B comme bonbons

Quand on a sonné à sa porte, l’Adrienne a été surprise d’y voir son voisin, vêtu d’une chemisette – rappelez-vous qu’il vit torse nu, même quand il va dans le centre s’acheter une bricole – mais c’était pour pouvoir y épingler un badge mentionnant le mot « seingever« .

Sur lequel il tenait l’index, pour bien en montrer toute l’importance.

Dans l’autre main, il avait un gros sac.

– Je viens vous demander votre solidarité pour notre groupe de signaleurs, a-t-il déclamé, et de son gros sac il a extirpé un sachet de bonbons.

– Oh…! a fait l’Adrienne.

Et avant qu’elle ait pu lui rétorquer qu’elle n’en mangeait jamais, il a dit:

– Pour votre petit-fils.

Ce qui était évidemment fort flatteur, vu les beaux yeux du petit Léon 😉 qui a malheureusement déjà plus de grands-mères qu’il n’en faut.

Bref, l’Adrienne a été délestée de cinq euros pour des bonbons que personne ne mangera.

La veille, petit Léon, en parlant de ses affaires de classe qu’il prêtait à la demande et qu’on lui rendait cassées ou abîmées, lui avait précisément posé cette question:

– Moi je ne sais pas dire non. Comment on fait pour dire non?

B comme blondinettes

– Ethel! viens ici!

– Ethel! ne va pas si près du bord!

– Ethel! viens boire ton jus!

Elles étaient deux, pourtant, les blondinettes.
Deux à batifoler le long de la rambarde.
A galoper parmi les sièges.
A dédaigner leur boisson.

Mais bizarrement, la grand-mère ne connaissait plus le prénom de son autre petite-fille 😉

***

photo prise à Dinant (collégiale et citadelle) où l’Adrienne a vraiment, vraiment joué les touristes en prenant un de ces bateaux qui font le va-et-vient entre Dinant et Anseremme 🙂

B comme belliciste

6701

– Et qu’allons-nous faire aujourd’hui ? demande Madame après les salutations d’usage.
– Aujourd’hui on va s’entraîner à écrire ! répond petit Léon.
– D’accord… et on fait quoi, exactement ? Une dictée ?
– Non ! Vous me montrez une image ou vous me donnez une phrase et moi je dois inventer une histoire.
– Ah ! Bon !

Madame a pris la première chose qui lui tombait sous la main : un épais fascicule publicitaire reçu avec son magazine. On y voit des familles, heureuses de faire du camping à mille milles de toute région habitée, entourées d’un tas de matériel utile et inutile.

– Voilà, fait-elle, en lui proposant une photo de paysage idyllique, avec de la verdure, une montagne au loin, un beau soleil couchant. C’est bon ? Ça te va ?
– C’est très bien, approuve petit Léon avec tout le sérieux de ses onze ans.

Et il se met à écrire.

– Fini ! crie-t-il tout joyeux, trois minutes plus tard.

Madame lit. Des extra-terrestres sont venus, la famille a été pulvérisée et des zombies sont sortis de terre. Petit Léon est content de lui et Madame est assez perplexe.

– Bien, bien, fait-elle. Tu en as, de l’imagination ! Mais pourquoi ils sont tous morts ?

Quelques explications et corrections plus tard, petit Léon réclame une autre photo.

Et bien, croyez-le, que vous lui montriez le sable du Sahara, une vue de la mer du Nord, des palmiers au soleil ou un pont de bois à Lucerne, petit Léon vous inventera chaque fois le même genre d’histoire : le pont explosera, des zombies sortiront du sable, des soucoupes volantes déverseront des hordes d’aliens hostiles et les derniers humains deviendront cannibales…

– Moi j’aime les films d’horreur, explique-t-il.

***

écrit pour le Défi du samedi 670 en illustration de la photo ci-dessus proposée par Walrus.

Merci à lui!

B comme beaux jours

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Deux éléments conjugués ont fait que les lectures avec l’association quart monde ont pu reprendre: l’assouplissement des mesures le 9 mai dernier et le temps estival, puisque les lectures doivent avoir lieu en plein air. Avec dix personnes maximum.

Au deuxième rendez-vous du petit groupe, c’est Nadine qui avait choisi le texte, une nouvelle de Tchekhov, Le Pari.

Comme il s’agissait de lecture, le choix du poème pour clore l’avant-midi était celui-ci:

Onvervreemdbaar

Dit wordt ons niet ontnomen: lezen
en ademloos het blad omslaan,
ver van de dagelijksheid vandaan.
Die lezen mogen eenzaam wezen.

Zij waren het van kind af aan.

Hen wenkt een wereld waar de groten,
de tijdelozen, voortbestaan.
Tot wie wij kleinen mogen gaan;
de enigen die ons nooit verstoten.

Ida Gerhardt, in Verzamelde gedichten, Amsterdam, Athenaeum-Polak & Van Gennep, 1980

Inaliénable

Ceci ne nous sera pas ôté: lire
et tourner la page en retenant son souffle,
loin du quotidien.
Le lecteur peut être solitaire.

Il l’est depuis l’enfance.

Un monde lui fait signe où les grands,
les immortels, survivent.
Que nous, petits, pouvons atteindre;
les seuls qui ne nous rejettent jamais.

(traduction de l’Adrienne)

B comme bredouille

Samedi dernier, l’Adrienne a encore fait fort.

Dès le réveil.

On était déjà au mois de mai, et pourtant la première chose qu’elle s’est demandée, en se réveillant, ce matin-là, c’est la question de savoir si Pâques était déjà passé ou pas.

Il lui a bien fallu trente secondes pour se rendre compte que oui. Du coup elle s’inquiète pour sa santé mentale.

Comme il y avait un entretien entre Amélie Nothomb et sa traductrice, et qu’en plus elle aime les cryptogrammes de l’édition du week-end, elle est sortie acheter le journal.
Et a été fort étonnée de ne trouver que des libraires et marchands de journaux fermés.
Hé oui, le premier mai, c’est la Fête du Travail, donc on ne travaille pas.

Puis comme son unique brin n’était pas encore éclos dans son jardinet, elle a eu comme une envie de muguet.
Elle a fait le tour des fleuristes: soit ils étaient fermés (voir plus haut) soit ils avaient une affichette à la porte ‘meiklokjes uitverkocht‘: tout leur muguet était déjà vendu.

Bref, une journée bien remplie de vide 🙂

B comme Bordeaux-Paris

source de l’image ici

Il y avait plusieurs Mariette dans la vie de grand-mère Adrienne, aussi leur prénom s’accompagnait-il toujours de précisions du genre « Mariette-van-nevens-de-deur » ou « Mariette-van-tante-Palmyre« .

La première, celle de la porte d’à côté, était fan de courses cyclistes.

Pas simple fan: elle idolâtrait Herman Van Springel.

Au point que mini-Adrienne se disait que si elle était l’époux de Mariette, elle s’inquiéterait.

Pourquoi Herman Van Springel, vous demandez-vous.
Et vous n’êtes pas les seuls.
Malgré ses questions à sa grand-mère et ses propres observations, la petite n’a jamais pu percer ce mystère: il n’était ni né dans le même coin de Flandre, ni beau, ni le plus grand des champions que comptait le pays.
Mais les voies de l’amour sont impénétrables et Mariette, même au cœur du peloton le plus nombreux et le plus serré, filant à toute vitesse devant son nez, le repérait et hurlait « Herman! Herman! ».

Puis toute haletante d’émotion, elle se tournait vers grand-mère Adrienne, restée droite et impassible comme la statue du Commandeur: « Vous l’avez vu? Je l’ai vu! »

Et elle irradiait de fierté et de confiance en son idole.

***

écrit pour le Défi du samedi où Walrus – merci à lui – proposait cette semaine le mot idole.

B comme bonjour!

Peut être une image de 1 personne, position debout, vêtements d’extérieur et texte qui dit ’LaicecParle leCocur Pouv' gamin, C&A èst frumè, il a dũ prinde: èl châle dè s'grand mè, él casaque dè s' pétit fré, ele cote dè s' grand seur, éle kèmise dè s' papi, lès tchôssètes à varice dè s' bobone èyèt sacoche dè s'matante Yvone. CHEGA LaicceParler Laisse fnCocur LD Nĩ-e facîle dè s'abiyîe pou I'momint’

Hier matin l’Adrienne a eu le grand grand fou rire grâce à une amie qui lui envoie cette photo.

C’est en wallon mais vous l’aurez sûrement compris aussi bien qu’elle (ou aussi mal, les spécialistes parmi les commentateurs nous le diront).

« Pauvre gamin, le C&A (magasin de vêtements) est fermé, il a dû prendre le châle de sa grand-mère, la veste de son petit frère, la jupe de sa grande sœur, la chemise de son papy, les chaussettes à varices de sa bobonne et le sac à main de sa tante Yvonne. Il n’est pas facile de s’habiller en ce moment. »

B comme Bruno

Si dans votre G**gl* France vous tapotez Bruno, on vous proposera d’abord Mars, Guillon et Fernandes – l’Adrienne ne connaît aucun des trois, c’est dire si elle est à la page – et en quatrième position celui qui vous intéresse: Bruno Latour.

En effet, hier c’était la fête annuelle de l’Alma Mater chère au cœur de l’Adrienne et à cette occasion a lieu, normalement, la réception des nouveaux doctores honoris causa, parmi lesquels cette année il y avait donc ce philosophe, sociologue et ethnologue français.

Cette année bien sûr tout est ‘virtuel’ et à distance mais si ça vous intéresse, le point de départ est .

Pour ceux qui préfèrent juste écouter, il y a ces 33 minutes de France Culture du 25 janvier dernier.

B comme Boualem Sansal

Gallimard

Si – comme l’Adrienne – vous avez ces temps-ci un peu plus de mal à vous concentrer sur la lecture, prenez ce livre-ci 🙂

Il est court (c’est un folio à 2€ donc court par définition) mais dense et peut se déguster à petites doses.

Il est courageux et fascinant.

Instructif.

Bref, voyez vous-même: la vingtaine de premières pages est à lire ici.

B comme baromètre

La première chose qu’il fait le matin en pénétrant dans la cuisine-pièce à vivre-et-à tout faire, là où il y a aussi les deux bergères en skaï bleu, le poêle à charbon et la télé, c’est un léger toc-toc au baromètre.

Mini-Adrienne n’a jamais compris cette passion pour le temps qu’il a fait, qu’il fait et qu’il fera, quatre saisons sur quatre, qu’on ait à sortir ou pas, et même les jours où ce n’est pas difficile à constater à l’œil nu, juste en regardant dehors. Mais grand-père y met un point d’honneur, chaque matin au lever, chaque soir au coucher, un toc-toc au baromètre.

Douce maison du côté heureux de l’enfance, quand grand-père enlaçait grand-mère, l’arrachant à sa vaisselle, pour danser ‘La vie en rose’.

Douce maison des moments heureux où mini-Adrienne se disait que ça existait donc dans la vie en vrai, des gens qui s’aiment.

Merci, oh merci d’avoir été là. Tant de choses encore à vous dire…

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes de Chansons d’Anne Sylvestre:

Cette grande dame vient de nous quitter ce jour. Elle laisse derrière elle des tonnes de chansons dont le moins qu’on puisse dire est que les radios et télévisions ne les ont pas largement diffusées et c’est grand dommage.

Nous jouons aujourd’hui avec une grosse centaine de titres de son répertoire. Il vous est demandé d’écrire un texte, sur le sujet de votre choix, dans lequel au moins cinq de ces titres seront insérés. Cinq n’étant pas limitatif.

Abel, Caïn, mon fils – Agressivement vôtre – Antoinette a peur du loup – Aveu – Bal des champignons – Baptiste – Berceuse aux petits vampires – Berceuse pour moi – Berceuse pour un ouragan – BergèreBleu – Ca va m’faire drôle – Carcasse – Ce merveilleux été – Ces bêtes-là – C’est un veau – C’était ce soir – Chanson dégagée – Chansonnette franco-québécoise – Chat c’est toi l’chat – Clémence en vacances – Coïncidences – Comme Higelin – Comme un personnage de Sempé – Comment je m’appelle – Dans la vie en vrai – Dans le brouillard d’automne – Dans ma fusée – Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant – Des fleurs pour Gabrielle – Dis-moi Pauline – Douce maison – Douce-amère – Douze petits cochons – Écrire pour ne pas mourir – Éléonore – Faites-moi plutôt la cour – Faites-nous des chansons – Famille pour famille – Fausse sortie – Flocon papillon – Flou – Frangines – Grand’ mère – Grégoire ou Sébastien – Gulliverte – Histoire ancienne – Il me manquait une chanson – Il s’appelait Richard – J’ai de bonnes nouvelles – J’ai le cœur à l’ombre – J’ai une maison pleine de fenêtres – Java d’autre chose – Je cherche mon chemin – Je n’suis pas si bête – Je pense à Noël – Je suis un dinosaure – Je suis une vieille dame – Je te cherchais déjà – Jérémie – J’suis un bas bleu – La chambre d’or – La chanson de l’ortie – La douzième – La faute à Eve – La femme du vent – La payse – La peau de l’ours – La p’tite hirondelle – La Rochelle par la mer – La Romanée Conti – La rose de décembre – La rose des vents – La serpente – La vache engagée – La vaisselle – Lâchez-moi – L’année prochaine – L’autre et l’une – Lazare et Cécile – Le baromètre – Le centre du motif – Le géranium – Le jour où ça craquera – Le pauvre pierre – Le pêcheur de perles – Le petit maçon – Le western – L’enfant qui pleure – Les amours de l’été – Les années qui cognent – Les beaux enfants – Les blondes – Les cathédrales – Les gens qui doutent – Les pierres dans mon jardin – Les punaises – L’éternelle histoire – Lettre anonyme à Jules – Lettre ouverte à Élise – L’histoire de Jeanne-Marie – L’honneur – Lonlère – Madame ma voisine – Maman elle est pas si bien qu’ça – Marie – Marie géographie – Mariette et Françoise – Marine – Maryvonne – Maumariée – Me v’la – Même pas un coup de cœur – Merci, oh merci – Mes sabots de bois – Moire et satin – Mon grand-père Louis – Mon mari est parti – Mon mystère – Mon vélo est blanc – Mousse – Non tu n’as pas de nom – Oh ! Les nuages – Oiseaux – On s’est connu – Par les champs inondés – Partie simple – Pas difficile – Pas encore pas déjà – Petit bonhomme – Philomène – Plate prière – Plus personne à Paris – Porteuse d’eau – Portraits de mes aïeules – Pour qu’on m’apprivoise – Pour une petite chanteuse – Pour une solitude – Priez pour la Terre – Quand on dansait la vie en roseQuatre saisons – Que vous êtes beaux – Regrets d’une punaise – Rien qu’une fois faire des vagues – Ronde madeleine – Rose – Si je ne parle pas – Si la pluie te mouille – Si le renard tousse – S’il fallait faire la guerre – S’ils filent tous dans la lune – Sur un fil – Tant de choses à vous dire – T’en souviens-tu, la Seine – Thérèse – Tiens-toi droit – Très gentille et désespérée – Trop tard pour être une star – Tu es la terre – Un bateau mais demain – Un cœur sur les bras – Un mur pour pleurer – Une chanson grise en do – Une dame de Dijon – Une sorcière comme les autres – Valse-marine – V’la l’printemps gnan gnan – Vous m’avez tant aimée – Xavier.

***

J’ai utilisé les 13 mis en gras – l’illustration a servi à un devoir de Lakévio