J comme jazz

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Non, le jazz n’est pas la musique préférée de Madame.

Oui, certaines formes la rendent nostalgique des soirées radio avec son père, grand amateur de cette musique qui pour lui était venue d’Amérique avec les libérateurs. Mais ce n’est pas ce qu’elle va écouter spontanément.

Sauf bien sûr quand il s’agit d’un ancien élève. Alors Madame est fan et présente parmi les premiers, le cœur battant comme si elle était sa mère 😉

Le jeune guitariste barbu est arrivé en Belgique tout petit, avec ses parents, qui voulaient offrir un avenir meilleur à leurs deux fils. Meilleur que dans leur Kosovo natal.

Ce jeune guitariste barbu était excellent élève, fort en tout, maths, sciences, langues. Ses parents exigeaient des résultats et le voyaient promis à une belle carrière de médecin ou d’ingénieur.

Il n’a pas été simple pour eux d’accepter qu’il se dirige vers le Conservatoire de musique.

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J comme jeu

On n’était pas encore si loin du solstice d’été mais nos tenues légères, festives, semblaient tout à coup hors saison: ce samedi-là, alors qu’on avait roulé toute une journée au soleil l’avant-veille, pris les repas en terrasse la veille, le temps avait tout à coup décidé de se mettre à l’automne.

C’était bien la peine de s’être laissé convaincre par l’ouragan maternel de s’acheter une robe neuve – beaucoup trop courte – et des sandales assorties – aux talons beaucoup trop hauts – et d’avoir affronté les odeurs de vespasiennes des aires d’autoroute – qu’on nous fait pourtant bien chèrement payer.

C’est le maire en personne qui a accueilli les futurs époux. Il n’a pu s’empêcher de faire un peu d’humour à leurs dépens et de raconter une anecdote personnelle. Puis toute la troupe est remontée en voiture pour se rendre à l’église, où après une dernière génuflexion le jeune marié a reçu un balai et une ramassette: le bedeau tenait à ce qu’il soit mis tout de suite à l’épreuve des travaux ménagers.

Mais je ne voudrais pas être redondante, cette histoire-là, vous la connaissez déjà 🙂

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Texte écrit pour les Poudreurs n° 284  Racontez un voyage inhabituel dont la finalité n’était pas touristique. Au cours de votre récit vous devrez d’une part expliquer la raison de ce déplacement et d’autre part glisser dans votre texte les mots suivants :

Anecdote – solstice – vespasienne – ouragan – génuflexion – redondante (au féminin)

Publié dans JTagué

J comme Je le lis chez ma coiffeuse

On a rarement rencontré quelqu’un d’aussi bien informé. Sur ce qu’il faut manger ou pas pour devenir centenaire en gardant la ligne et la santé. Sur les amours des stars. Même si on sent le mépris dans sa voix quand incidemment le sujet est abordé.

Mais jamais on n’a rencontré quelqu’un d’aussi bien informé sur le Gotha. On sent que les généalogistes n’auraient plus rien à lui apprendre. Que ces articles-là sont passés à la loupe. Que la réputation du magazine et du journaliste dépendent d’un petit rien, d’une vétille, d’une erreur de jugement, de date, de légende sous une photo. Les écueils sont si nombreux.

On sait depuis longtemps qu’elle est incollable sur le sujet. On pourrait la croire dans l’intimité des rois et des reines, même de celles et ceux qui sont morts depuis deux siècles. On sait lesquels ont sa sympathie, et en quoi ils l’ont méritée. On sait aussi en quoi certains – le plus grand nombre, en fait, comme tous les Grimaldi et la plupart des Windsor – ont démérité.

Et quand on lève un sourcil étonné en entendant une nouvelle diatribe à l’adresse d’une malheureuse princesse qu’on peut à peine situer, arrive la classique petite phrase clôturant le sujet:

– Je l’ai lu chez ma coiffeuse. 

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D’après une consigne de Joe Krapov, que je remercie: Ecrire comme Philippe Delerm.
L’auteur de « La première gorgée de bière » a publié récemment « Et vous avez eu beau temps ? » 

Il applique la même recette dans ce recueil : chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L’auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez deux ou trois petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste :

Et vous avez eu beau temps ? – Renvoyé de partout – Je le lis chez ma coiffeuse – N’oubliez pas… – Je me suis permis – Et tu n’as rien senti venir ? – Il faudrait les noter – Il n’a pas fait son deuil – Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi – Tais-toi, tu vas dire des bêtises – C’est pas pour nous – Et prends-toi quelque chose – Là on est davantage sur… – J’te joue d’l’harmonica – En même temps je peux comprendre – Vous êtes un type dans mon genre – C’est grâce au collectif – Abruti, va ! – Chez nous c’est trois – Tiens, rends-toi utile – Nous allons vous laisser – On l’a déjà vu dans quoi, déjà ? – C’est juste insupportable – Où sont les enfants ? – Il aimait ça le Monopoly – Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes – On était bien sous la couette – On peut peut-être se tutoyer ? – Ça finit quand ? – Je préfère Gand à Bruges – Ça pousse et ça nous pousse – Ils n’articulent plus maintenant – C’est pas pour dire mais – J’dis ça, j’dis rien – Pour être tout à fait honnête avec vous. – Oui, mon brave Milou – Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ! – Vous me flattez – Tu n’as pas lu « Au-dessous du volcan » ?

J comme journal intime

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Cher journal

Aujourd’hui j’ai encore eu droit à des moqueries en gymnastique. Pourquoi moi, qui grimpe aux arbres et me balance aux branches du pommier comme un garçon, je ne réussis pas à grimper cette corde à nœuds ? Mystère !

Au cours de dessin, Maryvonne m’a envoyé de la peinture verte sur ma blouse. Ma mère va encore piquer une crise quand elle va s’en apercevoir… crise moins grave que celle de l’autre jour, j’espère, quand elle a découvert sous mon matelas un roman de Pierre Loti. Je n’ai droit qu’à des Delly mais Aziyadé est infiniment plus instructif…

Ah ! Vivement qu’on soit au printemps et que j’aie seize ans !

Ton Adrienne

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source de la photo ici – le roman peu être lu en ligne sur wikisource

Consignes chez Filigranes, que je remercie: 

Ce mois-ci, si vous avez un peu de temps… je vous propose de vous pencher sur vos états d’âme… et d’écrire la page d’un « journal intime »… Ce sera le vôtre ou celui de quelqu’un d’autre… comme il vous plaira. Et vous devrez aussi placer, dans votre texte, les mots suivants: mère, arbre, blouse, crise, roman, printemps, gymnastique, moquerie, dessin, balance.

J comme Jean-Claude

Au dernier sommet de Davos, en 2008, à propos des phénomènes qui vont bouleverser l’humanité dans les quinze prochaines années, un futurologue interrogé proposait de n’en retenir que quatre principaux, qui lui semblaient assurés. Le premier est un baril de pétrole à 500 dollars. Le deuxième concerne l’eau, appelée à devenir un produit commercial d’échange exactement comme le pétrole. Nous connaîtrons à la Bourse un cours de l’eau. La troisième prédiction porte sur l’Afrique qui deviendra à coup sûr dans les prochaines décennies une puissance économique, ce que nous souhaitons tous.

Le quatrième phénomène, selon ce prophète professionnel, est la disparition du livre. 

Jean-Claude Carrière, in N’espérez pas vous débarrasser des livres, Entretiens avec Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, menés par Jean-Philippe de Tonnac, LdP biblio essais 2009, p.15

C’est toujours un exercice amusant, de confronter les prédictions d’un futurologue à la réalité. Par exemple le baril de pétrole, pour ceux qui aimeraient savoir, est à 69 dollars au moment de la rédaction de ce billet. Pour les autres prédictions, chacun sait ce qu’il en est.

D’ailleurs Madame fait beaucoup rire ses élèves en leur racontant comment on s’imaginait l’an 2000 quand elle avait dix ans.

L’an 2000, c’est l’année de leur naissance 🙂

Mais la palme de l’humour revient à Umberto Eco, en voici juste deux ou trois exemples:

Le livre est comme la cuiller, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuiller qui soit mieux qu’une cuiller. Des designers tentent d’améliorer par exemple le tire-bouchon, avec des succès très mitigés, et la plupart d’ailleurs ne fonctionnent pas. Philippe Starck a essayé d’innover du côté des presse-citron, mais [il] laisse passer les pépins.

Umberto Eco, in N’espérez pas vous débarrasser des livres, Entretiens avec Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, menés par Jean-Philippe de Tonnac, LdP biblio essais 2009, p.17

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Merci pour ce bonheur de lecture!

source de la photo ici

J comme Jaune

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– Vous cherchez quelque chose? demande un jeune homme gentiment dépenaillé. 

L’Adrienne lui rend son sourire. Elle a toujours eu un faible pour les grands maigres mal coiffés tongue-out 

– Vous avez-vu celui-là? demande-t-il en montrant l’oeuvre de Sam Scarpulla qui orne le sol de l’Achturenplein. 

– Oui, oui! dit-elle, j’ai vu! Je cherche Jaune

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– Jaune? Il est là! et il montre une sorte de sombre café où on peut voir trois autres hommes tout aussi gentiment dépenaillés qui cassent la croûte ensemble. 

– Oh! je ne voudrais pas le déranger! s’exclame-t-elle tout en maudissant sa timidité. 

C’est ainsi que l’Adrienne a failli rencontrer une vedette de la bombe aérosol. Sa vedette préférée tongue-out 

Et les ‘petits hommes jaunes‘, elle les regarde avec encore plus de sympathie qu’avant… 

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Jaune à l’étalage de l’expo Crystal Ship, rue de l’Yser

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photo 1: une peinture de Jaune sur une des pierres de soubassement de l’Office du tourisme

photo 2: idem, Achturenplein

J comme joli monde

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Le café bu, le doigt de liqueur avalé, je sais ce qui va suivre: soit ma mère, soit tante Odile fait allusion à mes aquarelles et je dois les sortir, les leur montrer et entendre les commentaires, toujours les mêmes et toujours avec la même conclusion: c’est bien joli tout ça, mais à quoi ça va lui servir, je te le demande? 

***

Le mardi après-midi, ma sœur Odile vient prendre le café. On s’offre un gâteau, une liqueur, il n’y a pas de mal à se faire du bien, comme elle dit toujours, sauf que c’est toujours à mes frais, mais soit, j’ai l’habitude. Alors fatalement, de quoi voulez-vous qu’on parle, de mon mari, de mes enfants, vu qu’elle-même n’a ni l’un ni l’autre. Heureusement, avec les aquarelles d’Hélène on peut facilement meubler les temps morts, en discuter longuement, puis il est enfin cinq heures et demie et Odile rentre chez elle. 

***

En partant de chez ma sœur, j’espère toujours qu’elle me dira « Mardi prochain, ça ne m’arrange pas, on se revoit dans quinze jours ». Malheureusement, mardi après mardi je n’y échappe pas et je ne sais pas comment faire pour y échapper. Mais comme elle n’a que moi, à part son mari (le pauvre!) et ses deux enfants, c’est moi qui suis le prétexte à se resservir une deuxième lampée de son horrible liqueur à la cerise. Puis, quand la conversation languit, cette pauvre Hélène est priée de montrer ses aquarelles et j’ai beau faire de mon mieux pour la complimenter sur la justesse du dessin, la finesse des coloris, toujours sa mère conclut d’un lapidaire et dédaigneux « à quoi ça va lui servir, je te le demande? ». 

*** 

tableau et consignes chez Lakévio 

trois personnages, trois points de vue