7 mai 2020

Décès de Patrick Nothomb: l’ambassadeur a rejoint son dernier poste

Lettre d’Amélie Nohomb en hommage à son père, décédé au début de la période de confinement:

Paris, le 7 mai 2020

Cher Papa,

Le 17 mars, à 23h30, tu as décidé de partir. Je respecte ta décision. Je te comprends : tu as choisi de mourir chez toi, dans les bras de Maman. Quand j’écris que tu as choisi de mourir, je ne parle pas d’euthanasie, même si ce sujet ne me choque pas. Je pense que tu souffrais profondément du cancer qui te rongeait, que la mort s’est présentée à toi et que tu l’as acceptée, comme on accepte la délivrance.

Donc tu es mort au premier jour du confinement. Cela aussi, je pense que tu l’as décidé. Le confinement, ce n’était pas fait pour toi. Tu étais – non, tu es, je ne  vois pas pourquoi je n’userais pas du présent – tu es un homme incapable de confinement. Il ne s’agit pas de juger le confinement, qui a réussi à beaucoup de gens. Toi, tu n’aurais pas supporté. Tu as toujours aimé l’extérieur, les fêtes, les rencontres. Tu as toujours aimé les autres. Ils te le rendent bien. 

Je ne sais pas ce qu’est la mort. Je ne m’étonnerais pas  que ce soit très différent du confinement. D’une manière qui échappe à notre entendement, j’y verrais volontiers une ouverture illimitée.

Je t’écris une lettre. Tu écrivais beaucoup de lettres, plus remarquables les unes que les autres. La dernière lettre que tu aies écrite de ton vivant, c’était le 11 mars, six jours avant ta mort. Tu l’avais adressée à l’auteur Stéphanie Hochet, dont tu admirais à raison le travail. Tu venais de lire son nouveau roman, Pacifique, le dernier livre qui t’ait enthousiasmé. Tu te montrais dithyrambique parce que tu l’étais. Tu lui disais que son roman était un chef d’œuvre – c’est le mot que tu as employé. Grand connaisseur du Japon, tu lui disais qu’elle avait admirablement compris ce pays. Tu terminais en lui assurant que tu parlerais de son livre autour de toi. Hélas tu n’as pas eu le temps. Alors, je transmets.   

Le confinement, pour moi, c’est ton départ. Je refuse que ce soit ton absence. La mort n’est pas la cessation de l’amour.

Je t’embrasse,

Amélie Nothomb

à lire ici en version manuscrite: https://www.calameo.com/books/002473731666f25e825eb

source de la photo ici

 

Septième étape

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D’abord, une dame est passée dans chaque maison pour faire signer un papier par lequel on donnait son accord d’être exproprié. Même si on n’était pas d’accord. C’était vers 2016.

En 2018, les haies et les arbustes des jardinets ont été arrachés à la grue aussi facilement que des fétus de paille.

En 2019, la terre des jardinets a été ouverte pour renouveler les conduites de l’eau, du gaz, de l’électricité, les câbles divers pour le téléphone, internet, la télé.

Le béton de la route a été cassé avec une telle force qu’on a craint que nos maisonnettes ne s’écroulent en même temps.

Un tronçon à la fois, la route a été creusée comme pour y installer des piscines: d’énormes collecteurs d’eau de pluie en béton y ont été placés. Les modèles carrés ont été coulés sur place, les ronds ont été apportés.

Enfin, ces dernières semaines la route a été refaite, ainsi que des trottoirs et une piste cyclable. Ici et là, un arbre a été planté. Des liquidambars. Les marquages au sol ont été refaits.

Et demain comme prévu la route sera rouverte à la circulation.

***

La photo a été prise le matin du 21 avril: les arbres ont été apportés – petite motte, long fût, branches déjà tout en feuilles – plantés le lendemain… ils auront bien du mérite s’ils s’en sortent tous vivants en 2021!

 

7 autrefois

On voit ces jours-ci refleurir des passe-temps d’autrefois.
Pour se préserver de la giboulée coronavirienne, on reste chez soi.
Mais qu’y fait-on, quand tous les jours de la semaine sont des dimanches?

On se remet à la broderie des feuilles de cognassier, comme Albertine?
A l’aquarelle ou à l’herbier?

On joue au jardin avec les enfants et on leur montre ce bon vieux jeu du zébu, comme Adalbert?

On bichonne son potager et on redécouvre les légumes oubliés, par exemple ces merveilleuses feuilles de riboulaine, que ce soir on servira en crêpes, comme Arnolphe?

On accouche à domicile, parce que l’hôpital fait peur, comme Adolphine?

Une seule chose est sûre: « en de boer, hij ploegde voort« , exactement comme dans le tableau de Bruegel qui représente soi-disant la chute d’Icare: le paysan poursuit le labour, quoi qu’il arrive.

Icarus Van Buuren.jpg

source de l’image ici – participation à l’agenda ironique d’avril, suivant les consignes de Carnets paresseux, que je remercie:

voilà une poignée d’images, empruntées au Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie de François-Nicolas Gromort. Ce qu’on en fait ? on en choisit au moins trois, au plus tant qu’on veut, on les range dans un sens ou dans un autre et on raconte l’histoire qu’elles racontent, en suivant l’ordre des images. Poème, rébus, conte, chanson, feuilleton en X épisodes, on peut faire tout ce qu’on veut tant qu’on ne perd pas le fil et qu’on s’arrête bien le dimanche 26 avril. Agenda ironique oblige, une goutte de calendrier, un soupçon de temps qui passe et une pointe d’ironie seront bienvenues. Et puis quelques mots imposés – qu’on pourra oublier ou contourner – giboulée, zébu, cognassier et riboulaine (ce qu’il veut dire, celui-là ? ça sera l’occasion de l’inventer).

 

 

 

 

 

 

7 comme 1907

Le 19 novembre 1907, l’écrivain préféré de Walrus a l’honneur de trois colonnes en première page du Figaro pour y donner ses Impressions de route en automobile.

Style et contenu sont fort différents – évidemment – du même genre d’exercice réalisé par René Boylesve (voir ici). Il faut dire qu’entre 1894 et 1907, ces drôles de machines ont eu le temps de faire quelques progrès, non seulement au niveau de la mécanique mais aussi en ce qui concerne le confort des voyageurs.

Et le voyage de Proust est un peu moins téméraire que les 600 km prévus par Boylesve et ses amis: son chauffeur, Alfred Agostinelli, doit le conduire de la côte normande – probablement Cabourg – jusqu’aux environs de Lisieux. Même pas 40 km.

Ce qui leur prend tout de même de nombreuses heures 😉

Ceux qui voudraient lire le texte entier plus facilement que sur cette page du Figaro le trouveront ici.

7 raisons de lire Crève, Ducon!

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1.pour son humour (facile, celle-là ;-))

2.pour sa sincérité… Cavanna n’est pas du genre à se faire meilleur qu’il n’est, il va vous jeter lui-même à la figure ce que vous pourriez lui reprocher

3.pour le témoignage autobiographique: le récit de la vie-dans-l’instant-présent est entrecoupé de souvenirs d’enfance, de jeunesse, de l’âge adulte

4.pour sa grande humanité (faut-il l’expliquer? non, je pense)

5.pour le style unique qui accole avec une belle verve un mot ordurier et un subjonctif plus-que-parfait

6.parce que c’est son chant du cygne. Le point final.

7.pour recevoir un grand coup de jeune, une grande leçon d’accroche-toi et bats-toi, de la part d’un nonagénaire.

Est-ce un chef-d’oeuvre? Non. Mais il est tout ce qui est énuméré ci-dessus.

Alors on lui dit merci.

7 premières phrases

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Je suis convoquée. Jeudi à dix heures précises.

On me convoque de plus en plus souvent: mardi à dix heures précises, samedi à dix heures précises, mercredi ou lundi, à croire que les années ne sont qu’une semaine. Je n’en suis pas moins étonnée que l’hiver, après cette fin d’été, revienne bientôt.

Sur le chemin qui mène au tramway, les buissons aux baies blanches se remettent à pendre entre les palissades. Comme des boutons de nacre qui seraient cousus en bas, peut-être jusque dans la terre, ou comme des boulettes de pain. Ces baies sont bien trop petites pour être des têtes d’oiseaux blancs détournant le bec, mais je ne peux m’empêcher de penser à des têtes d’oiseaux blancs.

Herta Müller, La convocation, Métailié, 2001, p.7 (incipit), traduit de l’allemand par Claire de Oliveira.

***

On ne peut pas dire que l’Adrienne soit une rapide: dix ans déjà que Herta Müller a obtenu le prix Nobel et voilà le premier livre qu’elle lit de cet auteur 🙂

Née en 1953 en Roumanie – dans la minorité germanophone de la région de Timișoara (le Banat n’est roumain que depuis 1918) – où elle a vécu jusqu’en 1987, donc deux ans avant la fin du régime de Nicolae Ceaușescu, Herta Müller se trouve entre deux cultures et deux langues, le roumain et l’allemand.

L’histoire de La Convocation est presque totalement exempte de références à quelque pays, région ou ville que ce soit, mais on reconnaît la Roumanie à des tas de petits détails, comme ce « baisemain des plus experts, du bon vieux temps de la monarchie, à sec et en douceur, au beau milieu de la main » (p.56) et les hommes qui se soûlent à l’eau-de-vie de prune (la țuică), le seul produit disponible en abondance dans un pays qui manque de tout.

Au travers de la narratrice convoquée pour la énième fois chez le commandant Albu, en suivant son trajet en tramway et tout son passé qui défile en pensée, on ressent l’angoisse d’une vie dans un régime totalitaire, où chacun espionne l’autre, une situation qui est d’autant plus oppressante qu’elle est sans issue: on ne peut échapper à la police ni s’échapper de ce pays ni améliorer sa situation personnelle, professionnelle ou financière.

Sa seule amie, Lilli, trahie par celui qui allait l’aider à rejoindre un pays voisin, est tuée par un soldat au passage de la frontière.

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image de couverture et info ici.

article de La libre Belgique ici.

7 ascenseurs

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Photo de Petar Starčević sur Pexels.com

L’hôtel a bien sept ou huit ascenseurs, dûment numérotés, et il s’agit de ne pas prendre n’importe lequel sous peine d’arriver dans un couloir qui n’est pas celui de votre chambre.

Car les couloirs ou les escaliers ne communiquent pas entre eux: vous vous retrouvez dans un cul-de-sac.

La seule solution est de redescendre au rez-de-chaussée pour prendre le bon numéro. Le trois, dans ce cas-ci.

– Ils feraient mieux, se dit l’Adrienne – qui vient d’entamer largement son deuxième JdM, de mettre un type convenable à l’accueil, qui t’explique tout ça au lieu de te jeter un arrogant:

– Et si vous vous perdez, vous revenez me voir!

Mais ça, vous connaissez l’Adrienne, jamais de la vie 😉

 

7 noms

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Sept noms parmi les plus de quatre mille affichés sur les murs de la « Salle des noms », à la Conciergerie.

Pourquoi ceux-là, vous demandez-vous.
Parce que je cherchais celui d’André Chénier, une des victimes de la Terreur qui me rend vraiment triste.

Si le nom est en rouge, ça veut dire que la personne a été guillotinée. En rouge, ils le sont presque tous. Un mur par année, de 1793 à 1795.

Sur l’un d’eux, il y avait un homme portant le même nom de famille que le mien. Grâce à un dispositif multimédia qui permet d’en apprendre plus sur chacune de ces personnes, j’ai pu voir où et quand il était né, qu’il exerçait le métier de boucher et que l’acte d’accusation disait: « soupçonné d’avoir proféré des paroles favorables au roi ».

Son nom était en rouge.

7 petites croix dans un carnet

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« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys. »

Vas-y, ziva! Neuf strophes de quatre vers, ça en fait trente-six à apprendre par cœur! Depuis que le prof a lu cette fameuse lettre d’Umberto Eco à son petit-fils, sous prétexte d’activer et d’entraîner notre mémoire, c’est récitation chaque semaine.

Y en a marre. Surtout quand tu vois ce que c’est comme texte! Du grand n’importe quoi!

Encore, quand c’est de la poésie avec des rimes, ça t’aide. Mais quand c’est un extrait de roman? Il est fou, ce mec!

Sur son carnet, il met des petites croix à côté de notre nom pour chaque récitation réussie. Mais attention! il faut la perfection! Pas une hésitation en cours de route! Et quand tu as sept croix, tu reçois des points. Des « points bonus », qu’il appelle ça…

Si au moins on pouvait choisir ce qu’on veut apprendre par cœur! Je pourrais lui réciter toute la composition des équipes de foot, avec l’âge, la taille et le poids des joueurs! Mais non! Au lieu de ça, il nous donne du Modiano:

« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »

Du grand n’importe quoi, je te dis!

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 11 – merci à lui pour le tableau et les consignes!

Ce serait bien que ces mots, par lesquels vous commencerez votre devoir, vous inspirent :

« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles… »

Et vous le terminerez par cette phrase de Patrick, non, pas « Patriiiick ! », l’autre, Modiano :
« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »
Entre les deux, vous contez sans compter… À lundi.
Et n’oubliez pas, quand vous passerez lundi pour lire mon devoir, d’annoncer aux foules avides de vous lire, que vous avez-vous aussi, raconté une chouette histoire.

J’ai déjà parlé ici de cette lettre d’Umberto Eco à son petit-fils 🙂

7 exemples

Ça fait bien une cinquantaine d’années que dans la petite ville de l’Adrienne il est question de construire une route qui permettrait à la circulation – surtout celle des poids lourds – d’éviter le centre ville. Depuis cinquante ans, tout le monde est bien d’accord que c’est absolument nécessaire – aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain – mais le tracé suscite chaque fois mille polémiques: chacun veut ce contournement mais personne ne veut qu’une route vienne gâcher sa jolie vue sur les collines boisées.

La même chose se passe pour les éoliennes prévues par le conseil communal: dès que les plans ont été connus, un comité s’est formé contre leur installation.

Idem pour un autre projet écologique, pour les traitements des déchets ménagers. Avant de savoir exactement de quoi il retournait, un groupe d’action était déjà constitué.

Une des plus grandes usines textiles – une des rares à être restées actives après la crise de la fin des années soixante et les délocalisations – a eu toutes les peines du monde à recevoir le permis de bâtir, au moment où elle avait besoin de plus d’espace pour ses activités. Etre propriétaire des terrains depuis le 19e siècle n’était pas un argument. Etre un des principaux employeurs de la ville non plus.

Par bonheur, une maison d’accueil pour des malades du SIDA, qui se retrouvent sans appui et sans logement, fonctionne paisiblement depuis 1998, aidée uniquement par des dons privés. Il a juste fallu, au début, bien informer les gens. La maladie faisait très peur.

Par bonheur, les jardins d’enfants et terrains de jeux se multiplient: aucun voisinage ne se plaint du bruit que cela entraîne. C’est déjà arrivé ailleurs…

Par bonheur, une ancienne carrière de sable qui allait être utilisée pour y enfouir des déchets un peu louches a également vu naître un comité pour sa défense. La ministre pas très verte a dû retirer le permis aux exploitants.

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Nimby, proposait Walrus pour le 575e Défi du samedi. Un acronyme qui veut dire ‘not in my backyard’, pas dans mon jardin. Merci à Walrus pour le jeu et les illustrations 🙂