N comme No Man’s Land

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Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)

N comme niksen

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Au rayon des gourous annonciateurs de bonheur, les mots d’ordre se suivent et se ressemblent.

Rappelez-vous: on nous a dit qu’il fallait prendre exemple sur les Danois et leur ‘hygge’. Sur les Suédois et leur ‘lagom’.

Ensuite, les Ecossais ont déclaré qu’ils avaient exactement la même chose en magasin, sauf que chez eux ça s’appelle ‘cosagach‘.

Remarquez en passant que tous ces mots d’ordre viennent du nord de l’Europe.

Ce qui nous amène logiquement en Flandre et aux Pays-Bas, qui connaissent eux aussi ce remède: le repos qui répare, c’est « niksen ».

Niksen, ça veut dire ne rien faire.

Les chats connaissent ça depuis toujours et n’ont pas eu besoin de Time magazine pour le leur apprendre 🙂

***

écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés: rien, repos, tout, rayon, réparer et annonciateur.

Et merci à Cici (prononcer TchiTchi) pour l’illustration 🙂

N comme n’en jetez plus

N’en jetez plus, la cour est pleine, disait le père de l’Adrienne chaque fois qu’il y avait le moindre compliment dans l’air.
Qu’aurait-il dit, pense l’Adrienne en nettoyant sa boite à SPAM, comme chaque jour à la façon du petit Prince débarrassant sa planète des envahissantes pousses de baobabs, qu’aurait-il dit en lisant ce commentaire signé Ignited Labs G Force Review:

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Heureusement, l’Adrienne a lu la Fontaine et sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute 🙂

Mais que ne vont pas inventer, de nos jours, les démarcheurs pour casinos en ligne ou les vendeurs de pilules pour la soif… de virilité!

N comme nuit blanche à l’hôtel de la courte paille

L'univers Courtepaille

– Comment! Malheureux! tu ne sais donc pas que c’est absolument interdit! Es-tu bête à ce point? C’est complètement interdit! Il faut vraiment être débile ou extrêmement faible d’esprit pour ne pas être au courant que ça nuit gravement. C’est honteux, irrémédiablement honteux! Etre jeune n’excuse pas d’être un kéké. Loin de là!

L’index majestueusement accusateur, le doigt noueux obstinément pointé vers moi, il poursuivait sa diatribe.

– Quelques-unes ne feront pas la différence, dis-tu? Et tu trouves raisonnable de proférer un truc aussi stupide? un argument tellement usé, vieux comme le monde? Va donc te rincer la bouche dans les waters et reviens quand tu auras les idées claires!

Alors je l’ai planté là, hésitant un moment entre une rasade de xérès ou un quart d’heure de yoga pour retrouver un peu de zénitude.

Je n’avais vraiment pas envie de passer une autre nuit blanche pour délit d’usage de pailles…

***

consignes chez Joe Krapov, que je remercie: Voici quarante titres proposés par Hubert Haddad à la page 245 de son « Nouveau magasin d’écriture » :

Le corbeau sentimental – Ultimes confidences d’un Dom Juan de basse-cour – Le chat qui se promenait dans un rêve – La transparence des loups – Le marionnettiste ficelé – Le manège noir – Et voilà les parents de Dieu – Le chirurgien des ombres – Le paysan photographe – Paysage à la pointe de diamant – Meurtre sous une ombrelle – Les trois vies de l’apprenti vieil homme – Le charbonnier, le nègre et la pleine lune – Le sculpteur de larmes – L’énigme du somnambule ou les rendez-vous de la bohémienne – L’inconnu de chaque instant – L’abîme derrière la porte – Narcisse et le crâne – Déjeuner de Newton avec un pendu – Le bourreau amoureux – Crime en deux nuits et une messe – Monsieur chez les femmes – D’Œdipe à Daisy – La statue de pluie – Le pêcheur de corail qui plongeait au fond des mers pour raconter sa vie à la sirène aux yeux d’oubli – Le roseau funèbre – Des rats dans les Dolomites – Flânerie de l’apocalypse – Le voleur sans nom poursuivi par son ombre – L’infini quelquefois – L’industriel et ses amulettes – L’assassin et son double – Nuit blanche à l’hôtel de la Courte paille – Le grenier de l’amnésique – Chronique de la canicule – Un hiver à Pékin – Tancrède ou l’Art d’aimer – Le singe et la prisonnière – L’accordeur de cigales – La véritable histoire de Dieu 

 Vous choisissez un titre dans cette liste. Puis vous listez 26 mots qui vous serviront à écrire votre histoire : chaque mot commence par une lettre différente de l’alphabet (anacoluthe – bachi-bouzouk – cornichon – dinosaure etc.)

26 mots choisis à l’aide de mon petit Robert et de Cobra le Cynique, en privilégiant les adjectifs et adverbes, autant que possible: absolument – bête- complètement – débile – extrêmement – faible – gravement – honteux – irrémédiablement – jeune – kéké – loin – majestueusement – noueux – obstinément – pointé – raisonnable – stupide – tellement – usé – vieux – water – xérès – yoga – zénitude – les photos viennent du site de Courte Paille

Si possible, vous insérez les 26 mots dans l’ordre alphabétique au sein de votre texte.

N comme Nestor

Deux mille six cent vingt-quatre ans. C’est l’âge d’un cyprès qui pousse avec quelques frères et cousins dans un parc naturel de Caroline du Nord. 

N’est-ce pas magnifique, se dit l’Adrienne en sirotant son café du matin.

Mais le titre de son journal l’a d’abord induite en erreur: « één van de oudste bomen ter wereld », lit-elle, un des arbres les plus anciens. Pas le plus ancien. Pas Mathusalem. Un Nestor, donc.

La palme, si l’on peut employer ici cette expression, revient à un épicéa suédois d’environ huit mille ans.

Pourvu que les tronçonneuses leur prêtent vie… Et que les scientifiques arrêtent de prélever jusqu’au cœur de l’arbre ces baguettes leur permettant de s’amuser à des datations et autres frivolités.

Un peu de respect, que diable!

article en français ici.

N comme Ne te raconte pas d’histoires!

close up of heart shape

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« , voilà comment elle voyait sa vie de femme, dès ce jour merveilleux où son mariage serait célébré.

Elle le savait bien, pourtant, que la vie n’était pas comme dans les contes. Elle n’avait pas cette illusion: il lui suffisait d’observer la famille, la fratrie, les mères harassées, les soucis divers des uns et des autres et la mésentente conjugale légendaire de deux ou trois mégères du voisinage.

Pourquoi alors espérait-elle que son propre chemin serait tapissé de fleurs? Que sa propre histoire serait plus fertile en événements heureux que malheureux?

« On ne sait jamais si on a misé sur le bon cheval », disait sa grand-mère. « On ne le sait que quand tout est consommé. »

Mais au lieu d’écouter la sage grand-mère, elle a préféré croire son utopie.

***

écrit pour les Petits cahiers d’Emilie avec les mots imposés suivants: MERVEILLEUX  – CONSOMMER – MARIAGE – SOUCI – FLEUR – MÉGÈRE – FRATRIE – UTOPIE – HARASSÉ – HISTOIRE – FERTILE – ILLUSION – CÉLÉBRER – CONTE – CENSURE

Comme on pouvait laisser tomber un mot, je n’ai pas utilisé CENSURE.

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