7 citations de Michel Serres

Nous vivons aujourd’hui une crise aiguë des langues. […] elles tombent en mésestime, chacun saccage la sienne, comme on a fait de la terre.
Les Cinq sens, Michel Serres, éd. Bernard Grasset, 1985 p. 376
Voici ma définition de la culture : ce qui permet à un homme cultivé de n’écraser personne sous le poids de sa culture. Et la science est ce qui permet à un savant de ne pas abuser de son savoir. 
Des sciences qui nous rapprochent de la singularité, p.383, in La Complexité, vertiges et promesses, Le Pommier/Poche, 2006 
Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de « dactylo.».
Petite Poucette, Michel Serres, éd. Le Pommier, 2012, p. 14
Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités :  “C’était mieux avant.” Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. […]
[…] Plus tard, j’eus à mesurer les distances du savoir. Mieux valait habiter Paris ou une grande ville pour accéder aux bibliothèques, aux universités, aux centres documentés. Un renseignement, une citation pouvaient coûter des journées de voyages et des heures de recherche. Clic, aujourd’hui, un centième de seconde pour le même résultat.
C’était mieux avant !, Michel Serres, éd. Le Pommier, 2017
Ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d’un racisme tel qu’on devrait avoir honte de l’enseigner aux enfants. Quels que soient les ennemis, qu’ils aient un sang impur, c’est quand même d’un racisme, j’aurais honte de l’enseigner à mes étudiants, ils ont tous un sang pur et l’impureté du sang est quelque chose qui me fait horreur. […] Ce n’est pas seulement un imaginaire raciste, c’est une tradition qui a été si longue qu’elle a fondé beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit .
Michel Serres, 9 mai 2008, France Culture, dans Vendredis de la philosophie.
Et en numéro 7, un extrait plus large que Madame propose chaque année en septembre à la sagacité de ses élèves de sixième (la Terminale):

Michel Serres, « Qui en saigne », Le Monde de l’éducation, septembre 1998

Interrogez un grand homme de science, il vous dit que pour apprendre les mathématiques, la chimie ou la physique…. il faut commencer au plus tôt : dès l’école élémentaire. Certes; faisons‑le donc. De même, seul le jeune âge s’adapte vraiment aux langues étrangères. Au travail, de nouveau. Ainsi, pour l’histoire, le sport, les Jeux olympiques… En groupes de pression, les experts, écoutés des politiques, poussent en amont la formation. Dès lors, descendent comme la foudre sur la tête de l’enfant ‑ et de l’instituteur ‑ les exigences des savants, plus les ignorances parallèles des adultes impuissants. Le voilà obligé d’apprendre au plus vite tout ce dont ses parents rêvent, tout ce dont la société a besoin, tout ce que chacun abandonna et regrette. Fini le vert paradis.

Or comme chacun diffère de tout autre: la blonde, le grand, le maigre, la surdouée, le cas social…, la classe met du temps à trouver l’unité favorable à l’exercice en commun. Admirez alors comment une société qui n’a plus aucun projet (ni politique, ni social, ni culturel, sauf le calcul mortel d’enrichir de rares personnes pour mieux affamer l’humanité entière et, pour commémorer ou condamner son passé, l’ouverture quotidienne de musées funèbres), qui ne sait plus donc dans quel but d’avenir éduquer ses enfants, oblige les plus jeunes d’entre eux à concevoir, à leur âge et pour eux-mêmes, leur propre dessein de formation, avec l’aide souple de l’instituteur, acculant ce dernier à recevoir, dans sa classe, autant de classes différentes que d’enfants. L’abandon de l’éducation par les parents, la famille, le quartier, la ville et toute autre communauté rejaillit aujourd’hui sur l’école, où tout, désormais, doit se faire, où tout donc, par saturation, devient irréalisable.

la plupart des autres citations viennent dici.

7 conseils

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La nipotina trouve l’endroit absolument gezellig (1). Il est vrai que de là où j’étais assise, j’avais de quoi occuper les yeux.

Vieilles plaques publicitaires en métal peint, agrandissements de photos anciennes sépia, objets divers des milieux ruraux d’autrefois… et cette affiche sentencieuse, en anglais of course, la langue qui met tout le monde d’accord et que soi-disant tout le monde comprend 🙂

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La table laissée par quatre cyclotouristes et à droite, la nipotina, cachée derrière le menu.

(1) gezellig n’a pas d’équivalent en français, c’est un adjectif qui permet d’émettre une opinion toute personnelle sur ce qu’on trouve à la fois agréable, sympathique et convivial comme ambiance, décor, lieu ou personne.

7 lettres

« Aime assez à chahuter », disait la définition, et il fallait trouver Guillaume de Machaut.

Machaut, si on l’épelle, ça donne M A C H A U T (emme – a – cé – hache – a – u – té)

Moi j’aime assez Machaut 🙂

Dame, a vous sans retollir (sans le reprendre)
Dong cuer, pensée, desir, (je donne mon cœur)
Corps, et amour,
Comme a toute la millour
Qu’on puist choisir,
Ne qui vivre ne morir
Puist a ce jour.

Le texte complet de la chanson se trouve ici.

7 à 10 minutes

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Il faut désormais de sept à dix minutes entre le moment où on clique sur l’icône du navigateur et l’ouverture de la page.

Chaque fois on se demande d’ailleurs si elle finira par s’ouvrir.

Il semblerait donc que cet ordi, comme tous les autres avant lui – sauf le tout premier, qui était une grosse et lourde caisse – soit en fin de vie au bout d’environ deux ans de service.

A moins qu’un de mes savants lecteurs n’ait une meilleure explication… et qui sait, un remède?

Photo de Pixabay sur Pexels.com

7 un jeu?

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Tous les hommes désirent naturellement savoir si une femme porte des bas ou des collants, dit Anna Gavalda. En amour comme en affaires, tous espèrent rencontrer l’occasion unique, la chance de leur vie.

Mais la femme à la fenêtre a d’autres préoccupations: elle est au cœur de la vraie vie. Elle n’a jamais été la reine du bal. Elle n’a jamais pensé non plus à la révolte.

Depuis toujours le monde est partagé entre maîtres et esclaves.

Comment pourrait-elle s’échapper de sa vitrine?

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jeu proposé par Joe Krapov dont j’ai pris 7 titres pour écrire mon texte:

A son image – Balles perdues – Capitaine – Ca raconte Sarah – Carnaval noir – Chien-Loup – Cirque mort – Dans les angles morts – Dix-sept ans – Einstein, le sexe et moi – En nous beaucoup d’hommes respirent – Entre deux mondes – Evasion – Fais de moi la colère – Helena – Isidore et les autres – (2) La chance de leur vie – La disparition de Stéphanie Mailer – (3) La femme à la fenêtre – L’Ame des horloges – La papeterie Tsubaki – (5) La reine du bal(6) La révolte – La rose de Saragosse – La somme de nos folies – La tresse – (4) La vraie vie – Le cœur perdu des automates – Le guetteur – Le prince à la petite tasse – Les dix vœux d’Alfred – Les frères Lehman – Les prénoms épicènes – L’été des quatre rois – L’étoile russe – Leurs enfants après eux – L’hiver du mécontentement – L’or du diable – Loup et les hommes – Ma dévotion – (7) Maîtres et esclaves – Millésime 54 – Miss Sarajevo – Modèle vivant – Mourir n’est pas de mise – My absolute darling – Nulle autre voix – Oublier mon père – Quand Dieu boxait en amateur – Rien d’autre sur Terre – Sales gosses – Station : la Chute – Tenir jusqu’à l’aube – (1) Tous les hommes désirent naturellement savoir – Trancher – Une ombre au tableau – Un funambule – Un manoir en Cornouailles – Un monde à portée de main.

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source de la photo ici, un article de 2013 sur la traite des femmes pour la prostitution espagnole – 12 000 victimes qui rapportent aux criminels environ 5 millions d’euro.

Par jour.

7 choses

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Pour apprendre à connaître un peu mieux le pays, la lecture d’oeuvres littéraires a été bien plus utile que celle des guides touristiques.

Ainsi par exemple, Auður Ava Ólafsdóttir et son Rigning í Nóvember, Pluie en novembre, titre apparemment jugé peu racoleur car toutes les traductions ont préféré gommer la pluie et la remplacer par des papillons (versions néerlandaise, anglaise, allemande), une embellie (version française) ou ‘la femme est une île’ (versions italienne, espagnole et portugaise).

J’ai beaucoup aimé cette histoire où une jeune narratrice raconte avec humour son voyage autour de l’Islande, suite à son divorce, avec comme compagnon un enfant de quatre ans, le fils d’une amie hospitalisée, et elle qui ne se croyait pas faite pour être mère devient de jour en jour meilleure dans ce rôle.

La confrontation avec la réalité islandaise est des plus intéressantes: il y a tant de points communs entre ce que la narratrice vit, voit, raconte et ce qu’on a pu voir de l’Islande, fut-ce en seulement cinq ou six jours.

Petite tentative de liste:

1.la météo de novembre, dans le livre, est jugée « ridicule » tout comme la température et les conditions météo ont été jugées « ridicules » par notre guide de jeudi: il fait « ridiculement » chaud, ça veut dire dix degrés Celsius, le paysage est « ridiculement » détrempé au lieu d’être figé dans la glace et recouvert de neige.

2.on suit la route numéro 1 pour chacune de nos excursions (j’ai du mal à l’appeler autoroute, même si elle a généralement deux bandes de circulation dans les deux sens). Elle s’appelle numéro 1 mais il n’y a pas de numéro 2 et elle fait le tour de l’île. Qu’on aille au nord ou au sud, si on continue de rouler, on revient à son point de départ.

3.sur les 330 000 Islandais, plus d’un tiers vit dans la capitale, il n’y a pas d’autre ‘grande ville’ mais tout le long de la route numéro 1 on trouve ici et là une ferme, des maisons de vacances (en bois), un village, un camping rempli de caravanes, une station-service avec cafétéria et supermarché. Comme la narratrice, nous y avons fait halte pour y boire un café ou aller aux toilettes.

4.grâce à la géothermie, il y a des piscines chaudes à ciel ouvert un peu partout. Les Islandais s’y retrouvent comme d’autres au bar, à faire la causette et à s’observer. D’abord douche sans maillot puis baignade avec maillot (voir mon billet d’hier :-))

5.chacun semble avoir sa maison de vacances et la narratrice aussi, un joli cabanon qu’elle a gagné à une loterie et qu’elle va installer dans un endroit improbable, à l’ombre d’une montagne. On en a vu beaucoup dans de drôles d’endroits, avec mention spéciale pour la maisonnette placée toute seule sur une pente d’où tombent régulièrement de gros éboulis de blocs de lave. Roulette russe à l’islandaise 😉

6.on mange du skyr, du poisson pané, de l’agneau fumé, des pommes de terre. C’est vrai. Et on y mange très bien, les cuissons sont parfaites. Et beaucoup de choses (très) sucrées. La saison d’été est trop courte pour produire des céréales donc on a des herbages et on élève des vaches et des moutons. De nombreux fermiers louent des chambres aux touristes. Ce qui doit être importé coûte les yeux de la tête, une façon comme une autre de protéger le fermier autochtone et d’endiguer l’exode rural.

7.ce qu’on appellerait chez nous ‘catastrophe naturelle’ est monnaie si courante en Islande qu’on rigole bien d’entendre parler d’ouragan ici et là sur la planète: nous avons constamment des vents de cette force-là, dit le guide, même qu’un jour un camion s’est envolé, on n’en fait pas tout un plat. La seule fois où une ‘catastrophe naturelle’ a fait tout un plat dans les médias du monde entier, c’est parce que notre trafic aérien en a été arrêté. Mais la terre y tremble plus ou moins quotidiennement, des volcans sont en activité, des inondations, éboulis, avalanches coupent les routes ou font disparaître des maisons, une église: « pas grave, dit le personnage du livre, de toute façon elle était vieille et il en fallait une neuve ».

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source et info (couverture d’origine) ici, version française chez Zulma et néerlandaise (celle que j’ai lue) chez De Bezige Bij.

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7 questions

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Est-ce qu’on doit connaître par cœur le nom de ceux qui ont écrit les textes? et l’époque? Est-ce qu’on doit venir en costume? Est-ce qu’on peut choisir sur quel texte on sera interrogé? Est-ce que je peux passer vers dix heures, c’est plus facile pour mon bus. Est-ce que je peux passer vers deux heures et demie, comme ça j’ai le temps de manger à l’aise. Est-ce qu’il faut connaître tout le vocabulaire? Sur combien de points sera la grammaire?

Aujourd’hui, les élèves de Madame ont leur examen de français langue étrangère.

L’écrit et l’oral.

L’avant-veille, ils avaient un tas de questions dont certaines sont tout à fait inédites 🙂