L comme libre

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Quand le train arriva en gare, elle baignait dans une splendide couleur rouge de fin du monde.

Paul vérifia s’il n’avait pas un reste de sandwich mayonnaise au coin des lèvres, éteignit son téléphone et le glissa dans la poche de son imperméable.

Plus le temps de faire un tour aux toilettes pour un petit besoin ou un coup de peigne dans les cheveux. Il espérait que sa raie était restée impeccable.

Il prit le bouquet de petits œillets rouges, dont la fleuriste lui avait assuré qu’ils symbolisaient l’amour passionné et empoigna ses deux valises. Il n’avait jamais réussi à voyager léger, deux caleçons et une brosse à dents, ce n’était pas son truc.

Quand Véra lui sauta au cou, il put constater une nouvelle fois à quel point leurs creux et leurs courbes s’épousaient parfaitement.

– Libre! Enfin libre! riait-elle entre deux baisers, le sein palpitant, la gorge offerte.

Ah! si elle avait su que la chose était aussi simple, elle aurait pris plus tôt ces quelques cours de mécanique auto!

Dire qu’il avait suffi d’un tournevis!

***

Merci à Monsieur Le Goût pour son 48e devoir de Lakevio du Goût.

Mais que diable vient-elle d’apprendre ? Cette toile qu’on pourrait croire de Hopper si cette impression de joie ne venait assurer qu’il ne pouvait avoir peinte vous inspire-t-elle ? Si oui, il faudrait que vous y glissiez les mots :
Amour – Sandwich – Lèvres – Téléphone – Besoin – Tournevis – Caleçon – Seins – Gare – Cheveux – Toilettes.

L comme Louis-la-Brocante

Peut-être est-ce cette chaleur moite qui le rend de mauvaise humeur ou peut-être faisait-il son cinéma habituel de brocanteur, mais dès qu’il a vu ce qui avait disparu des murs et des armoires, il s’est lancé dans un discours enflammé sur ce qui avait été convenu, que si c’était comme ça, elle pouvait se le garder, tout son ‘brol‘, et qu’il ne lui paierait rien.

– J’ai une voisine qui m’offre 300 € pour mon service de table, dit-elle.
– Et bien moi, je vais le vendre à 30 €! a-t-il explosé.

Pourtant, il n’a pas voulu que ce service à 30 € quitte l’appartement sans lui.

Pour un vase de Val-Saint-Lambert qui selon lui ne valait rien et qu’elle ne lui cède finalement pas, il lui retire 300 € du prix convenu entre eux dès le début.

C’est ce que le père appelait « l’arithmétique hollandaise », une expression qui nous est restée de notre courte période sous la domination de nos chers voisins du Nord (1815-1830).

Pourtant il n’est pas Hollandais, il est Wallon, et la mère l’avait trouvé « bien honnête », à leur premier rendez-vous. Quand il l’avait si bien complimentée sur ses « belles pièces », « conservées en si parfait état » et la propreté méticuleuse de son appartement. Merci Rasha, a pensé l’Adrienne, mais elle s’est tue, évidemment. Elle regardait avec envie le glacier d’en face et aurait préféré se promener pieds nus sous les arbres du parc, avec une pensée émue pour sa grand-mère, de qui provient la majeure partie de cette masse d’objets divers laissés au brocanteur.

Bref, il est plus agréable d’avoir un rhume que d’avoir à faire à ce genre d’individu.
Et l’Adrienne aurait préféré vous faire des radotages sur Jeannot le lapin nain que sur Louis-la-Brocante 😉

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – merci Emilie! – avec les mots imposés suivants: GLACIER – NU – ENFLAMMER – RADOTAGE – LAPIN – CHALEUR – RHUME – MOITE – MAUVAIS – MASSE.

Et pour ceux qui aiment, ci-dessus c’est l’épisode 1 de la saison 1 🙂

L comme Landry

Martine Landry

Pendant trois ans, Martine Landry a dû se battre contre la justice française pour avoir aidé deux gamins de 15 ans.

L’Adrienne comme tant d’autres a signé des pétitions et a été heureuse de recevoir enfin une bonne nouvelle, la semaine dernière.

Déjà en 2018, à l’issue d’un premier procès, elle avait été « relaxée » mais le Parquet avait fait appel. Trois ans d’acharnement judiciaire, dit Amnesty International. Le mot n’est pas trop fort.

En quoi consistait le délit, selon la justice:

[Martine Landry] est soupçonnée d’avoir «facilité l’entrée» sur le territoire français de deux adolescents guinéens âgés d’une quinzaine d’années. La militante les aurait «pris en charge et convoyé pédestrement du poste frontière côté Italie au poste frontière côté France».

Déjà au procès de 2018 on ne pouvait que conclure à son innocence:

«Il n’y a pas d’infraction. [Martine Landry] a accueilli ces jeunes une fois qu’ils avaient franchi la frontière, mais ne les a pas accompagnés d’Italie jusqu’en France. Elle se trouvait derrière le panneau “France”.»

Les deux garçons venaient d’être renvoyés en France par la police italienne.

Aujourd’hui la relaxe est confirmée et définitive.

Martine Landry (76 ans) peut de nouveau dormir tranquille. 

« Cette décision est un grand soulagement. J’étais convaincue que j’étais dans mon droit d’aider ces enfants. Face aux violations des droits des réfugiés et migrants, j’ai fait et je ferai mon devoir de citoyenne de les aider comme je peux. Aujourd’hui, la fraternité l’a emporté. »

source de la photo Amnesty International. Article du Figaro et France 3.

L comme Léon

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– J’aime ton prénom, dit Madame au petit garçon qu’elle a devant elle pour la toute première fois. C’était le prénom de mon papa.

Petit Léon est un de ces nombreux enfants qui, bien que son école ait rouvert ses portes, n’y retourne pas.
Parce que les locaux ne sont pas extensibles et qu’il n’y ni locaux ni personnel en réserve pour recevoir tous les élèves en respectant les normes de distanciation. Ils sont 28, dans sa classe.
Parce qu’il faut donner la priorité à tous ceux qui pendant trois mois n’ont rien fait. Ou si peu.
Parce que, comme a dit la maîtresse à la maman du petit garçon, il est bien suivi à la maison et peut donc continuer encore un peu à se débrouiller sans son aide.

Et oui, à la maison, il est bien suivi.

Autour de la table où sont étalés ses devoirs, il y a papa, maman et le grand frère.
Chacun donne son avis sur ce qu’est une « phrase déclarative négative ».
Personne n’est d’accord.
Tout le monde s’énerve.
Petit Léon pleure.

– Je vais devenir folle, dit la maman à Madame. Vous le savez, vous, ce que c’est une « phrase impérative négative »?
– Amenez-le-moi, dit Madame, on va voir ça ensemble.

Après les devoirs, Madame ramène le petit Léon chez lui.

– Ça, c’est mon école, dit-il alors qu’ils passent devant.
– Ça ne te manque pas trop, l’école? demande Madame.
– Si! un peu quand même! fait-il avec une conviction qui dément le « un peu ».

Puis il se lance dans des explications très compliquées de récrés séparées, de réfectoire en plusieurs temps, de circulation comme ceci et comme cela et Madame en conclut une nouvelle fois qu’elle a pu prendre sa retraite juste à temps.

L comme lettre

Dans une lettre du 30 janvier 1803 à sa sœur Pauline, Stendhal écrit entre autres ceci:

Je puis te donner comme des vérités générales :

I° Que toutes nos idées nous viennent par nos sens ;

2° Que la finesse plus ou moins grande des cinq sens ne donne ni plus ni moins d’es­prit. Homère, Milton étaient aveugles ; Mon­tesquieu, Buffon avaient la vue très basse ;

3° Que l’éducation seule fait les grands hommes; par conséquent, qu’on n’a qu’à le vouloir pour devenir grand génie. Il faut s’appliquer à une science et la méditer sans cesse. Je te conseille de lire et de mé­diter Plutarque : il t’apprendra en même temps l’histoire, et à connaître les hommes.

Pour acquérir beaucoup d’esprit, il faut beaucoup comparer, c’est-à-dire ob­server, alternativement et avec attention, l’impression différente que font sur toi des objets quelconques.

(http://fr.wikisource.org/wiki/Stendhal_-_Correspondance_-_Tome_I)

Où l’on peut voir que Stendhal est du côté de Leibniz: « L’éducation peut tout: elle fait danser les ours. »

Madame, par contre, est du côté de Voltaire: « L’éducation développe les facultés, mais ne les crée pas. » Et de Henri Michaux: « L’enseignement de l’araignée n’est pas pour la mouche. »

Ceci étant dit, il y aurait bien d’autres commentaires à faire sur cette correspondance entre un jeune homme de 20 ans et sa sœur qui n’en a que trois de moins 🙂

***

Portrait de Pauline Beyle (1786-1857) source ici.

L comme lettre

Elle s’est installée dans la pièce qui lui est réservée pour ses travaux de couture.
Là, personne ne vient la déranger.

Sur ses genoux, elle a posé la souple mallette en tissu à carreaux, une sorte de grande sacoche avec une longue lanière. C’est là-dedans qu’elle conserve ses lettres. 

Chaque lettre est encore dans son enveloppe d’origine. Certaines sont de ce léger papier bleuté avec les bords tricolores: elles ont voyagé en avion.

Elle non. Jamais elle n’a pris l’avion.

Elle aurait bien aimé, pourtant. Voyager.

Mais pour Félix, son mari, il n’est pas question de quitter la maison.
Félix et son jardin potager.
Félix et son pigeonnier avec ses bêtes à concours.
Félix et ses amis qui attendent fébrilement le lâcher de pigeons à Lens.

Alors quand l’envie d’ailleurs devient trop forte, elle se retire dans cette pièce.
Avec ses travaux de couture.
Et la sacoche aux lettres.

Elle a toujours ce doux sourire en les relisant.

***

Je suis prête.

J’ai fait ma mise en plis. J’ai mis mon joli collier. Ma montre en or. Ma robe en soie. Mon rouge à lèvres.

Je suis prête.

Je rassemble les lettres, les photos qu’il m’a envoyées de là-bas.

Il est toujours aussi grand et mince, aussi beau dans son long tablier blanc, les bras fièrement croisés, devant l’entrée de sa boucherie.

Il m’attend et moi je n’attends plus.

J’y vais.

Félix a eu un bel enterrement.

Personne ne s’est douté de rien.

***

merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Les Inconnus sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante :

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».

L comme limbes

Réflexion faite, se dit l’Adrienne en relisant son billet d’hier, je souffrais déjà d’insomnies quand j’étais petite, envahie par une foule de peurs diverses.

Comme celle, très claustrophobe, de se retrouver coincée dans un étroit tunnel sous la terre.

D’être convaincue de la présence de Peitie Baboe dans la chambre, grâce à son don d’invisibilité.

D’être oubliée dans un endroit inconnu, quand emportée par sa curiosité insatiable – ou sa grande distraction – elle se serait trop éloignée de ses parents.

Puis somnoler et se réveiller brutalement, une boule dans la gorge, avec la sensation d’être devenue invalide, incapable de bouger les jambes, de faire un seul pas pour échapper à ses poursuivants.

Et pleurer doucement sous son drap, parce qu’un fois de plus elle a attendu en vain un baiser du soir.

***

texte écrit pour les Plumes d’Emilie – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: INSOMNIE – INVISIBILITÉ – PEUR – INVALIDE – RÉFLEXION – FOULE – ÉQUATION – OUBLIER – CURIOSITÉ – BOULE – TRAIN – TUNNEL – ATTENDRE

Sur les photos, les deux Adrienne, la version mini et la vraie, ma grand-mère, dans son jardin plein de fleurs.

Merci Emilie et tous les autres gentils organisateurs de jeux verbaux sur nos blogs, au train où vont les choses ce sera bientôt le seul plaisir encore permis – et non, je n’utilise pas le mot équation 🙂

L comme les loulous

– Je n’aime pas, dit mémé Jeanne, les hypocrites et les mielleux!

Elle ne disait pas ce mot-là, bien sûr, elle disait « zêêêm smêêêren », ceux qui te tartinent du miel.

– Si je découvre la supercherie, le simulacre, menace mémé Jeanne, c’est fini!
C’est fini, la confiance! C’est fini, l’amour!

Les plus petits, ceux qui sont encore toute transparence, même pas encore capables de camoufler le bonbon chapardé, étaient fort impressionnés.

Les plus grands, hélas, prenaient leur sourire en coin et se regardaient d’un air entendu: radotages de vieille femme, menaces en l’air, pauvres tentatives de traquer le mensonge.

Ils étaient déjà passés maîtres dans ce qu’il fallait taire – ou feindre – pour rester en grâce.

***

Ecrit pour les Plumes d’Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: SUPERCHERIE – HYPOCRITE – MIELLEUX – CAMOUFLER – SIMULACRE – RADOTAGE – TRANSPARENCE – TAIRE – TRAQUER.

L comme lac

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En complet contraste avec l’effervescence qui règne à Ostende en toute saison, le calme et la sérénité du Bosje, principalement autour du plus grand étang.

Avec ses 37 hectares dont 19 sont boisés, 3,25 herbeux, 8 recouverts par l’eau des divers étangs et ses 4 hectares de sentiers de promenades, vous comprendrez que l’Adrienne s’y perd facilement.

C’est dit, elle retourne s’y perdre le 8 février prochain!

***

photo prise le matin du premier janvier… et de grâce, ne me citez pas Lamartine 🙂

L comme laconique

Dans toutes les boites de la rue, une lettre laconique annonce jeudi qu’à partir du lendemain le courrier ne sera plus distribué.

Pour des raisons de sécurité!

« Vanaf 13 december t.e.m. einde werken zal uw straat niet veilig toegankelijk zijn voor uw postbode » A partir du 13 décembre et jusqu’à la fin des travaux, votre rue n’est plus accessible en toute sécurité pour votre facteur.

Par contre, il faut bien qu’elle le soit pour ceux qui y habitent, même pour les mémés se déplaçant avec leur déambulateur, vu qu’ils devront se rendre dans le centre pour aller chercher leur courrier à la poste.

Ceux qui seront le plus à la fête sont les abonnés au journal par la poste… Les portes du bureau ne s’ouvrent qu’à 09.30 h., sont fermées entre 12.30 et 13.30 h. et le soir à 17.00 h.