D comme dédale

Vous connaissez Jean-Pierre Duprey?

Ce nom ne disait rien à l’Adrienne quand elle a été happée par une citation d’un de ses poèmes, trouvée dans un livre de Hubert Haddad:

« Moi, je me mystère, je me mystère…
M’expliquant à la forêt, aux arbres en creux, aux oiseaux vides, hurlant avec la peau du loup dont je rêve les dents…
 »

C’est le genre de petites phrases qui donne très envie à l’Adrienne de se mettre à les traduire.

Hélas, comment traduit-on le surréalisme?

« Ik, ik mysterie mezelf, mysterie mezelf…
Leg me uit aan het woud, aan de holle bomen, aan de lege vogels, huilend met de wolvenhuid wiens tanden ik droom…« 

Quelqu’un s’y est essayé en anglais, et on peut se demander pourquoi – délibérément – le traducteur a enlevé tous les doubles fonds, les jeux de mots et autres connotations:

« I mystify, I mystify myself…
Explaining the situation to the forest, to the dugout trees, to the stuffed birds, howling, wearing wolf skin, that skin whose teeth have come to me in a dream…
 » (source ici)

***

Dans la vidéo ci-dessus, l’intéressant témoignage du frère de l’auteur. Et beaucoup d’autres.
Quelques poèmes à lire ici.

D comme disparition

Sur la feuille elle trace une ligne du temps.

Alors voilà, je vous explique, dit-elle.
Le lever du soleil est considéré comme le début de la journée. La première partie du jour va ainsi jusqu’à midi. C’est ce qu’on appelle صباح, sabah, le matin.
Le coucher du soleil est considéré comme la fin de la journée. Donc entre midi et le coucher du soleil, c’est مساء, samah.
Puis, du coucher du soleil jusqu’à minuit, c’est ليل, layl, la nuit.

Et elle s’arrête là.

Vous avez compris? fait-elle.

Et de minuit jusqu’au lever du soleil, demande l’Adrienne, ça porte un autre nom?

Mais pour toute réponse elle a reçu ceci: de ne pas penser en arabe avec ses notions d’occidentale.

Donc, a conclu l’Adrienne – je vous épargne le long dialogue de sourds entre la prof et elle à propos de l’escamotage d’une moitié de la nuit – la nuit s’arrête à minuit et le jour commence au lever du soleil?

Ce qui, vous le pensez bien, lui a donné matière à réflexion pour les deux jours suivants 😉

D comme dormir


Souvent le matin Colo et l’Adrienne prennent le café ensemble, même si 1500 km les séparent.

Hier Colo lui a fait connaître la chanteuse et la chanson ci-dessus, dont elle n’avait jamais entendu parler.

Bien sûr, l’Adrienne l’a écoutée attentivement, tout en lisant les nombreux commentaires.

Certains l’ont bien fait rire, comme ceux qui regrettent de ne pas parler « baghette » alors qu’ils aimeraient tellement comprendre et chanter la chanson.

Le plus drôle de tous, c’est celui-ci, qui fera sûrement plaisir à Walrus: « Only the french would write a song about insomnia. »

N’est-ce pas, only the french would write a book about insomnia 🙂

D comme déjà

devoir de Lakevio du Goût_51.jpg

Déjà grand-père Plonk-et-Replonk avait montré la voie.

« Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite », disait-il quand le fil de sa canne à pêche s’était une fois de plus emmêlé.

On dit de lui qu’on pouvait le voir au bord de l’eau avec une canne au fil trop court, au bout duquel pendait un hameçon rectiligne ; certains prétendent même qu’il tournait le dos au fleuve, dont il était éloigné de trois mètres.

La légende familiale raconte que cet emplacement était strictement délimité par un cercle de métal qu’il posait sur le sol après avoir scrupuleusement pris les mesures.

Tout ça lui évitait d’avoir à trimbaler un gros sac pour y mettre le produit de sa pêche.

***

Photo de Doisneau proposée par Monsieur le Goût – merci à lui – pour son 51e Devoir de lakevio, avec la consigne suivante:

Comme disait une chanson de la première moitié du XXème siècle à propos des baisers : Méfiez-vous des pêcheurs mesdemoiselles car il y a pêcheur et pécheur… Je suis sûr que vous avez beaucoup de souvenirs des uns. Ou des autres… Je pense que nous aurons tous quelque chose à dire et à lire lundi…

D comme discussion

C’est la grosse discussion en Flandre en ce moment à propos des écoles, entre ceux qui sont heureux de revenir « à la normale » et ceux qui croient très fort dans l’enseignement à distance.

Comme toujours, chaque parti a ses arguments. Inutile de les répéter ici, ils sont connus.

Alors on est arrivé à un compromis et on lui a trouvé un nom: c’est le « blended learning ».

Oui, comme pour le whisky: le mélange 😉

***

photo d’un été « normal », quand on pouvait encore organiser des journées portes ouvertes et recevoir en un jour tous les futurs élèves et leurs parents, et leur offrir une boîte à tartines 😉

D comme démocratique?

<P>Maandag 3 augustus </P>

On entend de plus en plus deux sortes de voix, à propos des mesures sanitaires, comme le signe d’une dualité croissante dans l’opinion publique entre ceux qui se plaignent du « pas assez » et ceux qui crient au scandale antidémocratique.

Les mesures, disent ceux-ci, sont trop souvent contraires à la Constitution belge.
Elles sont donc illégales et mettent notre démocratie en danger.
Les « experts » ont pris le pouvoir, clament-ils.
Ou sont utilisés comme couverture.

Par exemple, ce couvre-feu décrété par Madame le Gouverneur de la province d’Anvers. Du jamais vu depuis l’occupation allemande et interdit par la loi belge.

Pouvoirs spéciaux, traçage des individus, fin annoncée du secret médical, tout ça est accepté par un grand nombre, vu le climat de peur qui a été créé.

Mais de plus en plus de gens commencent à se demander si ce sera « het nieuwe normaal« . Ils craignent que la majeure partie de ces mesures (comme le traçage ou la fin du secret médical) ne soient conservées dans un (hypothétique) après-corona. 

Bref, ça fait réfléchir.

***

source de l’illustration ici – le caricaturiste Lectrr réutilise un tableau de Hopper pour faire référence à un point de l’actualité anversoise, où le couvre-feu (avondklok) a été décrété. Etant donné que Nighthawks date de 1942, cette réutilisation se justifie pleinement 🙂

D comme document humain

Ce qu’il y a de bien avec l’ami G***, c’est qu’avec sa bonne quinzaine d’années d’expérience supplémentaire, il n’a jamais manqué de prévenir l’Adrienne, « tu verras, quand tu auras quarante ans… », puis cinquante, soixante ans.

Jusqu’à ce nouveau genou qu’on lui a mis maintenant qu’il est septuagénaire: tous ses conseils et avertissements concernent des aspects physiques.

Chez Isabelle de Courtivron, les aspects physiques du vieillissement ne sont que des phénomènes marginaux, secondaires. Même si c’est sur ce thème-là que le livre s’ouvre, il n’est que l’élément déclencheur d’une réflexion plus profonde.

Bien plus important est le regard des autres, comment on est perçu(e) par les autres dès qu’on a franchi un certain âge. Dès qu’on n’est plus une personne « active », même si comme elle on a encore de nombreuses occupations aux plus hauts niveaux, par exemple dans préparation de la campagne électorale d’un futur Président.

On devient inintéressant. Invisible.

Dès ma retraite, j’ai remarqué que j’étais devenue une femme sans grand intérêt pour les jeunes. Avant, je pouvais au moins offrir des anecdotes, des informations utiles. Maintenant, mon expérience ne compte plus. Mes souvenirs, mes aventures ne les captivent pas. Mes efforts de transmission sont devenus inutiles. Les idées que je veux communiquer, inaudibles. […]
Mais je me prends à penser que, jeune, j’aurais probablement dû être plus indulgente envers les personnes âgées qui essayaient de comprendre mes activités et mon monde, qui espéraient un moment de complicité avec moi.

Isabelle de Courtivron, L’été où je suis devenue vieille, éd. L’iconoclate, 2020, p.41-42.

Ne vous laissez pas décourager par le constat un peu tristounet de ce passage. L’auteur nous offre un document très personnel, lucide, avec quelques regrets – qui n’en a pas – qu’elle assume sans nostalgie:

[…] je dois accepter de ne plus être dans la position de la militante engagée [dans le féminisme], mais celle de l’observatrice solidaire. Ce combat m’a construite, il m’a structurée pendant des décennies et m’a aidée à devenir la femme que je suis. J’y demeure très attachée mais, à présent, d’autres le mèneront. »

Isabelle de Courtivron, L’été où je suis devenue vieille, éd. L’iconoclate, 2020, p.74.

Bref, sur 190 pages qui se lisent avec intérêt, elle se livre: l’enfance, la jeunesse, les combats, la carrière, la vie de couple, le tout ponctué de réflexions sur l’avant, le pendant et l’après.

Un beau document humain.

***

Site de l’éditeur et source de l’image ici – lire un extrait ici.

D comme duo d’amour

Ils ont été séparés tout l’hiver mais comme ils forment un couple de ‘mariés pour la vie’, au printemps, ils sont heureux de se retrouver.

Avez-vous vu comme ils se donnent des becs en toute impudeur, pareils aux amoureux de bancs publics 😉

Début mai, la femelle pond un œuf unique dans le secret farouchement gardé de leur nid caché sous terre. Les parents couvent à tour de rôle pendant six semaines. Puis leur bébé reste encore six semaines dans le nid.

Par un de ces mystères-de-la-nature-est-bien-faite, les parents muent au moment où le jeune est en âge de rejoindre les eaux bleues et de se nourrir lui-même. Il faut qu’il se débrouille seul et qu’il s’y rue à toute vapeur, de préférence la nuit ou dans le brouillard, afin d’échapper aux prédateurs. Qui n’attendent que ça, évidemment.

Puffin en anglais, papegaaiduiker en néerlandais, et macareux moine ou ‘perroquet de mer’ en français.

Une livraison spéciale anniversaire pour une chère blogamie qui aspire aux senteurs marines de Concarneau, même si ces images viennent du Pays de Galles 🙂

Et pour elle aussi cette citation de don Bosco, qui lui va comme un gant: « non basta che i giovani siano amati: essi devono sapere di essere amati. » Il ne suffit pas d’aimer les jeunes, ils ont besoin de savoir qu’ils sont aimés.

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – un grand merci, Emilie! – avec les mots imposés suivants – on pouvait en laisser un de côté: ANNIVERSAIRE – MER – SECRET – MARINE – PUDEUR – CACHER – BOSCO – PERROQUET – MYSTÈRE – VAPEUR – MARIÉ(E) – BROUILLARD – BLEU – BÂCHER

 

D comme défini

DSCI7278 (3)
Temps défini
Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (…)
(Trad: Colo)

Tiempo definido, Maruja Vieira

Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (…)

Bepaalde tijd – Maruja Vieira
Het is goed dat het leven af en toe
Ons van alles ontdoet.
In het donker leren de ogen
klaarder te zien.
Als de eenzaamheid de grote leegte is
van lichaam en handen,
zijn er open wegen naar meer diepgang
en naar de verte.
In de stilte hernieuwen zachtjes
de geliefde stemmen hun woorden
en de muren bewaren het eindeloze geluid
van de afwezige stappen.
De lippen die vroeger plek van liefde waren
in de stille avonden
leren de grootsheid
van het rebelse en angstig lied.
Er hangt een wind boven de hoge bomen,
en de regen tokkelt (…)
traduction de l’Adrienne – merci Colo!
photo prise à l’école année 2018-2019