G comme Grand-Père

ça se passe comme ça,vie quotidienne

Le jardin de grand-mère Adrienne, c’était un bout d’herbe qu’on appelait « den bliek » parce que c’est là qu’autrefois – bien avant la naissance de mini-Adrienne – on faisait sécher le linge.

Tout autour il y avait des fleurs et des arbustes qui mettaient de la couleur en toute saison. C’est dans une des vasques de sa grand-mère que mini-Adrienne mettait ses pépins de pomme ou ses noyaux de cerise à germer. La culture des pépins de pommes était la plus gratifiante.

Dans un coin, près du kot où étaient rangés les outils de bricolage et de la ferraille rouillée – qu’on utilisait pour bleuir l’hortensia – il y avait l’objet de toute la ferveur de grand-père: la gloriette où il faisait pousser une clématite violet foncé.

Chaque printemps les jeunes pousses étaient précieusement attachées par un petit fil aux tubes de métal, et mini-Adrienne passait le travail en revue, pour voir si rien n’avait été oublié. C’est comme ça qu’à six ans, on se croit utile.

C’est toujours au moment où les pépins de pomme avaient donné des plantules de dix à trente centimètres que grand-mère les arrachait sans état d’âme et pour mini-Adrienne il était fort dur d’admettre qu’effectivement, ces petites vasques n’étaient pas l’endroit idéal pour y faire pousser des arbres fruitiers.

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Ecrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 fil 2 admettre 3 ferveur 4 revue 5 gloriette 6 herbe 7 cerise 8 trente 9 ferraille 10 penaud 11 vasque 12 reconstruire et le 13e pour le thème : naissance
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photo de ma clématite, toute pareille à celle de mon grand-père, et qui fleurit mon jardinet depuis juin 2014

G comme gronde!

L’image contient peut-être : une personne ou plus, texte qui dit ’Jullie krijgen allemaal een uitkering. Moeten geen belastingen Huur, water en electriciteit meer betalen Jullie krijgen allemaal Corona’

Nana gronde et grogne. Elle est à cet âge où on ne pardonne rien au monde des adultes et tout ce qu’elle lit dans ses journaux en ligne, le vrai et le faux, le scientifique et les ragots, les hoquets de la politique et les peurs qu’on se renvoie en boomerang sur les réseaux sociaux, tout l’exaspère profondément.

– Je déménage à Bruxelles! écrit-elle à Marie. Je viens en Belgique!

Marie sourit. Non, elle ne sera pas le corbeau de la fable, flattée que Nana préfère son pays à celui qui l’a vue naître, celui où son père a trouvé asile.

– Et le Ghana, lui dit-elle, tu n’as jamais eu envie d’y aller? D’aller voir les montagnes de ta famille paternelle?

– Montagnes? fait Nana, qui ne connaît que celles où on affronte un air glacial en iodlant à la mode tyrolienne.

Et encore, uniquement pour l’avoir vu à la télé.

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écrit avec les mots imposés chez Emilie: montagne – mode – ragots – radar – corbeau – iodler – boomerang – hoquet – résonance – journal – gronder – profond – glacial.

Merci Emilie!

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la photo d’illustration vient des réseaux sociaux hollandais où pour une fois on était plus en résonance avec la France et critiquait l’attitude du Premier ministre Rutte, au début de la crise, préférant les risques de « l’immunité grégaire » et la poursuite des activités économiques.

Mais pourquoi Nana veut-elle venir à Bruxelles? Pour avoir lu ceci 🙂

 

 

G comme Goût

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Quand on m’a dit que l’Américaine de la Junior Suite me demandait, ça m’a tout de même un peu étonné, vu que c’était déjà la troisième fois dans l’avant-midi. Mais ‘quand faut y aller, faut y aller’, comme disait mon grand-père, qui a toujours été un grand exemple pour moi dans la profession.

La porte n’était pas fermée et elle m’a crié d’entrer.
Elle était au téléphone, toujours en nuisette noire à midi passé.
Le combiné bien serré à deux mains comme s’il voulait lui échapper.
Dans la Junior Suite, c’est un vieux modèle de téléphone, un gros machin blanc comme dans les films avec Doris Day – encore un truc de mon grand-père – et les touristes américaines adorent!
Au point que parfois elles l’emportent dans leur valise.

Evidemment, je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre ce qu’elle disait, avec sa jolie bouche au maquillage parfait, ses beaux sourcils tout froncés comme si la conversation lui était vraiment pénible.

Je ne sais pas qui est le Jeff à qui elle s’adressait, mais en tout cas il n’a pas le bon ticket.

Bref, elle a raccroché, son visage s’est tourné vers moi, soudainement tout lisse, tout souriant, et elle m’a fait signe de la suivre dans sa chambre.

Dommage que mon grand-père ne m’ait pas enseigné ce qu’il fallait faire dans ce genre de situation.

Mais je crois qu’il aurait été fier de moi.

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29e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie: Ah… Ce « But » qui gâche tout dans certains cas. Roy Lichtenstein l’avait bien senti qui le dessina dans les années soixante.
Si vous avez une histoire de « mais » à raconter, n’hésitez pas !

G comme Gratitudes

Quel merveilleux petit livre, roman à deux voix, 173 pages lues d’une traite.

Quelle belle façon de parler de la gratitude qu’on peut ressentir envers d’autres, qui à leur tour… etc.

Pendant son enfance, Marie a été heureuse d’avoir à proximité une voisine, Michka, chez qui se réfugier, se mettre à l’abri, s’épanouir.

Aujourd’hui Michka est une vieille dame, confrontée à la perte de la parole, à la perte de l’autonomie. C’est au tour de Marie de veiller sur elle.

Je cherche quelque chose à dire, quelque chose qui pourrait la réconforter – « les dames sont sympas » ou « je suis sûre que tu vas te faire des copines » ou « il y a pas mal d’activités » -, mais chacune de ces phrases est une insulte à la femme qu’elle a été. (p.32)

L’autre voix est celle de Jérôme, l’orthophoniste qui va faire beaucoup plus qu’essayer de mettre un frein aux symptômes de l’aphasie.

J’entre dans sa chambre. Elle a l’air fatigué, je perçois aussitôt qu’elle n’est pas d’humeur très collaborative. Mais elle se redresse et, d’un geste furtif, se recoiffe. Elle fait un effort pour me sourire. La coquetterie des vieilles dames me bouleverse.

Je sors le matériel et le pose sur son bureau: stylo, cahier, imagier.
– Comment allez-vous, Michka?
– Ça va…
– C’est un petit « ça va », je me trompe?
– J’ai un peu de mal à m’adopter… à m’appâter.
– A vous adapter?
– Oui, c’est ça. (p. 44)

Mischka elle aussi, avant de mourir, désire encore exprimer sa gratitude envers des gens qui l’ont aidée, recueillie quand elle avait sept ans.

– Je suis allé voir Nicole Olfinger. Elle est aveugle et elle entend mal. Mais elle a toute sa tête. Je lui ai parlé de vous. Je lui ai dit que vous les aviez cherchés. Mais que vous n’aviez pas leur nom. Elle a compris. Je me suis permis de lui dire combien c’était important pour vous, aujourd’hui, de pouvoir exprimer votre reconnaissance. Elle était très émue, vous savez. Je lui ai dit que vous alliez être tellement heureuse de savoir qu’elle était encore vivante. De savoir qu’il n’était pas trop tard. (p. 155)

En dire plus, ce serait déflorer l’histoire.

Lisez, si ça vous parle 🙂

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illustration et info sur le site de l’éditeur, JC Lattès – lire les premières pages ici.

critique La Croix ici – Le Devoir ici – Le Monde ici – Le Figaro ici.

G comme gratitude

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Quelle calamité, soupire-t-elle en arrivant par inadvertance dans la Adolf Buylstraat, richement éclairée et tonitruante, où le moindre édicule est paré comme un casino de Las Vegas, quelle calamité de devoir supporter partout ce vernis de cheerful and joyful!

Dépenser des sous semble être l’ultime récompense d’une année de labeur et ces mêmes gens qui en d’autres circonstances crient stop à la destruction de la planète, s’ébaubissent dans la rue commerçante sous un éclairage aussi éblouissant que le soleil en plein midi.

Calme-toi, Adrienne! Souris! Admire les vitrines. Tu as vu ce merveilleux cygne en chocolat blanc? Tu as vu ces montagnes de paquets de gâteaux avec leurs ficelles rouges tire-bouchonnées? Vois le bonheur sur le visage de ces enfants! Chez eux il n’y a pas de simulation…

Et c’est complètement rassérénée qu’elle est arrivée chez sa carissima nipotina, avec qui elle partage ce soir-là les agapes d’usage 🙂

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Ecrit pour 13 à la douzaine, que je remercie, avec les mots imposés suivants: 1 calamité 2 vernis 3 édicule 4 récompense 5 stop 6 circonstance 7 simulation 8 cygne 9 ficelle 10 souris 11 éclairage 12 soleil et le 13e pour la route  : partage

G comme Goût-des-autres

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Un à un, les voiliers rentraient au port avant que la lune soit tout à fait cachée. L’un d’eux semblait en mauvaise posture, coincé entre les rochers.

Assis face à la fenêtre, entre son fils et sa bru, devant la soupe du soir, le vieux Dietrich avait l’air soucieux:

– Va falloir tirer nos barques au sec. Tu vois ces voiles plates? C’est le calme avant la tempête.

Alors les deux hommes sont sortis dans la nuit.

– Finis au moins ton assiette! criait la mère.

Mais ils ne l’entendaient déjà plus.

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19e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie: Sur cette plage étrange, je pressens des évènements surprenants se déroulant sous la lumière de la Lune. (Et ne dites rien, le TLF dit que l’on peut mettre un accent grave à « évènement » comme le laisse entendre la prononciation). Dites-nous ce que vous inspire cette inquiétante lumière traversant avec difficulté ces nuages tempétueux. 

G comme grand nettoyage

2019-11-02 (25)

Depuis qu’on avait enlevé tous les tapis, Brenda était obligée de trouver une autre solution…

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Ecrit pour le Défi du samedi n°584: Wassingue – merci, Walrus!

« Oui, je sais, vous n’êtes pas de Lille !
Eh bien, moi non plus !
C’est par pur esprit de vengeance que je propose ce mot.
Vengeance à l’encontre d’un tas de Français qui continuent de penser que ce mot serait utilisé par nous, les Belges.
Personne dans mon pays n’utilise ce mot (en dehors bien sûr de quelques immigrés fiscaux français qui se gardent bien d’utiliser la chose eux-même et préfèrent la laisser
au petit personnel de maison).
La preuve dans cette passionnante étude !
Donc, si wassingue ne vous dit rien, racontez-nous donc une histoire de serpillière,
torchon, loque (à reloqueter), patte, panosse, pièce, cinse, toile, ou tout autre vocable en usage dans votre région.
Pour ma part, j’estime en avoir fait assez, considérez ceci comme ma propre participation. »

Photo prise à l’expo Banksy, espace Lafayette.