J comme j’allais partir

« J’allais partir, tout seul, pour une promenade au clair de lune vers le point le plus haut de l’île, la Talaia de Sant Josep, quand tout à coup survint un ami de la maison, un jeune scandinave qui ne se montre que rarement dans les lieux fréquentés par les étrangers et habite dans un village perdu dans la montagne. Il s’agit du petit-fils de Paul Gauguin. Il s’appelle exactement comme son grand-père. Le jour suivant, j’ai eu l’occasion de connaître mieux ce personnage assez fascinant ainsi que son village de montagne où il est le seul étranger. »

Walter Benjamin, Récits d’Ibiza, D’une lettre à Gretel Karplus, le 10 juin 1933 (incipit), éd. Rive neuve, 2020, p.33.

Une note explicative en fin de volume nous apprend que Paul René Gauguin, le dernier petit-fils du peintre, est né à Copenhague en 1911. Il a fait un séjour à Ibiza quand il avait 22 ans. Il a participé à la guerre civile espagnole dans les Brigades internationales.

Enfin, sur wikisaitout on peut mieux comprendre la généalogie familiale des Gauguin (ici)

Le père du jeune Paul René est Pola, le dernier des cinq enfants que le peintre a eus avec son épouse (danoise) et sa mère est norvégienne. On comprend donc pourquoi W. Benjamin l’appelle « scandinave » 🙂

source de la photo de Paul René Gauguin ici.

J comme Jaguar

L’Adrienne pataugeait dans la boue devant chez elle, en route pour faire les courses, quand elle a vu un homme en détresse – oui, vous lisez bien, un homme en détresse – lui faire de grands signes pour attirer son attention.

– Je dois être à la rue du F***, crie-t-il, c’est par où?
– Alors là, à pied vous y seriez très vite, sauf qu’en ce moment, même à pied on ne passe pas… et en voiture, c’est compliqué, à cause des travaux.
– Oui, j’ai remarqué, fait-il.
– Vous avez un GPS? demande l’Adrienne, qui se rendra compte du ridicule de sa question quand elle verra la bagnole, cinq minutes plus tard.

Bref, il devait faire demi-tour, s’y retrouver dans le labyrinthe du nouveau quartier résidentiel, remonter jusqu’à l’entrée de la ville puis redescendre par la grand-rue et ne pas rater le bon embranchement, sur sa droite.

Pas évident pour quelqu’un qui ne connaît pas le patelin et qui va manquer son rendez-vous avec un mort. Il aurait déjà dû y être. Au funérarium.

– Vous savez quoi, dit l’Adrienne, en voyant qu’il restait planté là sans avoir l’air de bien enregistrer ses explications – données déjà au moins deux ou trois fois, moult gestes à l’appui – je vais monter dans votre voiture et vous accompagner jusque-là.

Ce n’est qu’après avoir ouvert la portière et posé un premier soulier – fort crotté – sur l’élégant tapis assorti aux coussins de cuir beige clair, que l’Adrienne a vu les sigles et constaté qu’elle embarquait dans la bagnole préférée de sa mère. Une Jaguar.

Une Jaguar XJ (1) – pour cinq à six minutes de confort et la voix de Madame GPS qui a fini par être d’accord avec les indications que donnait l’Adrienne.

Au dernier embranchement 😉

***

(1) c’est de là aussi que vient l’illustration

J comme Jaune (4)

DSCI8209

C’est en allant chercher ses homards-du-réveillon au Lobster que l’Adrienne est tombée dessus: le muret le long du Kursaal est devenu une longue fresque représentant une rangée de maisons où s’activent les petits hommes de Jaune.

Une fois de plus, c’est criant de vérité, avec des tas de petits détails humoristiques.

Mais vous le savez déjà que l’Adrienne est fan inconditionnelle 🙂

Ce qui fait qu’elle en est est au moins au quatrième billet portant ce titre.

Les autres sont , et .

J comme Joe

2019_Encres d'automne_Affiche

– Avant que j’oublie, dit mémé Jeanne, sortie en coup de vent de sa cuisine, la maison du bout du village est à vendre!

Belle-sœur numéro 4 fait la moue: elle connaît l’endroit, c’est une sorte de ferme du bout du monde, le jardin est une friche envahie par les ronces et elle n’a pas envie de passer la vie en chantier, à retaper une baraque qui finira par coûter trois fois le prix de départ.

Mémé Jeanne, bien sûr, aimerait que sa fille cadette se rapproche d’Ostende au lieu d’habiter « si loin », c’est-à-dire une heure par les routes secondaires à nids-de-poule et vitesse limitée.

Avec ses 77 ans le 23 mars prochain, maintenant comme avant, elle reste la souveraine en son domaine – la cuisine, les enfants, les petits-enfants, pour qui elle est une de ces grands-mères qui savent tout, ou en tout cas l’essentiel, comme coudre un déguisement ou mettre des papillotes à la bière dans les cheveux des petites qui se rêvent bouclées.

Marie dépose les assiettes devant chacun, sans se tromper – la part du fils aîné est toujours la plus grande et elle garde pour elle-même la plus petite, dans l’espoir d’arriver au bout du repas – le destin de Marie a toujours plus ressemblé au rôle de Marthe 😉

– Tout ce que tu vas vivre ici ce soir, glisse Marie à l’oreille de Muanza, qui ne sait pas trop ce qu’il a dans son assiette, essaie de le trouver parfaitement normal.

***

illustration et consignes chez Joe Krapov, que je remercie:

Vous insérez dix à quinze titres des romans acquis récemment par la bibliothèque dans un texte qui, tapé en caractères TNR 12, tiendra sur le recto d’une feuille 21×29,7 cm.

Voici la liste des titres proposés :

77 – A crier dons les ruines – Avant que j’oublie – Bienvenue à Korototoka  – Boréal – Ces grands-mères qui savent tout – C’est la faute du vent – C’est moi qui éteins les lumières – Comme une gazelle apprivoisée – Coup de vent – De pierre et d’os – Extérieur monde – Farallon lslands – Jeanne des falaises – Journal d’un amour perdu – La calanque de l’aviateur – La chanson de Julien – La ferme des lilas – La ferme du bout du monde – La galerie des jalousies – La légende du Pilhaouer – La maison aux têtes – La maison du bout du village – La panthère des neiges – La part du filsLa souveraine en son domaineLa vie en chantier – L’apocalypse est notre chance – L’arbre à promesses – Ici n’est plus ici – Le bal des folles – Le berceau – Le bonheur n’a pas de ride – Le ciel par-dessus le toit – Le corps d’après – Le destin de Cassandra – Le destin de Marie – Le gréement de Camaret – Le jardin – Le monde des hommes – Le prix – Le secret de la Belle-Épine – Les altruistes – Les Amazones – Les Amours d’Alfred – Les calendriers – Les chemins de promesse – Les disparus de Trégastel – Les frères Quinn – Les mille talents d’Euridice Gusmao – Les Rochefort – Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla – Les sœurs Ferrandon – Les testaments – L’irrésistible histoire du café myrtille – L’ombre de la fauvette – Maintenant, comme avant – Miss Islande – Mur Méditerranée – Opus 77 – Par les routes – Paz – Pour l’amour de la vigne – Seules les pierres le savaient – Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Tout ce que tu vas vivre – Trois étoiles et un meurtre – Un été d’herbes sèches – Une folie passagère – Une soupe aux herbes sauvages – Vanessa et Virginia – Vilaine blessure 

La dernière fois qu’il a été question de Muanza, c’était ici.

J comme jarre

2019-11-01 (71)

Amis tintinophiles, vous aussi vous l’avez reconnu, ce beau dragon bleu – dynastie Ming, règne de Jiajing (1522-1566) pour ceux qui veulent tout savoir 😉

Mais oui, mais oui, c’est celui-là même!

Je ne sais pas si Hergé, en plus de l’info fournie par son ami Tchang sur la situation en Chine dans les années 30, est allé voir les porcelaines du musée Guimet, mais en passant devant cette grande jarre on ne peut que se rappeler celle-ci:

tintin lotus bleu

source de l’illustration ici.

et un fou de Tintin découvert ici.

J comme Je me souviens…

5801

Sapristi! s’écrie l’Adrienne en découvrant le mot imposé au Défi du Samedi: soupape!
Va-t-elle encore devoir parler de soupe?

Parce que soupape = casserole à pression = cuisine maternelle = …

Voilà. Vous avez compris.

La mère de l’Adrienne a deux casseroles à pression. C’est ainsi qu’on les appelle en Belgique. Et oui, vous avez bien lu :
1° qu’on peut en parler au présent parce que ces machins, malgré l’emploi intensif qui en a été fait, sont indestructibles
2° qu’il y en a deux, une énorme pour la soupe de la semaine et une de taille ‘normale’ utilisée quotidiennement pour les pommes de terre, le stoemp, les viandes qui nécessitent une cuisson longue, comme le pot-au-feu.

Ce qui avait convaincu la mère de l’Adrienne, c’était le double argument de vente de ses deux ‘Miss Mary’: un temps de cuisson nettement plus court et des vitamines ou sels minéraux mieux conservés.

Win-win, comme on dit aujourd’hui.

Mais sur le goût de ces patates sorties de la Miss Mary, on ne disait rien…

Mini-Adrienne détestait les ‘Miss Mary’, non seulement parce que tout ce qui en sortait avait à peu près la même qualité gustative, mais surtout pour leur aspect bruyant et effrayant.

Leurs « pschitt pschitt’ remplissaient la cuisine de bruit et de vapeur et au moment du ‘jaillissement’ final, le père était prié d’aller au plus vite porter la chose dehors, pour que le plus gros jet de vapeur s’éparpille dans la nature au lieu de remplir la cuisine.
Qui pourtant faisait quatre mètres sur quatre et avait une hotte aspirante.

Enfin, la touche finale: mini-Adrienne, qui devait essuyer la vaisselle, a failli mille fois se démettre l’épaule ou se casser le dos à soulever un de ces engins.
Qui en plus n’étaient pas faciles à essuyer parce qu’à cause du rebord, l’eau ne s’en égouttait pas.

Aujourd’hui, la mère de l’Adrienne n’utilise plus ses Miss Mary: elle a découvert le micro-ondes, c’est encore plus rapide 🙂

Mais elles sont toujours en état de nuire: elles dorment à la cave.

***

écrit pour le Défi du Samedi où Walrus proposait soupape avec l’illustration ci-dessus et ajoutait: « Relâchez la pression, voyons ! »
Ben voyons 🙂
Merci, Walrus!

J comme Jocrisse

langelot_agent_secret

La première fois que l’Adrienne a rencontré ce mot, c’était dans une de ses lectures de la Bibliothèque verte et ça l’a fort marquée.

Elle n’avait pas l’habitude d’être confrontée à un mot inconnu, voilà pourquoi elle se souvient de ces rencontres, jocrisse, dans un des Langelot, ou panacée, dans la chanson du sirop typhon.

Quant à savoir pourquoi ce mot – jocrisse! – ressurgit tout à coup dans sa mémoire alors qu’elle est plongée dans Orient-Express, de Graham Greene sur les conseils de Walrus… mystère!

***

La photo d’illustration vient d’ici (où vous trouverez toute l’info sur les 40 volumes des aventures de Langelot, agent secret :-))