M comme Mohenjo Daro

Un tiers du territoire sous eau, le lieu de vie d’environ 33 millions de personnes détruit, dans un des pays les plus pauvres sur terre.

« Coup de gueule » du secrétaire-général de l’ONU qui accuse – à juste titre – la folie du monde: ce ne sont pas les gros pollueurs qui sont les premières victimes du réchauffement climatique.

Et comment réagit l’Unesco?

Elle pourrait retirer le site de Mohenjo Daro (source de la photo ci-dessus) de la prestigieuse liste du « Patrimoine mondial » vu que le pays ne réussit pas à fournir l’effort financier nécessaire pour le préserver des pluies ou des inondations…

Quand on pense qu’il faudrait au moins 10 milliards de dollars pour réparer et reconstruire les infrastructures endommagées ou détruites, une somme impossible à rassembler pour un pays comme le Pakistan. 

Et que la priorité devrait être de nourrir et d’abriter les plus de 33 millions de personnes victimes des inondations… dont certaines ont précisément trouvé refuge dans les ruines du site.

Bref, folie.

M comme Maria

Les deux sœurs étaient on ne peut plus différentes, de caractère comme d’aspect physique, pourtant bien souvent Maria disait:

– Il y avait quinze mois d’écart entre nous, mais nous étions comme des jumelles!

Et c’est vrai que sur les photos de la petite Ivonne, avec mari et enfants sur une plage de Knokke, il y avait généralement aussi Maria, devant ou derrière la caméra.

Maria, dont ils se moquaient gentiment dans les lettres qu’ils s’écrivaient dès qu’ils étaient séparés plus de deux jours: chaque fois qu’ils la nommaient, c’était pour annoncer qu’elle s’était encore disputée avec son fiancé et que cette fois c’était définitif!

Ceux qui l’aimaient disaient qu’elle avait du répondant, les autres qu’elle était impossible à vivre et qu’elle finirait vieille fille.

C’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé, puisque dix ans plus tard, quand la petite Ivonne est décédée, les beaux-frères du veuf ont mis tout leur poids dans la balance pour qu’il épouse la si différente « jumelle », la faisant passer ainsi du statut de tante à celui de maman.

– Tu ne peux pas continuer éternellement à confier tes enfants à l’une ou l’autre de tes belles-sœurs, argumentait un des frères aînés. Épouse Maria et tout est résolu!

Ce qui a fini par arriver, à la longue.

Sans enthousiasme ni passion, mais avec assez de sympathie mutuelle.

– J’ai tout de même posé mes conditions! disait Maria. Tout d’abord, faire disparaître toutes les photos et tous les souvenirs d’Ivonne!

C’est donc miracle si aujourd’hui l’Adrienne dispose de quelques lettres et de quelques clichés témoins de ce court bonheur.

***

Pour Maria, en ce jour de sa fête.

M comme Martin

Le 10 juillet 1640, à l’église Notre-Dame de la Chapelle, Catherine Pepersack, 20 ans, la fille d’un tapissier bruxellois, épouse un militaire espagnol, don Valeriano de Borja Le Bron.

C’est le 33e mariage hispano-belge contracté dans cette église en une quarantaine d’années, le premier ayant eu lieu le 20 juin 1599.

Quand Catherine meurt à 45 ans, ils ont douze enfants qui sont à l’origine d’une nombreuse descendance bruxelloise.

C’est ainsi que quatre générations plus tard on arrive au document ci-dessus, avec la magnifique signature de Martin Emanuel de Borja Le Bron le jour de son mariage avec une autre Catherine, qui appartient à la généalogie de l’Adrienne.

Et qui, bien que simple couturière, sait lire et écrire.
L’autre signataire est le grand-père maternel du marié, Jacques Van Vreckom.

Le document dit qu’ils sont mineurs: il a tout juste 22 ans, elle 21.

Huit ans plus tard elle sera veuve, avec un fils de quatre ans et une petite fille de trois mois. Tous deux atteindront l’âge adulte, se marieront, auront des enfants.

Une dernière occasion d’admirer la belle signature de Martin, sur l’acte de naissance de sa fille un matin d’avril, moins de trois mois avant sa mort.

à gauche la signature de Martin Emanuel et au milieu celle de son frère François Joseph Hyacinthe, moins artistique 😉

M comme magique

Magique, magique, il en faudra de la magie, si on veut résoudre tous les problèmes qui se posent sur cette planète et l’Adrienne aimerait bien – mais n’ose pas trop – être du côté de ceux qui croient que l’intelligence humaine et les nouveautés technologiques résoudront tout.

Sceptique, donc, ne serait-ce que parce qu’il nous faudrait d’abord « capturer » quelques astéroïdes pour en retirer tous les métaux dont nous avons de plus en plus besoin.
Même et surtout pour nos énergies dites « vertes ».

Bref, pour ceux que ça intéresse, une start-up bruxelloise a découvert un fil « magique« , un fil thermofusible permettant de faciliter le recyclage des vêtements.
Et une jeune Anversoise a trouvé un procédé pour fabriquer du faux cuir à base de mycélium. Donc sans avoir recours ni à l’animal ni à des dérivés du pétrole.

Allons enfants de la patrie, à l’horizon de 2030 le jour de gloire devrait arriver 😉

M comme Moerbeke

ça a quelque chose de complètement surréaliste d’entendre dire qu’un certain Willem Van Moerbeke a été évêque de Corinthe de 1276 à 1286.

Mais son plus grand mérite est d’avoir été un excellent traducteur du grec ancien, par exemple d’Aristote ou d’Archimède, au moment où on était obligé de passer par des traductions via le syriaque et l’arabe.

Mais de surréalisme, l’histoire ne manque pas: n’y a-t-il pas eu un Baudouin, comte de Flandre par sa mère et comte de Hainaut par son père, devenu empereur de Constantinople vers la même époque?

Bref, ceux qui croient que les voyages et les réseaux sociaux sont des inventions récentes, doivent lire des biographies du 13e siècle: notre Willem/Guillaume, né dans le comté de Flandre, n’a cessé de voyager entre la Grèce, l’Italie et la France, a correspondu avec l’intelligentsia de son temps et noué une longue amitié avec Thomas d’Aquin.

Jamais on ne comprendra pourquoi on a appelé le Moyen Age « the dark ages » 😉

M comme misogyne

L’Adrienne vient de recevoir quelques instructions concernant le voyage en Grèce et ce qui l’a un peu fâchée, c’est de lire que les femmes devront prévoir une jupe longue et un châle pour se couvrir le corps.

Entièrement.

Non, un pantalon ne suffit pas.

Et bien croyez-le ou pas, mais ça fait partie des choses qui l’énervent le plus et elle aimerait bien un jour prendre connaissance d’une religion qui ne considère pas la femme comme un être impur ou un suppôt de satan.

Elle a eu ce premier choc en 1990, dans une église roumaine, quand elle a voulu admirer l’iconostase.
Vivement retenue dans son élan par Violeta, l’amie roumaine: seuls les hommes ont le droit de s’approcher des icônes et du « sanctuaire ».
– Une femme, a-t-elle expliqué comme une chose tout à fait normale, est impure.

Bref, une burqa s’impose.

M comme Maître

Dans sa biographie de Pieter Bruegel l’Ancien, Leen Huet consacre une bonne vingtaine de pages à l’intéressant personnage de son maître, Pieter Coecke van Aelst – van Aelst, donc originaire d’Alost, en Flandre orientale – son maître et aussi son beau-père puisque Bruegel a épousé sa fille Mayken.

C’est un précédent billet consacré à cet ouvrage qui avait fait suggérer à Nicole 86 d’aller à Cassel, au Musée de Flandre.
C’est en effet dans ce musée qu’on peut voir l’œuvre ci-dessus, attribuée à Pieter Coecke van Aelst (1502-1550): une Sainte Trinité, huile sur bois.

Un personnage intéressant et un homme doué dans différents domaines artistiques – peinture, gravure, sculpture, architecture, tapisserie, vitraux – et aussi auteur et traducteur.

En plus du néerlandais et du français, il connaissait l’italien et a appris le turc lors de son séjour à Istanbul.
C’est l’époque de Süleyman Ier et ce voyage est une véritable gageure, vu que l’empire ottoman est à peu près constamment en guerre avec un ou plusieurs monarques occidentaux et s’étend jusqu’aux portes de Vienne.

De ce voyage il rapporte une série de dessins qui lui ont permis de réaliser des gravures sous le titre Mœurs et façons des Turcs. Elles sont d’une telle qualité et précision qu’elles ont pu servir de référence de l’état des lieux au 16e siècle pour des travaux d’archéologues contemporains.

Quand il revient de Constantinople, on est en 1534. Dix ans plus tard il quitte Anvers pour Bruxelles et c’est là que Pieter Bruegel rejoint son atelier.

Mais ça, c’est une autre histoire 🙂

M comme Märklin

– Tu devrais aller à Ostende, dit l’Adrienne à l’ami de toujours. Il y a une expo sur les trains miniatures.

Dès l’enfance, l’ami a collectionné les trains électriques de la marque allemande nommée dans le titre, et dans une grande pièce du second étage, dans la maison de ses parents, il avait réalisé un imposant circuit, avec tout le décor approprié, collines verdoyantes incluses, peintes à la gouache sur du papier brun.

– Ah oui, je devrais, a-t-il dit.

Évidemment, le dernier week-end de l’expo arrivait, et il n’avait toujours pas le temps.

Alors l’Adrienne est allée en reportage à sa place.

Un milieu uniquement masculin mais où elle a été très bien reçue, si si, par des messieurs qui avaient tous commencé comme l’ami, dès l’enfance, avec une première boîte offerte… par le papa.

Et elle qui n’y connaît RIEN a même été invitée en coulisse, pour y admirer comment tous ces trains qui se croisent étaient admirablement programmés 😉

***

Pour faire suite à l’expo, cette réalisation d’un artiste flamand qui sera bientôt visible sur certains trajets de la SNCB: c’est leur club qui a réalisé les décors miniaturisés.

Un peu comme sur la photo, prise à leur expo à Ostende le 12 février dernier.

M comme Mander

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source ici

En 1604, deux ans avant sa mort, Karel van Mander, natif de Meulebeke (1) publie pour la peinture flamande ce que Vasari avait fait cinquante ans avant pour l’italienne, de sorte qu’il est aujourd’hui encore une bonne source de renseignements sur les peintres de son temps.

Peintre et poète, il a écrit son œuvre en vers. Comme il y donne aussi des tas de conseils, il y a ce passage amusant où il s’adresse aux jeunes peintres flamands qui s’apprêtent à faire le voyage en Italie (2):

Want Room is de Stadt, daer voor ander plecken
Der Schilders reyse haer veel toe wil strecken,

Car Rome est la Ville, vers laquelle avant toute autre se dirige le voyage des peintres.

Il prévient donc la jeunesse, en s’appuyant sur Pétrarque, que malgré leurs airs polis et gentils, il faut se méfier des Italiens:

Cleyn Herberghen, quaet gheselschap wilt vlieden,
En laet over u niet veel ghelts bespieden,
En u verre reyse verberght oock stille,
Zijt eerlijck en beleeft, vry van gheschille,
[…].
Leert over al kennen des Volcx manieren,
Het goede naevolghen, en vlieden t’quade,
Reyset vroech uyt, en wilt oock vroech logieren,
En om mijden plaghen oft vuyle dieren,
De bedden en lakens slaet neerstich gade:
maer sonderlinghe onthoudt u ghestade
Door lichte Vrouwen worden veel verdorven.
Van lichte Vrouwen, want boven de zonden
Mocht ghy zijn u leven daer van gheschonden.
(3)

Évitez les petites auberges et les mauvaises fréquentations, ne montrez pas tout votre argent, cachez aussi votre destination lointaine, soyez honnête et poli, ne vous disputez pas […]. Apprenez partout les usages locaux, suivez les bons, évitez les mauvais, partez de bon matin et cherchez tôt un logis, et pour éviter les maladies ou la vermine, vérifiez soigneusement les lits et les draps; mais surtout évitez toujours les femmes de mauvaise vie, car en plus du péché elles pourraient vous donner une maladie mortelle.

Karel van Mander, Het Schilder-Boeck waer in voor eerst de leerlustighe Jeught den grondt der Edel Vry Schilderconst in verscheyden deelen wort voorghedraghen, (Le livre de la peinture dans lequel on propose pour la première fois, en différentes parties, à la jeunesse avide de connaissances les fondements du noble et libre art de la peinture), extraits des paragraphes 66, 69 et 70. Traductions de l’Adrienne.

Bref, vous l’aurez compris: l’Adrienne a des envies d’Italie 😉

***

(1) Meulebeke, c’est près de là où habite l’Adrienne. Dans les années 1580, van Mander a dû quitter définitivement son patelin à cause des guerres qui ravageaient la contrée, qui a toujours été le champ de bataille favori des Français, des Espagnols et cette fois-là aussi des Hollandais, sous prétexte de religion.

(2) Il sait de quoi il parle puisqu’il l’a fait lui-même, le voyage, à l’âge de 25 ans, ainsi qu’un séjour à Florence, Terni et Rome, de 1573 à 1577.

(3) ce qui diffère surtout, entre le néerlandais de 1604 et celui d’aujourd’hui, c’est l’orthographe, et ici ou là un mot tombé en désuétude, comme ici ‘vlieden‘ ou ‘gestade‘.

M comme matricule 5479

Il s’appelle Charles comme son père et fait partie des conscrits de 1808, arrivé « au corps« , à Strasbourg, comme le précise le registre dûment tenu et consultable ici, le 28 octobre 1807.

Né en octobre 1788, il a donc 19 ans.

De sa ville natale – celle de l’Adrienne – jusqu’à Strasbourg, il y a plus de 500 km. On imagine le triste cortège.

Il est journalier, cette sorte de pauvre hère qui ne peut envoyer un autre se faire tuer à sa place.
D’ailleurs, son frère aîné, François, né en 1782, a été appelé à servir « le premier consul » déjà en 1803. Lui, c’est le 21 frimaire de l’an 12, dit le registre toujours très précis, qu’il est arrivé « au corps« .

Quand Charles arrive à Strasbourg quatre ans après son aîné, le « premier consul » est déjà « empereur des Français », « roi d’Italie » et autres titres qui sont tellement plus beaux quand on se les sert à soi-même.

Et après? vous demandez-vous. Sont-ils rentrés chez eux, pleins d’usage et raison, vivre entre leurs parents le reste de leur âge?

Charles est mort à Pampelune à l’âge de vingt ans et dix jours, le 29 octobre 1808. (1)

Quant à François, le registre reste vague: « mort ou fait prisonnier ». Qu’importe, n’est-ce pas.

Bref, à part ces deux-là qui portent son nom de famille, l’Adrienne a déjà recensé deux cents jeunes gars nés dans sa petite ville (2) tous envoyés se faire tuer pour la gloire d’un type qu’on fête cette année.

***

(1) Mais ce n’est qu’un an plus tard, le 13 juillet 1809, qu’un « extrait mortuaire » a été adressé « au maire de sa commune ».
Il fallait beaucoup plus de temps à un bout de papier qu’à un homme pour aller de Pampelune à sa petite ville de Flandre.
Ou l’inverse.

(2) 200 gars envoyés au casse-pipe, sur une population qui vers 1800 ne comptait qu’environ 9400 habitants