Première fois

Il faut une première fois en toute chose, se dit l’Adrienne en refermant la porte avec un sourire.

Et elle a une pensée pour son grand-père, le jour où petit cousin Alain avait employé le mot ‘vieux’ mais s’était très vite repris avec un ‘pardon! je voulais dire troisième âge!’ – ‘Ah! je préfère ça!’ avait répondu grand-père.

– Je suis venu vous dire, venait de déclarer Estevan au travers de son masque, que par respect pour vous, je ne viendrai plus me faire aider pour mes cours. On doit prendre soin des personnes du troisième âge.

L’Adrienne a eu envie d’éclater de rire mais comme il était très sérieux, elle l’a simplement remercié de cette marque de respect 🙂

Première rencontre

Les Belges, selon les dires de Tshiamuena, avaient débarqué dans son patelin à la faveur des vaccins contre la varicelle. Quatre ou cinq médecins stagiaires qui devaient traiter une centaine de mômes. Alors qu’elle vadrouillait dans son village, elle était tombée nez à nez avec l’un d’eux. – Tu as quel âge? Elle n’avait pas su comment réagir. Elle avait souri du bout des lèvres. Tout en tremblant de peur, elle s’était efforcée de soutenir le regard de l’homme. Depuis sa naissance, c’était la toute première fois qu’elle croisait un Blanc. Ses parents, ses oncles, ses tantes, ses nièces, ses cousins, également. Comme la majorité des gens de son village. […]

Lorsqu’un marchand, en rentrant de ses pérégrinations, avait confirmé non sans tristesse que les Blancs se servaient de morceaux de métal pour manger, il avait déclenché une hilarité sans précédent. Pendant plus d’une année, lorsque le type revenait sur ce fait divers, on s’éclatait jusqu’à rouler par terre. […]

Comme l’homme blanc arrivait par la mer, le fleuve ou l’océan, des rumeurs circulaient selon lesquelles c’était un animal marin qui après des années de solitude et de putréfaction corporelle s’était décidé à sortir des eaux à la recherche d’une vie meilleure sur terre. On assimilait l’homme blanc à un revenant ou même à un ancêtre – succombé par noyade ou de mort naturelle -, qui à l’issue d’un séjour aquatique prolongé avait perdu la couleur de sa peau […]

Fiston Mwanza Mujila, La Danse du Vilain, éd. Métailié, 2020, p.69-71

Le premier billet sur ce livre est ici.

Première fois

Reprendre le train après sept mois, c’est comme une « première fois ».

C’est avec le masque.
C’est avec la distance.
C’est avec un contrôleur qui ne touche pas le billet mais y jette juste un regard, de loin.
C’est un peu spécial comme ambiance.
Un peu bizarre.
Les gens s’observent.

Bref, on est content d’avoir laissé la voiture, finalement, et d’avoir pu lire tout son saoul pendant des heures 🙂

Première fois

Le 26 août, dit la mère de l’Adrienne, il y a réunion du syndic, tu devras y aller à ma place.

Normalement cette réunion aurait dû avoir lieu en mars, mais à cause du covid elle avait été reportée.

L’Adrienne s’y est donc rendue, munie d’une procuration et d’une foule de recommandations.
Qu’on pouvait résumer à une seule: voter contre tout ce qui coûterait de l’argent.

Mais toutes ces précautions étaient bien inutiles, les propriétaires des autres appartements appuyaient à qui mieux mieux sur la pédale de frein dès qu’il s’agissait d’investir un euro.

Sauf en ce qui concerne l’ascenseur, qui a besoin depuis longtemps d’une vraie réparation.
Chacun a donc reçu un papier précisant sa quote-part en fonction de la taille de l’appartement.

– Et moi qui suis au premier et qui ne l’utilise jamais, demande N***, je n’ai pas droit à une ristourne?

Le syndic a choisi d’en rire.

– Ben quoi, a fait N***, on peut toujours demander…

***

peinture de Banksy – photo prise à Paris à l’automne dernier.

Premier téléphone

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Souvent l’Adrienne repense à ce temps béni où le seul téléphone dans la rue était celui des voisins, Albert et Julia, chez qui chacun se rendait quand il fallait appeler un médecin d’urgence.

C’est à peu près la seule raison d’utiliser un téléphone, dans la rue de mini-Adrienne, vers 1968: pas question de faire du blabla, de discuter longuement – c’est cher, le téléphone, lui explique-t-on – d’y exercer son bagou de baratineur, d’y déverser des flots de paroles ou d’y tenir de grands plaidoyers.

Pour tout cela, on a le contact en face à face.

Qui permet la mimique, la gestuelle, les circonlocutions…

Et pour ceux qui habitent loin, demanderez-vous?

Même pour ceux-là, pas besoin du téléphone. Grand-mère Adrienne sait qu’elle les verra sans prendre rendez-vous.

Ils viendront le premier de l’an lui porter leurs vœux.

Ils viendront le dimanche de la Trinité, jour de la fête de la ville, voir le cortège (et manger des tartes).

Et le dimanche de la kermesse d’hiver.

Ils trouveront chaque fois porte ouverte et table bien garnie 🙂

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – merci Emilie! – avec les mots imposés sur le thème ‘bla-bla’: CIRCONLOCUTION – BARATINEUR – TÉLÉPHONE – DISCUTER – BAGOU – PLAIDOYER – PAROLE – PIROUETTE.

L’illustration a déjà servi pour le jeu de Lakévio

Premières fois

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Voir le héron dans le ruisseau ou les étangs derrière l’académie de musique, ce n’est pas nouveau.

Mais en voir un dans le centre ville, au bord de l’étang entre le musée et la bibliothèque, surtout un samedi matin, jour de marché, c’était si étonnant et si neuf que l’Adrienne a d’abord cru que c’était une statue.

Ce n’en était pas une et la photo aurait été très belle, prise à si peu de distance, d’une bête parfaitement immobile et prenant la pose, cou et bec bien tendus, malheureusement l’Adrienne n’avait ni appareil ni smartphone…

Par contre à Ostende le 13 juin dernier, elle avait tout ce qu’il fallait pour saisir cet autre instantané de vie animale en centre ville: une mouette est entrée d’un pas décidé dans une maison, comme si c’était la sienne, surveillée par un chat mollement allongé à l’ombre du mur.

***

et dans la même veine, cette heureuse constatation: les passages à faune au-dessus du ring bruxellois sont intensément utilisés par les animaux

Premier juin

devoir de Lakvio du Goût_41.jpg

Nadège, comme dirait son père, elle n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

Mais elle a des jambes magnifiques.

Et c’est là qu’elle peut s’avérer utile, surtout si vous lui mettez sa petite robe jaune, celle avec les épaules dénudées. 

Vous l’emmenez à votre partie de golf.

Vous lui montrez où elle doit se tenir.

Et sur un signe convenu, elle soulève sa petite robe, esquisse une élégante pirouette… 

Nadège, ses jolies jambes et sa petite robe jaune, on n’a rien trouvé de mieux pour déconcentrer l’adversaire au moment suprême.

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Merci à Monsieur Le Goût pour ce 41e devoir de Lakevio du Goût:

Je suis sûr que comme vous le soupçonnez à regarder cette toile de Sir John Lavery, le plus grand danger du golf reste le coup de « put »… Vous direz lundi ce que vous pensez de la partie qui se joue sur cette toile…

Première expérience

photo of teepee on a starry sky

– Il y a juste un truc qui me turlupine, fit-il en regardant la canadienne, comment je vais réussir à dormir dans ce genre de tipi.

Le pauvre n’était pas tranquille du tout à l’idée de faire du camping pour la première fois…

Par bonheur, sa première expérience a été une véritable révélation – oui, on peut caser un mètre quatre-vingt-dix dans un sac de couchage, non les voisins ne viennent pas regarder dans l’assiette, oui les sanitaires sont propres… etc.

Mais heureusement qu’ils n’étaient que deux – plus le chien – parce que la bagnole, pourtant d’un grand modèle, était pleine à craquer pour assurer à Monsieur le même confort au camping qu’à l’hôtel 🙂

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écrit pour la récolte 47 d’Olivia Billington – merci, Olivia! – avec les mots imposés suivants: tipi – révélation – turlupiner – tranquille – dormir.

Photo de Chait Goli sur Pexels.com

Premier avril

Zaterdag 28 maart

Taratata! dit le cyclotouriste, personne, dans les mesures du corona, n’a rien dit sur la distance qu’on pouvait parcourir, avec le vélo!

Ce n’est pas un poisson d’avril mais c’est une blague qui résume bien l’actualité belge – peut-être encore plus du côté de la Flandre, grande région de cyclotouristes, de coureurs cyclistes, et autres pratiquants de la petite reine s’autoproclamant « Flandrien » avec ce qu’il faut d’orgueil modeste 😉

En effet, ici toutes les courses ont été annulées – même ce monument de kermesse sportive qu’est le Tour des Flandres – et les membres des nombreux groupes de cyclotouristes sont obligés de rouler tout seuls.

Par bonheur pour eux, les ministres n’ont pas limité leur terrain de jeux à un kilomètre autour du domicile 😉

source de l’image ici.