B comme Behrouz Boochani

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Le livre de l’année 2018, dit l’auteur de l’article, prof de littérature à l’université de Louvain (KUL), a été écrit par un demandeur d’asile prisonnier depuis 2013 sur l’île de Manus: No Friend but the Mountains, par Behrouz Boochani, journaliste, diplômé en sciences politiques et réfugié kurde d’Iran.

Un livre et un témoignage d’autant plus importants que bon nombre de nos politiciens d’Europe et des Etats-Unis admirent et promeuvent la ‘solution finale’ trouvée par les autorités australiennes dans le traitement des migrants essayant d’atteindre leurs côtes… 

© Asylum Seeker Resource Centre – source de la photo et article en néerlandais ici

article de Jasmine Caye (en français) ici

article en anglais (The Guardian) ici

B comme bête

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L’adolescence, c’est l’âge bête, déclare la mère. 

Alors, comme pour le prouver, l’enfant se referme complètement, les épaules tombantes, le dos rond, le regard absent.

L’adolescence, c’est l’âge bougon. Regardez-la, ajoute la mère. Et têtue, avec ça! têtue comme une mule! exactement comme son père!

L’enfant retourne dans son monde, ses rêves, ses pensées. Là où personne ne peut la blesser. Là où elle s’échafaude des romans et est entourée d’amour.

Jo m’a donné cette rose blanche, pense l’enfant. Dans sept ans, je l’épouse et nous partons à l’autre bout de la terre, tous les deux. Pour toujours.

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie. La lettre i était interdite.

B comme bloemen

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« Dank u voor die bloemen » disait le pape Jean-Paul II chaque année à Pâques, et après lui son successeur également, rivalisant tous deux de multilinguisme.

La petite phrase est devenue si célèbre en Flandre et aux Pays-Bas qu’elle y est utilisée à tout propos. Surtout dans le mode comique.

Aussi, en se promenant dans Ostende dont tous les espaces verts sont ornés de chrysanthèmes blancs, violets et parme, l’Adrienne ne peut que penser « dank u voor die bloemen« 

Même si, paraît-il, le pape actuel remercie les généreux donateurs de fleurs en italien

photo prise le 2 novembre

B comme Black Bazar

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Quatre mois se sont écoulés depuis que ma compagne s’est enfuie avec notre fille et L’Hybride, un type qui joue du tam-tam dans un groupe que personne ne connaît en France, y compris à Monaco et en Corse. En fait je cherche maintenant à déménager d’ici. J’en ai assez du comportement de mon voisin monsieur Hippocrate qui ne me fait plus de cadeaux, qui m’épie lorsque je descends au sous-sol dans le local des poubelles et qui m’accuse de tous les maux de la terre. En plus, quand j’entre chez moi je ne supporte plus de deviner la silhouette de mon ex et celle de L’Hybride qui rôde quelque part. J’ai pourtant nettoyé le studio de fond en comble, j’ai même repeint les murs en jaune à la place du bleu ciel qu’il y avait avant. Il n’y a donc aucune trace qui devrait rappeler qu’une femme et un enfant vivaient avec moi dans cette pièce. Sauf peut-être la chaussure que ma compagne a oubliée sans doute dans la précipitation. Ce jour-là elle devait se dire que je pouvais rentrer d’un instant à l’autre et la surprendre en train de rassembler ses affaires alors que moi je savourais ma Pelforth au Jip’s. Si je suis tombé sur cette chaussure c’est un peu grâce aux conseils d’un de mes potes au Jip’s, Paul du grand Congo. Il m’avait confié entre deux verres de bière que lorsqu’une femme te quitte il faut à tout prix que tu déplaces ton lit pour tirer un trait sur ta vie passée et éviter les cauchemars dans lesquels des petits hommes te hantent et te veulent du mal. Il avait raison. J’ai eu en effet plein de cauchemars pendant les sept nuits qui ont suivi le départ de mon ex. Je sautais des murailles de Chine et retombais dans le vide. J’avais des ailes, je m’envolais très haut, je parcourais plus de dix mille kilomètres en quelques secondes, puis je me posais sur un sommet dix fois plus haut que l’Himalaya et vingt-cinq fois plus haut que nos montagnes de la forêt du Mayombe. Je me retrouvais au milieu des Pygmées du Gabon qui m’encerclaient avec des sagaies empoisonnées. Je ne pouvais pas les semer, ils volaient plus vite que moi. Pendant mon enfance on nous disait qu’ils avaient des pouvoirs surnaturels parce qu’ils étaient les premiers hommes à qui Dieu avait confié les clés de la Terre depuis les temps de la Genèse.

Alain Mabanckou, Black Bazar, Seuil, 20119, p.9 (Prologue)

On peut lire la suite ici.

Excellente lecture et pour s’en convaincre, choix des libraires et petite revue de presse ici.

photo et info sur le site de l’éditeur, Le Seuil.

B comme bonjour!

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Juillet et août semblent éternels

Quand on s’ennuie sur une plage,

Qu’on fait des siestes sous l’ombrelle

Ou qu’on peaufine son bronzage.

Mais quand on change de manuel,

Quand le jardin devient bocage,

Le bureau un souk, un bordel,

L’école le seul paysage,

Au milieu des congés annuels,

Elle frise le surmenage.

***

Dizain en octosyllabes écrit pour le devoir de Lakévio qui demandait des rimes croisées en -el et en -age.

Comme le premier septembre tombait un samedi, c’est ce matin que les petits Belges reprennent le chemin de l’école.

B comme Burger

18-07-17 (25bis)

– Pour ces huit jours, a déclaré la mère de l’Adrienne dès le premier soir, j’ai décidé de ne me priver de rien. 

Ça a un peu étonné l’Adrienne, qui n’a jamais eu l’impression que sa mère se privait de quelque chose, et ça l’a encore plus étonnée quand elle a vu ce que ça signifiait concrètement:

– J’ai envie d’un hamburger avec des frites, a-t-elle dit.

Elle a trouvé les frites un peu grosses et la salade un peu chaude.

C’est là que l’Adrienne a pensé: « Rien n’est parfait, soupira le renard. »

Mais elle s’est tue, bien sûr.

B comme Berlin

Good Bye, Lenin

Good Bye Lenin

– Tu as réfléchi aux incontournables, pour Berlin? écrit Monsieur Neveu alors que l’Adrienne était dans des délibérations et des entretiens du matin au soir.

Lui, comme d’habitude, est en vacances depuis longtemps. Ça n’a pas l’air très sérieux, une première année de droit, en France, mais il paraît que la deuxième année le sera davantage 😉

– Je le ferai dès que j’ai une minute, répond l’Adrienne, mais que ça ne t’empêche pas de préparer ta propre liste de choses que tu veux voir! 

Quinze jours plus tard, Monsieur Neveu ne s’est toujours pas informé, et repose sa question autrement:

– Tu es si occupée?

Le matin de son premier jour de vacances, l’Adrienne va voir sa mère. Qui lui dit:

– Ton programme est prêt, pour Berlin?