M comme maillot

devoir de Lakvio du Goût_43.jpg

Elle a pris le premier train du matin. Avec de trop nombreux bagages pour trois jours de villégiature à la mer et aux pieds des chaussures dont elle sait pourtant qu’elles lui font mal.

Mais ce n’est pas à quarante ans qu’elle va abandonner son souci d’élégance. Voyez la savante coiffure crantée qui a coûté une grosse demi-heure d’efforts à sa coiffeuse, hier soir, et qui l’a empêchée de bien dormir cette nuit, de peur de l’abîmer!

Quand elle est arrivée à l’hôtel, elle était épuisée par le voyage. Deux correspondances. Deux lourdes valises. Et quelle idée de s’être chargée d’un volume si épais! Comme si elle pouvait en venir à bout en trois jours! Il doit bien peser un kilo, lui aussi. Deux mille cinq cent quatre-vint-dix-huit pages…

Enfilons vite ce maillot, se dit-elle, et allons à la plage.

Il ne fallait même pas ouvrir les valises: elle l’avait rangé dans une poche latérale.

Et pourtant…

Et pourtant, la plage, elle ne l’a pas vue.

Car au moment où elle était enfin prête, dans son maillot neuf, l’orage, un de ces gros orages d’été a éclaté.

Alors elle s’est affalée tristement sur le bord du lit… allait-elle rester là, à lire les Misérables, ou bousiller sa belle coiffure en sortant se baigner sous la pluie?

***

Texte écrit pour le 43e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, selon les consignes suivantes:

J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité. « Hotel Room » me le démontre et me pose la question : Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ? J’entrevois plusieurs cas. Et vous ? Qu’en aurez-vous dit lundi ?

Elle m’a fait penser à ces belles dames bien coiffées qui réussissent à nager en gardant la tête parfaitement au-dessus de l’eau et se mouillent à peine la nuque pour ne pas gâcher leur mise en plis 🙂

M comme maillot et M comme misérable(s) 😉

 

M comme De Moor

De toute la série « Le confinement vu par Johan De Moor« , il ne fallait pas rater cet exemplaire-ci 🙂

Pour bien le comprendre, il faut savoir qu’en Belgique les salons de coiffure n’ouvriront que le lundi 18 mai.

Ce qui fait que l’Adrienne a eu le temps de passer de la coupe courte à la coiffure au carré… et que chacun se débrouille comme il peut, y compris Tintin 🙂

A sa vitrine, la coiffeuse de l’Adrienne a placardé un texte dans lequel elle déclare qu’elle n’est pas du tout d’accord avec les décisions du gouvernement concernant les coiffeurs. Mais il est difficile d’en conclure si elle trouve les mesures trop sévères ou pas assez.

Probablement les deux à la fois 🙂

Pour voir les autres dessins de la série, c’est . Ils sont très réussis!

La source de l’image est ici.

Johan De Moor a réalisé la fresque ci-dessous qu’on peut voir à Bruxelles (Saint-Gilles, place Horta) et ici.

lombard 02

M comme maisons

 

Il y a des murs blancs, des boiseries, un mur vert.
Il y a des pièces avec de hauts plafonds et d’autres sous le toit en pente.
Il y a des chambres nues et d’autres pleines de livres.
Il y a des plantes d’appartement. Une grande, des petites.
Un vase avec des fleurs.
Une guitare posée contre un mur.
Une pile de disques.
Un lustre au-dessus de la tête.
Une photo de Man Ray chez un type qui n’est même pas violoncelliste.

« Attention! » titrait un article du 23 mars dernier, « vous partagez avec Zoom plus que ce que vous ne pensez. »

Et il ne s’agissait pas de plantes vertes 😉

M comme mystère(s)

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Une photo proposée à votre sagacité 🙂
Quel est cet objet mystère avec vue sur le ciel?

Et puis un autre mystère, bien plus mystérieux encore, c’est la question de savoir pourquoi les gens de nombreux pays – à commencer par l’Australie mais les USA et la Grande-Bretagne ont suivi – se sont rués sur le papier toilette, ont dévalisé les rayons des magasins et se sont même battus pour en remplir leur caddie…

Du papier WC, c’est vraiment la dernière chose à laquelle l’Adrienne aurait pensé, surtout que chez soi, on a au minimum un lavabo et donc tout le loisir de sortir bien propre d’une visite aux ‘cabinets’

La question a été posée au professeur Dimitrios Tsivrikos (University College London), un spécialiste du comportement. Il explique qu’en cas de stress, de panique, d’incertitude, dus au manque d’info et aux messages contradictoires véhiculés, on entre dans un cercle vicieux qui nous rend de plus en plus irrationnels.

On va alors essayer de reprendre le contrôle (ce qu’il appelle entrer en « survival modus ») en achetant de quoi tenir le coup au moins deux mois. On va au supermarché, on voit des rayons qui se vident – le personnel n’a pas le temps de réapprovisionner – on voit ce que les autres achètent, on voit les grands paquets de papier WC – grand volume, petit prix – ça a quelque chose de rassurant par sa taille et sa durée.

On en remplit son caddie.
Parce que c’est grand, rassurant et pas cher.
Et comme on est en mode irrationnel, on va jusqu’à se battre pour avoir le dernier.

M comme Mystère

Kevin Bacon en Tom Hanks.

A Mortsel, comme dans toutes nos villes, il y a un ‘kringwinkel‘, un de ces magasins où vous pouvez déposer vos objets qui ne vous servent plus et où ils seront remis en vente à des prix très modiques.

A Mortsel, donc, quelqu’un a déposé, parmi d’autres affaires, un album photo dans lequel on peut voir la même dame prenant fièrement la pose avec des tas de vedettes hollywoodiennes.
Environ deux cents photos, datées de 1992 à 1995.

Normalement les albums photos sont passés à la déchiqueteuse mais là on en a été fort intrigué, vu son contenu, on a cru à une erreur et on a mené sa petite enquête pour savoir qui était cette dame pour éventuellement le lui restituer, à elle ou a sa famille.
Et on l’a assez rapidement retrouvée.

Il s’agit d’une Belge aujourd’hui décédée, qui résidait à Los Angeles où de 1975 à 2010 elle a travaillé comme journaliste correspondante à Hollywood. Un travail qu’elle a continué à exercer jusqu’à un âge si avancé – 87 ans! – que finalement les journaux et magazines lui ont suggéré d’arrêter 😉

Le seul mystère non résolu est la question de savoir comment cet album – un des plus de vingt remplis de ce même genre de photos souvenirs avec des vedettes, et qui sont aujourd’hui en possession de sa fille qui vit elle aussi aux USA – est arrivé à Mortsel.

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source de la photo ici, où on peut en admirer des tas d’autres, Maria avec Kate Winslet, Michael Douglas, Jack Nicholson, Bruce Willis, Jack Lemmon, Sophia Loren, Jon Bon Jovi, Keanu Reeves etc.

toute l’info en détail ici.

M comme Mémé Jeanne

Mémé Jeanne, on le sait, n’aime pas les petites natures, les « trunten« , comme elle les appelle. Un mot qu’elle aime employer, comme substantif ou comme verbe à la forme impérative négative: « Niet trunten!« .

Pour Mémé Jeanne, on n’est jamais assez spartiate et c’est tout juste si le grand-père a droit à sa petite méridienne: elle aussi, que diable! travaille toute la journée, autant ou même plus que lui, et est-ce qu’on la voit se reposer? faire la causette? Non, il me semble!

Mémé Jeanne connaît le plaisir de la douleur: la surmonter, la dépasser, en faire fi.

La porter comme un étendard.

Ne venez surtout pas lui parler d’un bras cassé, de maux de ventre, d’un accouchement difficile: elle vous surclassera, de toute façon.

D’ailleurs, c’est bien simple, les césariennes ont été inventées pour les mauviettes, c’est bien connu, n’allons pas fignoler là-dessus. 

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écrit pour Olivia Billington, que je remercie, avec les mots imposés suivants: méridienne – césarienne – douleur – fignoler – causette – spartiate – plaisir.

M comme mystère…s

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Au début de l’année 1997, on constate le vol de ce tableau. Le musée italien où il est exposé est en travaux, chacun entre et sort à sa guise, l’alarme ne fonctionne pas.

Premier mystère: son encadrement est retrouvé sur le toit du musée, ce qui fait conclure la police que le vol a eu lieu par une ouverture, à l’aide d’un fil de pêche. Mais on constate que les ouvertures dans le toit sont trop étroites pour laisser passer le cadre. Que fait-il alors sur ce toit? Comment et pourquoi est-il arrivé là?

Deuxième mystère: on retrouve le tableau volé, croit-on, à Ventimiglia. Mais à l’expertise on se rend compte que c’est une (bonne) copie. On se demande alors pourquoi cette copie fait surface. Ou si le tableau volé, exposé au musée, était en réalité un faux.

Troisième mystère: fin 2019, donc 22 ans après le vol, on retrouve le tableau volé. Dans l’enceinte du musée. Emballé dans un sac poubelle de plastique noir. Dans une niche derrière une petite grille rouillée et cachée par du lierre.
Ce sont les ouvriers communaux qui trouvent ce sac, en taillant le lierre. Est-ce que ce tableau est resté là 22 ans? Il semble n’avoir pas du tout souffert. Si oui, pourquoi les voleurs l’ont-ils laissé à cet endroit? Si non, qui l’y a déposé, quand, pourquoi?

Si le tableau trouvé sous le lierre est le vrai, les rayons X le démontreront rapidement: Klimt l’a peint par-dessus un autre portrait, une jeune fille au chapeau, comme on peut le lire ici.

Bref, les responsables du musée promettent que l’oeuvre, après les nécessaires investigations et expertises, sera de nouveau visible en janvier: « Se è veramente il Klimt, a gennaio sarà esposto ».

Bon, on est en Italie. Ce sera en janvier, dit le conservateur, … ou en février 😉

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source de l’illustration ici – The Yorck Project (2002) 10.000 Meisterwerke der Malerei (DVD-ROM), DIRECTMEDIA Publishing GmbH. ISBN : 3936122202. Domaine public, wikimedia commons – Gustav Klimt, Portrait d’une dame, 1916-17.

Le site du musée ici.

M comme mange ta banane

Vous aurez sans doute aussi entendu parler de cette banane scotchée à un mur et vendue comme oeuvre d’art à 120 000 dollars?

Si j’ai bien compris l’article de dimanche dernier, il s’agirait même de trois bananes.
Les deux premières vendues chacune à 120 000 dollars et pour la troisième le prix a augmenté jusqu’à 175 000 dollars.
Bananes qu’on change à chaque fois, vu que les bananes, c’est un fruit, donc ça finit par pourrir. On vend le concept, paraît-il. Certificat d’authenticité à l’appui.

Stupeur et tremblements dans l’assistance médusée, à l’expo de Miami, un autre « artiste » l’a décollée du mur et mangée.

On appelle ça « une performance ».

Croyez-vous qu’elle était équitable?

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un article en français ici.

M comme Majorelle

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Des journaux de 2015 et 2016 nous apprennent qu’au moment des travaux prévus aux Galeries Lafayette du boulevard Haussman, on envisageait une renaissance complète de sa beauté art nouveau.

On voulait sans doute rebondir sur la vogue actuelle de l’art de la Belle Epoque.

Malheureusement, quand après l’expo Banksy il me restait juste le temps d’une petite visite impromptue à la belle coupole qu’on commençait à préparer pour les décors de Noël, on avait beau chercher: il n’y avait dans tout le magasin, juste à côté des boutiques chic aux mannequins squelettes, que ce bout d’escalier tronqué, ne donnant que sur du vide.

Alors l’Adrienne a pris des escaliers tout banals pour monter sur le toit et admirer Paris dans la grisaille de novembre.

Vous remarquerez ci-dessous l’arc vert anis et le drapeau tricolore du Grand Palais… ainsi que quelques personnes qui viennent juste se placer devant votre objectif au moment où vous déclenchez 🙂

2019-11-02 (41)

Ecrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: impromptu – anis – squelette – rebondir – renaissance – vide

M comme Mientras duermes

lakévio110
Mientras duermes
tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
¿Qué zona tuya la ha creado,
qué autónoma región del amor,
qué parte reservada del encuentro?
Mientras duermes
te conozco de nuevo.
Y quisiera irme contigo
al lugar donde nació esa caricia.
Roberto Juarroz (1925-1995), Poesía vertical
Terwijl je slaapt
Geeft je hand mij onverwacht een streling.
Welk deel van jou schiep ze,
Welk zelfstandig gebied van de liefde,
Welk voorbehouden ontmoetingsplekje?
Terwijl je slaapt
Maak ik opnieuw kennis met jou.
En ik zou met jou willen gaan
Naar de plaats waar deze streling ontstond.
(traduction de l’Adrienne)
Pendant que tu dors
Ta main me transmet inopinément une caresse.

Quelle part de toi l’a créée,
Quelle région autonome de l’amour,
Quel endroit réservé de la rencontre?
Pendant que tu dors
Je refais ta connaissance.
Et j’aimerais partir avec toi
Pour le lieu où est née cette caresse.
(traduction de l’Adrienne)
Merci à Colo chez qui vous trouverez une autre traduction française (par Roger Munier).
La photo vient d’une ancienne consigne de Lakévio.