Première fois

La carissima nipotina a suggéré quel cadeau lui ferait plaisir pour Noël: des photos dûment imprimées au lieu d’être envoyées de manière virtuelle.

De vraies photos qu’elle pourra mettre au mur, dans des cadres, des albums.

Le jour même – c’était à la mi-novembre – l’Adrienne se met au travail.
Recherche des sites où on peut tout envoyer pour créer des albums ou faire imprimer des photos.
Il y en a même qui livrent en magasin.

Formidable.

C’est une chose qu’elle n’avait encore jamais faite, elle a donc un peu décidé au hasard à qui elle confierait la commande.
Elle y passe évidemment une paire d’heures.
Ceux qui ont déjà recherché dans leur « collection » toutes les photos où on voit une certaine personne le comprendront tout de suite: ça prend du temps.
Ouvrir chaque fichier marqué ‘Ostende’ ou ‘nipotina’, ceux qui regroupent les photos du temps de la maison dans le vert paradis et ceux de la maison en ville…
Dans tous ceux-là on peut trouver des photos de la nipotina.

Puis l’Adrienne a encore une idée géniale 🙂

Elle fera de même pour tante Suzanne!
Justement, le premier décembre, c’est son anniversaire.

Just in time, se dit l’Adrienne, se fiant aux promesses du site: dans trois jours ouvrables vous aurez votre commande en magasin.
Maximum quatre.

Las! vous qui connaissez la vie, vous avez déjà deviné la suite.
Ni trois ni quatre ni huit jours plus tard…

Je hebt het nog tegoed, a-t-elle écrit sur la carte d’anniversaire.

Espérons que ce soit en ordre pour Noël 😉

***

Je hebt het nog tegoed est une de ces expressions qui ne se traduisent pas littéralement.
C’est quelque chose comme « tu ne l’as pas encore eu mais ça te revient et tu vas l’avoir »

Première fois

On écrit aux absents
Thomas Vinau

On écrit aux absents 
on leur écrit des lettres 
dans nos têtes 
des messages sur les réseaux
que les autres liront
on leur écrit avec nos yeux 
qui se laissent perdre
au fond du ciel
ou devant une photo
on leur écrit
sans ne rien dire
ou en disant à tout le monde 
sauf à eux
on leur écrit dans la lumière
de l’aube et du crépuscule
dans les fossés lorsque l’on marche
sans aller nulle part
dans l’automne lie de vin
des feuilles qui tombent
dans l’hiver silencieux
dans les pétillements doux 
et violents
du printemps 
dans l’éternité de l’été
on leur écrit
des mots de rien
des phrases simples
qu’il nous aura fallu 
la moitié d’une vie 
à atteindre
on leur écrit 
qu’il n’y a que le temps
qui sauve 
de l’amour
et qu’il n’y a que l’amour
qui sauve 
du temps

De Thomas Vinau, sur son blog.

Première fois cette année qu’il n’y a plus que l’Adrienne pour aller dire bonjour au grand-père paternel, à la petite Ivonne et aux deux petites sœurs, au vieux cimetière.

Premier!

Dans une de ces nombreuses écoles où Madame a été réaffectée, il y avait deux Rita au secrétariat, et ce qui faisait beaucoup rigoler – elles les premières – c’est que l’une s’appelait Van Boven (d’en haut) et l’autre Van Beneden (d’en bas)

Alors quand Madame a vu sur le site d’Ostende qu’un certain Pierre-Joseph Van Beneden avait fondé le premier laboratoire et le premier aquarium destinés à l’étude de la biologie marine, en 1843, elle a d’abord pensé aux deux Rita avant de s’intéresser à Pierre-Joseph 🙂

Qui pourtant vaut plus que la peine qu’on le sorte de l’oubli!

Comme disent dédaigneusement nos voisins hollandais, vous les Belges, vous ne savez pas vous vendre 😉

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L’illustration (source ici, où on peut voir aussi un portrait du monsieur) montre l’emplacement de cet institut, au 19e siècle, sur l’Oosteroever d’Ostende, dans l’huîtrière de la famille Valcke-Deknuyt.

Premier baiser

Malgré la chaleur qui humidifie chemise et T-shirt, ils se tenaient collés-serrés, main dans la main, sa tête à elle lovée dans son cou à lui, là où quelques poils de barbe chatouillent agréablement la peau.

Ils étaient en arrêt devant un tableau dans un cadre doré qui ne lui convenait pas du tout. On y voyait un couple enfoncé dans la douceur des draps, des oreillers et de leur étreinte.

Un léger parfum d’érotisme s’en dégageait.

– Il paraît, finit-elle par dire, alors que lui était précisément en train de rêver à leur premier baiser, et peut-être aussi au prochain, il paraît que Toulouse-Lautrec aimait les rousses. Qu’est-ce que tu dirais si je me teignais les cheveux en roux?

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Merci à Monsieur le Goût pour son 133e devoir:

Cette toile de Joseph Lorusso, comme celle de Karin Jurick que je vous ai proposée la semaine dernière, montre un tableau intitulé « Le Baiser ». Il n’est pas peint par Klimt mais par Toulouse Lautrec.
Vous inspire-t-il ? Je vous le propose comme « devoir de vacances ».
Et pour ce « devoir de vacances » ce serait gentil si vous vouliez bien user des mots suivants : oreiller – douceur – roux – parfum – chatouillent – main – chaleur – cou – cadre – T-shirt.

Première fois

La première fois que l’Adrienne a entendu parler de chiens tirant des charrettes, dans sa Flandre jusqu’aux années de l’entre-deux-guerres, c’était dans un article sur le Japon.

Pourquoi les touristes japonais sont-ils pris d’une si grande émotion devant le tableau de Rubens exposé à la cathédrale d’Anvers, La Descente de croix?
Pourquoi, quand ils savent que tu es Flamand(e), commencent-ils à te parler d’un chien qui s’appelle Patrasche?
Et pourquoi s’étonnent-ils que tu ne le connaisses pas?

Et bien, parce qu’il s’agit du personnage d’une histoire écrite au 19e siècle, en anglais, qui a apparemment un succès énorme auprès des écoliers japonais et américains mais qui n’a été traduite en néerlandais qu’en 1987.
Même les nombreuses versions filmées n’étaient pas parvenues jusqu’ici.
Une histoire larmoyante d’un petit orphelin et son chien dans une Flandre anversoise imaginaire.

En 2007, deux réalisateurs de documentaires se posaient encore la question: comment se fait-il qu’une histoire si connue dans de nombreux pays n’intéresse personne chez nous?

Bref, en visitant l’expo consacrée aux photographes ostendais, Maurice et Robert Antony, l’Adrienne n’a pas manqué de remarquer les charrettes tirées par des chiens, comme sur l’illustration ci-dessus, une photo du 4 juillet 1924.

Généralement un ou deux chiens, toujours avec muselière, tirant la charrette du laitier, du charbonnier, du poissonnier, du chiffonnier…

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Expo photos de Maurice et Robert Antony à Ostende jusqu’au 5 novembre 2022, info ici.

Première découverte

C’est aussi grâce au généalogiste dont il était question dans le billet d’hier que l’Adrienne a pu découvrir qu’une légende familiale n’était pas une légende, en fait.

Une première découverte!

En effet, une grand-tante côté paternel prétendait que si quelques-unes des descendantes de l’arrière-grand-père Ernest avaient les yeux si sombres et les cheveux si bruns, c’est parce qu’il y avait « du sang espagnol » dans la famille.

Une affirmation qui faisait toujours se soulever les épaules et lever les yeux au ciel, en premier lieu chez le père de l’Adrienne – il faut bien qu’elle tienne de quelqu’un son côté « saint Thomas », comme dit sa mère.

Bref, personne n’en avait la preuve.

Mais maintenant la preuve est là.
Même s’il faut remonter si loin que le lien avec les yeux sombres en devient de plus en plus ténu, mais soit: il y a du sang espagnol.

Essayez de suivre 😉

L’arrière-grand-père de l’arrière-grand-père Ernest s’appelle Natal. Né en 1762.
Ce prénom, assorti à un nom de famille flamand, avait semblé bizarre à l’Adrienne.
Aujourd’hui, tout s’explique: la maman de Natal a comme nom de famille García.

CQFD.

Avec encore une fois de nouvelles questions qui se posent, quand comment pourquoi Ana Josepha García est arrivée en Belgique…

(et non aucun rapport avec un sergent californien)

***

sur la photo, la très brune petite Ivonne posant fièrement avec son mari et leur premier-né, l’été de 1925.

Premier

source ici (récap en 70 titres lors de ses 70 ans)

Le premier, c’était beau-papa.
Au téléphone, belle-maman exultait:

– C’est positif, a dit le docteur, donc tout va bien!

Elle avait compris ce que tout proche aime comprendre: les tests sont positifs, donc c’est bon.
Mais bien sûr, en jargon médical « positif » veut dire mauvais.

Jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne comprend pas comment le médecin, qui a dû assister à une explosion de joie, lui aussi, vu que belle-maman avait l’émotion explosive, comment il n’a pas rectifié le tir.

Le premier, donc, c’était beau-papa.
Après, bien sûr, il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres.
De toutes les sortes.
Des rapides-fulgurants et des sournois-faux jetons, qui te font croire « en rémission » pour t’anéantir plus fort après des opérations et des thérapies qui te mettent le peu de vie qui te reste complètement à l’envers.

Bref, c’est à lui l’Ostendais et à tous ceux qui ont suivi que l’Adrienne a pensé, père, oncle, tantes, amies, élèves… après avoir entendu la triste nouvelle qu’Arno avait succombé, lui aussi, malgré ses efforts pour rester en vie.

Premier avril

– On a tous reçu un mail de la direction, raconte collègue-amie, pour nous dire que le premier avril on doit libérer le parking de l’école avant dix-sept heures. On a cru que c’était un poisson d’avril, mais non! c’est pour le tour de Flandre!

En effet, le lendemain les seize mille amateurs inscrits (1) pour effectuer le parcours vont terroriser (2) la ville toute la journée.
Le surlendemain ce seront les pro, précédés et suivis de colonnes de voitures tonitruantes, de motos vrombissantes et survolés par les hélicoptères de la police et de la presse.

Bref, ce sera joyeux.

Surtout chez les voisins, qui devront régler leur sono encore plus fort que d’habitude 😉

***

(1) et, on peut le supposer, des non inscrits qui en profiteront pour passer avant et après…

(2) en néerlandais pour ‘wielertourist‘ (cyclotouriste) on dit généralement par moquerie (et critique) ‘wielerterrorist‘ (cycloterroriste)

Première fois

C’est bien la première fois depuis 1992 que l’Adrienne est (un tout petit peu) contente que sa bien-aimée grand-mère ne soit plus là.

Plus là pour voir et entendre les actualités du jour, elle qui était angoissée à chaque sursaut de guerre froide.
A chaque fois que des politiciens faisaient de ronflantes déclarations sur la paix dans le monde.

Ce pauvre Neville Chamberlain a eu droit aux sarcasmes du grand-père pendant exactement cinquante ans.

On peut être sûr que son nom tomberait aujourd’hui également, si les grands-parents étaient encore là.