G comme Gaboriau

File:Pierre Mignard, Portrait présumé d'Armande Béjart, vers 1660.jpg
source ici

« Quand on considère l’œuvre de Molière, si complexe et si varié, infini, pour ainsi dire, comme le cœur et l’esprit humains, on en vient vite à se demander quels acteurs étaient capables de supporter l’écrasant fardeau de tant de génie. Combien donc étaient-ils pour suffire à tant de passion, à toute cette verve, à cette mordante ironie, à ces luttes, à ces amours? Combien étaient-ils pour jouer l’humanité tout entière, avec ses vices et ses faiblesses, ses grands sentiments et ses mesquineries, ses ridicules et ses grandeurs? Aux plus beaux jours de la faveur de Louis XIV, à l’apogée de leur fortune, ils étaient vingt-quatre. Et encore, dans ce nombre, je comprends peut-être un moucheur de chandelles. »

De nombreuses pages sont évidemment consacrées à Armande Béjart.
Mais sa description physique ne semble pas « coller » au portrait présumé ci-dessus, puisqu’il est dit qu’elle a « les yeux petits » et « la bouche grande » 🙂

***

Émile Gaboriau, Les comédiennes adorées, édition de 1863, l’extrait ci-dessus vient de la p.233, consultable sur Gallica

G comme garnaal

Le 17 octobre aura lieu à Ostende le premier concours de la meilleure croquette aux crevettes.

A se demander pourquoi la ville a attendu si longtemps, vu que c’est une de ses plus grandes fiertés: les bateaux des « petits pêcheurs » qui ne sortent qu’une nuit et vendent le produit de leur pêche le matin, sans passer par la criée.
Plus frais que frais 😉

L’Ostendais qui se respecte va se fournir chez eux, au Platten trap, où les bateaux sont amarrés et où il a son fournisseur favori.

C’est surtout pour les crevettes que ça a son importance, puisqu’elles sont triées – on rejette les trop petites à la mer – et cuites la nuit même, sur le bateau.
Faut que le chef tienne bien sa montre à l’œil 😉
Belle-maman et beau-papa avaient évidemment leur adresse, « leur » bateau, « leur » épouse de marin au patois puissant qui leur faisait le prix d’amis, celui affiché étant « pour les touristes ».

Bref, l’Adrienne a appris de sa belle-famille que la crevette se pèle et se consomme le jour de sa pêche et s’il en reste, elles pourront servir à confectionner des croquettes, après qu’on aura préparé un fumet avec les carapaces.

Le premier examen que passait la nouvelle recrue de la famille consistait en deux parties: est-elle capable de lever proprement des filets si on lui sert une sole entière? et est-elle capable de peler des crevettes sans réduire les petites bêtes en bouillie 😉

***

avec toute ma gratitude pour une belle-maman et un beau-papa de premier choix, comme leurs crevettes et leurs croquettes 🙂

***

Ci-dessous une autre fierté – mais pas ostendaise – les pêcheurs à cheval de Koksijde et un chef qui met leurs produits à l’honneur – rectification: comme le fait remarquer Mme Chapeau, les pêcheurs à cheval dont d’Oostduinkerke.
Merci à elle!

G comme gérondif

« En y repensant, ce qui a dû se passer, c’est que dans la cohue de la correspondance, Budaï s’est trompé de sortie, il est probablement monté dans un avion pour une autre destination et les employés de l’aéroport n’ont pas remarqué l’erreur. »

Et vous, vous la voyez, l’erreur?
Genre « en fermant la fenêtre, un carreau s’est cassé »? Ou « en mélangeant ces couleurs-là, le résultat ne sera pas garanti »

C’est ainsi qu’on ôte à Madame – dès la première ligne – une bonne part du plaisir de la lecture 😉

Ferenc Karinthy, épépé, éd. Zulma, 2021, p.15 (incipit), traduction de Judith et Pierre Karinthy. A qui il faudra rappeler que le sujet du gérondif doit être le même que le sujet du verbe principal.

G comme géraniums

93ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_93.jpg

– Franchement! s’exclame Tonio, ça devient trop compliqué! J’abandonne!

Les codes avec Maria, au début, ça allait, rideaux ouverts ou fermés, stores plus ou moins baissés, il réussissait à suivre.

Le vélo de la petite, OK, ça fait sens: s’il est là, c’est que la petite est là.

Puis elle y a ajouté ce qu’elle appelle le ‘langage des fleurs’: les géraniums comme ceci, les bégonias comme cela et cette fleur jaune dont il ne réussit même pas à se rappeler le nom: tout ça signifie quelque chose, le moment idéal du jour ou de la nuit, passe encore. Il s’y retrouvait plus ou moins.

Après il y a eu le fil avec le linge.

Elle avait lu ça dans un bouquin
Ce qu’elle y accroche, l’ordre dans lequel le linge est rangé, pour elle tout avait un sens.
ça semblait l’amuser follement.
Plus lui.

– J’abandonne! conclut-il.

***

écrit pour le devoir de Lakévio de Monsieur le Goût, merci à lui, selon cette consigne:

Cette aquarelle de Muren me rappelle quelque chose, mais quoi ? Bah… D’ici lundi, ce souvenir sera revenu. Mais vous ? Cette aquarelle vous inspire-t-elle quelque chose ?

G comme groseilles

Le premier travail de vacances que sa mère lui donnait, c’était aussitôt les cahiers d’écolière fermés: la cueillette des groseilles.

Un travail long, fastidieux, qui cassait le dos.
Les groseilliers du jardin familial étaient nombreux et il fallait les dépouiller un à un jusqu’à la dernière petite grappe.

Oui, la mère venait contrôler.

Chaque fois qu’il y en avait un bassin de deux kilos – et l’expérience aidant, l’Adrienne n’avait même plus besoin de balance pour savoir si le compte y était – il fallait se rendre à la cuisine pour passer à l’étape suivante: la confection de gelée.

Chaque année il y avait ainsi plus de pots de confiture qu’on ne pouvait en manger, de sorte qu’au bout d’un certain temps, elle devenait intartinable, il fallait la couper au couteau.

Tout le mérite en revenait à la poudre magique Pec Impérial.

Dans son petit jardin de ville, l’Adrienne a planté deux groseilliers et un cassissier: juste ce qu’il faut pour agrémenter ses petits déjeuners en fruits frais 🙂

Jamais au grand jamais vous ne la verrez faire ni manger des confitures 😉

G comme grand

Photo de Tarikul Raana sur Pexels.com

Petit Léon, alors qu’il est en train de replacer les cartons découpés sur la ligne du temps, s’arrête tout à coup, Clovis en main:

– Est-ce que ça existe en vrai, Alexandre le Grand?
– Mais oui, dit Madame. J’aurais même pu mettre son nom sur un des cartons et tu aurais dû le déposer sous l’Antiquité.
– Ah! ça, c’est drôle!
– C’est drôle, Alexandre le Grand?
– Oui! parce que mon papa il s’appelle comme ça.
Il s’appelle Alexandre et il est grand!

***

voilà donc à la demande de Nicole86, une autre anecdote du petit Léon 🙂

G comme glitter

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Un mot dans le texte sur le surréalisme et René Magritte le fait tout à coup penser à autre chose:

– Pour la fête des mères, on a fait un cadre et moi j’ai mis beaucoup de petites choses qui brillent, tout autour!

Un cadre avec une photo de lui.
Il a vraiment de bonnes idées, le maître 😉

– Et tu as réussi à le mettre discrètement quelque part, jusqu’à dimanche?

Il secoue vigoureusement la tête:

– Non! je le lui ai donné tout de suite.
Je la connais, elle est trop impatiente.

Fait-il avec tout le sérieux de ses onze ans.

***

Bonne fête à toutes les mamans qui passent!

G comme gâcher sa vie

« Je dois faire les vitres, cette semaine? »

C’était la troisième fois que Cindy lui posait la même question mais Mme de B*** ne réagissait pas.

Assise dans son fauteuil habituel, elle regardait passer les petits nuages dans le ciel de ce matin de printemps.

Probablement sans même les voir, se dit Cindy, qui finit par se planter devant elle et lui asséner un vibrant:

– Vous pensez à quoi, là, Mme de B***? ça n’a pas l’air d’aller très fort, ou je me trompe? Vous avez un souci? Sans vouloir être indiscrète, bien sûr!

Mme de B*** soupira, se redressa:

– Vous avez raison de me rappeler à l’ordre, ma petite Cindy. J’étais en train de me dire qu’on est parfois bien bête, quand on est jeune, quand il y a des décisions à prendre et qu’on agit impulsivement, au lieu de réfléchir…

Elle vit se rembrunir le fin visage de Cindy.

– Oh! je suis désolée! désolée! Je pensais à mon petit-fils Guillaume mais évidemment, vous, vous avez vécu des choses… comment dire… des choses beaucoup plus graves. Pardon de vous les rappeler si brutalement!

Mme de B*** se traitait intérieurement de tous les noms. Comment avait-elle pu se montrer si peu prévenante! Fallait-il que cette histoire de quai et de trains et de rendez-vous brusquement avortés la turlupine depuis la veille au soir!

ça va, ça va, fit Cindy. Je sais bien que vous n’êtes pas méchante.

Il n’y avait pas longtemps qu’elle avait confié, bribe par bribe, quelques pans de son triste roman, comment à dix-huit ans elle avait renoncé à faire les études supérieures qui la tentaient, pour se mettre en ménage avec son amoureux « Je-gagne-assez-pour-deux« , qui l’avait abandonnée cinq ou six ans plus tard, avec ses deux petits garçons.

Alors elle faisait des ménages.

– Je dois faire les vitres, cette semaine? répéta-t-elle.

***

Texte écrit pour le jeu d’Annick SB en réponse à la question 11: Vous pensez à quoi?

Photo d’un tableau de Magritte, prise il y a… euh… longtemps 😉

G comme gastronomie

source de la photo ici

Dans sa vie d’épouse-cuisinière, l’Adrienne a farci des légumes et des volailles.
Pour elle, farcir veut dire: remplir de ‘farce’ une cavité.

Dans ses débuts comme prof de FLE, il y avait un manuel dans lequel se trouvait un texte humoristique intitulé « Les macaronis farcis« .
Un homme voulant se défaire de sa trop envahissante cuisinière, au lieu de la renvoyer, lui demande de préparer des macaronis farcis: chaque macaroni, pas plus gros qu’une paille, devait être consciencieusement ‘farci’ de viande hachée menu.
Après cuisson!
Le procédé fonctionne: la cuisinière, excédée, rend son tablier.

Aussi l’Adrienne a-t-elle été bien étonnée d’apprendre que ça existe: le macaroni farci, truffe noire, artichaut et foie gras de canard, gratinés au vieux parmesan.

Sauf que c’est de la triche: ces macaronis sont presque aussi gros et aussi courts que des cannellonis!

Et tout ça, chers lecteurs, parce qu’hier soir Colo me raconte qu’elle a préparé des moules farcies 😉

Et vous, aimerait savoir Colo, que farcissez-vous?

G comme garrocher

Jules le poisson rouge, c’est la responsabilité de Parrain.

Le vendredi, il faut changer l’eau de son bocal.
La chose semble fort délicate à mini-Adrienne.
La preuve: on opère en silence, après la fermeture du magasin.

Clic! fait l’épuisette contre le bord du bocal et voilà Jules transvasé dans un demi-seau d’eau pas trop froide.
On vide son bocal, on le rince, on le garnit de ses trois galets blancs, puis plouf! nouvelle réception de Jules dans l’épuisette et il se retrouve à tourner sa mélodie du bonheur, sur son appui de fenêtre, entre quatre sansevières et les rideaux torsadés.

Les sansevières aussi ont reçu leur arrosage.

Puis grand-père distille une fine pincée de nourriture, qui n’a pas le temps de quitter la surface de l’eau: hop!
On croirait que Jules baille… mais non!
Il gobe ses minuscules récompenses du vendredi soir, jour du bain pour les plantes, le poisson et l’enfant.

***

écrit pour 13àladouzaine avec les mots imposés suivants:

garnir – torsade – distiller – opérer – froid – parrain – réception – mélodie – clic – bailler – arrosage – garrocher – surface.