L comme lundi

85ème tentative de soumettre le 85ème devoir de Lakevio du Goût

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– Pourquoi, demande petit Léon, tout n’est pas gratuit? Ce serait quand même beaucoup mieux!

Madame et lui étaient supposés réviser les sciences, jeudi soir, mais une chose le tracassait: le coût de la vie en général et le coût d’un week-end à la mer en particulier. En caravane louée.

– La dame elle demande 100 € rien que pour l’eau et l’électricité, vous vous rendez compte! C’est vraiment pour les gens riches! Alors ma maman a dit ‘ça va pas être possible’ mais je vois bien que ça la rend triste.

Dans son livre de sciences il y avait quelques pages consacrées à l’apparition de la vie sur la terre, donc Madame lui a fait remarquer à quel point l’homme était récent, finalement, et qu’en effet, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, on devait encore inventer l’argent.

Il soupire un peu à la façon du renard-rien-n’est-parfait et conclut que c’était peut-être mieux de vivre sans avoir besoin d’argent mais qu’il préfère quand même vivre aujourd’hui.

***

« Cette photo illustre le souci qui m’occupe ces temps-ci », écrit Monsieur le Goût, qui a des problèmes de PC et nous a donc donné un devoir un peu différent 😉 Mais ça tombe bien: justement les parents de petit Léon veulent faire de lui un informaticien 🙂

L comme leçon

Mais Madame! où aviez-vous la tête quand vous avez planté votre clématite! déclare Estevan avec le sérieux du professionnel de l’horticulture.

Puis il explique:

– La clématite est une plante grimpante. Ce qui veut dire qu’elle a besoin d’un support.

Il poursuit son exposé avec de grands gestes:

– Ici, elle pend sur le trottoir… et elle va pendre de plus en plus!

Hélas Madame le sait bien.
Que la clématite est une plante grimpante à laquelle il faut un support assez haut.
Et qu’en effet elle n’a pas réfléchi quand elle l’a plantée là, à côté une clôture qui fait à peine un mètre.

– Tu as raison, dit-elle. Tu as entièrement raison.

Et elle rit aux éclats.

ça faisait bien longtemps qu’on ne lui avait plus fait la leçon 🙂

***

la photo de la clématite date de juin 2017.

L comme litanie

Saint Anatole
Ouvrez les écoles

Saint Lombard
Ouvrez les bars

Saint Laurent
Ouvrez les restaurants

Sainte Cléopâtre
Ouvrez les théâtres

Saint Corbières
Ouvrez les frontières

Saint Cochléaire
Organisez des concerts

Saint Plougastel
Offrez-nous des hôtels

Sainte Clémence
Donnez-nous des vacances

Sainte Marie
Faites qu’elles soient infinies

Litanie des confinés, d’après la Litanie des écoliers, de Maurice Carême.

L comme lichette

Le père, on l’a déjà dit ici, c’est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d’une table.

Dans la cuisine, l’Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
« La gastronomie est une science exacte », disait-il.

Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l’heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.

L’Adrienne souriait et se disait qu’elle avait trouvé là l’exact opposé de son père.

Mais elle se trompait.

Elle s’en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l’amie Violeta, et ça s’est confirmé avec la baklawa.

Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c’est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n’y en a jamais assez 🙂
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.

Et c’est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.

***

écrit pour le Défi du samedi: Lichette, ribambelle et fifrelin.
Merci Maître Walrus!

L comme lummelen

© UNSPLASH / KATE STONE MATHESON

Il y a trois mots en L dans l’article et ils sont tous synonymes de lézarder: lummelen, luieren, lanterfanten.
Flemmarder, paresser.

Il paraît que c’est bon pour la santé mentale et pour la créativité.

Par conséquent, c’est ce que nous ferons avec plus de conviction que jamais 🙂

Bonne créativité à vous tous!

***

si l’article entier vous intéresse, je vous l’envoie volontiers.

L comme L’heure, c’est l’heure

61ème devoir de Lakevio du Goût

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Allons bergers partons tous
L’heure nous appelle.
Couvre-feu! on met les pouces!
Faites pas les rebelles.

Une amende c’est bien lourd
Pour se geler dans ce faubourg.
Courons z’au z’au z’au
Courons plus plus plus
Courons au plus vite.
Écourtons la visite.

C’est de saison et Rembrandt, qui savait sûrement qu’on resterait coincé pour Noël avait déjà prévu de bafouer les consignes en matière de « gestes barrière ».
La preuve.
Néanmoins, pour ce dernier devoir du premier trimestre de l’année scolaire 2020-2021, une histoire sur le fameux et si peu suivi « message de Noël » serait bienvenue.

L comme limbes

Figurez-vous qu’en découvrant le mot proposé par Walrus pour le Défi du samedi, l’Adrienne s’est dit que le seul ombilic qu’elle connaissait était celui d’Antonin Artaud.

Façon de parler, bien sûr.

Sinon, pour ce qui est de façon de parler, elle utilise plutôt le mot nombril.

Attention âmes sensibles, la vidéo ci-dessus montre quelques images du Chien andalou de Buñuel.
Vous devinerez bien lesquelles 😉

Pour ceux que ça intéresse, dix des quarante-deux pages de L’ombilic des limbes sont disponibles ici.

Pauvre Antonin!

L comme Léon

Avant que Madame ait le droit d’instruire le petit Léon, sa maman vient comme l’autre fois lui faire passer un test 😉

– Vous savez, vous, ce que c’est des démi… des déter… quelque chose?
– Des déterminants? C’est mon boulot de savoir ça, dit Madame. Envoyez-le-moi!

Petit Léon est un enfant qui stresse déjà pour l’examen de fin d’études primaires qu’il aura en juin. Son instituteur et ses parents y sont pour quelque chose, évidemment.

Il a marqué de quatre étoiles un exercice dont « le Maître » a dit qu’ils en auraient sûrement un de ce genre… en juin.

– C’est bien de le savoir à l’avance, dit Madame pour le rassurer, on a encore des tas de mois pour s’entraîner!

Mais petit Léon, ce qui lui manque le plus, c’est la confiance en lui.

Alors pendant plus de deux heures, sur le canapé de Madame, il s’entraîne à reconnaître verbe, adverbe, adjectif, nom, préposition, conjonction… et déterminants.

Puis, au détour d’un exemple qu’il a choisi – verbe? manger! adverbe? beaucoup! – il confie à Madame que son frère – un grand échalas de seize ans – mange beaucoup, vraiment beaucoup, qu’il vide le frigo et que ça énerve le papa.

– Ah! mais c’est normal qu’il mange tellement! c’est normal à son âge!

Et devant l’air inquiet que garde le petit Léon elle ajoute même la phrase-cliché-qui-tue:

– Il est en pleine croissance!
– Oui c’est vrai, répond-il comme un grand, mais mon papa il se fâche quand même.
– Il a peut-être oublié que lui-même à cet âge mangeait beaucoup aussi, sourit Madame.
– Oh non! il dit qu’à Noël il mangeait deux dindes à lui tout seul!

Madame n’a pas osé rire.

– Deux dindes! elle a dit, en testant une mimique admirative, alors petit Léon ce grand sensible a ajouté:

– J’ai toujours peur, quand ils se disputent, que ça ne s’arrête pas.

***

sur la photo un autre petit Léon, à peu près au même âge, fier de son tout nouveau vélo.

L comme libre

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Quand le train arriva en gare, elle baignait dans une splendide couleur rouge de fin du monde.

Paul vérifia s’il n’avait pas un reste de sandwich mayonnaise au coin des lèvres, éteignit son téléphone et le glissa dans la poche de son imperméable.

Plus le temps de faire un tour aux toilettes pour un petit besoin ou un coup de peigne dans les cheveux. Il espérait que sa raie était restée impeccable.

Il prit le bouquet de petits œillets rouges, dont la fleuriste lui avait assuré qu’ils symbolisaient l’amour passionné et empoigna ses deux valises. Il n’avait jamais réussi à voyager léger, deux caleçons et une brosse à dents, ce n’était pas son truc.

Quand Véra lui sauta au cou, il put constater une nouvelle fois à quel point leurs creux et leurs courbes s’épousaient parfaitement.

– Libre! Enfin libre! riait-elle entre deux baisers, le sein palpitant, la gorge offerte.

Ah! si elle avait su que la chose était aussi simple, elle aurait pris plus tôt ces quelques cours de mécanique auto!

Dire qu’il avait suffi d’un tournevis!

***

Merci à Monsieur Le Goût pour son 48e devoir de Lakevio du Goût.

Mais que diable vient-elle d’apprendre ? Cette toile qu’on pourrait croire de Hopper si cette impression de joie ne venait assurer qu’il ne pouvait avoir peinte vous inspire-t-elle ? Si oui, il faudrait que vous y glissiez les mots :
Amour – Sandwich – Lèvres – Téléphone – Besoin – Tournevis – Caleçon – Seins – Gare – Cheveux – Toilettes.