7 choses

84ème devoir de Lakevio du Goût.

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Heureusement, écrit l’Adrienne à Monsieur le Goût, qu’il y a une question concrète à laquelle répondre, parce que ce tableau n’inspire rien, si ce n’est peut-être une envie de parodier les quatre filles du docteur March 😉

« Connue dans le monde entier », dit Monsieur le Goût.
Peut-être. Mais de combien de gens?
Si l’Adrienne la connaît, c’est évidemment grâce à Apollinaire.

A seize ans, elle a voulu savoir qui était cette Marie qui avait tant fait souffrir le poète après leur rupture amoureuse.

Elle n’a pas trop aimé ces tableaux, tous un peu pareils, avec des trous noirs à la place des yeux et de vaporeuses robes aux tons pastel.

Puis l’histoire s’est répétée: si ses élèves ont entendu le nom de Marie Laurencin, c’est parce que Madame, après la lecture du Pont Mirabeau, leur racontait quel lien le poème avait avec la biographie du poète.

Longtemps elle a blâmé cette Marie d’avoir fait souffrir le pauvre Wilhelm.
Jusqu’à ce qu’elle lise quelque part que Marie s’était lassée, au bout de cinq ans, des nombreuses infidélités du poète.

***

Cette artiste est connue dans le monde entier. Parfois vue avec admiration. Parfois avec détestation. Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?

7 questions

Si tu appelles ton restaurant vietnamien Le cyclo-pousse, pourra-t-on te reprocher ton esprit colonialiste?
Et si tu n’engages que des serveuses aux yeux bridés?

Si le prof de gym demande aux filles de faire le poirier, est-il un voyeur?
Et s’il les aide en leur tenant les mollets, est-il un pédophile?

Si j’aime ce bruit étrange et beau, vibrant et unique, profond et sensible, qui sort du violoncelle de Yo-Yo Ma, suis-je élitiste?
Ou pédante?

Et si j’ai des envies d’île déserte, suis-je misanthrope?

Au fond, dit Edward Albee, on n’aime pas le bonheur. On tricote soi-même son désespoir, on se donne un mal pour ça ! (1)

***

écrit pour L’Agenda ironique de mai d’après les consignes de Laurence: intégrer au texte la citation « Un bruit étrange et beau » ainsi que les trois mots suivants: cyclo-pousse – île – poirier.

Merci Laurence!

***

(1) in Délicate balance, trad. Matthieu Galey, Éd. Robert Laffont

Sept fois

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne en entendant le silence total.

C’était le dimanche de Pâques et les voisins avaient eu la bonne idée de quitter la maison en laissant seuls les deux chiens.

Qui ont d’abord manifesté leur mécontentement en aboiements.
Puis leur désespoir en hurlements.
Et qui ont fini par passer leur frustration l’un sur l’autre: et vas-y que je te mords, et vas-y que je couine, je mords, je couine, je mords, je couine…

Paf! Boum! gros fracas de choses qui tombent… et plus rien.
Plus un bruit.

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne.

Hélas, c’était Pâques: ils ont ressuscité.

7 mars

Kermesse à Hasselt – vie arrêtée en mars 2020 – source ici

Nous allons ces jours-ci entrer dans un drôle d’anniversaire.

Celui du 7 mars précédent, quand l’Italie avait 77 cas par million d’habitants.
La Belgique 14.

Et revoir comment pendant un an chaque pays a pataugé dans toutes sortes d’incertitudes et n’a fait qu’arriver constamment après la bataille.

(Comment dit-on en français: achter de feiten aanlopen? littéralement c’est courir derrière les événements ;-))

7 fois

Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com

– Ma chère petite! Quel heureux hasard! s’écria Madame de B*** en serrant la jeune femme blonde contre elle, aussi fort que ses deux encombrantes béquilles le lui permettaient. Ah! vraiment! si je m’attendais!

Et ce ne fut plus qu’embrassades, questions et petits cris joyeux entre elles deux, Madame votre mère se porte bien? et Monsieur votre père, bientôt retiré des affaires, je suppose? non? pendant que le guide, agitant la liste d’inscriptions, essayait en pure perte d’attirer l’attention de la jeune femme:

– Mademoiselle? s’il vous plaît? je pourrais avoir votre nom?

Ce fut Madame de B*** qui finit par le remarquer:

– Il me semble que vous intéressez ce jeune homme, ma chère enfant. Vous verrez qu’il vous demandera votre numéro de téléphone!

– J’aimerais juste cocher son nom sur la liste, répondit-il un peu sèchement.

Il sentait qu’il rougissait et ça l’ennuyait beaucoup.

– Dites, ça ne vous ferait rien de vous dépêcher un peu, vous autres? ronchonna un des deux hommes en tenue de baroudeurs des forêts. On n’est pas venu pour ça, nous autres!

– Pourquoi tant d’impatience? rétorqua Madame de B***. La journée nous appartient! Et c’est tellement plus agréable entre gens de bonne compagnie…

– Justement, les journées sont fort courtes, en cette saison, alors chaque minute compte, surtout avec des gens comme vous dans le groupe…

Il ne put terminer sa phrase. Madame de B***, qui avait pourtant deux têtes de moins que lui, le toisait, petit menton tendu en avant, et lui dit en détachant bien les mots:

– Je vois que vous êtes d’une génération à laquelle on a omis de conseiller de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de proférer un son… Mais il n’est jamais trop tard pour l’apprendre.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB en réponse à la question 3: Pourquoi tant d’impatience?

En 7 morceaux

C’était le temps où on ne trouvait pas de canettes ni de cartons brick dans les rigoles de nos villes

C’était le temps du macramé et du point de tapisserie – ne jamais avoir les mains inoccupées quand on est une fille, disait la mère

C’était le temps où grand-mère Adrienne ne desservait pas aussi longtemps qu’il y avait un petit reste dans ses casseroles

C’était le temps où le truculent grand-père faisait rire aux larmes des tablées entières

C’était le temps où les femmes portaient des foulards sur la tête et n’étaient pas musulmanes

C’était le temps où le blouson de cuir ne pouvait être qu’un vêtement de voyou, aux relents funestes et délétères

C’est un puzzle aux milliers de pièces, quelques joyaux, quelques points noirs, beaucoup de belles rencontres…
N’en gardons que le positif 🙂

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: foulard – tapisserie – puzzle – rigole – déjà – macramé – truculent – blouson – délétère – desservir – casserole – joyau – rencontre.

En 7 phrases

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En rentrant dans l’appartement, elle l’a tout de suite vu.
Alors elle a jeté le sac et l’écharpe pour se précipiter à la cuisine.
Et vite, vite remettre de l’eau dans le vase.

– Pourquoi tu laisses ces fleurs mourir de soif? demande-t-elle à sa mère.
– Oh! elles sont déjà presque fichues! Et demain, c’est le jour des poubelles, alors…

Depuis ce jour-là, elle ne lui offre plus que des chocolats 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 60e devoir de Lakevio du Goût:

D’après vous, que font cette tasse et ce sac, abandonnés là, comme si la hâte avait saisi sa propriétaire ? Vous aurez bien une idée d’ici lundi, non ? Cette toile d’Adeline Goldminc-Tronzo devrait vous inspirer.

7 petites notes de musique

La chorale s’appelle Saint-Ambroise ce qui fait qu’elle a deux fêtes coup sur coup, une pour la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre, et une le 7 décembre, pour Saint-Ambroise.

Qui n’est pas, comme le dit wikisaitout, le patron des apiculteurs: dans la ville de mini-Adrienne, il est le patron de tous ceux qui vivent de l’industrie textile.

C’est-à-dire à peu près de tout le monde jusque dans les années 1970.

Répétition le vendredi soir et messe le dimanche matin, le père de mini-Adrienne est un des membres les plus assidus.

Très fier, aussi, que sa chorale perpétue les traditions et connaisse pour chaque dimanche de l’année les chants grégoriens appropriés.

C’est tout un vocabulaire que la petite écoute sans comprendre. Les deux mots les plus mystérieux sont le propre et l’introït. Elle a le goût des mots mystérieux 🙂

Assise sur l’inconfortable chaise de paille, elle lève les yeux vers le jubé, et écoute son père sans le voir.

Elle reconnaît la voix d’Yvan, le ténor, et juste derrière, le baryton paternel. Elle est heureuse.

On ne dira jamais assez les vertus de la musique et les merveilles qu’on peut faire avec sept petites notes.

7 paires?

A l’expo au Musée de la Tapisserie, à Tournai, l’Adrienne s’est arrêtée un moment devant cette œuvre ‘Sans titre‘ dont elle ne savait que penser.

Des petits carrés blancs épinglés sur fond blanc, sont tricotés ou crochetés ou simplement « déchiquetés » dans du tissu, et portent chacun une nominette (comment appelle-t-on ça en France?) avec un verbe pronominal.

On constate qu’il s’agit souvent des mêmes verbes qui reviennent.
On s’interroge sur le sens de tout ça.
On commence à assembler les verbes deux à deux, jusqu’à former sept couples: se tendre/se détendre, se salir/se laver, s’user/se réparer, se couvrir/se découvrir… mais on doute que ce soit la bonne explication du sens de l’œuvre.

On consulte la brochure reçue à l’entrée.
On y explique que ces verbes « renvoient à l’individu » et que l’œuvre « interpelle et pose une réflexion sur l’être et le devenir. »

Ça rappelle une discussion qu’on avait eue avec un voisin artiste très reconnu en Flandre, dont la conclusion était: si moi – artiste – je décrète qu’une chose est de l’art, alors c’est de l’art.

Point barre.

7 vies

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De temps en temps l’Adrienne se dit que les anges gardiens, ça existe.

Le sien en tout cas a déjà eu fort à faire.

Avouons-le tout de suite: elle est parfois distraite en traversant une route.

Parfois, c’est pardonnable, comme quand on est à Londres et qu’on oublie que les autos roulent à gauche.

Parfois, c’est impardonnable, comme le jour où elle a traversé à pied un endroit de la « petite ceinture » où des murets indiquaient clairement que c’était interdit aux piétons. Le cœur battant et les oreilles bourdonnantes à cause des coups de klaxon des voitures sortant du tunnel.

Bref.

Elle sait pourtant depuis longtemps qu’elle a tort de vouloir prendre des raccourcis 😉

Parfois dans sa ville aussi elle oblige un automobiliste à freiner pile tout en faisant elle-même un grand bond en arrière. C’est à des occasions comme celles-là qu’elle se dit que quand elle sera tout à fait vieille, il faudra qu’elle change de tactique de survie.

Bref.

A Paris aussi – évidemment! – ça lui est arrivé. Pile sous l’arcade du tableau choisi par Monsieur Le Goût pour ce lundi. Elle admirait à droite, elle admirait à gauche, devant et derrière, le nez en l’air et l’air béat du touriste. Elle croyait bêtement que cette arcade était interdite de circulation, jusqu’à ce qu’un Fangio parisien fasse usage de ses bons réflexes, de son klaxon et de ses bons freins, tout en se martelant la tempe de l’index et en lui roulant de gros yeux furibonds.

Qui a dit que les hommes n’étaient pas « multitâches »?

***

écrit pour le devoir du lundi de Lakévio aux bons soins de Monsieur le Goût, que je remercie!

Traverser le pont du Carrousel un matin de printemps et découvrir l’entrée du Louvre sans une voiture. Qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous voir ça ? Je l’ai vu et fait mais il n’est pas sûr que le rêver soit moins beau. Si vous ne l’avez pas fait, imaginez-le et dites-le lundi, racontez votre rêve.