Dernier témoin

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Dans une des premières vitrines de l’expo consacrée à Marie-Antoinette (à la Conciergerie jusqu’au 26 janvier 2020) on peut voir la chaussure qu’elle a perdue en montant à l’échafaud et qui a déjà fait l’objet d’une expo à Caen, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Christine Orban, dans Charmer, s’égarer et mourir (Albin Michel, 2016), y consacre un chapitre.

« Hier, j’ai feuilleté le catalogue des Beaux-Arts, conçu par Alain Tapié.

Il représente sous tous les angles le soulier que M.A. (1) perdit sur l’échafaud. J’ai utilisé ma loupe, retourné les dessins comme un détective examine les photos d’un cadavre. Bout pointu, replié en son extrémité, nombreuses cassures, tissu effiloché. Le soulier semble moribond, comme celle qui le portait en ce jour funeste. » (p. 53)

Pointure 36,5 et talon de six centimètres, jaune vernis bordé de soie verte et avec une passementerie froncée sur le devant. Cette description est confirmée par le témoignage laissé par Rosalie Lamorlière, la servante de la prison, témoignage retranscrit par Lafont d’Aussonne:

« Pour aller à la mort […] elle conserva ses bas noirs et ses souliers de prunelle qu’elle n’avait point déformés, ni gâtés depuis soixante-seize jours qu’elle était avec nous. » (p. 59)

L’auteur décide d’aller le voir de près, à Caen où il est exposé à ce moment-là.

Ces jours-ci, vous pouvez donc l’admirer à la Conciergerie (désolée que la photo soit de si piètre qualité, mettons ça en partie sur le compte du mauvais éclairage :-)) mais il y est bien peu mis en évidence: il y a tant d’autres choses à dire et à montrer…

(1) l’auteur a décidé d’appeler Marie-Antoinette ‘M.A.’ dans son livre – toute l’info sur le site de l’éditeur Albin Michel et premières pages à lire ici.

 

 

Dernière commande

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Vous vous souvenez que l’Adrienne a décidé de prendre des cours particuliers de piano? Chez une ancienne élève?

A leur premier rendez-vous, la prof conseille à l’Adrienne d’acquérir l’ouvrage ci-dessus: vu qu’elle est fan de musique classique, il devrait lui convenir.

L’Adrienne toute contente se précipite le jour même chez son vendeur de piano pour le commander. C’était le 13 juin.

Bon, vous la sentez venir?

Le 20 juin, l’Adrienne avait son deuxième rendez-vous avec sa nouvelle prof.

– Je n’ai pas encore le livre, lui dit-elle d’emblée. Je l’ai commandé mais il n’est pas encore arrivé.
– Ah, dit la prof avec un fin sourire, tu l’as commandé en magasin.

Ce n’était même pas une question.

– Moi, ajoute-t-elle, je commande toujours sur internet. Et normalement je l’ai en trois jours maximum.

Mais l’Adrienne – on ne se refait pas – est tout à fait opposée à ce genre de commerce, pour un tas de raisons humaines, économiques, écologiques.

Les semaines ont passé, le livre n’arrivait pas, l’Adrienne est partie dans le Yorkshire le 3 juillet.

A son retour, elle a téléphoné à son vendeur de piano.
Pour tomber sur un répondeur lui disant que le magasin sera fermé jusqu’au 21 août.

Qui c’est qui va bien rigoler?

La prof, que l’Adrienne revoit demain 🙂

source de la photo ici.

Dernière fois

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Avec sa classe de cinquième (la Première, en France), Madame termine le programme de littérature, ces quelques poèmes choisis parce qu’ils sont beaux et représentatifs, en un mot: incontournables.

Vendredi dernier, elle leur a donc servi Demain, dès l’aube… et mardi Le dormeur du val.

– Est-ce que vous voyez des liens, des points communs avec d’autres textes que nous avons lus? demande Madame.

– Ça parle de la mort, répond Yorrick.

Alors Madame pense à François, comme chaque année au moment de lire Le dormeur du val.

Et dans ce silence si spécial d’une classe qui écoute un témoignage personnel, Madame raconte François, son cancer fulgurant, et ses doutes à elle, concernant son programme de littérature et la présence du thème de la mort.

– Je suis allée trouver mon directeur de l’époque, explique Madame, pour lui demander conseil. Il avait été mon propre prof de français. Qu’est-ce que je dois faire, lui ai-je dit, Demain dès l’aube, Le dormeur du val, tout ça parle de la mort d’un jeune. Et le directeur a répondu: c’est normal, oui c’est ainsi, toute la littérature, tout l’art parle de la mort, de notre finitude.

– Vous comprenez, poursuit Madame, que ça ne m’a pas trop aidée. C’est vrai que tout, finalement, parle de la mort, même l’Ode à Cassandre que nous avons lue: même le Carpe diem veut en fait dire « vis aujourd’hui parce que demain tu n’y seras peut-être plus ».

– Alors, termine Madame, c’est à François lui-même que j’ai exposé mon problème…
Et il m’a dit: « Ne vous inquiétez pas pour ça ».

Derniers 100 jours

Comme le veut la tradition, nos élèves de sixième (la Terminale, nous ne comptons pas à l’envers) ont fêté en ce mois de mars leurs 100 derniers jours en secondaire.

Chants, danses, déguisements, spectacle humoristique et musical étaient au rendez-vous, sur un thème choisi pour la quatrième fois au moins au cours de la longue carrière de Madame: le far west, avec des cow-boys, des indiens, et les inévitables frères Dalton 🙂 

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A sept heures du matin, il y a encore quelques bricoles à régler mais tout finira par s’arranger, dans la joie et la bonne humeur, sauf peut-être pour quelques victimes de pistolets à eau… qui auront leur revanche quand ce sera leur tour de fêter leurs derniers 100 jours 🙂

Première ou dernière?

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On regarde avec ravissement tomber la première neige.
C’est toujours aussi féerique et les amies de l’Adrienne ne manquent pas de souligner que maintenant qu’elle habite en ville, elle n’a plus de souci à se faire pour les déplacements, comme à l’époque où elle vivait sur « sa montagne« . Elle peut donc en jouir sans arrière pensée, même si c’est infiniment moins joli qu’en pleine nature.
On se demande si cette première neige tant attendue – après la météo « ridicule » qu’on a eue en Islande, aux dires des Islandais eux-mêmes – sera aussi la dernière, comme il arrive souvent. On est déjà à la fin du mois de janvier et les crocus montrent le bout du nez.
On se sent en complet accord avec la lectrice de Lali, avec ses guirlandes de Noël allumées fin janvier, délaissant son livre, oubliant sa boisson chaude, entièrement prise par le spectacle des flocons, leur blancheur, leur légèreté trompeuse.
Et c’est justement parce qu’on ne sait pas si cette première neige sera aussi la dernière de la saison, qu’on s’en remplit les yeux avec tant d’avidité.
***
Photo et consignes chez Lali, que je remercie: « Les montagnes de neige, les trottoirs glacés et glissants, le froid qui brûle les joues, le vent qui traverse les vêtements, rien de tout cela ne donne envie de mettre le nez dehors en ce dimanche. Je resterai donc bien au chaud, comme a choisi de le faire la lectrice de l’illustratrice russe Margarita KukhtinaÀ vous maintenant de vous approprier la lectrice, de vous glisser dans l’illustration, de la raconter en vos mots. » 

Dernière photo

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Vous qui connaissez l’affection particulière de l’Adrienne pour les vieilles cheminées d’usine qui émergent du paysage urbain, vous comprendrez sa stupeur – et ses tremblements – quand un matin tôt de la mi-décembre, en se rendant à l’école, elle a vu cet engin en train de déchiqueter l’ancienne usine textile qui avait toujours été bien cachée derrière d’épaisses haies et de grands arbres, dont un très beau noyer et un immense saule pleureur.

Deux jours plus tard il ne restait que des gravats.

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Et le vendredi avant Noël, place nette était faite pour pouvoir remplacer cet exemple de patrimoine industriel par de grands ensembles d’appartements, sur le site désormais pompeusement appelé ‘PARC’.

Bien sûr, on ne peut pas tout garder, tout conserver.

Bien sûr, il en reste encore.

Mais comme disait grand-mère Adrienne: qui donc va venir habiter dans tous ces appartements qu’on ne cesse de construire?

La réponse est venue presque aussitôt, par un petit type mal fagoté ne se déplaçant que sur une vieille bicyclette rouillée:

– Vous avez vu? Ils y ont commencé! Je me suis acheté un appartement, là!