L comme Lumpen

Nos gares sont de splendides monuments, les plus anciennes ont des airs de cathédrales romanes, les plus récentes semblent des fuselages aéronautiques, toutes sont des lieux de passage, on s’y quitte on s’y retrouve on s’y presse on s’y dépêche.

Mais dans les recoins, là où vous n’allez pas, là où vous ne regardez pas, il y a ceux qui ne vont nulle part.

Ils s’y sont installé un carton, une couverture, un sac fourre-tout.
Ils font les poubelles.
Ils marchandent avec les dames pipi.

Ils sont le désespoir assis sur un banc.

Ils sont les Lumpen.

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Écrit pour Bricabook 422, qui a arrêté trop longtemps ses activités et qu’on remercie d’avoir repris 🙂

L comme Lourdes

Il faut croire aux miracles.

C’est pour ça que tant de gens vont à Lourdes, n’est-ce pas ?

Et ici le premier miracle a déjà eu lieu avant qu’on ne parte : que mon épouse accepte de quitter sa maison pour plus de huit jours !

– On pourrait partir tous ensemble, lui avais-je dit il y a quelques mois, toi et moi, notre fille, notre gendre, ses parents et sa petite sœur, qu’est-ce que tu en dis ?
– Même pas en rêve ! qu’elle m’a répondu.

Ah ! Je ne vous dis pas le nombre de fois que j’ai dû entendre « Ça ne se passera JAMAIS ! », mais elle a fini par céder quand je lui ai annoncé que le but du voyage était Lourdes.

La constance, y a que ça de vrai.

Bref, un événement que je tenais à immortaliser par une belle photo et l’occasion s’en est présentée au cirque de Gavarnie.

On est descendus du bus, les jeunes mariés, mon épouse et moi, les parents et la petite sœur de notre gendre… et là, PAF ! Trois olibrius à lunettes sont venus se poster à côté de nous, des gens avec qui on avait à peine échangé un bonjour ou un bonsoir!

La moutarde m’est montée au nez – oui, je suis comme ça et mon épouse me connaît bien, elle a réagi au quart de tour – elle m’a dit un truc dont je ne me souviens même pas, genre « On ne va pas en faire un fromage », mais en plus convaincant.

Alors on a tous pris la pose et fait un beau sourire, même les trois olibrius, à qui mon épouse tourne légèrement le dos, histoire de bien montrer que nous n’avons rien en commun.

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Texte écrit pour cette consigne de Joe Krapov – merci à lui – avec une photo de famille qui avait déjà servi à une krapoverie de 2016 et six des phrases qu’il proposait au choix:

Ça ne se passera jamais
Nous n’avons plus rien en commun
La constance, y a que ça de vrai
Il faut croire aux miracles
Même pas en rêve
On ne va pas en faire un fromage

L comme littoral

N’est-ce pas qu’il est beau, le littoral, vu depuis le sentier des dunes (GR 5A) entre Ostende et Bredene?

Une belle promenade samedi matin, avec une météo ‘anormale’ pour un 12 novembre, qui donne l’occasion d’un billet qu’on aurait aussi pu appeler ‘L comme léger’.

De boog kan niet altijd gespannen zijn‘, comme on dit chez nous, ‘l’arc ne peut pas toujours être tendu’, et paraît-il qu’on le disait déjà chez Horace, ‘Non semper tendit arcum Apollo

Bref.

Espérons que monsieur le Goût reprendra du service pour lundi prochain 🙂

Bonne journée à tous!

L comme lace

L’anglais, disait le père de l’Adrienne, dans notre pays aux trois langues officielles, « il met d’accord tout le monde ».

Aussi est-ce le mot anglais lace, dentelle, qui a été choisi pour le festival de textile dans la ville cet automne.

Et de la dentelle, on en voit partout: dans les divers lieux sélectionnés pour l’expo, dans les parcs, les arbres, les étangs, jusqu’au-dessus des balançoires (clin d’œil à Loulou)

Partout, sous toutes les formes, dans toutes les matières.

Et c’est joli.

L comme Laetitia

Il en avait déjà été question ici, de Speculoos et de Trappist, et cette fois encore il s’agit d’une nouvelle fracassante – en tout cas l’Adrienne la trouve fracassante, cette nouvelle découverte dans l’exploration spatiale par les télescopes belges: trouver des planètes situées à plus d’une centaine d’années lumière de la terre, c’est de la physique qui devient de la métaphysique.

Bien sûr, dans la presse on retient surtout que c’est une « super Terre potentiellement habitable« 

Bref.

L’équipe de l’université de Liège est dirigée par Laetitia Delrez et ceux que le sujet intéresse peuvent lire toute l’info ici, sur le site de l’université de Liège, d’où vient aussi la photo d’illustration.

L comme lalalalalala

C’est grâce au concert du groupe Jiraan puis à leur CD Sirto que l’Adrienne a découvert ce chant traditionnel bulgare.

Elle a évidemment cherché les paroles et même tenté de les apprendre mais elle se contente généralement de chanter lalalalala.

Depuis des semaines 🙂

Elle ne peut malheureusement pas vous le faire écouter dans la magnifique version de Jiraan vu que ce n’est pas disponible parmi les vidéos qu’ils proposent sur leur site.

Elle ne vous le montre pas non plus dans la version Sylvie Vartan émotionnée par son retour en Bulgarie, la qualité du film et du son est trop mauvaise.

Reste celle-ci, avec des sous-titres en anglais, grâce auxquels vous comprendrez que ce n’est pas seulement le petit air qui plaît à l’Adrienne 🙂

Oui, qu’elle est belle, la forêt.

Espérons qu’on puisse continuer à en parler au présent.

L comme Love

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Déjà en 2018 le même trio de chercheurs avait publié « Why we love bees and hate wasps« , ‘pourquoi nous aimons les abeilles et haïssons les guêpes‘ et c’est en voyant des guêpes déguster une de ses figues que l’Adrienne a de nouveau voulu se renseigner sur ces petites bêtes qui font peur – oui, à elle aussi! – et dont autrefois, dans le jardin d’avant, elle a fait détruire des nids.

A tort, probablement, même si sa principale motivation était le fils numéro deux des voisins, allergique aux piqûres de guêpes.

Pour convaincre les gens de leur utilité, de leur valeur pour l’écologie et donc pour l’homme, les trois chercheurs ont poursuivi leurs travaux et publié une étude qui prouve leur rôle positif, important, dans l’écosystème.

Car si on est conscient aujourd’hui qu’il faut sauver les abeilles, c’est surtout grâce aux chiffres qui doivent prouver leur valeur ‘marchande’: il paraît que pour les abeilles, elle s’élève à 250 milliards de dollars par an, aucune idée comment on arrive à ce calcul, mais soit 😉

Alors qu’en est-il pour les guêpes?

Pourquoi faudrait-il aussi aimer les guêpes?

En gros, parce qu’elles pollinisent 798 sortes de plantes de 106 familles différentes, se nourrissent d’insectes nuisibles à nos cultures et ont un grand potentiel pharmacologique et médicinal.

Conclusion: l’Adrienne leur laissera quelques figues.

Ce serait bien si elles choisissaient celles qui lui sont inatteignables, au lieu de prendre celle qui est sous son nez, près de la porte de la cuisine 😉

L comme Liszt

– Ce piano, explique-t-il en montrant le Carl Bechstein Konzertflügel de 1870, un des nombreux instruments de sa vaste collection, ce piano ne peut être comparé à aucun instrument moderne, qui ressemblent tous à des produits ikea.

Oui, il a dit ikea 😉

Pourquoi?

Par exemple, parce que tous les bois sont « séchés » en quelques minutes dans des machines qui ne les sèchent pas à cœur et que tous les fabricants de pianos ne trouvent la « matière première » que chez deux fournisseurs au monde, de sorte que tous ont à peu près la même qualité, le même son.

Voilà qui a fait plaisir à l’Adrienne, qui trouvait déjà fort excessif d’avoir à débourser mille euros pour son Roland 😉

– Celui-ci, poursuit-il, c’est une qualité comme on n’en fait plus. Un jour qu’on l’a transporté de Belgique au Portugal, par camion, en plein hiver, l’accordeur qui l’attendait à Lisbonne a cru qu’on avait voulu se moquer de lui. « Vous me faites venir pour accorder un piano mais il n’y a rien à accorder! Le son est parfait! Vous vouliez tester mes compétences, c’est ça? » Il a fallu lui expliquer qu’en effet, ce piano ne « bougeait » pas malgré le transport. Une perfection de son.

Bref, le concert était instructif, le lieu enchanteur et l’Adrienne fort heureuse que de grands musiciens veuillent se produire dans sa petite ville 🙂

L comme laconophilie

S’il faut en croire les spécialistes, l’image que nous avons de Sparte – la Sparte antique, ses lois et son système éducatif, par exemple – serait plus un mythe qu’une vérité historique.

Mais ce mythe a la vie dure, voyez par exemple ce que signifie encore aujourd’hui l’adjectif ‘spartiate’ avec ses relents d’austérité et de patriotisme.

Platon et ses disciples ont fortement contribué à ce mythe, repris ensuite par Rome au moment où elle prêche une sorte de retour aux « valeurs d’antan ».

Comme on peut le lire ici, la laconophilie des temps modernes a pris quelques chemins discutables.

Mais que peut-on attendre d’autre d’une idéologie, n’est-ce pas?

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photo prise à Sparte près du nouveau stade, le 30 avril dernier. Vous aurez sûrement reconnu le héros des Thermopyles 🙂

L comme langue

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

Une petite fille déjà obèse se tenait au milieu du trottoir, refusant de bouger.
Cris, pleurs, dans sa jupette en tulle rose et son T-shirt I am a little Princess.
Rose aussi, évidemment.

Deux ou trois mètres plus loin, la maman avec la poussette du petit frère attendait que l’orage passe.

Pourquoi pleure-t-on avec une telle conviction rageuse, quand on a cinq ans et qu’on est en pleine rue? se demandait l’Adrienne, qui avait comme d’habitude très envie d’intervenir.
Un sourire, un « bonjour, Princesse! » font parfois des miracles.

La maman exhortait la petite dans une langue que l’Adrienne n’a pas réussi à « classer », ce n’était ni une langue germanique, ni romane, ni slave, ni de l’arabe…
Le temps d’analyser la situation pour évaluer si on avait plus de chances d’être comprise avec un « Dag, Prinses! » ou un « Bonjour, Princesse! », l’Adrienne était passée, avec ses deux sacs de courses aux épaules, et la Little Princess hurlait toujours.

Cette langue-là est universelle.