G comme Geweldige indrukken!

Chaque année, au printemps et à l’automne, belle-maman emmenait beau-papa en voyage.

C’est du moins ce qu’il prétendait, pour la faire marcher – et ça marchait à tous les coups: « En ik moet wère mee! » (et moi je dois l’accompagner, une fois de plus) alors qu’en réalité chacun savait qu’il aimait ça autant qu’elle, découvrir de nouveaux paysages.

En voyage, belle-maman ne manquait jamais d’envoyer des cartes à ses cinq enfants et ce qui les faisait beaucoup rire – les monstres 😉 – c’est que souvent elle écrivait « geweldige indrukken!« : en quelque sorte le message était qu’ils vivaient d »impressionnantes impressions’.

Aussi est-ce à belle-maman que l’Adrienne a pensé en faisant des « oh! » et des « ah! » (discrètement, dans sa tête 😉 ) devant tant de grandioses beautés, tant de paysages époustouflants, hautes montagnes, nature sauvage, routes en lacets, des fleurs partout, des bergers avec leurs chiens, leurs chèvres, leurs moutons…

Cette photo est la dernière du voyage: c’est en Arcadie, pris depuis le monastère de Kernitsa qui est situé sur un piton rocheux, comme on peut le voir ici.
Dans le fond, la rivière Lousios.
Le village le plus proche est Nymfasia (plan ici).

C’est une région pour randonneurs, tout est bien balisé et en Grèce on ne manque jamais de trouver des toilettes propres et gratuites.

Pour ceux qui se poseraient la question: aucune religieuse des deux monastères visités n’a exigé la jupe longue 😉
Elles accueillent avec le sourire et un grand plateau de loukoums.

G comme gare au gorille!

« A mon tour! à mon tour! » avait-il crié en sautant du minibus, tout excité.

Il avait confié l’appareil à son épouse et s’apprêtait à poser pour la photo la plus réussie de leur safari, celle qu’il voyait déjà, en agrandissement dans un joli cadre, sur le mur au-dessus du canapé, dans le salon.

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source de l’image ici – merci à Joe Krapov pour sa consigne


G comme gare aux gaffes!

Madame a rencontré Dorothée.
Vous ne connaissez pas Dorothée?
C’est la maman de Viktor 🙂

Blague à part: tous deux sont anciens élèves.
Comme Madame l’a déjà dit, il s’en est fallu de peu qu’elle ait en classe la troisième génération.

Bref, Dorothée marchait main dans la main avec un monsieur et comme c’était toujours elle qui venait à l’entretien parents-professeurs, Madame a failli se tourner vers le monsieur en lui lançant joyeusement:

– Donc c’est vous, le papa de Viktor?

Mais elle s’est retenue juste à temps: ce monsieur que Dorothée tenait par la main est un tout nouvel amour 🙂

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L’ami Gaston a eu 65 ans le 28 février – source de l’illustration ici, l’album des 60 ans.

G comme Grèce

source éditeur ici

De temps en temps l’Adrienne se demande si le voyage en Grèce, qui a déjà été reporté deux fois, aura finalement lieu au printemps prochain.

C’est d’ailleurs en se posant la question dimanche dernier qu’elle s’est rendu compte qu’elle n’avait pas fait de billet sur un autre livre qu’elle a lu avec avidité: celui de Lea Ypi (°1979), une réflexion sur sa jeunesse albanaise, entre 1990 – la fin d’Enver Hoxha – et la guerre civile de 1997.

Impossible de résumer, ceux qui aiment l’histoire trouveront leur chemin vers ce livre, juste cet extrait à propos de son premier voyage: elle accompagne sa grand-mère à Thessaloniki où celle-ci doit rencontrer des gens qui prétendent pouvoir l’aider à récupérer les biens qui appartenaient à sa famille avant la guerre.

Dans l’avion, pour la première fois de sa vie, elle voit un sachet en plastique: l’hôtesse le lui donne au cas où elle aurait envie de vomir et elle se demande si c’est normal de ne pas avoir éprouvé cette envie.

Sa grand-mère lui conseille de tenir un journal de voyage. Elle y note surtout ses « premières fois »: sentir la climatisation, manger une banane, voir des feux de signalisation, un blue jean, des magasins sans queue à la porte, des files de voitures, des WC « anglais », des chiens tenus en laisse, du chewing-gum, des étalages pleins de jouets, des croix sur les tombes, des photos publicitaires, des personnages de Disney.

Le livre s’ouvre et se ferme sur la question de ce qu’est la liberté – ce qui est en fait le fil rouge dans toute l’histoire – liberté et responsabilités individuelles et le prix à payer, selon les circonstances dans lesquelles on se trouve, et qu’on n’a jamais choisies.

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

G comme grand!

D’un écrivain et de son œuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude.

Je quitte Amsterdam. Malgré ce que j’y ai appris, j’ignore toujours si je connais mieux Elimane ou si son mystère s’est épaissi. Je pourrais convoquer ici le paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparaît l’immensité de l’inconnu et de notre ignorance ; mais cette équation ne traduirait encore qu’incomplètement mon sentiment devant cet homme. Son cas exige une formule plus radicale, c’est-à-dire plus pessimiste quant à la possibilité même de connaître une âme humaine. La sienne ressemble à un astre occlus ; elle magnétise et engloutit tout ce qui s’en rapproche. On se penche un temps sur sa vie et, s’en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré, on murmure : sur l’âme humaine, on ne peut rien savoir, il n’y a rien à savoir.

Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, éd. Philippe Rey/Jimsaan, 2021, incipit, p.15

Aux auteurs africains de ma génération, qu’on ne pourrait bientôt plus qualifier de jeune, T.C. Elimane permit de s’étriper dans des joutes littéraires pieuses et saignantes. Son livre tenait de la cathédrale et de l’arène ; nous y entrions comme au tombeau d’un dieu et y finissions agenouillés dans notre sang versé en libation au chef-d’œuvre. Une seule de ses pages suffisait à nous donner la certitude que nous lisions un écrivain, un hapax, un de ces astres qui n’apparaissent qu’une fois dans le ciel d’une littérature. (p. 17)

Si on pouvait douter qu’ait réellement existé, à une époque, un homme appelé T.C. Elimane, ou se demander si ce n’était pas là le pseudonyme qu’un auteur s’était inventé pour se jouer du milieu littéraire ou s’en sauver, nul, en revanche, ne pouvait mettre en doute la puissante vérité de son livre : celui-ci refermé, la vie vous refluait à l’âme avec violence et pureté.

Savoir si, oui ou non, Homère a eu une existence biographique demeure une question passionnante. A la fin, cependant, elle change peu de choses à l’émerveillement de son lecteur ; car c’est à Homère, qui ou quoi qu’il fût, que ce lecteur rend grâce d’avoir écrit l’Iliade ou l’Odyssée. De la même façon, peu importait la personne, la mystification ou la légende derrière T.C. Elimane, c’était à ce nom que nous devions l’œuvre qui avait changé notre regard sur la littérature. (p. 18)

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La presse après le Goncourt: ici. France culture ici et ici.

G comme gagnant!

‘Ma stobbe’, ‘BAS’ en ‘fissa’: dit zijn de kinder- en tienerwoorden van 2021
source ici

C’est à ce genre de « concours » qu’on mesure à quel point on n’est plus dans le coup: l’élection du mot de l’année en « langage jeune ».
Sur les dix propositions, l’Adrienne n’en connaît que quatre 😉

Bien évidemment, les candidats à la palme n’ont que peu à voir avec le néerlandais mais sont souvent des « fabrications TikTok » généralement basées sur un mot anglais.

TikTok, évidemment, on n’y a jamais mis les pieds – façon de parler – donc si c’est là que le renouveau langagier a lieu, c’est normal qu’on ne soit pas au courant 😉

Bref, LOL est encore du nombre, on peut donc continuer à l’employer sans être ringards 🙂

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Tout ce que vous n’avez jamais eu envie de savoir sur cette affaire se trouve ici.

G comme Gaboriau

File:Pierre Mignard, Portrait présumé d'Armande Béjart, vers 1660.jpg
source ici

« Quand on considère l’œuvre de Molière, si complexe et si varié, infini, pour ainsi dire, comme le cœur et l’esprit humains, on en vient vite à se demander quels acteurs étaient capables de supporter l’écrasant fardeau de tant de génie. Combien donc étaient-ils pour suffire à tant de passion, à toute cette verve, à cette mordante ironie, à ces luttes, à ces amours? Combien étaient-ils pour jouer l’humanité tout entière, avec ses vices et ses faiblesses, ses grands sentiments et ses mesquineries, ses ridicules et ses grandeurs? Aux plus beaux jours de la faveur de Louis XIV, à l’apogée de leur fortune, ils étaient vingt-quatre. Et encore, dans ce nombre, je comprends peut-être un moucheur de chandelles. »

De nombreuses pages sont évidemment consacrées à Armande Béjart.
Mais sa description physique ne semble pas « coller » au portrait présumé ci-dessus, puisqu’il est dit qu’elle a « les yeux petits » et « la bouche grande » 🙂

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Émile Gaboriau, Les comédiennes adorées, édition de 1863, l’extrait ci-dessus vient de la p.233, consultable sur Gallica

G comme garnaal

Le 17 octobre aura lieu à Ostende le premier concours de la meilleure croquette aux crevettes.

A se demander pourquoi la ville a attendu si longtemps, vu que c’est une de ses plus grandes fiertés: les bateaux des « petits pêcheurs » qui ne sortent qu’une nuit et vendent le produit de leur pêche le matin, sans passer par la criée.
Plus frais que frais 😉

L’Ostendais qui se respecte va se fournir chez eux, au Platten trap, où les bateaux sont amarrés et où il a son fournisseur favori.

C’est surtout pour les crevettes que ça a son importance, puisqu’elles sont triées – on rejette les trop petites à la mer – et cuites la nuit même, sur le bateau.
Faut que le chef tienne bien sa montre à l’œil 😉
Belle-maman et beau-papa avaient évidemment leur adresse, « leur » bateau, « leur » épouse de marin au patois puissant qui leur faisait le prix d’amis, celui affiché étant « pour les touristes ».

Bref, l’Adrienne a appris de sa belle-famille que la crevette se pèle et se consomme le jour de sa pêche et s’il en reste, elles pourront servir à confectionner des croquettes, après qu’on aura préparé un fumet avec les carapaces.

Le premier examen que passait la nouvelle recrue de la famille consistait en deux parties: est-elle capable de lever proprement des filets si on lui sert une sole entière? et est-elle capable de peler des crevettes sans réduire les petites bêtes en bouillie 😉

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avec toute ma gratitude pour une belle-maman et un beau-papa de premier choix, comme leurs crevettes et leurs croquettes 🙂

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Ci-dessous une autre fierté – mais pas ostendaise – les pêcheurs à cheval de Koksijde et un chef qui met leurs produits à l’honneur – rectification: comme le fait remarquer Mme Chapeau, les pêcheurs à cheval dont d’Oostduinkerke.
Merci à elle!

G comme gérondif

« En y repensant, ce qui a dû se passer, c’est que dans la cohue de la correspondance, Budaï s’est trompé de sortie, il est probablement monté dans un avion pour une autre destination et les employés de l’aéroport n’ont pas remarqué l’erreur. »

Et vous, vous la voyez, l’erreur?
Genre « en fermant la fenêtre, un carreau s’est cassé »? Ou « en mélangeant ces couleurs-là, le résultat ne sera pas garanti »

C’est ainsi qu’on ôte à Madame – dès la première ligne – une bonne part du plaisir de la lecture 😉

Ferenc Karinthy, épépé, éd. Zulma, 2021, p.15 (incipit), traduction de Judith et Pierre Karinthy. A qui il faudra rappeler que le sujet du gérondif doit être le même que le sujet du verbe principal.

G comme géraniums

93ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_93.jpg

– Franchement! s’exclame Tonio, ça devient trop compliqué! J’abandonne!

Les codes avec Maria, au début, ça allait, rideaux ouverts ou fermés, stores plus ou moins baissés, il réussissait à suivre.

Le vélo de la petite, OK, ça fait sens: s’il est là, c’est que la petite est là.

Puis elle y a ajouté ce qu’elle appelle le ‘langage des fleurs’: les géraniums comme ceci, les bégonias comme cela et cette fleur jaune dont il ne réussit même pas à se rappeler le nom: tout ça signifie quelque chose, le moment idéal du jour ou de la nuit, passe encore. Il s’y retrouvait plus ou moins.

Après il y a eu le fil avec le linge.

Elle avait lu ça dans un bouquin
Ce qu’elle y accroche, l’ordre dans lequel le linge est rangé, pour elle tout avait un sens.
ça semblait l’amuser follement.
Plus lui.

– J’abandonne! conclut-il.

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écrit pour le devoir de Lakévio de Monsieur le Goût, merci à lui, selon cette consigne:

Cette aquarelle de Muren me rappelle quelque chose, mais quoi ? Bah… D’ici lundi, ce souvenir sera revenu. Mais vous ? Cette aquarelle vous inspire-t-elle quelque chose ?