J comme j’y crois pas!

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On peut faire confiance à Luke quand il note que la température de l’air est à 13°C et celle de l’eau à 12.

Pourtant la première chose qu’on voit en descendant vers la plage, ce sont des enfants en maillot de bain, des vieilles dames qui se promènent en bikini dans l’eau jusqu’à la taille, des baigneurs de tout âge.

Puis on entend arriver un tracteur, on demande à l’amie à quoi il sert, quelle sorte de travail il doit effectuer.

– Travail? rit-elle. Pas du tout! C’est ‘just for fun’. « They are playing »

Et quand le tracteur est tout près on remarque qu’au volant se trouve le marié, et assis près de lui, le cousin Tom.

Alors on décide de ne plus poser de questions 😉

 

 

J comme jésus

Histoire de la bibliothèque
– Il ne mange rien, ce petit jésus? disait madame Redon chaque fois qu’elle passait le long de la table où se trouvait la famille.
Ce qu’elle ne savait pas, c’est que le petit jésus piochait dans le panier à pain dès qu’il était posé sur la table, chose que mini-Adrienne n’avait pas le droit de faire:
– On ne se sert de pain que pendant le repas, pas avant! disait la mère.
Mais à trois ans, le petit frère, à l’hôtel de la Plage, vivait de pain, de fromage et de dessert.
Aujourd’hui, chaque fois que la famille est à nouveau réunie au restaurant, le petit frère pioche dans le panier à pain dès qu’il est posé sur la table. Alors la mère raconte à sa belle-fille:
– Il ne mange rien, ce petit jésus, disait madame Redon…

J comme jour de joie

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Quand Madame et ses collègues se sont quittées vendredi soir, elles ont soupiré en se disant qu’elles n’avaient pas envie – mais alors vraiment pas du tout envie – de se retrouver entre les murs de l’école dès le lendemain samedi pour une longue journée « portes ouvertes ».

Puis on est samedi, Madame trouve à peine le temps de boire un verre d’eau, d’avaler un sandwich, elle inscrit des élèves, elle revoit quelques « anciens »… et elle est heureuse 🙂

Elle voudrait pouvoir suivre Andra la petite Roumaine, la petite Espagnole, le petit Mohamed né à Bruxelles, le petit Michaël né à Kinshasa, Inês la Portugaise… dans leur parcours scolaire qu’ils entameront sans elle le lundi 2 septembre prochain. 

J comme Jaune

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L’Adrienne a de la chance: l’artiste dont les œuvres sont déjà prêtes pour la saison 2019 du Crystal Ship – et qu’elle a trouvées presque sans les chercher, sur un mur le long du Kursaal – est précisément son préféré, Jaune.

Elle sort son appareil photo mais doit patienter: un père et trois petits enfants sont accroupis devant le ballet de petits hommes jaunes aux prises avec une bombe aérosol plutôt agressive, qui se trouvait déjà peinte sur le mur par un autre graffeur et que Jaune a réutilisée.

– Regardez! explique la fillette à son père et aux deux petits frères, regardez celui-là! il y a du sang qui sort de sa bouche!

C’est vrai que c’est plus violent que d’habitude mais ça ne semble pas émouvoir les enfants.

– Et celui-là, rigole un des garçons, il perd son pantalon, on voit ses fesses!

J comme J’ai commencé

scenic view of city during dawn

J’ai commencé à écrire à cause d’une jeune fille, j’ai arrêté trente-cinq ans plus tard à cause d’un canard. La jeune fille s’appelait Marie-Paule et était mon institutrice maternelle, je tenais à lui dédicacer mes dessins. Et dans le canard, le chroniqueur littéraire, un ennemi intime, ne m’a pas raté à la sortie de mon quatrième roman, alors j’ai dit à mon éditeur que je voulais faire une pause, changer de style, me renouveler. Bref, cette sorte de baratin qu’on vend facilement à notre éditeur dès qu’on lui a fait gagner un peu d’argent. Il a même accepté de me payer le voyage jusqu’à Brooklyn, où j’ai loué une baraque. C’était moins cher que l’hôtel et beaucoup plus tranquille. Environ cinq cents maisons de part et d’autre de la rue qui descend jusqu’à la mer. Celle que j’avais choisie était d’une laideur banale mais son nom m’a tout de suite plu: Pemquide House. La dame de l’agence était étonnée de la rapidité avec laquelle la chose s’était conclue.

La première fois que j’avais séjourné à New York, en 1969, les plaintes aiguës des véhicules d’urgence formaient un bruit de fond pratiquement ininterrompu. Mais dans ce coin résidentiel de Brooklyn, désert la majeure partie du jour, on n’entendait même pas aboyer un chien. D’ailleurs, la voisine d’en face avait un chat. Il passait sa vie à la fenêtre. On s’observait mutuellement, lui avec une indifférence superbe et moi dans un désœuvrement total.

Avant de m’installer à Pemquide House, je suis repassé par l’agence pour faxer à Isabelle ma décision de changer d’hôtel tous les soirs afin d’en tester le plus grand nombre possible pour mon reportage. Je n’en étais plus à un mensonge près et grâce à celui-là, il serait normal que je sois injoignable au téléphone. J’étais fort satisfait d’avoir eu cette idée de reportage, ça me donnait un alibi en or.

***

Ecrit d’après cette consigne de Joe Krapov, que je remercie, avec les incipits des quatre premiers chapitres d’un livre de Didier Decoin, dont je n’avais encore rien lu jusqu’à présent 🙂

Source de la photo: Vlad Alexandru Popa sur Pexels.com

J comme journaliste

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L’Adrienne ne sait pas si c’est dû à sa dégaine chaussures plates et col roulé, mais le responsable du stand l’a prise pour une journaliste et invitée à faire des photos et demander tout renseignement qu’il lui fallait.

C’était pourtant l’avant-dernier jour de la BRAFA et on peut supposer que les journalistes étaient passés depuis longtemps, laissant la place, ce dernier samedi midi, aux ultimes badauds.

Dont l’Adrienne. Qui bien sûr l’a détrompé – non, elle n’était pas journaliste pour une revue culturelle ou artistique – mais elle a trouvé la méprise d’autant plus comique que c’était le stand de Tintin et Hergé 🙂

Avec, il est vrai, de magnifiques planches originales. Comme celle ci-dessus, du Crabe aux pinces d’or.

– Si vous achetez les trois, dit l’homme, ce n’est que 2 millions.

Elle se demande encore si elle a bien entendu 😉

J comme jarðepli

2019-01-01 (13)

Une des rares choses qui ont le temps de pousser et de mûrir en plein air pendant le court été islandais, à part quelques baies pour la confiture, c’est la pomme de terre, qui comme on peut le voir sur ce menu de nouvel an, se dit ‘jarðepli’. Prononcez [ˈjarð.ɛhplɪ] avec l’accent tonique (comme toujours en islandais) sur la première syllabe et le ð comme le th dans l’anglais ‘that’. Jarðepli’, exactement comme en français ou en néerlandais (aardappel), c’est la pomme qui pousse dans le sol.

La nipotina, qui ne conçoit pas de 25 ni de 31 décembre sans homard, a été satisfaite. Dans le cas du homard, c’est le mot français qui vient de l’ancien nordique, humar.

Et pour le vin, c’est l’inverse 🙂

C’est ainsi que les mots voyagent comme les gens.