7 hiérarchique

Je vais manger léger ce midi, s’est dit l’Adrienne en scrutant la page des « suggestions » sur le menu, et pendre cette salade.

– Avec ou sans les œufs frits? a demandé la jeune fille.
– Sans! a répondu l’Adrienne.

Et heureusement, parce que toute la tablée a bien rigolé quand on lui a apporté son plat: une montagne de pommes de terre cuites, d’oranges pelées à vif, d’oignons rouges et d’olives noires.

C’est par hasard que la moitié du groupe était entrée dans ce restaurant où trônait – littéralement – le patron, à côté de la porte d’entrée.
De cette position stratégique, il accueillait le visiteur et donnait ses ordres au personnel.

Le second aux commandes était probablement son fils, il lui ressemblait, même s’il n’avait encore que la moitié du volume de son père.
Sa seule responsabilité était de recevoir l’argent et de rendre la monnaie au garçon chargé de faire les comptes.

Outre ces trois-là, il y avait donc la jeune fille qui prend les commandes, un gars très maigre qui s’appelait Adrian et qui apportait les plats, guidé par la voix et le geste du patron sur son trône, un responsable des couverts et le septième qui apportait le pain.

Bref, dans ce resto, alors que dehors il pleuvait, on a bien mangé et bien rigolé.

***

Pour une bonne photo de l’intérieur (et même de la table où on était installés, bien en vue de la porte d’entrée pour attirer le passant 😉 – voir ici.

7 phrases

Il était enfin disponible à la bibliothèque donc on peut s’attaquer à sa lecture:

La première fois que Mathilde visita la ferme, elle pensa: « C’est trop loin. » Un tel isolement l’inquiétait. A l’époque, en 1947, ils ne possédaient pas de voiture et ils avaient parcouru les vingt-cinq kilomètres qui les séparaient de Meknès sur une vieille trotteuse, conduite par un Gitan. Amine ne prêtait pas attention à l’inconfort du banc en bois ni à la poussière qui faisait tousser sa femme. Il n’avait d’yeux que pour le paysage et il se montrait impatient d’arriver sur les terres que son père lui avait confiées.

Leïla Slimani, Le pays des autres, Gallimard, 2020, p. 15 (incipit)

7 à voir

Poperinge

C’est demain que sur le conseil de Nicole86 l’Adrienne se rendra à Cassel.
En premier lieu pour le musée situé dans le Landshuys et pour une promenade de découverte.

Vu qu’elle aura fait la route, elle en profitera pour visiter aussi Poperinge. Il y a le musée du houblon, la Talbot House, le cimetière militaire de Lijssenthoek. Les halles, les églises, l’hôtel de ville, les parcs…

Et puis, c’est dans le coin aussi, sur la frontière franco-belge, qu’il y a la maison d’enfance de Marguerite Yourcenar, au Mont-Noir. Il y a un petit musée à Sint-Jans-Cappel.

Voilà, voilà.

7 fois

C’est en pensant au déménagement de monsieur le Goût qui a lieu ces jours-ci que l’Adrienne s’est rendu compte qu’elle a déménagé sept fois dans sa vie.

Sept fois, à condition de ne pas compter le tout premier, qui a eu lieu dans sa petite enfance et dont elle n’a aucun souvenir: elle n’avait pas deux ans.

Le premier et le dernier ont été les plus douloureux: le premier signifiait quitter le lieu de l’enfance heureuse auprès des grands-parents, surtout grand-mère Adrienne et le papa de celle-ci, avec qui la petite jouait aux cartes pendant des heures, installée sur ses genoux.

Et le (provisoirement) dernier, parce qu’il fallait quitter les chants d’oiseaux du vert paradis où on aurait bien aimé rester encore de longues années.

Mais comme le fait très justement remarquer Monsieur le Goût, en plus de ce texte-ci de Perec – tout à fait de circonstance – un déménagement a aussi un rapport avec La Disparition.

En effet, il y a bien toujours quelque chose qui se perd de la plus mystérieuse façon: l’Adrienne a réussi à perdre une chaise.

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photo dans la maison d’avant: une de ces deux chaises a préféré ne pas venir vivre en ville.

7 extraits

Paula Becker – source ici

Clara et Paula se sont rencontrées au cours de dessin du sévère Fritz Mackensen, à Worpswede. Elles seront meilleures amies sur fond d’études, d’amour et de malentendu. Rien n’est plus solide que le malentendu. Voyez-les qui rentrent de leur cours en luge, à toute allure. Voyez-les plus tard à Paris, elles préparent cinq bouteilles de punch et deux gâteaux, un à l’amande, l’autre à la fraise, pour une fête d’étudiants. Voyez-les canoter sur la Marne, rossignols et peupliers. Voyez-les à Montmartre, résister en riant aux assauts d’une nonne qui veut les convertir. Voyez-les dévaler les sentiers de Meudon pour rendre visite à Rodin. Voyez-les à Worpswede encore, dans le regard des deux hommes qui les veulent, le peintre Modersohn et le poète Rilke.

*

Dans la famille Becker, tout le monde s’écrit beaucoup. C’est ainsi que l’on a des centaines de lettres de Paula, en plus de son journal et de son album de jeune fille. Paula est la troisième de la fratrie Becker. Ils sont six, il y a eu un septième frère mort petit. Le père, la mère, les oncles, les tantes, les frères, les sœurs, tous s’écrivent dès qu’ils s’éloignent, c’est un devoir familial, c’est un rituel, c’est une preuve d’amour.

A seize ans, partie en Angleterre chez sa tante Marie pour apprendre à tenir un ménage, Paula Becker rentre plus tôt que prévu. Elle s’est mise à dessiner, plus intensément que prévu. Sa mère l’y encourage et prend même une locataire pour financer ses cours. Et son père ne voit pas ça d’un trop mauvais œil, mais pour avoir un métier, l’enseignement. En septembre 1895, Paula a obtenu son diplôme d’institutrice.

[En 1899, à Worpswede, elle] lit les pièces d’Ibsen et le Journal de Marie Bashkirtseff. Rêve de vivre comme elle à Paris. Peint sur modèles au village. Est invitée aux soirées des artistes, chez Otto Modersohn ou Heinrich Vogeler.

*

Paula décide de dépenser la dotation de l’oncle Arthur en études à Paris. Son père est inquiet. Journal, 5 juillet 1900: « Père m’a écrit aujourd’hui pour me dire que je devrais chercher un travail de gouvernante. Toute l’après-midi je suis restée étendue dans le sable et la bruyère à lire Pan de Knut Hamsun. »

1900. Le monde est jeune. Knut Hamsun écrit sur les oiseaux et les amours d’été, les brins d’herbe et les grandes forêts. Le génial auteur de La Faim n’est pas encore le nazi qui offrira à Goebbels la médaille de son prix Nobel. Et Nietzsche n’est pas encore récupéré par les affreux. On peut croire au règne du Dieu Pan, à la Nature et au moment présent.

1900. Tout se passe en 1900. Paula écrit à son frère Kurt qu’après des années de sommeil et de rêverie elle a éclos. Et que ce développement les a peut-être choqués, eux, la famille. Mais qu’il en sortira du bon. Qu’ils seront contents. Qu’il faut lui faire confiance.

Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker, P.O.L., 2016, extraits des pages 14 à 19.

Top 7

source ici

Madame exagérait l’autre jour quand elle disait que peu de choses intéressaient petit Léon à l’école: il lui arrive de trouver intéressant un cours de CPC.

– Vous voulez savoir ce qu’on a appris aujourd’hui en CPC? demande-t-il en déballant ses affaires.
– C’est quoi, ça, CPC? demande Madame.
– Mais je vous l’ai déjà dit! C’est cours de philosophie et de citoyenneté!
– Ah oui! Et tu as appris quoi?
– La communication non verbale!

Alors pendant une dizaine de minutes ils se sont amusés tous les deux à dire les mêmes mots mais avec des gestuelles, des voix, des intonations, des mimiques, des attitudes… aussi diverses que possible.

Pour connaître le TOP 7 de la communication non verbale, c’est ici.

Mais c’est plus amusant avec le petit Léon 🙂

7 amis

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Juste trois-quatre lignes ce dimanche pour exprimer une sorte de perplexité: par le plus grand des hasards, en allant sur fb (of all places!) l’Adrienne a constaté que sept de ses « amis » étaient « amis » du président de la république française… et elle ne sait ce qu’elle doit en penser 🙂

72 000 €

l'opera consegnata da Jens Haaning al museo
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Un musée danois a prêté l’équivalent de 72 000 € à un artiste pour qu’il refasse deux tableaux représentant – en y mettant sous verre des couronnes danoises et des euros – la somme moyenne annuelle gagnée par un Autrichien et par un Danois.

Mais l’artiste a préféré garder les sous et livrer au musée deux tableaux blancs.

Dans un clin d’œil au film de Woody Allen, il a appelé son œuvre « take de money and run » (prends l’argent et barre-toi).

ça ne fait pas trop rigoler les responsables du musée, qui exigent le remboursement d’ici la fin de l’exposition, le 16 janvier 2022.

Mais qu’il rembourse ou pas, il aura bien fait parler de lui, de l’expo et du musée, ce qui semble être le but premier de l’art conceptuel 🙂

Comme le remarque finement le journal d’où vient l’illustration, l’artiste américain qui avait déjà fait ce genre de coup en 2006, envers un musée de Philadelphie – il avait dépensé en shopping les 4000 dollars prêtés par le musée – avait tout de même « exposé » ses tickets de caisse 🙂

7 sur 10

Le néerlandais va-t-il disparaître ? - VousNousIls

C’est depuis les années soixante qu’avec un zèle féroce on expurge du néerlandais tout ce qui « ne se dit pas ainsi aux Pays-Bas », alors que la langue se standardise depuis le 14e siècle principalement sur la base des parlers flamands et brabançons.

Un tas de mots parfaitement corrects et attestés depuis longtemps – on ne parle pas ici de « belgicismes » – ont été estampillés « Zuidnederlands« , ce qui se traduit par « néerlandais du sud ».

Hé oui, on est le sud des voisins du nord 😉

Recevoir l’étiquette « Zuidnederlands » équivaut à dire « folklorique ».
A éviter, donc, si on est traducteur ou écrivain.
Présentateur radio ou télé.
Journaliste.

Des chartes du bon langage sont éditées – la télé flamande a la sienne – et des comités de contrôle mis en place.

En parallèle, les dialectes disparaissent à la vitesse grand V et dans nos universités, les linguistes spécialisés en dialectologie ne peuvent que le constater depuis plus de vingt ans.

Les derniers « locuteurs natifs » à les avoir utilisés quotidiennement dans toutes les circonstances de la vie appartiennent à la génération des grands-parents de l’Adrienne, c’est-à-dire des gens nés dans le premier quart du 20e siècle.

Aujourd’hui on est donc arrivé au point où des comités, ici et là, essaient de faire revivre le parler local avec son vocabulaire particulier et ses expressions uniques.

L’Adrienne, élevée en patois par sa grand-mère jusqu’à l’âge de cinq ans, a fait dimanche dernier le test de ses connaissances patoisantes et a obtenu un 7/10.

Et bien vous savez quoi?

Elle est déçue 😉

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pour ceux que ça intéresse et qui connaissent le néerlandais: dialectloket (université de Gand)

7 à propos de Mathille

A la veille de la guerre, Georges Grard travaille à une œuvre qu’il appellera « La Mer ». Comme souvent chez lui, il s’agit d’une femme aux rondeurs voluptueuses.

Après la guerre, le casino Kursaal, détruit par les Allemands, est reconstruit. Les Ostendais demandent à Georges Grard une sculpture pour l’orner: ce sera « La Mer« .

Mais on est alors au début des années cinquante et cette nudité est jugée choquante. Au même moment, d’ailleurs, l’évêque de Tournai menace et proteste contre une autre œuvre de Georges Grard, La Naïade: c’est l’évêque qui gagne la dispute et la pauvre naïade sera reléguée sous un pont où elle ne risque pas de choquer le regard du passant.

A Ostende, c’est le journal local, De Zeewacht, qui mène le combat contre « cet outrage aux bonnes mœurs » et lui donne son surnom, Dikke Mathille.

En réalité, c’est plutôt la pauvre baigneuse qui est outragée: on la peinturlure, on lui jette des pierres, on essaie de la détacher de son socle…

Elle a finalement été déplacée: les édiles ostendais ont cru qu’elle serait plus à l’abri si elle se trouvait entourée d’eau, dans le parc. Là, les « blagues » ont continué, comme par exemple jeter des kilos de poudre à lessiver dans son plan d’eau pour qu’il se transforme en bain moussant.

Ces dernières années, il est parfois question de la remettre à sa place d’origine, au-dessus de l’entrée du Kursaal: c’est l’occasion d’un nouveau débat autour de Dikke Mathille, qui fait désormais partie du folklore ostendais 😉

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écrit pour le Défi du samedi 675 où Walrus – merci à lui – proposait une reproduction de Dikke Mathille en buis taillé.