amour Latin Lover 😉

En 1972, mini-Adrienne et son petit frère braillaient Laisse-moi vivre ma vie 🙂

Enfin, Claude Barzotti, né Francesco Barzotti, qui en 1975 a fait chavirer le cœur de midinette de l’Adrienne bien avant qu’elle ne soit une Madame… et tiens! il chavire encore 🙂

Le défi du 20

Quand le prof de littérature française a demandé de faire « un petit travail » sur un auteur au choix – un par siècle – pour le 16e l’Adrienne a décidé de parler de Maurice Scève.

Non qu’il soit son favori – elle lui préfère ce petit comique de Clément Marot et aussi Louise Labé, cette grande amoureuse – mais parce que son cœur de midinette avait été séduit, à seize ans, par ces vers-là:

Plus tost seront Rhosne, & Saone desioinctz,
Que d’auec toy mon cœur se desassemble:

source Gallica.

N’est-ce pas merveilleux de se dire: « Plus tôt seront Rhône et Saone disjoints Que d’avec toi mon cœur se désassemble; Plus tôt seront l’un et l’autre mont joints Qu’avec nous aucun discord s’assemble » ? Et qu’on verrait plus tôt le Rhône couler en contresens qu’on ne verrait la fin de l’amour?

Quant à la pauvre « gentille et vertueuse » dame Pernette, morte à 25 ans dans une épidémie de peste, nombreux sont ceux qui prétendent qu’elle est l’objet de cette poésie amoureuse.

Elle a écrit en sa courte vie de fort jolies choses, elle aussi:

Je suis tant bien, que je ne le puis dire,
Ayant sondé son amitié profonde
Par sa vertu, qui à l’aimer m’attire
Plus que beauté : car sa grâce, & faconde
Me font cuider la première du monde.

Pour ceux que Maurice et Pernette intéressent, voir ici.

écrit pour le défi du 20:

Le défi du 20 est chez Passiflore, merci à elle!

Défi du 20

source ici

Paris, Londres, Vienne, Prague, Budapest, Stockholm…

L’Adrienne fait l’inventaire des villes européennes où elle devrait se rendre pour aller y admirer un tableau ou des gravures de Pieter Bruegel l’Ancien.

Et Washington? lui demanderez-vous. Et New York? Et… et… et…

C’est vrai, « il fut un temps » où elle rêvait d’aller dans quelques grands musées nord-américains.
Mais elle a abandonné l’idée.

D’ailleurs, elle devrait commencer par aller à Anvers 😉

***

écrit pour le défi du 20:

Le défi du 20 est chez Passiflore, merci à elle!

Tout savoir sur l’œuvre en photo ci-dessus? Plaustrum belgicum (Le chariot belge) c’est .

Le défi du 20

109ème Devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_109.jpg

Non, Mariannick n’est pas zen, pas zen du tout.

D’ailleurs, le mot lui est inconnu. Son français de cuisine lui permet tout juste de communiquer avec sa patronne.

C’est un peu pour ça aussi, pour pouvoir parler, s’épancher, partager des nouvelles, qu’elle est si heureuse de croiser une payse, en allant au marché.

Et elles se plaignent un peu, toutes les deux, en se tenant les mains.

Mariannick a bien besoin de s’épancher aujourd’hui: elle vient d’apprendre un nouveau mot, ce matin, dans la cuisine de sa patronne.
Le mot zinc.

Et tout le monde riait bien fort en le lui disant, que c’était là qu’elle devait chercher son homme, quand il ne rentrait pas le soir.

Les Bretons de Paris à l’Étoile, Agence Rol, 1922 – source : Gallica-BnF

Merci à Monsieur le Goût pour le devoir n°109

Cette lithographie de Maurice Utrillo, que j’ai vue il y a bien longtemps au « MOMA » et qui m’est revenue à l’esprit au musée de l’Orangerie il y a deux jours, me saute à la mémoire. Et à vous ? Bah ! On verra lundi…

Et merci à Lisamax pour sa consigne du 20:

écrire un texte avec la lettre de votre choix et ses mots ou écrire un texte avec les 4 lettres et 8 mots, Watt et Wassingue, Xylophage et Xylophone, Yé-yé et Yo-yo, Zen et Zinc