G comme glitter

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Un mot dans le texte sur le surréalisme et René Magritte le fait tout à coup penser à autre chose:

– Pour la fête des mères, on a fait un cadre et moi j’ai mis beaucoup de petites choses qui brillent, tout autour!

Un cadre avec une photo de lui.
Il a vraiment de bonnes idées, le maître 😉

– Et tu as réussi à le mettre discrètement quelque part, jusqu’à dimanche?

Il secoue vigoureusement la tête:

– Non! je le lui ai donné tout de suite.
Je la connais, elle est trop impatiente.

Fait-il avec tout le sérieux de ses onze ans.

***

Bonne fête à toutes les mamans qui passent!

G comme gâcher sa vie

« Je dois faire les vitres, cette semaine? »

C’était la troisième fois que Cindy lui posait la même question mais Mme de B*** ne réagissait pas.

Assise dans son fauteuil habituel, elle regardait passer les petits nuages dans le ciel de ce matin de printemps.

Probablement sans même les voir, se dit Cindy, qui finit par se planter devant elle et lui asséner un vibrant:

– Vous pensez à quoi, là, Mme de B***? ça n’a pas l’air d’aller très fort, ou je me trompe? Vous avez un souci? Sans vouloir être indiscrète, bien sûr!

Mme de B*** soupira, se redressa:

– Vous avez raison de me rappeler à l’ordre, ma petite Cindy. J’étais en train de me dire qu’on est parfois bien bête, quand on est jeune, quand il y a des décisions à prendre et qu’on agit impulsivement, au lieu de réfléchir…

Elle vit se rembrunir le fin visage de Cindy.

– Oh! je suis désolée! désolée! Je pensais à mon petit-fils Guillaume mais évidemment, vous, vous avez vécu des choses… comment dire… des choses beaucoup plus graves. Pardon de vous les rappeler si brutalement!

Mme de B*** se traitait intérieurement de tous les noms. Comment avait-elle pu se montrer si peu prévenante! Fallait-il que cette histoire de quai et de trains et de rendez-vous brusquement avortés la turlupine depuis la veille au soir!

ça va, ça va, fit Cindy. Je sais bien que vous n’êtes pas méchante.

Il n’y avait pas longtemps qu’elle avait confié, bribe par bribe, quelques pans de son triste roman, comment à dix-huit ans elle avait renoncé à faire les études supérieures qui la tentaient, pour se mettre en ménage avec son amoureux « Je-gagne-assez-pour-deux« , qui l’avait abandonnée cinq ou six ans plus tard, avec ses deux petits garçons.

Alors elle faisait des ménages.

– Je dois faire les vitres, cette semaine? répéta-t-elle.

***

Texte écrit pour le jeu d’Annick SB en réponse à la question 11: Vous pensez à quoi?

Photo d’un tableau de Magritte, prise il y a… euh… longtemps 😉

G comme gastronomie

source de la photo ici

Dans sa vie d’épouse-cuisinière, l’Adrienne a farci des légumes et des volailles.
Pour elle, farcir veut dire: remplir de ‘farce’ une cavité.

Dans ses débuts comme prof de FLE, il y avait un manuel dans lequel se trouvait un texte humoristique intitulé « Les macaronis farcis« .
Un homme voulant se défaire de sa trop envahissante cuisinière, au lieu de la renvoyer, lui demande de préparer des macaronis farcis: chaque macaroni, pas plus gros qu’une paille, devait être consciencieusement ‘farci’ de viande hachée menu.
Après cuisson!
Le procédé fonctionne: la cuisinière, excédée, rend son tablier.

Aussi l’Adrienne a-t-elle été bien étonnée d’apprendre que ça existe: le macaroni farci, truffe noire, artichaut et foie gras de canard, gratinés au vieux parmesan.

Sauf que c’est de la triche: ces macaronis sont presque aussi gros et aussi courts que des cannellonis!

Et tout ça, chers lecteurs, parce qu’hier soir Colo me raconte qu’elle a préparé des moules farcies 😉

Et vous, aimerait savoir Colo, que farcissez-vous?

G comme garrocher

Jules le poisson rouge, c’est la responsabilité de Parrain.

Le vendredi, il faut changer l’eau de son bocal.
La chose semble fort délicate à mini-Adrienne.
La preuve: on opère en silence, après la fermeture du magasin.

Clic! fait l’épuisette contre le bord du bocal et voilà Jules transvasé dans un demi-seau d’eau pas trop froide.
On vide son bocal, on le rince, on le garnit de ses trois galets blancs, puis plouf! nouvelle réception de Jules dans l’épuisette et il se retrouve à tourner sa mélodie du bonheur, sur son appui de fenêtre, entre quatre sansevières et les rideaux torsadés.

Les sansevières aussi ont reçu leur arrosage.

Puis grand-père distille une fine pincée de nourriture, qui n’a pas le temps de quitter la surface de l’eau: hop!
On croirait que Jules baille… mais non!
Il gobe ses minuscules récompenses du vendredi soir, jour du bain pour les plantes, le poisson et l’enfant.

***

écrit pour 13àladouzaine avec les mots imposés suivants:

garnir – torsade – distiller – opérer – froid – parrain – réception – mélodie – clic – bailler – arrosage – garrocher – surface.

G comme grand blanc

J’ai comme un grand blanc, me dit-elle. Un vide dans la tête. Froid comme du métal.

Ce n’était pas vraiment une découverte, vu que son cerveau n’a jamais été un foyer fourmillant d’idées.

Je lui aurais bien parlé de la température des métaux qu’on fusionne mais j’ai pris mon air le plus naturel et je lui ai dit:

– Aie confiance. Croque cette petite dragée. Et tu vas voir l’univers se dévoiler…

Elle est si facile à convaincre.

Ce n’est pas de jeu.

***

merci à Émilie pour ses Plumes 21.01!

Il fallait utiliser les mots suivants:
découverte – blanc – vide – confiance – croquer – naturel – grand – métal – dévoiler – culotte – tête – froid – fusionner

G comme grand gagnant

La lecture d’une interview anonymée avec la dame qui accueille les ‘grands gagnants’ de la loterie nationale ne pouvait que rappeler le souvenir du grand-père, qui attendait chaque samedi soir les résultats du tirage.

Comme il jouait chaque semaine les mêmes numéros fétiches – des dates d’anniversaire – il n’avait pas besoin de vérifier son billet et en voyant les ‘boules’ tomber les unes après les autres, il disait tôt ou tard en direction de grand-mère: « Adrienne, ‘t is weire van mijn broek« , ce qui revient à dire que c’est encore raté.

Grand-mère haussait les épaules, confortée dans l’idée que c’était de l’argent jeté par les fenêtres, mais grand-père était convaincu que son tour viendrait, un jour ou l’autre.

Parfois les deux ou trois premières boules semblaient lui donner raison, la tension montait, il se redressait de son fauteuil, appelait grand-mère qui le priait de se calmer, tu vas encore faire un infarctus!

On la sentait soulagée quand dans la seconde suivante venait le « ‘t Is weire van mijn broek » et qu’il se laissait retomber dans son fauteuil.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on en ferait, de cet argent, disait-elle, ça n’apporterait que des problèmes et des soucis.
– Oh moi je saurais bien quoi en faire, disait grand-père.

***

Et pour ceux qui aiment les chiffres: en 15 ans de métier, la dame a accueilli un millier de gagnants de plus d’un million d’euros, une soixantaine par an. Son travail consiste surtout à les aider à préserver leur anonymat.

G comme Gothic

devoir de Lakevio du Goût_56 .jpg

Comme les piercings étaient interdits par le règlement – ce qu’elle trouvait d’ailleurs tout à fait injuste – elle enlevait le petit anneau qu’elle portait à la narine droite, chaque matin en arrivant à l’école, et le remettait avant de rentrer chez elle.

Dans toute la cour de récré, elle était la seule à avoir du rouge à lèvres noir, des ongles vernis de noir.

Elle faisait même un peu peur aux plus jeunes.
Et probablement aussi à certains de ses profs 😉

En classe, elle était présente-absente.
Chez Madame, elle avait choisi le premier banc, à côté de la porte. Elle s’y trouvait seule.

Naïve Madame qui se demandait souvent où elle trouvait le genre de fringues qu’elle portait – uniquement de longues robes noires – ce qui faisait chuchoter certains des petites classes qu’elle était « une sorcière ».

Avec elle, c’était Halloween toute l’année.

Un jour qu’elle portait une autre de ses longues robes noires, tout en dentelle cette fois, Madame lui a dit spontanément:

– C’est vraiment joli, ce que tu portes aujourd’hui!

Se rappelant trop tard que ne c’est pas bien de complimenter les filles sur leur tenue.

Mais voilà que le visage fardé de noir et les yeux charbonneux s’éclairent:

– Vous trouvez vraiment?
– Mais oui! dit Madame. Sinon je ne te le dirais pas!

Et depuis ce jour-là, elles ont été très copines.

Ce qui est évidemment une bonne chose pour son niveau en FLE même si aujourd’hui elle parle et écrit plutôt en portugais 🙂

***

Photo et consigne de ce 56e devoir de Lakevio du Goût:

Vous connaissez, je pense, Monsieur Edward Burne-Jones, ce peintre « préraphaélite »  contemporain de Lawrence Alma-Tadema. Il n’a pas peint que ces délicieuses rousses romantiques à la peau qui attire le baiser. Il a aussi engendré un fils qui a dessiné pour inciter le lecteur à s’intéresser à l’œuvre de son oncle Rudyard Kipling. Qu’a-t-il donc pu susciter dans l’esprit de celui qui regarde ce dessin ? Quant à moi il m’inspire quelque histoire…

Quant à moi, je n’ai pas pu me résoudre à écrire une histoire de vampire, de femme fatale ou autre élucubration de cerveau masculin 😉

G comme gavache

Puisqu’il apparaît que les lecteurs de ce blog sont friands de vocabulaire d’un goût douteux, voici un mot découvert il y a deux jours à la lecture du livre qui illustre ce billet.

L’Adrienne, vous le savez, aime l’histoire, celle avec un grand H, et il n’y a rien de plus intéressant que d’avoir le point de vue d’un autre pays que le sien propre sur les événements passés – puisque toute histoire et tout historien adoptent plus ou moins un point de vue national(iste).

Ainsi donc, elle s’est offert récemment cet hilarant ouvrage de Pérez-Reverte qu’elle lit à petites doses pour en jouir plus longuement.

L’auteur étant espagnol, vous devinerez aisément vers quel camp va sa sympathie, même s’il ne ménage aucunement ses critiques envers les monarques, nobles, membres du clergé et autres puissants de son pays, qu’il nomme généralement hijos de puta.

Quand il parle des Français, il les désigne généralement par le mot gabachos, qu’il a fallu chercher au dictionnaire. C’est ainsi que de fil en aiguille on est arrivé au CNRTL car le mot existe aussi en français: gavache.

Bonne découverte à ceux que ça intéresse!

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Pour ceux qui comprennent l’espagnol, on peut l’écouter en entier ici : huit heures quarante-deux minutes et vingt-huit secondes d’élocution en castillan zézayant 😉 et une critique du livre ici. Et qui sait, avec google translate, c’est peut-être aussi hilarant que le livre 🙂

G comme Galindo

C’est parfois par d’étranges chemins qu’on apprend des choses.

D’abord, si on s’appelle Adrienne, c’est en se trompant. Vous trouvez un livre italien signé Gioconda Belli: pas un moment vous ne soupçonnez qu’il puisse s’agir d’une traduction ni qu’avec un nom pareil l’auteur soit hispanophone.

Bref.

La pergamena della seduzione, titre original El pergamino de la seducciòn, raconte le destin de Jeanne de Castille, une de ces (trop nombreuses) femmes que les hommes de leur entourage ont traitées de ‘folles’ pour pouvoir plus aisément s’en débarrasser.

Bref.

Dans le roman apparaît le personnage (historique) de Beatriz Galindo et c’est là qu’on se dit une fois de plus qu’il faut revoir les préjugés sur la place des femmes au moyen âge.

Exclues de l’université jusqu’à la fin du 19e siècle, interdites d’apprentissage du latin, certaines ont apparemment pu faire l’exception, comme Beatriz Galindo, à l’époque charnière entre Moyen Age et Renaissance, professeur à l’université de Salamanca et si experte en latin qu’on l’appelait La Latina 🙂