E comme experte

DSCI7218

– Je viendrai chez toi lundi après-midi, dit l’Adrienne au téléphone (oui oui :-)) à tante Suzanne-qui-n’est-plus-sa-tante-depuis-treize-ans-mais-qui-a-eu-la-bonté-de-garder-le-contact. 

Le temps de trouver le guichet – la gare d’Ostende est toujours en travaux et le guichet se déplace – et voilà le tram en direction de Knokke qui part sans l’Adrienne.

Il ne fait pas chaud à ce carrefour des vents, le 30 décembre.

Un grand homme maigre s’approche:

– Est ce que les trams roulent, aujourd’hui?
– J’espère bien! dit l’Adrienne. En tout cas, il y en a un qui vient de partir.
– Ah bon, fait-il. J’ai lu qu’il y avait la grève à partir d’aujourd’hui.
– J’espère que la dame du guichet m’en aurait prévenue, au lieu de me vendre mes deux billets!

Un pour l’aller, un pour le retour. L’Adrienne commence déjà à s’inquiéter si celui du retour servira 😉

D’autres personnes arrivent dans le quart d’heure qui suit et chacun s’enquiert auprès d’elle – qui doit avoir l’air de faire partie des meubles – si le tram roule, de quelle voie il part, à quelle fréquence et quel est l’âge du capitaine.

Bref, le bon tram finit par arriver, il est déjà bondé, peu en descendent et beaucoup veulent y monter. C’est rapé pour admirer le paysage et l’Adrienne sait à peine à quelle halte elle doit descendre. Bredene-aan-zee, voilà, c’est ça.

Comme elle a le choix entre la route à gauche et celle à droite, elle se met évidemment à marcher dans le mauvais sens.
Elle ne s’en rend compte qu’au moment où elle arrive à un parking et un terrain de camping.

– Tiens, se dit-elle, Camping Astrid? Je n’ai jamais vu ça les autres fois où je suis allée chez tante Suzanne!

Non, parce que les autres fois, elle était en voiture et avait ses quelques repères visuels… Demi-tour, donc.
Et l’arrivée chez la tante trois quarts d’heure plus tard qu’elle n’avait espéré.

– Tu sais, lui dit tante Suzanne, il suffisait de prendre le bus, le 4 ou le 9, ils s’arrêtent juste en bas de l’appartement.

E comme Eustache

2019-10-28 (4)

A Saint-Eustache, le transept était visuellement (et malheureusement) barré par une « oeuvre d’art » de l’artiste allemande Evi Keller.

J’ai pris le temps de bien faire le tour de l’intérieur de l’église en attendant qu’il soit deux heures et que s’ouvre l’atelier Brancuși et j’y ai vu « un peu de tout », ce qui fait dire ceci à certains:

« L’architecte y a fait paraître une horrible confusion du Gothique et de l’Antique et a tellement corrompu et massacré l’un et l’autre, pour ainsi dire, que l’on n’y peut rien distinguer de régulier et de supportable ; ce qui fait que l’on doit plaindre avec raison la grande dépense que l’on a faite dans cette Fabrique, sous la conduite du misérable maçon qui en a donné les dessins. »

— G. Brice, Nouvelle description de la ville de Paris5e édition, 1706.

« On voulait appliquer les formes de l’architecture romaine antique, que l’on connaissait mal, au système de construction des églises ogivales, que l’on méprisait sans les comprendre. C’est sous cette inspiration indécise que fut commencée et achevée la grande église de Saint-Eustache de Paris, monument mal conçu, mal construit, amas confus de débris empruntés de tous côtés, sans liaison et sans harmonie ; sorte de squelette gothique revêtu de haillons romains cousus ensemble comme les pièces d’un habit d’arlequin. »

— Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du xie au xvie siècle, 1854-1868.

(source: wikipédia)

Moi je l’ai trouvée naïve et émouvante, à l’image de cette oeuvre-ci, qui s’appelle « Le départ des fruits et légumes du cœur de Paris le 28 février 1969« , de Raymond Mason, et qu’on peut voir dans une des chapelles:

eustache-les-halles

J’ai essayé avec la présente sculpture de reconstituer, au mieux de mes moyens, cette vision éclatante. Mon oeuvre sera de toute évidence un pauvre substitut de mon émotion devant l’étalage superbe. J’espère au moins qu’elle parlera assez clairement au spectateur qui lit son titre : le départ des fruits et légumes du cœur de Paris pour annoncer cet autre départ, non moins définitif, de ces hommes et ces femmes symbolisées dans mon cortège et dont j’ai parlé plus haut. Un moment de silence. C’est l’homme du Moyen Âge qui s’en va. La “petite légume” de notre espèce ; il sortait de terre et prenait une forme n’importe comment. Mais c’était un homme naturel et il poussait toujours. Nous ne verrons plus pareille tête. Nous ne verrons plus jamais son pareil.

Et puis il y a l’église, une des plus remarquables qui soit, seul témoin des siècles maintenant révolus. Témoin ? Acteur elle-même, et sans doute l’acteur principal. De toute sa hauteur, elle tirait sur ces mille activités et marchandises, leur conférant une étendue grandiose, la dimension essentielle et spirituelle – cela ressenti, serait-ce sourdement, par chaque membre d’une congrégation confuse et grouillante à ses pieds.

Si vous ne me croyez pas, il reste encore une marchande de fruits et légumes adossée contre le mur de la pointe Saint-Eustache. demandez-lui si elle aurait souhaité s’appuyer sur autre chose que ces grosses pierres pendant toutes ses années de nuits froides. Aux Halles nous étions beaucoup plus près de Notre-Dame de Paris que du Ventre de Paris.”

source ici

E comme essentiel

DSCI7724

« Seules les choses inutiles sont essentielles », lit l’Adrienne sur le chemin du retour vers le centre de Bruxelles, après la visite des galeristes.

Comme elle était en route sans guide – il avait ‘abandonné’ son groupe à la Patinoire Royale, à Saint-Gilles – et sans carte ni GPS, elle peut juste vous dire que c’était quelque part entre le boulevard de Waterloo et la rue Brederode, vu que la photo qu’elle a prise du palais d’Egmont se trouve un peu avant celle-ci 🙂

On peut donc en conclure qu’un plan de ville est peut-être utile, mais pas essentiel: le suivre aurait fait rater quelques jolies découvertes 🙂

La phrase est signée Francis Picabia et elle rejoint la citation célèbre que Saint-Exupéry met dans la bouche de son petit Prince, qui a lui aussi sa petite idée sur ce qui est utile ou inutile:

« C’est véritablement utile, puisque c’est joli »

E comme Emirats

DSCI7581

Avant comme après la visite de la Villa Empain, tout au long de l’avenue Roosevelt on ne peut que remarquer de nombreuses demeures imposantes, dont beaucoup sont des ambassades. Quarante-six ambassades sur cette seule avenue.

Sans doute qu’il faut être un Etat désirant avoir pignon sur rue – et de préférence un plus beau pignon que le voisin – pour avoir les fonds nécessaires pour se les offrir: quelques millions d’euro à l’achat, sans compter les travaux de restauration et de modernisation. (1)

Comme celle de la photo ci-dessus, la maison Delune, une maison Art nouveau qui date du tout début du 20e siècle (1904-1905). C’est dire si elle a vécu des heures mouvementées et que c’est un joyau à préserver (2). 

Pour la plupart des arbres (sur les 63) du parc qui l’entourait, les heures mouvementées sont terminées: il a fallu les abattre pour réaliser un parking souterrain et des annexes… (3)

Ici, une photo de 2014, quand le parc était encore un parc et ici une autre photo ainsi que la contestation relayée par la presse…

***

(1) pour ceux que ça intéresse, lire l’article de La libre Belgique.

(2) pour ceux que les travaux intéressent, sur le site du bureau d’architectes qui s’en est occupé on a quelques infos et des photos de l’intérieur

(3) pour ceux que ça intéresse, voir ici l’avis d’enquête publique et ici l’avis définitif où il est question de sauver certains des 51 arbres condamnés.

Description complète sur le site de l’Inventaire du Patrimoine architectural.

E comme experte

L’autre jour, l’Adrienne a sorti de son armoire un pantalon de lin beige clair qu’elle ne met plus depuis au moins quinze ans. Tiens, se dit-elle, je me demande bien pourquoi! Et hop! la voilà qui l’enfile pour aller faire ses courses.

C’est à peine trois cents mètres plus loin qu’elle s’est rendu compte pourquoi elle ne le mettait plus: la fermeture éclair s’ouvre toute seule.

***

On va boire un cappuccino ensemble? 

L’Adrienne aime inviter sa Tantine, qui accepte avec joie. Elles se voient déjà à l’ombre du grand arbre, sur la terrasse, musique douce et papotages, peut-être mangeront-elles un petit brownie au chocolat?

Las, las, voyez comme en peu d’espace
Il a fallu cette idée laisser choir.

Une affichette à la porte indique que le barista est fermé jusqu’au 21 août.

***

Ce qui soulage l’Adrienne, qui en se rendant en voiture au Terminal maritime de Zeebrugge s’est retrouvée à Knokke-Heist, c’est qu’elle finit tout de même toujours par arriver à destination… et jusqu’à présent indemne 😉

***

texte écrit avec les mots imposés chez Olivia Billington: cappuccino – manger – indemne – musique – soulager – ombre – inviter. Merci Olivia!

Illustrations magrittiennes prises à Bruxelles, au café de la bibliothèque flamande: des inscriptions spécialement conçues pour des expert-e-s dans le genre de l’Adrienne: ceci est une porte, ceci est la poignée de la porte 😉

 

E comme émouvoir

 

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Si Horace et Boileau avaient raison, qu’une véritable œuvre d’art doit plaire et émouvoir, alors la cérémonie du mariage est une œuvre d’art.

Croyez-en l’Adrienne, experte en émotions et débutante douée en stiff upper lips. Pour les journées d’adieux à ses élèves, à ses collègues, au comité directeur, elle avait prévu un mouchoir supplémentaire… et bien, elle n’en a pas eu besoin 😉

Bref, la canicule s’est terminée juste à temps pour qu’on puisse s’attifer et respirer quand même, on a emmené le chien des futurs époux – un grand clébard beige dont on aura la garde pendant que leurs maîtres seront en voyage de noces – et c’est dans un décor de conte de fées qu’on va pouvoir goûter la gastronomie britannique (ne riez pas, amis belges, canadiens, suisses et français qui pensez que votre cuisine est la meilleure au monde ;-)) dès qu’ils se seront dit ‘I DO!’

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir

La photo a déjà servi: October 23, 2018 – Zeebrugge, Belgium: View of the port of Zeebrugge, the world’s largest car terminal, which is now preparing itself for a hard Brexit. The banner about the port of Zeebrugge being « Brexit proof » has been put there by Port Authorities. Une banderole affirmant que le port de Bruges-Zeebruges etait pret pour le Brexit a ete installee a proximite du terminal ou auront lieu les futurs controles douaniers.