G comme grand blanc

J’ai comme un grand blanc, me dit-elle. Un vide dans la tête. Froid comme du métal.

Ce n’était pas vraiment une découverte, vu que son cerveau n’a jamais été un foyer fourmillant d’idées.

Je lui aurais bien parlé de la température des métaux qu’on fusionne mais j’ai pris mon air le plus naturel et je lui ai dit:

– Aie confiance. Croque cette petite dragée. Et tu vas voir l’univers se dévoiler…

Elle est si facile à convaincre.

Ce n’est pas de jeu.

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merci à Émilie pour ses Plumes 21.01!

Il fallait utiliser les mots suivants:
découverte – blanc – vide – confiance – croquer – naturel – grand – métal – dévoiler – culotte – tête – froid – fusionner

G comme grand gagnant

La lecture d’une interview anonymée avec la dame qui accueille les ‘grands gagnants’ de la loterie nationale ne pouvait que rappeler le souvenir du grand-père, qui attendait chaque samedi soir les résultats du tirage.

Comme il jouait chaque semaine les mêmes numéros fétiches – des dates d’anniversaire – il n’avait pas besoin de vérifier son billet et en voyant les ‘boules’ tomber les unes après les autres, il disait tôt ou tard en direction de grand-mère: « Adrienne, ‘t is weire van mijn broek« , ce qui revient à dire que c’est encore raté.

Grand-mère haussait les épaules, confortée dans l’idée que c’était de l’argent jeté par les fenêtres, mais grand-père était convaincu que son tour viendrait, un jour ou l’autre.

Parfois les deux ou trois premières boules semblaient lui donner raison, la tension montait, il se redressait de son fauteuil, appelait grand-mère qui le priait de se calmer, tu vas encore faire un infarctus!

On la sentait soulagée quand dans la seconde suivante venait le « ‘t Is weire van mijn broek » et qu’il se laissait retomber dans son fauteuil.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on en ferait, de cet argent, disait-elle, ça n’apporterait que des problèmes et des soucis.
– Oh moi je saurais bien quoi en faire, disait grand-père.

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Et pour ceux qui aiment les chiffres: en 15 ans de métier, la dame a accueilli un millier de gagnants de plus d’un million d’euros, une soixantaine par an. Son travail consiste surtout à les aider à préserver leur anonymat.

G comme Gothic

devoir de Lakevio du Goût_56 .jpg

Comme les piercings étaient interdits par le règlement – ce qu’elle trouvait d’ailleurs tout à fait injuste – elle enlevait le petit anneau qu’elle portait à la narine droite, chaque matin en arrivant à l’école, et le remettait avant de rentrer chez elle.

Dans toute la cour de récré, elle était la seule à avoir du rouge à lèvres noir, des ongles vernis de noir.

Elle faisait même un peu peur aux plus jeunes.
Et probablement aussi à certains de ses profs 😉

En classe, elle était présente-absente.
Chez Madame, elle avait choisi le premier banc, à côté de la porte. Elle s’y trouvait seule.

Naïve Madame qui se demandait souvent où elle trouvait le genre de fringues qu’elle portait – uniquement de longues robes noires – ce qui faisait chuchoter certains des petites classes qu’elle était « une sorcière ».

Avec elle, c’était Halloween toute l’année.

Un jour qu’elle portait une autre de ses longues robes noires, tout en dentelle cette fois, Madame lui a dit spontanément:

– C’est vraiment joli, ce que tu portes aujourd’hui!

Se rappelant trop tard que ne c’est pas bien de complimenter les filles sur leur tenue.

Mais voilà que le visage fardé de noir et les yeux charbonneux s’éclairent:

– Vous trouvez vraiment?
– Mais oui! dit Madame. Sinon je ne te le dirais pas!

Et depuis ce jour-là, elles ont été très copines.

Ce qui est évidemment une bonne chose pour son niveau en FLE même si aujourd’hui elle parle et écrit plutôt en portugais 🙂

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Photo et consigne de ce 56e devoir de Lakevio du Goût:

Vous connaissez, je pense, Monsieur Edward Burne-Jones, ce peintre « préraphaélite »  contemporain de Lawrence Alma-Tadema. Il n’a pas peint que ces délicieuses rousses romantiques à la peau qui attire le baiser. Il a aussi engendré un fils qui a dessiné pour inciter le lecteur à s’intéresser à l’œuvre de son oncle Rudyard Kipling. Qu’a-t-il donc pu susciter dans l’esprit de celui qui regarde ce dessin ? Quant à moi il m’inspire quelque histoire…

Quant à moi, je n’ai pas pu me résoudre à écrire une histoire de vampire, de femme fatale ou autre élucubration de cerveau masculin 😉

G comme gavache

Puisqu’il apparaît que les lecteurs de ce blog sont friands de vocabulaire d’un goût douteux, voici un mot découvert il y a deux jours à la lecture du livre qui illustre ce billet.

L’Adrienne, vous le savez, aime l’histoire, celle avec un grand H, et il n’y a rien de plus intéressant que d’avoir le point de vue d’un autre pays que le sien propre sur les événements passés – puisque toute histoire et tout historien adoptent plus ou moins un point de vue national(iste).

Ainsi donc, elle s’est offert récemment cet hilarant ouvrage de Pérez-Reverte qu’elle lit à petites doses pour en jouir plus longuement.

L’auteur étant espagnol, vous devinerez aisément vers quel camp va sa sympathie, même s’il ne ménage aucunement ses critiques envers les monarques, nobles, membres du clergé et autres puissants de son pays, qu’il nomme généralement hijos de puta.

Quand il parle des Français, il les désigne généralement par le mot gabachos, qu’il a fallu chercher au dictionnaire. C’est ainsi que de fil en aiguille on est arrivé au CNRTL car le mot existe aussi en français: gavache.

Bonne découverte à ceux que ça intéresse!

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Pour ceux qui comprennent l’espagnol, on peut l’écouter en entier ici : huit heures quarante-deux minutes et vingt-huit secondes d’élocution en castillan zézayant 😉 et une critique du livre ici. Et qui sait, avec google translate, c’est peut-être aussi hilarant que le livre 🙂

G comme Galindo

C’est parfois par d’étranges chemins qu’on apprend des choses.

D’abord, si on s’appelle Adrienne, c’est en se trompant. Vous trouvez un livre italien signé Gioconda Belli: pas un moment vous ne soupçonnez qu’il puisse s’agir d’une traduction ni qu’avec un nom pareil l’auteur soit hispanophone.

Bref.

La pergamena della seduzione, titre original El pergamino de la seducciòn, raconte le destin de Jeanne de Castille, une de ces (trop nombreuses) femmes que les hommes de leur entourage ont traitées de ‘folles’ pour pouvoir plus aisément s’en débarrasser.

Bref.

Dans le roman apparaît le personnage (historique) de Beatriz Galindo et c’est là qu’on se dit une fois de plus qu’il faut revoir les préjugés sur la place des femmes au moyen âge.

Exclues de l’université jusqu’à la fin du 19e siècle, interdites d’apprentissage du latin, certaines ont apparemment pu faire l’exception, comme Beatriz Galindo, à l’époque charnière entre Moyen Age et Renaissance, professeur à l’université de Salamanca et si experte en latin qu’on l’appelait La Latina 🙂

G comme gratitude

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– Vous la reconnaissez? demande Madame à ses élèves de l’an dernier.

– Oui, bien sûr! répondent-ils, les pauvrets, comme s’il n’y avait qu’une seule orchidée rose au monde.

Madame oserait même parier que beaucoup d’entre eux ne se souvenaient plus qu’elle était rose 🙂

– Vous voyez, ajoute Madame, elle refleurit, comme promis!

Parce qu’elle avait osé faire ce genre de promesse, dans l’émotion du moment, de leur dire qu’elle en prendrait bien soin.

Et eux qui terminent l’école secondaire cette année, auront eu une « fin de carrière » bien particulière, sans tous ces rites de passage que sont les proclamations et autres festivités de fin d’études.

Comme ceux qui terminent cet été leur cursus universitaire et ont protesté fermement parce que l’université a l’intention de faire une cérémonie purement virtuelle de la remise des diplômes.

 

G comme Grand-Père

ça se passe comme ça,vie quotidienne

Le jardin de grand-mère Adrienne, c’était un bout d’herbe qu’on appelait « den bliek » parce que c’est là qu’autrefois – bien avant la naissance de mini-Adrienne – on faisait sécher le linge.

Tout autour il y avait des fleurs et des arbustes qui mettaient de la couleur en toute saison. C’est dans une des vasques de sa grand-mère que mini-Adrienne mettait ses pépins de pomme ou ses noyaux de cerise à germer. La culture des pépins de pommes était la plus gratifiante.

Dans un coin, près du kot où étaient rangés les outils de bricolage et de la ferraille rouillée – qu’on utilisait pour bleuir l’hortensia – il y avait l’objet de toute la ferveur de grand-père: la gloriette où il faisait pousser une clématite violet foncé.

Chaque printemps les jeunes pousses étaient précieusement attachées par un petit fil aux tubes de métal, et mini-Adrienne passait le travail en revue, pour voir si rien n’avait été oublié. C’est comme ça qu’à six ans, on se croit utile.

C’est toujours au moment où les pépins de pomme avaient donné des plantules de dix à trente centimètres que grand-mère les arrachait sans état d’âme et pour mini-Adrienne il était fort dur d’admettre qu’effectivement, ces petites vasques n’étaient pas l’endroit idéal pour y faire pousser des arbres fruitiers.

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Ecrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 fil 2 admettre 3 ferveur 4 revue 5 gloriette 6 herbe 7 cerise 8 trente 9 ferraille 10 penaud 11 vasque 12 reconstruire et le 13e pour le thème : naissance
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photo de ma clématite, toute pareille à celle de mon grand-père, et qui fleurit mon jardinet depuis juin 2014

G comme gronde!

L’image contient peut-être : une personne ou plus, texte qui dit ’Jullie krijgen allemaal een uitkering. Moeten geen belastingen Huur, water en electriciteit meer betalen Jullie krijgen allemaal Corona’

Nana gronde et grogne. Elle est à cet âge où on ne pardonne rien au monde des adultes et tout ce qu’elle lit dans ses journaux en ligne, le vrai et le faux, le scientifique et les ragots, les hoquets de la politique et les peurs qu’on se renvoie en boomerang sur les réseaux sociaux, tout l’exaspère profondément.

– Je déménage à Bruxelles! écrit-elle à Marie. Je viens en Belgique!

Marie sourit. Non, elle ne sera pas le corbeau de la fable, flattée que Nana préfère son pays à celui qui l’a vue naître, celui où son père a trouvé asile.

– Et le Ghana, lui dit-elle, tu n’as jamais eu envie d’y aller? D’aller voir les montagnes de ta famille paternelle?

– Montagnes? fait Nana, qui ne connaît que celles où on affronte un air glacial en iodlant à la mode tyrolienne.

Et encore, uniquement pour l’avoir vu à la télé.

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écrit avec les mots imposés chez Emilie: montagne – mode – ragots – radar – corbeau – iodler – boomerang – hoquet – résonance – journal – gronder – profond – glacial.

Merci Emilie!

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la photo d’illustration vient des réseaux sociaux hollandais où pour une fois on était plus en résonance avec la France et critiquait l’attitude du Premier ministre Rutte, au début de la crise, préférant les risques de « l’immunité grégaire » et la poursuite des activités économiques.

Mais pourquoi Nana veut-elle venir à Bruxelles? Pour avoir lu ceci 🙂