E comme Emirats

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Avant comme après la visite de la Villa Empain, tout au long de l’avenue Roosevelt on ne peut que remarquer de nombreuses demeures imposantes, dont beaucoup sont des ambassades. Quarante-six ambassades sur cette seule avenue.

Sans doute qu’il faut être un Etat désirant avoir pignon sur rue – et de préférence un plus beau pignon que le voisin – pour avoir les fonds nécessaires pour se les offrir: quelques millions d’euro à l’achat, sans compter les travaux de restauration et de modernisation. (1)

Comme celle de la photo ci-dessus, la maison Delune, une maison Art nouveau qui date du tout début du 20e siècle (1904-1905). C’est dire si elle a vécu des heures mouvementées et que c’est un joyau à préserver (2). 

Pour la plupart des arbres (sur les 63) du parc qui l’entourait, les heures mouvementées sont terminées: il a fallu les abattre pour réaliser un parking souterrain et des annexes… (3)

Ici, une photo de 2014, quand le parc était encore un parc et ici une autre photo ainsi que la contestation relayée par la presse…

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(1) pour ceux que ça intéresse, lire l’article de La libre Belgique.

(2) pour ceux que les travaux intéressent, sur le site du bureau d’architectes qui s’en est occupé on a quelques infos et des photos de l’intérieur

(3) pour ceux que ça intéresse, voir ici l’avis d’enquête publique et ici l’avis définitif où il est question de sauver certains des 51 arbres condamnés.

Description complète sur le site de l’Inventaire du Patrimoine architectural.

E comme experte

L’autre jour, l’Adrienne a sorti de son armoire un pantalon de lin beige clair qu’elle ne met plus depuis au moins quinze ans. Tiens, se dit-elle, je me demande bien pourquoi! Et hop! la voilà qui l’enfile pour aller faire ses courses.

C’est à peine trois cents mètres plus loin qu’elle s’est rendu compte pourquoi elle ne le mettait plus: la fermeture éclair s’ouvre toute seule.

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On va boire un cappuccino ensemble? 

L’Adrienne aime inviter sa Tantine, qui accepte avec joie. Elles se voient déjà à l’ombre du grand arbre, sur la terrasse, musique douce et papotages, peut-être mangeront-elles un petit brownie au chocolat?

Las, las, voyez comme en peu d’espace
Il a fallu cette idée laisser choir.

Une affichette à la porte indique que le barista est fermé jusqu’au 21 août.

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Ce qui soulage l’Adrienne, qui en se rendant en voiture au Terminal maritime de Zeebrugge s’est retrouvée à Knokke-Heist, c’est qu’elle finit tout de même toujours par arriver à destination… et jusqu’à présent indemne 😉

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texte écrit avec les mots imposés chez Olivia Billington: cappuccino – manger – indemne – musique – soulager – ombre – inviter. Merci Olivia!

Illustrations magrittiennes prises à Bruxelles, au café de la bibliothèque flamande: des inscriptions spécialement conçues pour des expert-e-s dans le genre de l’Adrienne: ceci est une porte, ceci est la poignée de la porte 😉

 

E comme émouvoir

 

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Si Horace et Boileau avaient raison, qu’une véritable œuvre d’art doit plaire et émouvoir, alors la cérémonie du mariage est une œuvre d’art.

Croyez-en l’Adrienne, experte en émotions et débutante douée en stiff upper lips. Pour les journées d’adieux à ses élèves, à ses collègues, au comité directeur, elle avait prévu un mouchoir supplémentaire… et bien, elle n’en a pas eu besoin 😉

Bref, la canicule s’est terminée juste à temps pour qu’on puisse s’attifer et respirer quand même, on a emmené le chien des futurs époux – un grand clébard beige dont on aura la garde pendant que leurs maîtres seront en voyage de noces – et c’est dans un décor de conte de fées qu’on va pouvoir goûter la gastronomie britannique (ne riez pas, amis belges, canadiens, suisses et français qui pensez que votre cuisine est la meilleure au monde ;-)) dès qu’ils se seront dit ‘I DO!’

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écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir

La photo a déjà servi: October 23, 2018 – Zeebrugge, Belgium: View of the port of Zeebrugge, the world’s largest car terminal, which is now preparing itself for a hard Brexit. The banner about the port of Zeebrugge being « Brexit proof » has been put there by Port Authorities. Une banderole affirmant que le port de Bruges-Zeebruges etait pret pour le Brexit a ete installee a proximite du terminal ou auront lieu les futurs controles douaniers.

E comme eau

Pas besoin de longues enquêtes sur le net cette fois-ci, pour retrouver d’anciennes publicités pour notre Spa Reine national.  De celles qui sont restées dans les mémoires, parce qu’elles contiennent une anecdote et ont fait sourire. Du sérieux montré avec légèreté.

On y voit des gens attablés, un couple, un père et son fils, deux sœurs… L’un des deux se montre odieux, sans scrupules, jusqu’au moment où l’autre, excédé, lui envoie son verre d’eau de Spa à la figure. Pour l’amener à des pensées plus justes.

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: spa – s’attabler – pensées – enquête – légèreté – scrupule – anecdote

E comme espérance

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Depuis que le papier de refus est arrivé, chaque cahot sur la route les fait sursauter: ils s’attendent à recevoir un contrôle de police d’un jour à l’autre.

– C’est tout de même trop fort! grogne Marie en remuant à grands coups de fourche bêche la terre encore froide du potager. Qu’est-ce qu’il leur faut de plus, c’est une évidence que sa vie était en danger! Un œil amoché, un traumatisme crânien, ça ne leur suffit pas? Et les cicatrices dans le dos, on voit bien que ce sont de petites brûlures!

L’argile gras et luisant se décompacte difficilement. C’est une terre excellente, fertile, mais qui demande de l’huile de bras, comme disait son grand-père. Les jours fériés de mai y sont consacrés en priorité.

Le potager, Muanza, ce n’est pas son truc. La fois où il avait voulu aider, il avait laissé les ‘mauvaises herbes’ et arraché les futurs légumes.  Depuis, sa présence au jardin est purement affaire de solidarité masculine. Pierre et lui causent gentiment pendant que Marie s’échine sur les mottes récalcitrantes.

– Qu’est-ce qu’il leur faut? recommence-t-elle avec hargne. Des phlegmons purulents? Il faut sans doute mourir d’abord, pour prouver qu’on est véritablement en danger?

– Tiens, dit Pierre, je t’ai cueilli un peu de muguet, va le mettre dans un vase, tu es en train de te casser le dos, va te reposer…

Ecrit pour Olivia Billington avec les mots récoltés: excellent – férié – présence – solidarité – argile – muguet – cahot – espérance – phlegmon – évidence

E comme experte

lakévio117L’Adrienne, vous savez bien, celle qui est téléphonophobique, celle qui ne jure que par son vieux nokia – toujours éteint – oui celle-là même, a depuis mercredi soir un téléphone intelligent. Plus intelligent qu’elle. Un qui connaît la route et qui sait prendre des photos. 

Voilà, voilà.

Parce que sa mère l’a reçu en « cadeau gratuit » avec un de ses abonnements. C’est vous dire si le machin vaut son pesant de gigabytes.

Avant de pouvoir le configurer, il a fallu courir à un magasin Proximus avant l’heure de fermeture, parce que la carte sim du vieux nokia est trop grande pour le machin intelligent. Qui est pourtant trois fois plus grand que le vieux nokia. Si vous suivez toujours…

Puis il a fallu réintroduire les coordonnées des uns et des autres. Provisoirement, le seul numéro introduit est celui de la nipotina, qui a poussé des cris de joie en apprenant la nouvelle. Allez savoir pourquoi! Et qui lui a immédiatement refilé whatsapp.

– C’est quelle marque? a-t-elle voulu savoir.
– Euh… c’est sans marque. C’est un « cadeau gratuit ».
– …           (on la sent perplexe et légèrement incrédule)

Bref.

L’Adrienne a éteint son téléphone jusqu’au lendemain après l’école. Quand elle a voulu le rallumer, il a demandé son code pin. Vous devinez la suite? On a droit à trois tentatives… D’abord elle a introduit le code pin de la carte sim du vieux nokia – elle avait déjà oublié ce remplacement – puis elle a introduit son code personnel de sécurité – ce n’était pas ce que le machin voulait – puis le bon code pin. Enfin, celui qu’elle croyait être le bon, mais qui a été refusé par l’intelligente machine.

Bref.

Bref tout ça est tout sauf bref.

Mais l’Adrienne est entrée dans le 21e siècle.

Finalement.

Oui, oui.

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en illustration, un autre tableau qui a servi de consigne chez Lakévio 🙂

E comme excédé!

person holding octopus

Excédé et écœuré, voilà ce qu’il était.

Exaspéré de voir de malheureux crustacés systématiquement surcuits.
Effaré par l’odeur de ces poulpes alors qu’on était en bord de mer.
Énervé par ce fromage râpé qu’on retrouvait sur tant de plats qui n’en demandaient pas. Ces sauces lourdes et cette rondelle de tomate incongrue, superflue, fadasse, qui garnissait toutes les assiettes, accompagnée de sa demi-feuille de salade.
Et ce parfum entêtant des lys que la patronne mettait partout, empêchant de humer correctement les vins, les mets…

Alors sous le coup de l’émotion, après une nuit d’insomnie, il a rendu son tablier.

– Désolé, a-t-il dit au chef et à son épouse, je m’appelle Etchebest, pas Dieu-le-Père.

Photo de Elle Hughes sur Pexels.com
écrit pour Désir d’histoires (Olivia Billington, que je remercie) avec les mots imposés suivants: lys – insomnie – fromage – superflu – désolé – crustacé – poulpe – émotion.