B comme Belgenland

“Het stoomrytuig is de wonderbaerste uitvinding die men tot heden gedaen heeft. Belgenland heeft in het opmaken van yzeren wegen, de andere landen van het vaste Europa voorgegaen. Wanneer ik my de eerste mael op het stoomrytuig bevond, heb ik dit gedicht gelyk het hier staet, gedroomd en namaels uitgewerkt. Het is meest voor de klanknabootsing gemaekt; derhalve zal het by eene lezing met luiderstemme beter het doel bereiken.”

Hendrik Conscience, à propos du poème dont il est question dans le petit film ci-dessus, et que son ami peintre Gustaaf Wappers, peintre officiel de Léopold Ier, a illustré par une œuvre exposée en tout début de parcours dans l’expo « Les voies de la modernité » au musée des Beaux-Arts de Bruxelles: Le char de Satan, Satans wagen. (visible dans la vidéo vers la 3e minute)

On est entre 1835 (inauguration de la première ligne de chemin de fer sur le continent, de Bruxelles à Malines) et 1837. Cette nouvelle machine inspire à l’écrivain à la fois frayeur et admiration:

« La machine à vapeur est l’invention la plus prodigieuse qu’on ait faite jusqu’à présent. La Belgique précède tous les autres pays du continent européen avec la construction du chemin de fer. Quand je me suis trouvé pour la première fois dans le train à vapeur, j’ai rêvé ce poème et ensuite je l’ai écrit. Il est surtout fait d’onomatopées et par conséquent plutôt destiné à être lu d’une voix forte. » (traduction de l’Adrienne)

Raison pour laquelle, dans la vidéo, il est demandé aux passants de lire à haute voix le poème porté « en sandwich » 🙂

Si l’Adrienne devait retenir une seule œuvre de cette expo, ce serait celle-ci: d’abord pour sa beauté et sa source d’inspiration, parfaitement en accord avec le thème de ce billet, le rail, la machine à vapeur, sa vitesse… fascinent et effraient à la fois.
La fascination de la vitesse est rendue ici avec une grande beauté.
Ensuite, parce que c’est une véritable découverte, le peintre liégeois Fernand Stéven (1895-1955) lui étant totalement inconnu.

Bien sûr, on peut aussi y aller pour voir ce qu’on connaît déjà, comme les impressionnantes volutes de fumée et de vapeur peintes par Monet 🙂

Arrivée du train de Normandie, Gare Saint-Lazare de Claude ...
source ici

B comme botanique

source ici

ça m’intéresse pas, les plantes! fait petit Léon.

Il veut profiter du fait que sa prof de sciences est absente encore quelques jours et ne pas faire les devoirs prévus. Il s’agit des sortes de feuilles, simples ou composées, et de toutes les façons dont on peut les catégoriser.
Donc beaucoup de vocabulaire neuf à découvrir, encore une fois!

Alors Madame sort son truc du renversement des rôles:

– C’est quoi, ça? pétiole? verticillé? Tu sais ce que ça veut dire, tout ça, toi?

Elle retourne un peu en arrière dans le syllabus pour voir où c’est expliqué et ça énerve Léon, qui ne connaît qu’un seul mode de fonctionnement: aller de l’avant, même si on n’a rien compris à ce qui précède.

– Pé-ti-o-le, dit-il en détachant les syllabes et en les faisant répéter deux ou trois fois à Madame, exactement comme elle l’a fait juste avant avec le vocabulaire de néerlandais qu’il devait apprendre.

– Ver-ti-cil-lé!

Madame ne joue pas les élèves récalcitrantes et elle espère que quand son petit prof Léon sort de chez elle, docendo discimus, il connaît deux ou trois trucs en plus 😉

***

verticillé, comme pour le gratteron sur la photo ci-dessus, se dit d’un « groupe de plus de deux feuilles qui naissent au même niveau sur la tige, en anneau ».
Merci au dictionnaire Robert 🙂

B comme Bruxelles

Expositions Art, Histoire (Expos, Musées): Exposition ...

Une chouette expo, particulièrement à sa place au royaume du surréalisme, en ce moment et jusqu’en janvier, sur « L’humour de l’art ».

Bien évidemment, le monde de l’art n’a pas attendu le 20e siècle pour se moquer d’un certain nombre de choses qui le concernent, aussi le parcours de l’expo commence-t-il par des caricatures, comme celles de Daumier, où on peut voir par exemple le critique d’art qui se promène, hautain et supérieur, entouré par une cour d’obséquieux et de flagorneurs.

A Bruxelles, dès la fin du 19e siècle sont organisées des « Great Zwans Exhibitions » pour se moquer de ce que l’on considère comme des dérives de la modernité.
Pour ceux qui aiment ça, un florilège d’images de Zwanze bruxelloise ici.

Après bien sûr on a Duchamp et Picabia, Magritte et Scutenaire, Allais et Dorgelès, jusqu’aux cacas de Manzoni et Delvoye… et Dalì en super-bouffon de l’art.

Bref, un régal.

B comme brol

Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien.

– Je ne suis pas née chez les zoulous, quand même! fait Cindy en hachant le céleri.

Et comme toujours, sa célérité est en rapport avec son degré d’énervement.

– Franchement? il est alcoolo, ce type? Ou alors complètement fêlé?

Mme de B*** est heureuse que Cindy soit rentrée de ses vacances au camping en Bretagne et s’est assise dans la cuisine pour ne rien rater de sa conversation: un solo de Cindy, c’est bien plus rigolo que n’importe quelle émission à la télé.

– Faut dire aussi que ma copine Hélène – vous savez, celle que j’appelle toujours Label Hélène parce qu’elle se coiffe comme Marilyn et qu’elle s’appelle Lebeau?
– Je vois très bien, fait Mme de B***, qui sourit maintenant tout à fait devant tant de logique.
– Et bien, je lui ai dit, à Hélène, c’est pas parce que les boissons et les petits fours sont gratuits qu’on m’y reverra, à un vernissage! « Merveilleux talent de coloriste » qu’ils disaient sur la brochure! Faut oser le dire, hein! Mon Matteo, à cinq ans, il faisait mieux!
– Faut l’envoyer à l’académie, cet enfant, fit Mme de B***

***

sur la photo ci-dessus, « Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien« , source ici.

Gilbert Jullien – Coquelicots (1990)

Merci à Joe Krapov pour ses tableaux et consignes qui ont permis d’ajouter un épisode au feuilleton de Mme de B*** – réponse à la question 23, Avez-vous passé de bonnes vacances? – et de réutiliser le mot brol, qu’on affectionne particulièrement:

Les tableaux ci-dessus figurent sur des invitations à des vernissages d’exposition. Choisissez-en un. Racontez ce qui se passe à cette soirée à laquelle vous assistez ou partez-parlez du tableau que vous avez sous les yeux pour divaguer à votre façon.

Vous avez obligation de placer le mot « zoulou » dans votre texte et d’insérer au moins six mots de la liste ci-dessous :

à la queue-leu-leu – à vau l’eau – alcoolo – Apollo – avili – awélé – balafon – balafré – balatum – Belle Hélène – Billy the Kid – branlant – calamar – calame – calamité – célericélérité – cilice – colloque – colonie – colophane – coloquinte – coloriste – diligence – diligent – diligenter – Dolomites – Dolorès – échalas – élément – Éléonore – Éléphant – falafel – fêlé – filiforme – folle eau – gala – Galatée – galaxie – guili-guili – héler – hologramme – holorime – Honolulu – hululer – illico – Impala – Killy – koala – Kuala-Lumpur – l’as-tu lu – Lili – Lilliputien – lolo – loulou – Lulu – malabar – maladie – Marilyn – Mêlé – Mêlé-cass’ – mélèze – milicien – militaire – militant – mollo – Mouloudji – On nous loue – Pelléas et Mélisande – Philippines – pili-pili – Polo – polochon – pulluler – rigolo – Scala de Milan – scélérat – scolopendre – Sélénite – silicium – silicone – solotélé – Télémaque – Télérama – télescope – téléski – Thalassa – thalasso – Toulouse – ukulélé – vêler – vilipender – violoniste – zélé – zoulou

B comme bonbons

Quand on a sonné à sa porte, l’Adrienne a été surprise d’y voir son voisin, vêtu d’une chemisette – rappelez-vous qu’il vit torse nu, même quand il va dans le centre s’acheter une bricole – mais c’était pour pouvoir y épingler un badge mentionnant le mot « seingever« .

Sur lequel il tenait l’index, pour bien en montrer toute l’importance.

Dans l’autre main, il avait un gros sac.

– Je viens vous demander votre solidarité pour notre groupe de signaleurs, a-t-il déclamé, et de son gros sac il a extirpé un sachet de bonbons.

– Oh…! a fait l’Adrienne.

Et avant qu’elle ait pu lui rétorquer qu’elle n’en mangeait jamais, il a dit:

– Pour votre petit-fils.

Ce qui était évidemment fort flatteur, vu les beaux yeux du petit Léon 😉 qui a malheureusement déjà plus de grands-mères qu’il n’en faut.

Bref, l’Adrienne a été délestée de cinq euros pour des bonbons que personne ne mangera.

La veille, petit Léon, en parlant de ses affaires de classe qu’il prêtait à la demande et qu’on lui rendait cassées ou abîmées, lui avait précisément posé cette question:

– Moi je ne sais pas dire non. Comment on fait pour dire non?

B comme blondinettes

– Ethel! viens ici!

– Ethel! ne va pas si près du bord!

– Ethel! viens boire ton jus!

Elles étaient deux, pourtant, les blondinettes.
Deux à batifoler le long de la rambarde.
A galoper parmi les sièges.
A dédaigner leur boisson.

Mais bizarrement, la grand-mère ne connaissait plus le prénom de son autre petite-fille 😉

***

photo prise à Dinant (collégiale et citadelle) où l’Adrienne a vraiment, vraiment joué les touristes en prenant un de ces bateaux qui font le va-et-vient entre Dinant et Anseremme 🙂

B comme belliciste

6701

– Et qu’allons-nous faire aujourd’hui ? demande Madame après les salutations d’usage.
– Aujourd’hui on va s’entraîner à écrire ! répond petit Léon.
– D’accord… et on fait quoi, exactement ? Une dictée ?
– Non ! Vous me montrez une image ou vous me donnez une phrase et moi je dois inventer une histoire.
– Ah ! Bon !

Madame a pris la première chose qui lui tombait sous la main : un épais fascicule publicitaire reçu avec son magazine. On y voit des familles, heureuses de faire du camping à mille milles de toute région habitée, entourées d’un tas de matériel utile et inutile.

– Voilà, fait-elle, en lui proposant une photo de paysage idyllique, avec de la verdure, une montagne au loin, un beau soleil couchant. C’est bon ? Ça te va ?
– C’est très bien, approuve petit Léon avec tout le sérieux de ses onze ans.

Et il se met à écrire.

– Fini ! crie-t-il tout joyeux, trois minutes plus tard.

Madame lit. Des extra-terrestres sont venus, la famille a été pulvérisée et des zombies sont sortis de terre. Petit Léon est content de lui et Madame est assez perplexe.

– Bien, bien, fait-elle. Tu en as, de l’imagination ! Mais pourquoi ils sont tous morts ?

Quelques explications et corrections plus tard, petit Léon réclame une autre photo.

Et bien, croyez-le, que vous lui montriez le sable du Sahara, une vue de la mer du Nord, des palmiers au soleil ou un pont de bois à Lucerne, petit Léon vous inventera chaque fois le même genre d’histoire : le pont explosera, des zombies sortiront du sable, des soucoupes volantes déverseront des hordes d’aliens hostiles et les derniers humains deviendront cannibales…

– Moi j’aime les films d’horreur, explique-t-il.

***

écrit pour le Défi du samedi 670 en illustration de la photo ci-dessus proposée par Walrus.

Merci à lui!

B comme beaux jours

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Deux éléments conjugués ont fait que les lectures avec l’association quart monde ont pu reprendre: l’assouplissement des mesures le 9 mai dernier et le temps estival, puisque les lectures doivent avoir lieu en plein air. Avec dix personnes maximum.

Au deuxième rendez-vous du petit groupe, c’est Nadine qui avait choisi le texte, une nouvelle de Tchekhov, Le Pari.

Comme il s’agissait de lecture, le choix du poème pour clore l’avant-midi était celui-ci:

Onvervreemdbaar

Dit wordt ons niet ontnomen: lezen
en ademloos het blad omslaan,
ver van de dagelijksheid vandaan.
Die lezen mogen eenzaam wezen.

Zij waren het van kind af aan.

Hen wenkt een wereld waar de groten,
de tijdelozen, voortbestaan.
Tot wie wij kleinen mogen gaan;
de enigen die ons nooit verstoten.

Ida Gerhardt, in Verzamelde gedichten, Amsterdam, Athenaeum-Polak & Van Gennep, 1980

Inaliénable

Ceci ne nous sera pas ôté: lire
et tourner la page en retenant son souffle,
loin du quotidien.
Le lecteur peut être solitaire.

Il l’est depuis l’enfance.

Un monde lui fait signe où les grands,
les immortels, survivent.
Que nous, petits, pouvons atteindre;
les seuls qui ne nous rejettent jamais.

(traduction de l’Adrienne)

B comme bredouille

Samedi dernier, l’Adrienne a encore fait fort.

Dès le réveil.

On était déjà au mois de mai, et pourtant la première chose qu’elle s’est demandée, en se réveillant, ce matin-là, c’est la question de savoir si Pâques était déjà passé ou pas.

Il lui a bien fallu trente secondes pour se rendre compte que oui. Du coup elle s’inquiète pour sa santé mentale.

Comme il y avait un entretien entre Amélie Nothomb et sa traductrice, et qu’en plus elle aime les cryptogrammes de l’édition du week-end, elle est sortie acheter le journal.
Et a été fort étonnée de ne trouver que des libraires et marchands de journaux fermés.
Hé oui, le premier mai, c’est la Fête du Travail, donc on ne travaille pas.

Puis comme son unique brin n’était pas encore éclos dans son jardinet, elle a eu comme une envie de muguet.
Elle a fait le tour des fleuristes: soit ils étaient fermés (voir plus haut) soit ils avaient une affichette à la porte ‘meiklokjes uitverkocht‘: tout leur muguet était déjà vendu.

Bref, une journée bien remplie de vide 🙂

B comme Bordeaux-Paris

source de l’image ici

Il y avait plusieurs Mariette dans la vie de grand-mère Adrienne, aussi leur prénom s’accompagnait-il toujours de précisions du genre « Mariette-van-nevens-de-deur » ou « Mariette-van-tante-Palmyre« .

La première, celle de la porte d’à côté, était fan de courses cyclistes.

Pas simple fan: elle idolâtrait Herman Van Springel.

Au point que mini-Adrienne se disait que si elle était l’époux de Mariette, elle s’inquiéterait.

Pourquoi Herman Van Springel, vous demandez-vous.
Et vous n’êtes pas les seuls.
Malgré ses questions à sa grand-mère et ses propres observations, la petite n’a jamais pu percer ce mystère: il n’était ni né dans le même coin de Flandre, ni beau, ni le plus grand des champions que comptait le pays.
Mais les voies de l’amour sont impénétrables et Mariette, même au cœur du peloton le plus nombreux et le plus serré, filant à toute vitesse devant son nez, le repérait et hurlait « Herman! Herman! ».

Puis toute haletante d’émotion, elle se tournait vers grand-mère Adrienne, restée droite et impassible comme la statue du Commandeur: « Vous l’avez vu? Je l’ai vu! »

Et elle irradiait de fierté et de confiance en son idole.

***

écrit pour le Défi du samedi où Walrus – merci à lui – proposait cette semaine le mot idole.