7 fois

Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com

– Ma chère petite! Quel heureux hasard! s’écria Madame de B*** en serrant la jeune femme blonde contre elle, aussi fort que ses deux encombrantes béquilles le lui permettaient. Ah! vraiment! si je m’attendais!

Et ce ne fut plus qu’embrassades, questions et petits cris joyeux entre elles deux, Madame votre mère se porte bien? et Monsieur votre père, bientôt retiré des affaires, je suppose? non? pendant que le guide, agitant la liste d’inscriptions, essayait en pure perte d’attirer l’attention de la jeune femme:

– Mademoiselle? s’il vous plaît? je pourrais avoir votre nom?

Ce fut Madame de B*** qui finit par le remarquer:

– Il me semble que vous intéressez ce jeune homme, ma chère enfant. Vous verrez qu’il vous demandera votre numéro de téléphone!

– J’aimerais juste cocher son nom sur la liste, répondit-il un peu sèchement.

Il sentait qu’il rougissait et ça l’ennuyait beaucoup.

– Dites, ça ne vous ferait rien de vous dépêcher un peu, vous autres? ronchonna un des deux hommes en tenue de baroudeurs des forêts. On n’est pas venu pour ça, nous autres!

– Pourquoi tant d’impatience? rétorqua Madame de B***. La journée nous appartient! Et c’est tellement plus agréable entre gens de bonne compagnie…

– Justement, les journées sont fort courtes, en cette saison, alors chaque minute compte, surtout avec des gens comme vous dans le groupe…

Il ne put terminer sa phrase. Madame de B***, qui avait pourtant deux têtes de moins que lui, le toisait, petit menton tendu en avant, et lui dit en détachant bien les mots:

– Je vois que vous êtes d’une génération à laquelle on a omis de conseiller de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de proférer un son… Mais il n’est jamais trop tard pour l’apprendre.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB en réponse à la question 3: Pourquoi tant d’impatience?

En 7 morceaux

C’était le temps où on ne trouvait pas de canettes ni de cartons brick dans les rigoles de nos villes

C’était le temps du macramé et du point de tapisserie – ne jamais avoir les mains inoccupées quand on est une fille, disait la mère

C’était le temps où grand-mère Adrienne ne desservait pas aussi longtemps qu’il y avait un petit reste dans ses casseroles

C’était le temps où le truculent grand-père faisait rire aux larmes des tablées entières

C’était le temps où les femmes portaient des foulards sur la tête et n’étaient pas musulmanes

C’était le temps où le blouson de cuir ne pouvait être qu’un vêtement de voyou, aux relents funestes et délétères

C’est un puzzle aux milliers de pièces, quelques joyaux, quelques points noirs, beaucoup de belles rencontres…
N’en gardons que le positif 🙂

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: foulard – tapisserie – puzzle – rigole – déjà – macramé – truculent – blouson – délétère – desservir – casserole – joyau – rencontre.

En 7 phrases

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En rentrant dans l’appartement, elle l’a tout de suite vu.
Alors elle a jeté le sac et l’écharpe pour se précipiter à la cuisine.
Et vite, vite remettre de l’eau dans le vase.

– Pourquoi tu laisses ces fleurs mourir de soif? demande-t-elle à sa mère.
– Oh! elles sont déjà presque fichues! Et demain, c’est le jour des poubelles, alors…

Depuis ce jour-là, elle ne lui offre plus que des chocolats 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 60e devoir de Lakevio du Goût:

D’après vous, que font cette tasse et ce sac, abandonnés là, comme si la hâte avait saisi sa propriétaire ? Vous aurez bien une idée d’ici lundi, non ? Cette toile d’Adeline Goldminc-Tronzo devrait vous inspirer.

7 petites notes de musique

La chorale s’appelle Saint-Ambroise ce qui fait qu’elle a deux fêtes coup sur coup, une pour la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre, et une le 7 décembre, pour Saint-Ambroise.

Qui n’est pas, comme le dit wikisaitout, le patron des apiculteurs: dans la ville de mini-Adrienne, il est le patron de tous ceux qui vivent de l’industrie textile.

C’est-à-dire à peu près de tout le monde jusque dans les années 1970.

Répétition le vendredi soir et messe le dimanche matin, le père de mini-Adrienne est un des membres les plus assidus.

Très fier, aussi, que sa chorale perpétue les traditions et connaisse pour chaque dimanche de l’année les chants grégoriens appropriés.

C’est tout un vocabulaire que la petite écoute sans comprendre. Les deux mots les plus mystérieux sont le propre et l’introït. Elle a le goût des mots mystérieux 🙂

Assise sur l’inconfortable chaise de paille, elle lève les yeux vers le jubé, et écoute son père sans le voir.

Elle reconnaît la voix d’Yvan, le ténor, et juste derrière, le baryton paternel. Elle est heureuse.

On ne dira jamais assez les vertus de la musique et les merveilles qu’on peut faire avec sept petites notes.

7 paires?

A l’expo au Musée de la Tapisserie, à Tournai, l’Adrienne s’est arrêtée un moment devant cette œuvre ‘Sans titre‘ dont elle ne savait que penser.

Des petits carrés blancs épinglés sur fond blanc, sont tricotés ou crochetés ou simplement « déchiquetés » dans du tissu, et portent chacun une nominette (comment appelle-t-on ça en France?) avec un verbe pronominal.

On constate qu’il s’agit souvent des mêmes verbes qui reviennent.
On s’interroge sur le sens de tout ça.
On commence à assembler les verbes deux à deux, jusqu’à former sept couples: se tendre/se détendre, se salir/se laver, s’user/se réparer, se couvrir/se découvrir… mais on doute que ce soit la bonne explication du sens de l’œuvre.

On consulte la brochure reçue à l’entrée.
On y explique que ces verbes « renvoient à l’individu » et que l’œuvre « interpelle et pose une réflexion sur l’être et le devenir. »

Ça rappelle une discussion qu’on avait eue avec un voisin artiste très reconnu en Flandre, dont la conclusion était: si moi – artiste – je décrète qu’une chose est de l’art, alors c’est de l’art.

Point barre.

7 vies

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De temps en temps l’Adrienne se dit que les anges gardiens, ça existe.

Le sien en tout cas a déjà eu fort à faire.

Avouons-le tout de suite: elle est parfois distraite en traversant une route.

Parfois, c’est pardonnable, comme quand on est à Londres et qu’on oublie que les autos roulent à gauche.

Parfois, c’est impardonnable, comme le jour où elle a traversé à pied un endroit de la « petite ceinture » où des murets indiquaient clairement que c’était interdit aux piétons. Le cœur battant et les oreilles bourdonnantes à cause des coups de klaxon des voitures sortant du tunnel.

Bref.

Elle sait pourtant depuis longtemps qu’elle a tort de vouloir prendre des raccourcis 😉

Parfois dans sa ville aussi elle oblige un automobiliste à freiner pile tout en faisant elle-même un grand bond en arrière. C’est à des occasions comme celles-là qu’elle se dit que quand elle sera tout à fait vieille, il faudra qu’elle change de tactique de survie.

Bref.

A Paris aussi – évidemment! – ça lui est arrivé. Pile sous l’arcade du tableau choisi par Monsieur Le Goût pour ce lundi. Elle admirait à droite, elle admirait à gauche, devant et derrière, le nez en l’air et l’air béat du touriste. Elle croyait bêtement que cette arcade était interdite de circulation, jusqu’à ce qu’un Fangio parisien fasse usage de ses bons réflexes, de son klaxon et de ses bons freins, tout en se martelant la tempe de l’index et en lui roulant de gros yeux furibonds.

Qui a dit que les hommes n’étaient pas « multitâches »?

***

écrit pour le devoir du lundi de Lakévio aux bons soins de Monsieur le Goût, que je remercie!

Traverser le pont du Carrousel un matin de printemps et découvrir l’entrée du Louvre sans une voiture. Qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous voir ça ? Je l’ai vu et fait mais il n’est pas sûr que le rêver soit moins beau. Si vous ne l’avez pas fait, imaginez-le et dites-le lundi, racontez votre rêve.

7 composantes

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Sept composantes pour le dessert du repas d’adieu (ne cherchez pas sur la photo, elle n’a rien à voir, l’Adrienne n’a pas eu la présence d’esprit de sortir son appareil lors de ce dernier événement):

* pour sa mère: bonbon à l’abricot, crémeux de chocolat blanc, ganache à l’abricot, gelée au romarin, mousse au miel, crumble à l’abricot rôti et meringue.

* pour l’Adrienne: crème de mascarpone, ganache à la pêche, crémeux au champagne, mousse à l’estragon, crumble à la pêche, verveine et atsina cress.

* enfin, un second dessert pour sa mère, vu l’importance de l’événement: mousse de fraises au fromage blanc, crémeux à la bergamote, mousse de bergamote, gelée de fraise, gelée de rhubarbe, crumble à la fraise et à la rhubarbe.

– Je n’aurai pas besoin de manger, ce soir, a conclu sa mère.

7 contre 1?

On avait expliqué à mini-Adrienne que pour se faire une idée de l’âge d’un chien, il fallait multiplier par sept le nombre de ses années. Ce qui voudrait dire que Chien Parfait (photo de droite) serait mort vers ses 84 ans.

Or une étude récente faite sur 104 labradors golden retriever – comme Ted sur la photo de gauche – démontre que ce n’est (évidemment) pas aussi simple.

On peut voir sur le graphique ci-dessous que l’évolution du chien est beaucoup plus rapide que chez l’homme en début de vie. Le chien d’un an a son génome qui peut être comparé à celui d’un homme de 30 ans. Par la suite, cette évolution va fortement et graduellement ralentir. Le génome d’un chien de quatre ans correspond à celui d’un homme de 54 ans et à 14 ans à celui d’un septuagénaire. L’étude estime que l’espérance de vie du labrador est de seize ans.

Chien Parfait est donc mort trop jeune.

Mais ça, l’Adrienne le savait déjà 😉

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7 mai 2020

Décès de Patrick Nothomb: l’ambassadeur a rejoint son dernier poste

Lettre d’Amélie Nohomb en hommage à son père, décédé au début de la période de confinement:

Paris, le 7 mai 2020

Cher Papa,

Le 17 mars, à 23h30, tu as décidé de partir. Je respecte ta décision. Je te comprends : tu as choisi de mourir chez toi, dans les bras de Maman. Quand j’écris que tu as choisi de mourir, je ne parle pas d’euthanasie, même si ce sujet ne me choque pas. Je pense que tu souffrais profondément du cancer qui te rongeait, que la mort s’est présentée à toi et que tu l’as acceptée, comme on accepte la délivrance.

Donc tu es mort au premier jour du confinement. Cela aussi, je pense que tu l’as décidé. Le confinement, ce n’était pas fait pour toi. Tu étais – non, tu es, je ne  vois pas pourquoi je n’userais pas du présent – tu es un homme incapable de confinement. Il ne s’agit pas de juger le confinement, qui a réussi à beaucoup de gens. Toi, tu n’aurais pas supporté. Tu as toujours aimé l’extérieur, les fêtes, les rencontres. Tu as toujours aimé les autres. Ils te le rendent bien. 

Je ne sais pas ce qu’est la mort. Je ne m’étonnerais pas  que ce soit très différent du confinement. D’une manière qui échappe à notre entendement, j’y verrais volontiers une ouverture illimitée.

Je t’écris une lettre. Tu écrivais beaucoup de lettres, plus remarquables les unes que les autres. La dernière lettre que tu aies écrite de ton vivant, c’était le 11 mars, six jours avant ta mort. Tu l’avais adressée à l’auteur Stéphanie Hochet, dont tu admirais à raison le travail. Tu venais de lire son nouveau roman, Pacifique, le dernier livre qui t’ait enthousiasmé. Tu te montrais dithyrambique parce que tu l’étais. Tu lui disais que son roman était un chef d’œuvre – c’est le mot que tu as employé. Grand connaisseur du Japon, tu lui disais qu’elle avait admirablement compris ce pays. Tu terminais en lui assurant que tu parlerais de son livre autour de toi. Hélas tu n’as pas eu le temps. Alors, je transmets.   

Le confinement, pour moi, c’est ton départ. Je refuse que ce soit ton absence. La mort n’est pas la cessation de l’amour.

Je t’embrasse,

Amélie Nothomb

à lire ici en version manuscrite: https://www.calameo.com/books/002473731666f25e825eb

source de la photo ici

 

Septième étape

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D’abord, une dame est passée dans chaque maison pour faire signer un papier par lequel on donnait son accord d’être exproprié. Même si on n’était pas d’accord. C’était vers 2016.

En 2018, les haies et les arbustes des jardinets ont été arrachés à la grue aussi facilement que des fétus de paille.

En 2019, la terre des jardinets a été ouverte pour renouveler les conduites de l’eau, du gaz, de l’électricité, les câbles divers pour le téléphone, internet, la télé.

Le béton de la route a été cassé avec une telle force qu’on a craint que nos maisonnettes ne s’écroulent en même temps.

Un tronçon à la fois, la route a été creusée comme pour y installer des piscines: d’énormes collecteurs d’eau de pluie en béton y ont été placés. Les modèles carrés ont été coulés sur place, les ronds ont été apportés.

Enfin, ces dernières semaines la route a été refaite, ainsi que des trottoirs et une piste cyclable. Ici et là, un arbre a été planté. Des liquidambars. Les marquages au sol ont été refaits.

Et demain comme prévu la route sera rouverte à la circulation.

***

La photo a été prise le matin du 21 avril: les arbres ont été apportés – petite motte, long fût, branches déjà tout en feuilles – plantés le lendemain… ils auront bien du mérite s’ils s’en sortent tous vivants en 2021!