Première ligne

En première place sur la liste-des-choses-à-faire-avant-de… (avant d’avoir 30 ans, disent les anciens élèves, mais pour ça il est bien trop tard ;-)) en première place, donc, l’Adrienne mettrait bien ce voyage mythique – en train, évidemment – qui l’emmènerait d’Ostende à Istanbul et pourquoi pas – puisqu’il s’agit de rêve, rêvons grand – jusqu’à Alep, Bagdad et Bassorah.

Vu que bien sûr, dans les rêves de l’Adrienne, la guerre n’existe plus.

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photo prise à l’expo Orient Express, au musée du train (Train World) à Schaarbeek.

l’affiche de la photo est visible vers la troisième minute 🙂

Premier de classe

– Quoi c’était un canular, peut-être, quand tu disais qu’on irait à Vladivostok avec le Transsibérien, tous les deux ? Ou tu te débines ?

Mais non, mais non ! C’est tout à fait sérieux ! La preuve : j’apprends le russe ! Oui, carrément !

Il montra un petit livre à la couverture rouge :

– Tu vois ? Je ne suis qu’à la lettre C, cabaret, cache-nez, cachot, cadavre

– C’est une blague ? A quoi ça va nous servir, des mots pareils ?

– Je les apprends, c’est tout ! Ça n’existe pas, des mots inutiles ! Moi ce que je veux, c’est être capable d’avoir des vraies conversations avec les gens qu’on rencontrera en route, que ce soit un lecteur des Frères Karamazov ou un caporal qui rentre à la caserne.

– Pfff… ce que je vois surtout, c’est que tu veux encore une fois être le premier de la classe ! Tu sais ce que j’en pense, c’est une vraie calamité d’être comme ça ! Moi quand je voyage, il me suffit de savoir commander una cerveza quand je suis en Espagne ou une vodka quand je serai en Russie. Point barre !

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merci à Joe Krapov pour ses consignes sur un thème russe:

Karamazov – Kalachnikov – Anna Karénine – calamité – cabaret – cabriolet – cache-cache – cache-nez – cachot – cadavre – cafardeux – vodka – caftan – calèche – calfeutrer – califourchon – camarade – canaille – canasson – canon – capitaine – canular – capharnaüm – caporal – capote – carabine – caravane – caricature – carnaval – carrément – casaque – caserne – casse-cou – casse-croûte – casse-noisette – cataplasme – catéchisme – cavalerie – caverne – caviar

Après il fallait remplacer tous les ca/ka par kalinka – vous pourrez en compter douze – mais je préfère la première version 😉

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Quoi c’était un kalinkanular, peut-être, quand tu disais qu’on irait à Vladivostok avec le Transsibérien, tous les deux ? Ou tu te débines ?

Mais non, mais non ! C’est tout à fait sérieux ! La preuve : j’apprends le russe ! Oui, kalinkarrément !

Il montra un petit livre à la couverture rouge :

– Tu vois ? Je ne suis qu’à la lettre C, kalinkabaret, kalinkache-nez, kalinkachot, kalinkadavre

– C’est une blague ? A quoi ça va nous servir, des mots pareils ?

– Je les apprends, c’est tout ! Ça n’existe pas, des mots inutiles ! Moi ce que je veux, c’est être kalinkapable d’avoir des vraies conversations avec les gens qu’on rencontrera en route, que ce soit un lecteur des Frères Kalinkaramazov ou un kalinkaporal qui rentre à la kalinkaserne.

– Pfff… ce que je vois surtout, c’est que tu veux encore une fois être le premier de la classe ! Tu sais ce que j’en pense, c’est une vraie kalinkalamité d’être comme ça ! Moi quand je voyage, il me suffit de savoir commander una cerveza quand je suis en Espagne ou une vodkalinka quand je serai en Russie. Point barre !

Première classe!

C’est sur les conseils de Monsieur Nuages que l’Adrienne, pour la première fois de sa vie, s’est offert un voyage en train en première classe.

L’argument principal en avait été qu’il y aurait beaucoup moins de monde et que ce serait donc plus sûr, rapport au covid en recrudescence.

Et bien, ça lui a vraiment coûté de gros efforts de s’accorder ce privilège: c’est dur de s’offrir un petit luxe sans culpabiliser!

Mais en voyant que le quai se remplissait drôlement, ce vendredi matin, elle s’est dit qu’elle avait eu raison d’écouter Monsieur Nuages.

Pour constater finalement que des tas de gens avaient apparemment eu la même idée: le wagon de première classe était bien rempli!

Jusqu’à l’arrivée du contrôleur, qui a tout de même dû renvoyer des personnes qui s’étaient « trompées » 😉

Au retour, c’était encore plus fort: après le passage du contrôleur, un plein wagon – sauf deux voyageurs – s’était « trompé ».

Bref, le seul train dans lequel personne ne se « trompait », c’est le tchouk-tchouk dans lequel normalement l’Adrienne a toujours la joyeuse compagnie offerte par le hasard d’une rencontre avec un-e ancien-ne élève… et qu’elle a donc manqué cette fois-ci 🙂

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Et tout ça pour quoi? Pour aller voir Lulu à la Monnaie 🙂

Première fois

Pour la première fois, hier matin, l’Adrienne a osé envoyer à sa voisine un message qui ressemble à une réclamation.

Pour lui signaler poliment que pendant la nuit, alors que leurs maîtres étaient de sortie, les chiens ont hurlé à la mort.
Jusqu’à trois heures du matin.

Devinez ce que la brave dame a répondu?

Qu’elle était désolée mais qu’elle n’y pouvait rien et que s’il y a du bruit chez elle, c’est parce qu’elle ne vit pas en ermite.

En ermite.
Kluizenaar, c’est le mot qu’elle a employé.

Et c’est sans doute pour le prouver que l’après-midi, pendant plus de deux heures, elle a mis le téléphone sur « pleine puissance et mains libres » pour qu’à côté, l’Adrienne puisse bien suivre la conversation sans avoir à en deviner la moitié 🙂

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Ce même jeudi c’était aussi la première fois que les parents du petit Léon ont eu un entretien avec ses professeurs et l’Adrienne est impatiente d’en avoir le compte-rendu!

N’est-ce pas que sa vie est trépidante 😉

Première fois

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

En vue d’un spectacle donné par deux clowns acrobates, cinquante balançoires avaient été accrochées aux poutres sur le terrain derrière l’académie de musique.

Inviter petit Léon à aller les voir, c’était de l’ordre de l’impossible, il avait déjà clairement fait comprendre, lors de la visite d’un cirque dans la ville, cet été, ce qu’il en pensait: « Moi, je déteste les clowns! » et chaque fois qu’il passait à côté de l’affiche, il donnait un grand coup de poing au clown Auguste sur la photo.

« Ils me font trop peur, les clowns, je les déteste! »

Bref, l’Adrienne n’a pas posé de questions, elle s’est juste dit que cette hargne devait être une conséquence des nombreux films-qui-font-peur qu’il regarde tard le soir avec sa maman. Ou avec son grand frère.

Vendredi, après avoir déposé et repris un livre à la bibliothèque, tous les deux, l’Adrienne lui dit:

– Et maintenant, on va passer par l’académie, voir si les balançoires sont encore là!
– Des balançoires? Moi je ne vais pas sur les balançoires! ça me fait trop peur!
– J’adore les balançoires, répond l’Adrienne, et il y a si longtemps que je n’ai plus pu en faire!

C’est vrai, les terrains de jeux pour enfants sont devenus tellement sécurisés, que les balançoires ont souvent dû céder la place à des choses qu’on ne risque pas d’attraper contre la tête.

– Je ne vais pas aller sur une balançoire! répète petit Léon.
– Tu feras comme tu voudras, mais moi, si elles sont encore là, j’y vais, c’est sûr!

Ô joie! elles y étaient encore, l’Adrienne s’est précipitée sur la première de la rangée, avec bonheur.

Un bonheur si contagieux que petit Léon a daigné s’y essayer, lui aussi.

Timidement, mais c’est un premier pas, n’est-ce pas.

Première fois

C’est la première fois que l’Adrienne a pris des vacances dans son pays, côté wallon.
Si on ne compte pas une paire de week-ends à Liège et des dizaines d’excursion d’un jour, depuis la plus petite enfance, comme des voyages scolaires à Dinant et dans les grottes de Han ou les sorties annuelles en famille organisées par le grand-père maternel et celles entre amis ou avec les collègues coordinatrices.
Ou la semaine de vacances au bord de la Semois, avec visite de Bouillon, grâce aux parents d’une copine de classe, à l’école primaire.

Bref, une vraie semaine de vacances en Wallonie, qui était prévue il y a trois ans, mais qui avait dû être annulée parce que c’était précisément la seule semaine où Monsieur Neveu était libre et qu’il ne voulait pas de vacances wallonnes.
Souvenez-vous: il préférait Berlin 😉

Et ça valait la peine d’attendre: l’Adrienne n’a vu que de belles choses 🙂

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photo prise le 30 juillet entre Houx et Anhée.

Première sortie

C’est par hasard, lors d’une première sortie estivale à Ostende, que l’Adrienne est tombée sur cette œuvre de Bart Jacobs, exposée dans l’étalage d’un salon de coiffure.

La photo n’en montre qu’un détail: sur chaque coquille Saint-Jacques est peint un des bateaux de pêche d’Ostende et le tout est disposé en forme de crabe.

Renseignement pris, il s’agit d’un projet d’expo avec parcours dans la ville, pour commémorer/relater un de ces nombreux drames de la mer: la disparition d’un bateau de pêcheurs en octobre 1949, alors qu’il était en route vers l’Islande.

Le O.304 Laermans, construit seulement l’année précédente, touche probablement une mine. On ne retrouve jamais aucune trace de l’épave ni des dix hommes à bord.

Le capitaine était un ancien résistant, revenu de déportation. Son timonier s’était mis au service des Britanniques pendant la guerre. Les matelots, des jeunes gens, de jeunes mariés, et deux gamins de 16 et 17 ans.

On comprend la phrase en exergue: « Het schoonste aan gaan varen, is thuis komen« , le plus beau, quand on prend la mer, c’est de rentrer chez soi.

Toujours première!

Photo de Tarikul Raana sur Pexels.com

L’aspirateur geignait, le tapis souffrait.

Madame de B*** décida qu’il fallait intervenir:

– Quelque chose vous tracasse, ma petite Cindy?

On aurait dit que Cindy n’attendait que ce signal pour déclencher le flot des confidences.

– Ah! fit-elle en se redressant – il lui était difficile de raconter les choses dans l’ordre et de passer l’aspirateur en même temps – Ah! ne m’en parlez pas! si vous saviez!

Derrière son masque, Mme de B*** sourit finement: elle savait qu’elle allait bientôt savoir.
Les démêlés de Matteo avec son institutrice. Jusqu’à présent, aucune n’avait satisfait aux exigences de Cindy.
Les démêlés de Matteo avec ses copains de classe. Pourquoi son fils était-il toujours la cible des railleries?
Les démêlés de Matteo avec d’autres enfants, pendant les récrés. Combien de papas, combien de mamans Cindy n’avait-elle pas déjà agressés verbalement pour défendre son fils contre celui qui avait voulu lui enfoncer un crayon dans l’œil ou celle qui lui avait fait un croc-en-jambe?

– Il y en a un, fit-elle, un grand, un gros, il a appelé Matteo binoclard. Alors je suis allée droit sur lui et je lui ai dit: Toi, fais attention, hein! parce que si je t’y reprends encore à te moquer de Matteo, je te tourne ton zizi comme ça – elle joignait le geste à la parole – et tu pourras aller le faire recoudre à l’hôpital!

Madame de B*** eut beaucoup de mal à réprimer son hilarité.
Sacrée Cindy!
Il ne fallait même pas se poser la question si elle arriverait à faire ce dont elle menaçait ce gamin: c’était évident qu’elle en était parfaitement capable.

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texte écrit en réponse à la question 15: Êtes-vous sûre d’y arriver?

Premiers contacts

Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.

Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:

– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.

Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin.
Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.

Autre province, même topo.
Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience.
Mais on avait compris.

Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:

– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?

La tête du pauvre homme!

Elle en rit encore 🙂

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texte inspiré par la consigne du défi du samedi où Walrus proposait le mot misogyne.

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la photo d’illustration vient d’une expo de l’université de Gand où la première étudiante a été inscrite en 1882.

Première confidence

De retour sur la grand-route à l’entrée du domaine, chacun avait regagné sa voiture et Jeanne avait retrouvé sa bicyclette.

– Quelqu’un vient vous prendre? demanda-t-elle à Mme de B***, qui ne montrait aucun signe d’inquiétude ni d’impatience.

– Ah! oui, au fait, il faut que j’appelle ma voisine!

Et elle sortit son portable pour rappeler la dame qui l’avait amenée là quelques heures plus tôt.

– Tout va bien, dit-elle, elle sera là dans quelques minutes. Mais ma chère Jeanne, ne vous croyez pas obligée de l’attendre avec moi, vous avez sûrement mille choses à faire et des gens à retrouver…

C’est à ce moment-là que Jeanne se décida enfin à faire une confidence qui lui brûlait les lèvres depuis le début:

– Vous savez que pendant plusieurs mois j’ai fait la route avec votre petit-fils, chaque samedi?
– Comment? Lequel? Racontez-moi ça!

Le visage de Mme de B*** en était tout réjoui.

– Oh! il y a plus de quatre ans, c’est quand j’étais en première année à l’université. Je ne rentrais que le samedi midi et un jour par hasard je me suis retrouvée sur le quai avec Guillaume. Alors, à partir de ce samedi-là, on a continué comme ça pendant quelques mois, à rentrer par le même train…

Comme elle s’arrêtait, Mme de B*** fit un « Et alors? » impatient.

– Et alors… un samedi il était en compagnie d’un ami et j’ai eu l’impression qu’il ne voulait pas me voir. Je les ai laissés tous les deux. Et on n’a plus jamais fait la route ensemble.

– Vous avez eu l’impression? Mais ma pauvre Jeanne, qu’avez-vous décidé sur base d’une impression? De ne plus jamais vous voir? Sans laisser à Guillaume l’occasion de s’expliquer? Et si vraiment il ne vous avait pas vue?

– Je sais, c’est très bête. Mais à l’époque j’étais tellement intimidée par lui. Quatre ans de plus, premier doctorat en médecine et moi qui n’avais encore rien « prouvé ». C’était vers Pâques, les examens s’annonçaient, je suppose que lui comme moi n’a plus pensé à rien d’autre.

– Non mais tout de même! fit Mme de B***, que cette histoire semblait énerver. Tout de même! Est-ce possible d’être aussi…

Elle retint le mot ‘gourde’ qu’elle allait sortir: sa voisine était arrivée et lui ouvrait la portière.

– En tout cas, fit-elle, nous n’allons pas en rester là. Je veux bien croire que vous n’aviez pas échangé vos numéros de téléphone, mais voici le mien, faites-moi le plaisir de m’envoyer un message, que nous puissions poursuivre cette conversation!

– Promis! fit Jeanne en glissant le petit carton dans sa poche.

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écrit pour L’atelier en questions d’Annick SB en réponse à la question 10: Qu’avez-vous décidé?

Photo d’étudiants prise à Bruxelles.