E comme expo

Chaque année dès le lendemain de la fête nationale, le Palais royal s’ouvre gratuitement aux visiteurs pour une expo de quelques semaines, mêlant généralement l’art à une thématique scientifique.

Mais en 2020 elle ne sera que virtuelle, comme on peut le voir ici.

Et bien vous savez quoi?

L’Adrienne ne s’y fait pas, à ces expos virtuelles.
A ces concerts sur l’écran de l’ordi.
A ces visites de musée au travers de caméras.

Ça permet peut-être de voir les détails, de tout faire à l’aise chez soi sans la foule et quand on veut… mais il y manque l’essentiel.

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photos prises le 22 novembre 2009 devant les grilles fermées du Palais royal, un jour de fête d’étudiants 🙂

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E comme exnovation

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« Vers une économie durable: les défis de l’exnovation » lit l’Adrienne un matin de juin.

C’est fou le nombre de mots nouveaux qui apparaissent ces temps-ci!

« Des chercheurs de l’IGEAT ont obtenu un financement d’Innoviris pour mener à bien leur projet GOSETE sur l’exnovation en Région bruxelloise, soit les processus de déstabilisation, déclin et abandon des modes de production et de consommation non durables. »

Vivement que Monsieur le Goût revienne de vacances et qu’on puisse amuser nos lundis avec ses tableaux 😉

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article ici. photo du 30 août 2019 (Bruxelles, expo à la Villa Empain)

E comme être élève en 2020

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Vous le savez, pendant près de trois mois les élèves ont été interdits d’école. Chacun d’entre eux a vécu cela différemment: entre ceux qui ont été heureux de pouvoir faire leur travail scolaire chez eux, à leur rythme, et ceux qui ont galéré pour diverses raisons, il y a toute la gamme.

Vous le savez, dans nos villes d’Europe nous avons des tas d’enfants dont les parents n’ont pas la fibre pédagogique. Ou ne parlent pas la langue de l’école. Ou n’ont pas les moyens d’offrir l’espace ou les outils requis pour réaliser du bon travail-à-la-maison.

– A la maison, dit Imane, c’est impossible de me concentrer.

C’est ainsi que Madame apprend comment ils sont logés. A combien ils vivent. Et qu’Imane est l’aînée.

Elles ont donc rendez-vous dans un local de l’école. Qui, comme vous le voyez sur la photo, a été aménagé selon les règles strictes imposées par le Ministère. La porte du local doit impérativement rester ouverte.

Un peu plus tard, la directrice passe dans le couloir:

– Ah! mais non! ce n’est pas comme ça que vous devez vous mettre!

Madame le sait bien, qu’elle ne pourrait pas s’asseoir à côté d’Imane, même si toutes deux sont masquées.

Mais comment voulez-vous regarder à deux le manuel et les exercices, si vous êtes en vis-à-vis et séparées par le plexiglas?

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photo prise le 29 mai avant l’arrivée d’Imane, on ne voit que les affaires de Madame et tous les produits désinfectants 😉

E comme Elles

Un journaliste de la presse locale interviewe le bourgmestre de la ville. Comme c’était le quatre mai, journée internationale des pompiers, il a longuement fait l’éloge du corps de pompiers.

Les éloges et les remerciements sont évidemment des exercices périlleux, on risque toujours d’oublier quelqu’un et d’en froisser d’autres.

Mais l’Adrienne ne peut s’empêcher de rapprocher cela des chiffres qu’elle venait de voir et qui concernaient ceux qui s’étaient révélés indispensables durant cette crise.

Ceux, ou plutôt celles, puisque les statistiques montraient que les caissiers sont à 90% des caissières, les aides-soignants à 90% des aides-soignantes, les infirmiers des infirmières, etc. jusqu’au personnel des garderies d’enfants et le personnel d’entretien.

Tout ça, bien sûr, on ne le sait que trop bien depuis sept ou huit semaines. Comme on sait également que ce sont les catégories les plus exposées aux risques de contamination qui sont les moins bien rémunérées et les moins bien considérées socialement.

Sauf en ce moment où on les applaudit tous les soirs.

Puis venait l’ultime question de l’interview, sur ce que serait – selon lui – l’après.

Le bourgmestre a fait un gros soupir, « ik vrees dat we snel in onze oude plooien zullen terugvallen« . Je crains qu’on ne retombe très vite dans nos anciennes habitudes.

E comme Escono!

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Dans un billet du 2 avril, Alessandro Gilioli répond à la question posée dans son titre: Perché i vecchi escono? Pourquoi les vieux sortent-ils?

A lui ainsi qu’à ses amis et connaissances, il semble qu’il y ait surtout « des vieux » dans les rues italiennes. « Des vieux » sans but précis, sans l’excuse d’un chien ou d’une course à faire.

Pourquoi?

A cause de la solitude ou du (trop) petit espace de vie? Par manque de connexions et autres joies d’internet? Parce qu’ils tiennent à leur journal papier quotidien et ont ainsi l’excuse de se rendre au kiosque?

Selon lui, ce serait parce qu’ils sont vieux, précisément, et ne se verraient plus aucun avenir dans lequel se projeter. Ils n’ont que le passé et le présent, dit l’auteur, alors ils ne veulent pas qu’on le leur vole, ce présent.

Et c’est là que l’Adrienne n’est pas du tout d’accord!

Tous les « vieux » qu’elle connaît – non, pas seulement sa mère 😉 – n’estiment pas leur vie terminée et prennent toutes les précautions nécessaires.

Même s’ils aiment sortir pour une petite balade quotidienne: c’est précisément parce qu’ils misent sur le futur et veulent garder la forme.

Pas parce qu’ils s’ennuient faute de N*tfl*x.

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Merci à Monsieur le Goût pour ce 33e devoir de Lakévio du Goût: Peu de monde, très peu de monde dans cette rue qui descend du Sacré-Cœur vers la place Saint-Pierre. Je peux vous le dire, lectrices chéries, cette rue faite d’escaliers est la rue Paul Albert. Mais où va cette femme qui les descend sous la pluie ? Quel devoir ou quelle aventure la mène ? Qu’est-ce qui la pousse à sortir alors que, dans tout le pays, chacun est appelé à rester chez soi ? Si vous avez une idée, nous la lirons tous avec plaisir, intérêt ou le cœur serré, c’est selon. Mais nous la lirons lundi puisque désormais, c’est « l’école à la maison »…

E comme enchifrené

Le poème de John McCrae

– Faut pas exagérer, râle le Major. Ce n’est pas parce que j’ai la voix un peu enrouée qu’il faut me regarder de cet air soupçonneux!

Il oublie que lui qui est habituellement si truculent et plein d’anecdotes savoureuses, s’exprime en ce moment par borborygmes et a constamment la larme à l’œil.

– Et puis c’est à cause de tout ce cirque, aussi! grogne-t-il en montrant les enfants venus fort nombreux d’Outre-Manche, tous avec leur poppy épinglé sur leur uniforme scolaire.
Tous sages et recueillis.

Pour rien au monde le Major n’avouerait son émotion, qu’il ira tout à l’heure noyer dans une bonne bière belge.

Une Mort subite, par exemple.

(vous aurez compris, chers lecteurs, que la tentation est trop forte et qu’il fallait la placer, celle-là 🙂 )

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photo d’illustration ci-dessus prise sur le site du musée d’Ypres In Flanders Fields

Image illustrative de l’article In Flanders Fields

Par John McCrae — Scan of McCrea’s In Flanders fields and other poems, obtained from archive.org, converted to PNG and B&W, slight rotation, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9677477

Le poème a paru en décembre 1915 et a été écrit suite à la deuxième bataille d’Ypres, au printemps de 1915, là où pour la première fois les Allemands ont utilisé l’arme chimique. L’inspiration directe en est probablement la mort d’un ami de l’auteur, le 2 mai 1915.
John McCrea n’a pas survécu à la guerre non plus, il est décédé en janvier 1918.

In Flanders Fields (Dans les champs de Flandre – traduction de l’Adrienne) 

Dans les champs de Flandre poussent les coquelicots
Entre des rangs et des rangs de croix
Qui marquent notre place; et dans le ciel
Les alouettes volent, et continuent de chanter courageusement
Alors qu’on les entend à peine, en bas au milieu des canons.

Nous sommes les morts. Il y a quelques jours
Nous vivions, sentions l’aurore, voyions le soleil couchant,
Aimions et étions aimés et maintenant nous gisons
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat avec l’ennemi:
De nos mains qui faiblissent nous vous remettons
Le flambeau; qu’il soit vôtre, et portez-le bien haut.
Si vous manquez à votre parole envers nous qui mourons
Nous n’aurons pas de repos, même si poussent les coquelicots
Dans les champs de Flandre.

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: truculent – exagérer – anecdote – borborygme – tentation – cirque – coquelicot

Merci Olivia!

E comme entendre

animal avian beak bird

Reçu d’un rouge-gorge

J’ai ouvert la fenêtre
sur le chant de l’oiseau
le givre est entré
la nuit était pâle

le chant m’a dit
attarde-toi
entends celui qui veille

nul ne peut dire
le secret
de l’oiseau.

La leçon du rouge-gorge
c’est ce chant obstiné
dans la nuit
sertie de givre bleu

Avec le brouillard monté de la rivière
et les petits animaux
endormis dans les trous.

31 décembre
j’ai la peau bleue de froid
pieds nus
à la fenêtre

la vaillance
cette nuit
a la gorge vermeille

je reçois de l’oiseau
la dernière leçon
de l’année.

Gekregen van een roodborstje

Ik opende het raam
op vogelzang
rijm kwam binnen
de nacht was bleek

het lied zei me
blijf nog wat
hoor wie waakt

niemand kent
het geheim
van de vogel.

De les van het roodborstje
is dit onverdroten gezang
in de nacht
bezaaid met blauwe rijm

Met de mist die opkomt van de rivier
en de diertjes
slapend in holen.

31 december
mijn huid is blauw van de kou
blootsvoets
aan het raam

deze nacht
heeft de onversaagdheid

een goudrode keel

ik krijg van de vogel
de laatste les
van het jaar.

Traduction de l’Adrienne d’un poème gentiment prêté par Anne Le Maître – voir ici. Merci, Anne!

Photo de Pixabay sur Pexels.com
et en traduction espagnole chez Colo ce matin aussi:
Recibido de un petirrojo
Abrí la ventana
al canto del pájaro
la escarcha entró
la noche era pálida
el canto me dijo
demórate
escucha al que vela
nadie puede decir
el secreto
del pájaro.
La lección del petirrojo
es este canto obstinado
en la noche
engarzada de hielo azul
Con la niebla que sube del río
y los pequeños animales
dormidos en los agujeros.
31 de diciembre
tengo la piel azul de frio
descalza
en la ventana
la valentía
esta noche
tiene la garganta roja
recibo del pájaro
la última lección
del año.
(Trad: Colo)

E comme experte

DSCI7218

– Je viendrai chez toi lundi après-midi, dit l’Adrienne au téléphone (oui oui :-)) à tante Suzanne-qui-n’est-plus-sa-tante-depuis-treize-ans-mais-qui-a-eu-la-bonté-de-garder-le-contact. 

Le temps de trouver le guichet – la gare d’Ostende est toujours en travaux et le guichet se déplace – et voilà le tram en direction de Knokke qui part sans l’Adrienne.

Il ne fait pas chaud à ce carrefour des vents, le 30 décembre.

Un grand homme maigre s’approche:

– Est ce que les trams roulent, aujourd’hui?
– J’espère bien! dit l’Adrienne. En tout cas, il y en a un qui vient de partir.
– Ah bon, fait-il. J’ai lu qu’il y avait la grève à partir d’aujourd’hui.
– J’espère que la dame du guichet m’en aurait prévenue, au lieu de me vendre mes deux billets!

Un pour l’aller, un pour le retour. L’Adrienne commence déjà à s’inquiéter si celui du retour servira 😉

D’autres personnes arrivent dans le quart d’heure qui suit et chacun s’enquiert auprès d’elle – qui doit avoir l’air de faire partie des meubles – si le tram roule, de quelle voie il part, à quelle fréquence et quel est l’âge du capitaine.

Bref, le bon tram finit par arriver, il est déjà bondé, peu en descendent et beaucoup veulent y monter. C’est rapé pour admirer le paysage et l’Adrienne sait à peine à quelle halte elle doit descendre. Bredene-aan-zee, voilà, c’est ça.

Comme elle a le choix entre la route à gauche et celle à droite, elle se met évidemment à marcher dans le mauvais sens.
Elle ne s’en rend compte qu’au moment où elle arrive à un parking et un terrain de camping.

– Tiens, se dit-elle, Camping Astrid? Je n’ai jamais vu ça les autres fois où je suis allée chez tante Suzanne!

Non, parce que les autres fois, elle était en voiture et avait ses quelques repères visuels… Demi-tour, donc.
Et l’arrivée chez la tante trois quarts d’heure plus tard qu’elle n’avait espéré.

– Tu sais, lui dit tante Suzanne, il suffisait de prendre le bus, le 4 ou le 9, ils s’arrêtent juste en bas de l’appartement.

E comme Eustache

2019-10-28 (4)

A Saint-Eustache, le transept était visuellement (et malheureusement) barré par une « oeuvre d’art » de l’artiste allemande Evi Keller.

J’ai pris le temps de bien faire le tour de l’intérieur de l’église en attendant qu’il soit deux heures et que s’ouvre l’atelier Brancuși et j’y ai vu « un peu de tout », ce qui fait dire ceci à certains:

« L’architecte y a fait paraître une horrible confusion du Gothique et de l’Antique et a tellement corrompu et massacré l’un et l’autre, pour ainsi dire, que l’on n’y peut rien distinguer de régulier et de supportable ; ce qui fait que l’on doit plaindre avec raison la grande dépense que l’on a faite dans cette Fabrique, sous la conduite du misérable maçon qui en a donné les dessins. »

— G. Brice, Nouvelle description de la ville de Paris5e édition, 1706.

« On voulait appliquer les formes de l’architecture romaine antique, que l’on connaissait mal, au système de construction des églises ogivales, que l’on méprisait sans les comprendre. C’est sous cette inspiration indécise que fut commencée et achevée la grande église de Saint-Eustache de Paris, monument mal conçu, mal construit, amas confus de débris empruntés de tous côtés, sans liaison et sans harmonie ; sorte de squelette gothique revêtu de haillons romains cousus ensemble comme les pièces d’un habit d’arlequin. »

— Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du xie au xvie siècle, 1854-1868.

(source: wikipédia)

Moi je l’ai trouvée naïve et émouvante, à l’image de cette oeuvre-ci, qui s’appelle « Le départ des fruits et légumes du cœur de Paris le 28 février 1969« , de Raymond Mason, et qu’on peut voir dans une des chapelles:

eustache-les-halles

J’ai essayé avec la présente sculpture de reconstituer, au mieux de mes moyens, cette vision éclatante. Mon oeuvre sera de toute évidence un pauvre substitut de mon émotion devant l’étalage superbe. J’espère au moins qu’elle parlera assez clairement au spectateur qui lit son titre : le départ des fruits et légumes du cœur de Paris pour annoncer cet autre départ, non moins définitif, de ces hommes et ces femmes symbolisées dans mon cortège et dont j’ai parlé plus haut. Un moment de silence. C’est l’homme du Moyen Âge qui s’en va. La “petite légume” de notre espèce ; il sortait de terre et prenait une forme n’importe comment. Mais c’était un homme naturel et il poussait toujours. Nous ne verrons plus pareille tête. Nous ne verrons plus jamais son pareil.

Et puis il y a l’église, une des plus remarquables qui soit, seul témoin des siècles maintenant révolus. Témoin ? Acteur elle-même, et sans doute l’acteur principal. De toute sa hauteur, elle tirait sur ces mille activités et marchandises, leur conférant une étendue grandiose, la dimension essentielle et spirituelle – cela ressenti, serait-ce sourdement, par chaque membre d’une congrégation confuse et grouillante à ses pieds.

Si vous ne me croyez pas, il reste encore une marchande de fruits et légumes adossée contre le mur de la pointe Saint-Eustache. demandez-lui si elle aurait souhaité s’appuyer sur autre chose que ces grosses pierres pendant toutes ses années de nuits froides. Aux Halles nous étions beaucoup plus près de Notre-Dame de Paris que du Ventre de Paris.”

source ici