7 petites croix dans un carnet

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« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys. »

Vas-y, ziva! Neuf strophes de quatre vers, ça en fait trente-six à apprendre par cœur! Depuis que le prof a lu cette fameuse lettre d’Umberto Eco à son petit-fils, sous prétexte d’activer et d’entraîner notre mémoire, c’est récitation chaque semaine.

Y en a marre. Surtout quand tu vois ce que c’est comme texte! Du grand n’importe quoi!

Encore, quand c’est de la poésie avec des rimes, ça t’aide. Mais quand c’est un extrait de roman? Il est fou, ce mec!

Sur son carnet, il met des petites croix à côté de notre nom pour chaque récitation réussie. Mais attention! il faut la perfection! Pas une hésitation en cours de route! Et quand tu as sept croix, tu reçois des points. Des « points bonus », qu’il appelle ça…

Si au moins on pouvait choisir ce qu’on veut apprendre par cœur! Je pourrais lui réciter toute la composition des équipes de foot, avec l’âge, la taille et le poids des joueurs! Mais non! Au lieu de ça, il nous donne du Modiano:

« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »

Du grand n’importe quoi, je te dis!

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 11 – merci à lui pour le tableau et les consignes!

Ce serait bien que ces mots, par lesquels vous commencerez votre devoir, vous inspirent :

« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles… »

Et vous le terminerez par cette phrase de Patrick, non, pas « Patriiiick ! », l’autre, Modiano :
« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »
Entre les deux, vous contez sans compter… À lundi.
Et n’oubliez pas, quand vous passerez lundi pour lire mon devoir, d’annoncer aux foules avides de vous lire, que vous avez-vous aussi, raconté une chouette histoire.

J’ai déjà parlé ici de cette lettre d’Umberto Eco à son petit-fils 🙂

7 exemples

Ça fait bien une cinquantaine d’années que dans la petite ville de l’Adrienne il est question de construire une route qui permettrait à la circulation – surtout celle des poids lourds – d’éviter le centre ville. Depuis cinquante ans, tout le monde est bien d’accord que c’est absolument nécessaire – aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain – mais le tracé suscite chaque fois mille polémiques: chacun veut ce contournement mais personne ne veut qu’une route vienne gâcher sa jolie vue sur les collines boisées.

La même chose se passe pour les éoliennes prévues par le conseil communal: dès que les plans ont été connus, un comité s’est formé contre leur installation.

Idem pour un autre projet écologique, pour les traitements des déchets ménagers. Avant de savoir exactement de quoi il retournait, un groupe d’action était déjà constitué.

Une des plus grandes usines textiles – une des rares à être restées actives après la crise de la fin des années soixante et les délocalisations – a eu toutes les peines du monde à recevoir le permis de bâtir, au moment où elle avait besoin de plus d’espace pour ses activités. Etre propriétaire des terrains depuis le 19e siècle n’était pas un argument. Etre un des principaux employeurs de la ville non plus.

Par bonheur, une maison d’accueil pour des malades du SIDA, qui se retrouvent sans appui et sans logement, fonctionne paisiblement depuis 1998, aidée uniquement par des dons privés. Il a juste fallu, au début, bien informer les gens. La maladie faisait très peur.

Par bonheur, les jardins d’enfants et terrains de jeux se multiplient: aucun voisinage ne se plaint du bruit que cela entraîne. C’est déjà arrivé ailleurs…

Par bonheur, une ancienne carrière de sable qui allait être utilisée pour y enfouir des déchets un peu louches a également vu naître un comité pour sa défense. La ministre pas très verte a dû retirer le permis aux exploitants.

nimby

Nimby, proposait Walrus pour le 575e Défi du samedi. Un acronyme qui veut dire ‘not in my backyard’, pas dans mon jardin. Merci à Walrus pour le jeu et les illustrations 🙂

7 phrases

« La vie est une hécatombe. Un mass murder de 59 millions de morts par an. 1,9 décès par seconde. 158 857 morts par jour. Depuis le début de ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont mortes dans le monde – davantage si vous lisez lentement. Je ne comprends pas pourquoi des terroristes se fatiguent à augmenter les statistiques: ils ne parviendront jamais à assassiner autant de gens que Dame Nature. […] Soyons clair: je ne déteste pas la mort; je déteste ma mort. »

Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, éd. Grasset, janvier 2018, page 51.

info sur le site de l’éditeur et premières pages à lire ici. (jusqu’à la page 30)

 

7 citations de Michel Serres

Nous vivons aujourd’hui une crise aiguë des langues. […] elles tombent en mésestime, chacun saccage la sienne, comme on a fait de la terre.
Les Cinq sens, Michel Serres, éd. Bernard Grasset, 1985 p. 376
Voici ma définition de la culture : ce qui permet à un homme cultivé de n’écraser personne sous le poids de sa culture. Et la science est ce qui permet à un savant de ne pas abuser de son savoir. 
Des sciences qui nous rapprochent de la singularité, p.383, in La Complexité, vertiges et promesses, Le Pommier/Poche, 2006 
Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de « dactylo.».
Petite Poucette, Michel Serres, éd. Le Pommier, 2012, p. 14
Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités :  “C’était mieux avant.” Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. […]
[…] Plus tard, j’eus à mesurer les distances du savoir. Mieux valait habiter Paris ou une grande ville pour accéder aux bibliothèques, aux universités, aux centres documentés. Un renseignement, une citation pouvaient coûter des journées de voyages et des heures de recherche. Clic, aujourd’hui, un centième de seconde pour le même résultat.
C’était mieux avant !, Michel Serres, éd. Le Pommier, 2017
Ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d’un racisme tel qu’on devrait avoir honte de l’enseigner aux enfants. Quels que soient les ennemis, qu’ils aient un sang impur, c’est quand même d’un racisme, j’aurais honte de l’enseigner à mes étudiants, ils ont tous un sang pur et l’impureté du sang est quelque chose qui me fait horreur. […] Ce n’est pas seulement un imaginaire raciste, c’est une tradition qui a été si longue qu’elle a fondé beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit .
Michel Serres, 9 mai 2008, France Culture, dans Vendredis de la philosophie.
Et en numéro 7, un extrait plus large que Madame propose chaque année en septembre à la sagacité de ses élèves de sixième (la Terminale):

Michel Serres, « Qui en saigne », Le Monde de l’éducation, septembre 1998

Interrogez un grand homme de science, il vous dit que pour apprendre les mathématiques, la chimie ou la physique…. il faut commencer au plus tôt : dès l’école élémentaire. Certes; faisons‑le donc. De même, seul le jeune âge s’adapte vraiment aux langues étrangères. Au travail, de nouveau. Ainsi, pour l’histoire, le sport, les Jeux olympiques… En groupes de pression, les experts, écoutés des politiques, poussent en amont la formation. Dès lors, descendent comme la foudre sur la tête de l’enfant ‑ et de l’instituteur ‑ les exigences des savants, plus les ignorances parallèles des adultes impuissants. Le voilà obligé d’apprendre au plus vite tout ce dont ses parents rêvent, tout ce dont la société a besoin, tout ce que chacun abandonna et regrette. Fini le vert paradis.

Or comme chacun diffère de tout autre: la blonde, le grand, le maigre, la surdouée, le cas social…, la classe met du temps à trouver l’unité favorable à l’exercice en commun. Admirez alors comment une société qui n’a plus aucun projet (ni politique, ni social, ni culturel, sauf le calcul mortel d’enrichir de rares personnes pour mieux affamer l’humanité entière et, pour commémorer ou condamner son passé, l’ouverture quotidienne de musées funèbres), qui ne sait plus donc dans quel but d’avenir éduquer ses enfants, oblige les plus jeunes d’entre eux à concevoir, à leur âge et pour eux-mêmes, leur propre dessein de formation, avec l’aide souple de l’instituteur, acculant ce dernier à recevoir, dans sa classe, autant de classes différentes que d’enfants. L’abandon de l’éducation par les parents, la famille, le quartier, la ville et toute autre communauté rejaillit aujourd’hui sur l’école, où tout, désormais, doit se faire, où tout donc, par saturation, devient irréalisable.

la plupart des autres citations viennent dici.

7 conseils

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La nipotina trouve l’endroit absolument gezellig (1). Il est vrai que de là où j’étais assise, j’avais de quoi occuper les yeux.

Vieilles plaques publicitaires en métal peint, agrandissements de photos anciennes sépia, objets divers des milieux ruraux d’autrefois… et cette affiche sentencieuse, en anglais of course, la langue qui met tout le monde d’accord et que soi-disant tout le monde comprend 🙂

DSCI7214

La table laissée par quatre cyclotouristes et à droite, la nipotina, cachée derrière le menu.

(1) gezellig n’a pas d’équivalent en français, c’est un adjectif qui permet d’émettre une opinion toute personnelle sur ce qu’on trouve à la fois agréable, sympathique et convivial comme ambiance, décor, lieu ou personne.

7 lettres

« Aime assez à chahuter », disait la définition, et il fallait trouver Guillaume de Machaut.

Machaut, si on l’épelle, ça donne M A C H A U T (emme – a – cé – hache – a – u – té)

Moi j’aime assez Machaut 🙂

Dame, a vous sans retollir (sans le reprendre)
Dong cuer, pensée, desir, (je donne mon cœur)
Corps, et amour,
Comme a toute la millour
Qu’on puist choisir,
Ne qui vivre ne morir
Puist a ce jour.

Le texte complet de la chanson se trouve ici.

7 à 10 minutes

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Il faut désormais de sept à dix minutes entre le moment où on clique sur l’icône du navigateur et l’ouverture de la page.

Chaque fois on se demande d’ailleurs si elle finira par s’ouvrir.

Il semblerait donc que cet ordi, comme tous les autres avant lui – sauf le tout premier, qui était une grosse et lourde caisse – soit en fin de vie au bout d’environ deux ans de service.

A moins qu’un de mes savants lecteurs n’ait une meilleure explication… et qui sait, un remède?

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