D comme dépenser

Rupin? Rupin! se dit l’Adrienne en découvrant le mot imposé par Walrus pour le Défi du Samedi. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir inventer avec un mot pareil? Ça ne fait pas du tout partie de mon vocabulaire et je ne vois pas dans quel contexte je pourrais le placer… 

Vendredi midi, quelques heures avant l’échéance, c’est toujours le vide dans sa tête. Elle a bien tenté quelques pistes – à commencer par celle d’Arsène Lupin/Rupin, vite abandonnée – et quelques rimes en -pain/-pin, mais rien de bien valable ne lui est venu.

– Je crois que je vais abandonner, dit-elle à Walrus.

Et au moment même où elle le lui écrit, elle sait que l’abandon n’est pas son genre 😉

Finalement l’idée lui est venue des publicités pour la loterie Euro millions. Voilà de nombreuses années que sur les chaînes flamandes on brode sur le même thème, avec le même acteur et sa tête de benêt ahuri, qui répond chaque fois à la même question: « Is mijn leven veranderd nadat ik Euromillions gewonnen heb? » (1) de la même façon: « Goh! eigenlijk niet! » (2)

Mais tout le clip contredit chaque fois cette affirmation, comme dans la vidéo ci-dessus où il explique que, tout comme ‘avant’, il participe encore à des brocantes pour faire de la place chez lui.

Ou comme dans la pub ci-dessous, où il raconte que ‘comme avant’, il va au foot avec son père et que sa mère lui fait ses tartines quand il part en excursion.

‘Word schandalig rijk’, dit le slogan, ‘Deviens scandaleusement riche’.

Pour l’Adrienne, le mystère de la loterie reste entier: que peut-on bien faire de 190 millions d’euro, la cagnotte de cette semaine? 

***

(1) Est-ce que ma vie a changé depuis que j’ai gagné à Euro millions?

(2) Bin non en fait!

D comme diable!

Devant les toilettes, l’Adrienne a un petit moment d’hésitation: doit-elle prendre la porte de gauche ou celle de droite?

Qu’auriez-vous fait à sa place?

Malgré toute sa sympathie pour le capitaine Haddock, et bien que les deux personnages représentés soient du sexe masculin, elle a opté pour l’ange 🙂

Toute la déco de la petite brasserie Faubourg Saint-Antoine à Schaarbeek est tintinophile: une belle collection de parodies et de pastiches qu’on a envie d’admirer un à un comme dans un musée. Une belle ode aux personnages de Hergé, pleine de clins d’œil et d’humour.

– Cette déco a causé des problèmes au propriétaire du resto, raconte Tania.

Et bien sûr, on n’est pas étonnée de l’apprendre…

Vous non plus, probablement.

DSCI7560

D comme décision

le gout 1

Il y a de ces décisions que vous n’avez pas envie de prendre.

D’abord, parce que vous aimez énormément l’endroit où vous vivez et que vous ne voulez pas en changer. Ne pas partir, rester là « pour toujours » comme l’Homme l’avait promis en vous quittant.

Ensuite, parce que vous devez la prendre seule et que ce n’est pas simple. Parce que vous n’y connaissez rien. Parce que vous ne savez pas quels critères il faut privilégier.

Alors vous visitez des maisons à vendre à vous en fatiguer les jambes et la tête. Elles sont toujours trop sombres. Trop confinées. Trop mal situées. Trop inconfortables.

Puis vous en voyez une dont vous vous dites: ici, peut-être? Et vous vous demandez si c’est par lassitude ou si c’est vraiment celle que vous attendiez.

Vous y emmenez des amis plus avisés pour qu’ils donnent leur opinion objective. Mais ils essaient de se mettre un peu trop à votre place et d’aimer ce qu’ils croient que vous aimez.

Après vous y emmenez Monsieur l’Entrepreneur. Qui vous conseille un « strip » complet. Vous ne savez même pas de quoi il parle, alors il vous le montre sur un de ses chantiers: ne restent de la maison que les murs extérieurs.

Vous refusez poliment.

Parce que ce que vous aimiez le plus à cette maison que vous avez finalement achetée – il fallait bien finir par prendre une décision – c’est ce carrelage ancien qui vous rappelait celui de votre grand-mère…

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tableau et consignes chez le Goût que je remercie!

D comme daft

Si tout se passe comme prévu, hier l’Adrienne a posé le pied – de préférence les deux pieds – sur le sol britannique. Ou plus exactement anglais, le nord de l’Angleterre. Le pays du Brexit et des stiff upper lips.

Pour se préparer au choc culturel, l’Adrienne a lu le bouquin ci-dessous, rédigé et publié en 2017 par deux spécialistes de la Grande-Bretagne, l’un journaliste, l’autre historien. Au chapitre 1, il s’agit de l’importance (bien connue) des traditions.

Mais il commence par le mot ‘daft’:

‘Daft’. Het is geen wasproduct, maar het is het Engelse woord voor ‘gek’. De Engelsen houden wel van dingen die een beetje ‘daft’ zijn. Zoals het feit dat de Lord Chancellor bij de jaarlijkse officiële opening van het parlement zijden kousen draagt en een goud geborduurde ‘robe’. Vaak zie je op zijn of haar hoofd nog een lange grijze pruik. De minister biedt al knielend een stoffen handtas aan de koningin aan, die op een gouden troon zit en een blinkende kroon draagt. Zij haalt daaruit de toespraak van haar premier. Die levert deze op een geitenvel. In juni 2017 werd dat moment verschillende dagen uitgesteld, omdat de inkt immers enkele dagen de tijd nodig heeft om te drogen. Een deel van de pers vond dat het land zich belachelijk maakte. ‘Daft’. Maar de perkamentenmaker – ja, dat is een officiële functie – verweerde zich. ‘Het ligt niet aan het geitenvel. De regering gebruikte de foute inkt!’ Met andere woorden, de traditie maakt zich niet belachelijk, het is de regering die er geen verstand van heeft.

‘Daft’. Ce n’est pas une lessive, c’est le mot anglais pour ‘fou’. Les Anglais aiment les choses un peu folles. Comme le fait que le Lord Chancellor, à l’ouverture officielle du Parlement, chaque année, porte des bas de soie et une robe brodée d’or. Souvent aussi une longue perruque grise. C’est à genoux que le ministre offre un sac en tissu à la reine, assise sur un trône en or et portant une couronne scintillante. De ce sac, elle sort le discours de son Premier ministre. Qui lui est livré sur du chevreau. En juin 2017, cet instant a été remis de plusieurs jours, parce que l’encre a besoin de quelques jours pour sécher. Une partie de la presse a trouvé que le pays se ridiculisait. ‘Daft’. Mais le préparateur du parchemin – oui, c’est une fonction officielle – s’est défendu en disant: ‘Ce n’était pas à cause du chevreau. Le gouvernement a utilisé la mauvaise encre!’ En d’autres mots, la tradition ne se rend pas ridicule, c’est le gouvernement qui n’y connaît rien.

(traduction de l’Adrienne)

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lire les premières pages ici.

les auteurs en podcast ici.

la définition du dictionnaire Cambridge ici.

D comme délation

Carré noir (MNAM).jpg

Celui-là même, qui depuis cinq ans est à la tête du parti d’extrême droite ayant fait son meilleur score aux dernières élections, celui-là même est cet ancien président d’un groupement d’étudiants ayant appelé les écoliers à dénoncer leurs professeurs tenant en classe des propos « de gauche ».

A l’époque il y a eu un tollé général et il a dû mettre une sourdine.

Mais comme toujours, c’est à force de répéter des atrocités qu’elles finissent par passer.
Son prédécesseur avait déjà lancé l’idée en 1989 et on peut lire ici que nos voisins du nord viennent de la reprendre en ce joli printemps de 2019. 

Carré noir, de Kasimir Malevitch

 

D comme déjanté

L’Adrienne roulait allègrement un vendredi soir en direction de la maison quand elle a senti comme un cahot inhabituel. Un pneu crevé, a-t-elle fini par deviner.

C’était la première fois que ça lui arrivait mais il faut dire aussi qu’elle ne conduisait que depuis quelques mois.

Le temps de trouver un endroit où se garer – elle était quelque part au milieu des champs, à deux kilomètres de son vert paradis, sur une route de campagne où il était impossible même de se croiser – l’Adrienne roulait sur la jante.

***

Consigne du défi 557: J’ai pensé un instant- écrit Walrus – vous proposer Doudou, mais je me suis rappelé avoir écrit quelque chose là-dessus à l’occasion du défi #115 (une époque où, vous le constaterez, les défis étaient un rien plus compliqués que ceux d’aujourd’hui). Alors, je vous file un truc où même le CNRTL ne vous sera d’aucun secours : Déjanté 

5571

D comme drôle de drame

sliced tuna with green leaf vegetables

– Tu sais bien que je ne mange plus d’animaux morts, dit-elle en repoussant le plat de poisson que lui tend sa mère.

– Tu les mangerais peut-être vivants? raille le grand frère.

Depuis qu’elle est partie en croisade vegan, rien n’ébranle ses convictions. Malheureusement, les blagues de son frère ne la font plus rire non plus.

– Ils ont plus d’instinct, d’intelligence et de sensibilité que toi, grogne-t-elle.

La mère soupire. La réalité quotidienne, à table, ce sont ces prises de bec à un rythme incessant, fatigant. Lassant.

– Dis m’man, tu nous ferais un steak tartare, un de ces quatre? Ça fait longtemps! J’en ai drôlement envie, ajoute-t-il en lorgnant vers sa sœur, qui se lève de table, excédée.

– Tu n’es qu’un gros porc!

– Venant de toi, c’est plutôt un compliment, non?

***

écrit pour Des mots, une histoire avec les mots imposés suivants: croisade – instinct – almanach – réalité – rythme – poisson –  convictions

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