7 sur 10

Le néerlandais va-t-il disparaître ? - VousNousIls

C’est depuis les années soixante qu’avec un zèle féroce on expurge du néerlandais tout ce qui « ne se dit pas ainsi aux Pays-Bas », alors que la langue se standardise depuis le 14e siècle principalement sur la base des parlers flamands et brabançons.

Un tas de mots parfaitement corrects et attestés depuis longtemps – on ne parle pas ici de « belgicismes » – ont été estampillés « Zuidnederlands« , ce qui se traduit par « néerlandais du sud ».

Hé oui, on est le sud des voisins du nord 😉

Recevoir l’étiquette « Zuidnederlands » équivaut à dire « folklorique ».
A éviter, donc, si on est traducteur ou écrivain.
Présentateur radio ou télé.
Journaliste.

Des chartes du bon langage sont éditées – la télé flamande a la sienne – et des comités de contrôle mis en place.

En parallèle, les dialectes disparaissent à la vitesse grand V et dans nos universités, les linguistes spécialisés en dialectologie ne peuvent que le constater depuis plus de vingt ans.

Les derniers « locuteurs natifs » à les avoir utilisés quotidiennement dans toutes les circonstances de la vie appartiennent à la génération des grands-parents de l’Adrienne, c’est-à-dire des gens nés dans le premier quart du 20e siècle.

Aujourd’hui on est donc arrivé au point où des comités, ici et là, essaient de faire revivre le parler local avec son vocabulaire particulier et ses expressions uniques.

L’Adrienne, élevée en patois par sa grand-mère jusqu’à l’âge de cinq ans, a fait dimanche dernier le test de ses connaissances patoisantes et a obtenu un 7/10.

Et bien vous savez quoi?

Elle est déçue 😉

***

pour ceux que ça intéresse et qui connaissent le néerlandais: dialectloket (université de Gand)

7 à propos de Mathille

A la veille de la guerre, Georges Grard travaille à une œuvre qu’il appellera « La Mer ». Comme souvent chez lui, il s’agit d’une femme aux rondeurs voluptueuses.

Après la guerre, le casino Kursaal, détruit par les Allemands, est reconstruit. Les Ostendais demandent à Georges Grard une sculpture pour l’orner: ce sera « La Mer« .

Mais on est alors au début des années cinquante et cette nudité est jugée choquante. Au même moment, d’ailleurs, l’évêque de Tournai menace et proteste contre une autre œuvre de Georges Grard, La Naïade: c’est l’évêque qui gagne la dispute et la pauvre naïade sera reléguée sous un pont où elle ne risque pas de choquer le regard du passant.

A Ostende, c’est le journal local, De Zeewacht, qui mène le combat contre « cet outrage aux bonnes mœurs » et lui donne son surnom, Dikke Mathille.

En réalité, c’est plutôt la pauvre baigneuse qui est outragée: on la peinturlure, on lui jette des pierres, on essaie de la détacher de son socle…

Elle a finalement été déplacée: les édiles ostendais ont cru qu’elle serait plus à l’abri si elle se trouvait entourée d’eau, dans le parc. Là, les « blagues » ont continué, comme par exemple jeter des kilos de poudre à lessiver dans son plan d’eau pour qu’il se transforme en bain moussant.

Ces dernières années, il est parfois question de la remettre à sa place d’origine, au-dessus de l’entrée du Kursaal: c’est l’occasion d’un nouveau débat autour de Dikke Mathille, qui fait désormais partie du folklore ostendais 😉

***

écrit pour le Défi du samedi 675 où Walrus – merci à lui – proposait une reproduction de Dikke Mathille en buis taillé.

7 merveilles

Attendre le train et entendre quatre jeunes discuter des mérites, trucs et astuces de la vente en ligne en général et d’une application (V*nt*d) en particulier. Il y a donc vraiment un public pour ces choses-là, s’étonne l’Adrienne (qui, il est vrai, a l’étonnement facile)

Voir s’approcher une jeune fille sur le quai et la reconnaître à ses yeux, malgré le bob qui cache sa flamboyante chevelure et le masque devant son visage. Quel bonheur de faire une heure de route ensemble, quel grand bonheur!

Revoir une amie qu’on n’a plus vue depuis deux ans et rentrer pour la première fois depuis la pandémie dans une autre maison que la sienne.

Prendre un repas chez des gens au lieu de manger seule devant son ordi. Quel événement!

Voir que la ville a fait aménager un bel espace vert en tenant compte de tous les paramètres possibles, l’écologie, l’esthétique, le bien-être des habitants de tout âge, la sécurité…
Apprécier le guide enthousiaste, passionné, compétent.

Admirer la vue: ça existe donc vraiment, des gens qui de leur balcon voient à la fois l’Atomium et le Palais royal – photo ci-dessus – et peuvent constater d’un coup d’œil au drapeau si le Roi est là ou pas 🙂

Rentrer chez soi tout heureuse malgré une heure de trajet supplémentaire à cause de l’orage qui a fait tomber un arbre sur la ligne, obligeant le train à un grand détour.

***

Tu vois, explique Madame à E*** venu tenir une longue conversation philosophique lundi dernier, chaque matin il faudrait s’émerveiller de recevoir en cadeau une journée de plus.

7 choses

84ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_84.jpg

Heureusement, écrit l’Adrienne à Monsieur le Goût, qu’il y a une question concrète à laquelle répondre, parce que ce tableau n’inspire rien, si ce n’est peut-être une envie de parodier les quatre filles du docteur March 😉

« Connue dans le monde entier », dit Monsieur le Goût.
Peut-être. Mais de combien de gens?
Si l’Adrienne la connaît, c’est évidemment grâce à Apollinaire.

A seize ans, elle a voulu savoir qui était cette Marie qui avait tant fait souffrir le poète après leur rupture amoureuse.

Elle n’a pas trop aimé ces tableaux, tous un peu pareils, avec des trous noirs à la place des yeux et de vaporeuses robes aux tons pastel.

Puis l’histoire s’est répétée: si ses élèves ont entendu le nom de Marie Laurencin, c’est parce que Madame, après la lecture du Pont Mirabeau, leur racontait quel lien le poème avait avec la biographie du poète.

Longtemps elle a blâmé cette Marie d’avoir fait souffrir le pauvre Wilhelm.
Jusqu’à ce qu’elle lise quelque part que Marie s’était lassée, au bout de cinq ans, des nombreuses infidélités du poète.

***

Cette artiste est connue dans le monde entier. Parfois vue avec admiration. Parfois avec détestation. Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?

7 questions

Si tu appelles ton restaurant vietnamien Le cyclo-pousse, pourra-t-on te reprocher ton esprit colonialiste?
Et si tu n’engages que des serveuses aux yeux bridés?

Si le prof de gym demande aux filles de faire le poirier, est-il un voyeur?
Et s’il les aide en leur tenant les mollets, est-il un pédophile?

Si j’aime ce bruit étrange et beau, vibrant et unique, profond et sensible, qui sort du violoncelle de Yo-Yo Ma, suis-je élitiste?
Ou pédante?

Et si j’ai des envies d’île déserte, suis-je misanthrope?

Au fond, dit Edward Albee, on n’aime pas le bonheur. On tricote soi-même son désespoir, on se donne un mal pour ça ! (1)

***

écrit pour L’Agenda ironique de mai d’après les consignes de Laurence: intégrer au texte la citation « Un bruit étrange et beau » ainsi que les trois mots suivants: cyclo-pousse – île – poirier.

Merci Laurence!

***

(1) in Délicate balance, trad. Matthieu Galey, Éd. Robert Laffont

Sept fois

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne en entendant le silence total.

C’était le dimanche de Pâques et les voisins avaient eu la bonne idée de quitter la maison en laissant seuls les deux chiens.

Qui ont d’abord manifesté leur mécontentement en aboiements.
Puis leur désespoir en hurlements.
Et qui ont fini par passer leur frustration l’un sur l’autre: et vas-y que je te mords, et vas-y que je couine, je mords, je couine, je mords, je couine…

Paf! Boum! gros fracas de choses qui tombent… et plus rien.
Plus un bruit.

Cette fois, ça y est, ils sont morts! se dit l’Adrienne.

Hélas, c’était Pâques: ils ont ressuscité.

7 mars

Kermesse à Hasselt – vie arrêtée en mars 2020 – source ici

Nous allons ces jours-ci entrer dans un drôle d’anniversaire.

Celui du 7 mars précédent, quand l’Italie avait 77 cas par million d’habitants.
La Belgique 14.

Et revoir comment pendant un an chaque pays a pataugé dans toutes sortes d’incertitudes et n’a fait qu’arriver constamment après la bataille.

(Comment dit-on en français: achter de feiten aanlopen? littéralement c’est courir derrière les événements ;-))

7 fois

Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com

– Ma chère petite! Quel heureux hasard! s’écria Madame de B*** en serrant la jeune femme blonde contre elle, aussi fort que ses deux encombrantes béquilles le lui permettaient. Ah! vraiment! si je m’attendais!

Et ce ne fut plus qu’embrassades, questions et petits cris joyeux entre elles deux, Madame votre mère se porte bien? et Monsieur votre père, bientôt retiré des affaires, je suppose? non? pendant que le guide, agitant la liste d’inscriptions, essayait en pure perte d’attirer l’attention de la jeune femme:

– Mademoiselle? s’il vous plaît? je pourrais avoir votre nom?

Ce fut Madame de B*** qui finit par le remarquer:

– Il me semble que vous intéressez ce jeune homme, ma chère enfant. Vous verrez qu’il vous demandera votre numéro de téléphone!

– J’aimerais juste cocher son nom sur la liste, répondit-il un peu sèchement.

Il sentait qu’il rougissait et ça l’ennuyait beaucoup.

– Dites, ça ne vous ferait rien de vous dépêcher un peu, vous autres? ronchonna un des deux hommes en tenue de baroudeurs des forêts. On n’est pas venu pour ça, nous autres!

– Pourquoi tant d’impatience? rétorqua Madame de B***. La journée nous appartient! Et c’est tellement plus agréable entre gens de bonne compagnie…

– Justement, les journées sont fort courtes, en cette saison, alors chaque minute compte, surtout avec des gens comme vous dans le groupe…

Il ne put terminer sa phrase. Madame de B***, qui avait pourtant deux têtes de moins que lui, le toisait, petit menton tendu en avant, et lui dit en détachant bien les mots:

– Je vois que vous êtes d’une génération à laquelle on a omis de conseiller de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de proférer un son… Mais il n’est jamais trop tard pour l’apprendre.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB en réponse à la question 3: Pourquoi tant d’impatience?

En 7 morceaux

C’était le temps où on ne trouvait pas de canettes ni de cartons brick dans les rigoles de nos villes

C’était le temps du macramé et du point de tapisserie – ne jamais avoir les mains inoccupées quand on est une fille, disait la mère

C’était le temps où grand-mère Adrienne ne desservait pas aussi longtemps qu’il y avait un petit reste dans ses casseroles

C’était le temps où le truculent grand-père faisait rire aux larmes des tablées entières

C’était le temps où les femmes portaient des foulards sur la tête et n’étaient pas musulmanes

C’était le temps où le blouson de cuir ne pouvait être qu’un vêtement de voyou, aux relents funestes et délétères

C’est un puzzle aux milliers de pièces, quelques joyaux, quelques points noirs, beaucoup de belles rencontres…
N’en gardons que le positif 🙂

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: foulard – tapisserie – puzzle – rigole – déjà – macramé – truculent – blouson – délétère – desservir – casserole – joyau – rencontre.

En 7 phrases

devoir de Lakevio du Goût_60 .jpg

En rentrant dans l’appartement, elle l’a tout de suite vu.
Alors elle a jeté le sac et l’écharpe pour se précipiter à la cuisine.
Et vite, vite remettre de l’eau dans le vase.

– Pourquoi tu laisses ces fleurs mourir de soif? demande-t-elle à sa mère.
– Oh! elles sont déjà presque fichues! Et demain, c’est le jour des poubelles, alors…

Depuis ce jour-là, elle ne lui offre plus que des chocolats 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 60e devoir de Lakevio du Goût:

D’après vous, que font cette tasse et ce sac, abandonnés là, comme si la hâte avait saisi sa propriétaire ? Vous aurez bien une idée d’ici lundi, non ? Cette toile d’Adeline Goldminc-Tronzo devrait vous inspirer.