N comme noir

C’est Concetta qui en avait fait la remarque, dès le deuxième jour:

– Je vois, dit-elle au guide, qu’en Grèce les femmes « d’un certain âge » portent le noir, comme dans la Sicile de mon enfance…

On avait senti les guillemets quand elle avait précisé « d’un certain âge », vu que le gros de la troupe avait plus de 65 ans. Mais personne n’avait relevé, pas même Jef.

– C’est vrai, a répondu le jeune homme. Quand une femme devient veuve, il arrive encore souvent qu’elle porte le deuil jusqu’à la fin de sa vie. Et pas seulement dans les villages retirés!

C’est tout pensif qu’il a ajouté:

– Je n’ai pas connu ma grand-mère autrement que vêtue de noir. Et elle était veuve à 45 ans.

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Merci à Monsieur le Goût pour son 123e devoir de Lakevio du Goût: « À quoi pense donc ce jeune homme si bien cerné par Aldo Balding ? »

N comme noix

Comme tout le monde, à l’école primaire l’Adrienne avait appris où se situait « le grenier à blé » de l’Europe mais ces derniers jours on peut lire par-ci par-là que ce grenier à blé a bien d’autres choses à offrir.

Oui continuons à en parler au présent.

Les fabricants de biscuits et les brasseurs craignent un manque de miel, l’agro-alimentaire est en manque d’huile de tournesol, la liste s’allonge quotidiennement.

Un petit tour sur wikisaitout apprend ceci, que sans doute nombre d’entre vous savaient déjà:

En 2018, l’Ukraine :

  • C’était le cinquième producteur mondial de maïs (35,8 millions de tonnes), face aux États-Unis, à la Chine, au Brésil et à l’Argentine ;
  • C’était le huitième producteur de blé (24,6 millions de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de pomme de terre (22,5 millions de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le premier producteur mondial de tournesol (14,1 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de betterave à sucre (13,9 millions de tonnes), qui est utilisée pour produire sucre et éthanol ;
  • C’était le septième producteur mondial de orge (7,3 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de colza (2,7 millions de tonnes) ;
  • C’était le 13e producteur mondial de tomates (2,3 millions de tonnes) ;
  • Était le cinquième producteur mondial de chou (1,6 million de tonnes), face à la Chine, à l’Inde, à la Corée du Sud et à la Russie ;
  • C’était le 11e producteur de pomme (1,4 million de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de citrouille (1,3 million de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le sixième producteur mondial de concombre (985 000 tonnes) ;
  • C’était le cinquième producteur mondial de carotte (841 000 tonnes), face à la Chine, à l’Ouzbékistan, aux États-Unis et à la Russie ;
  • C’était le quatrième producteur mondial de pois séchés (775 000 tonnes), seulement dépassé par le Canada, la Russie et la Chine ;
  • C’était le septième producteur mondial de seigle (393 000 tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de sarrasin (137 000 tonnes), seulement dépassé par la Chine et la Russie ;
  • C’était le sixième producteur mondial de noix (127 000 tonnes) ;
  • Produit 4,4 millions de tonnes de soja ;
  • Produit 883 000 tonnes de oignon ;
  • Produit 467 000 tonnes de raisin ;
  • Produit 418 000 tonnes de avoine ;
  • Produit 396 000 tonnes de pastèque ;
  • Produit 300 000 tonnes de cerise.

L’Adrienne a évidemment surtout été interpellée par ces tonnes de noix, parce que les noix, ça pousse sur des arbres, et qu’il est plus facile de réensemencer une terre pour qu’elle produise du blé, de l’orge, des tournesols… que de replanter des noyers et d’attendre vingt ans qu’ils offrent leur production.

On ne peut pas mieux dire que Prévert, quelle connerie, la guerre.

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photo souvenir de l’été dernier et des excellentes fraises de Wépion

Pour ceux que ces questions agricoles intéressent, deux articles sur RFI ici (1e partie) et ici (2e partie), une analyse qui date de 2019.

N comme notes

Chimamanda et notre Amélie ont un point commun, en plus d’être femmes et auteurs: elles ont perdu leur papa en pleine pandémie, n’ont pas pu être présentes aux derniers instants et ont écrit un livre sur cette immense perte.

Chez notre Amélie, c’est un beau livre hommage qui raconte l’enfance et la jeunesse de son père, Premier sang.

Chez Chimamanda, c’est un livre sur le chagrin de la perte, Notes on grief (source de la photo et info ici), Notes sur le chagrin (en traduction chez Gallimard, premières pages à lire ici)

Un petit livre – une bonne demi-heure de lecture – dans lequel tous ceux qui ont perdu quelqu’un d’essentiel se reconnaîtront, de bout en bout.

N comme non

Le parfum des fleurs la nuit

La première règle quand on veut écrire un roman, c’est de dire non. Non, je ne viendrai pas boire un verre. Non, je ne peux pas garder mon neveu malade. Non, je ne suis pas disponible pour déjeuner, pour une interview, une promenade, une séance de cinéma. Il faut dire non si souvent que les propositions finissent par se raréfier, que le téléphone ne sonne plus et qu’on en vient à regretter de ne recevoir par mail que des publicités. Dire non et passer pour misanthrope, arrogant, maladivement solitaire. Ériger autour de soi un mur de refus contre lequel toutes les sollicitations viendront se fracasser. C’est ce que m’avait dit mon éditeur quand j’ai commencé à écrire des romans. C’est ce que je lisais dans tous les essais sur la littérature, de Roth à Stevenson, en passant par Hemingway qui le résumait d’une manière simple et triviale: « Les plus grands ennemis d’un écrivain sont le téléphone et les visiteurs. » Il ajoutait que de toute façon, une fois la discipline acquise, une fois la littérature devenue le centre, le cœur, l’unique horizon d’une vie, la solitude s’imposait. « Les amis meurent ou ils disparaissent, lassés peut-être par nos refus. »

Leïla Slimani, Le parfum des fleurs la nuit, éd. Stock, collection Ma nuit au musée, 2021, p.11-12 (incipit)

Bref, elle sait qu’il faut dire non si elle veut continuer à travailler sur le roman en cours, mais elle dit oui à la proposition de son éditrice: aller passer une nuit à Venise, enfermée au musée de la Punta della Dogana.

Un très bon livre 🙂

Lire un extrait ici.

N comme nonante

Photo de Joonas sur Pexels.com

– C’est bien au numéro 90 que tu habites? demande l’Adrienne à l’amie qui fête son anniversaire ces jours-ci.

Évidemment, vous commencez à la connaître, elle lui pose la question APRES avoir posté la carte de vœux.

***

– Quel orgueil! On dirait bien que tu en es fière! dirait sa mère si elle lui racontait cette anecdote.

Et l’Adrienne qui croyait que l’autodérision est une forme d’humour 🙂

N comme nienek!

C’était un grand type dans le genre Omar Sy qui parlait bien fort à cause des deux ou trois mètres de distance qu’il respectait envers le vieux petit monsieur à longue barbe grise.

Il parlait français, au grand étonnement de l’Adrienne.

Dès qu’il s’est éloigné, elle s’est tournée vers le bonhomme et lui a demandé:

Versta je Frans? (1)
Bah nienek! a-t-il répondu dans son néerlandais patoisant, démontrant que même s’il n’était pas originaire de cette ville, il était de pas trop loin, vu qu’il accole un pronom à ses réponses en oui ou non (2).

Non, il ne comprend pas le français:

– Je fais semblant, ajoute-t-il, rigolard.

Et l’Adrienne ne sait pas qui il trompe le plus avec cette blague, elle ou Omar Sy.

Quelques maisons plus loin, Omar Sy attend qu’on lui ouvre une porte où il a sonné.
– Alors? fait-il, il comprend le français?
– Il me dit que non…
– Moi je suis sûr qu’il comprend!

Bref, il a de l’humour, le bonhomme 😉

***

(1) Tu comprends le français?

(2) on accole le pronom sujet par élision (ik, het) ou apocope (tous les autres) à « ja » (oui) et « neen » (non) – le phénomène est illustré dans la vidéo ci-dessous pour le « ja » en ouest-flamand.

N comme nudge

Que dans les supermarchés, on mette autour des caisses tout un assortiment de bonbons à portée de mains des grands et des petits, ce n’est pas neuf, et c’est déjà du « nudging« , sauf que ça s’appelait tout simplement marketing. Pousser à l’achat.

Ces derniers mois, l’Adrienne a souvent rencontré le mot « nudge » dans un sens qui lui semble trop positif pour être honnête: il s’agirait d’influencer gentiment le comportement des gens pour qu’ils fassent les « bons choix ».

En matière de nutrition, par exemple: tous ces « nutri-scores » et ces autres infos apparues ces dernières années sur les emballages alimentaires devraient inciter le consommateur à privilégier ce qui est bon pour sa santé.

Bref, nos supermarchés prennent des petits airs paternalistes, genre « je sais ce qui est bon pour toi et je vais t’aider à y arriver ».

Petits coups de pouce ou manipulation?

Oh! la vilaine pensée!

D’ailleurs, les bonbons n’ont pas quitté les alentours des caisses 😉

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Pour ceux que ça intéresse, il y a aussi ceci, avec une vidéo de 17 minutes et sa transcription en français.

N comme No Nature

Aménagement du territoire

Natagora et WWF Belgique font bloc avec Inter-Environnement Wallonie pour envoyer ce message aux responsables politiques, basé sur trois piliers: il faut cesser le bétonnage du territoire, restaurer la forêt et les zones humides et aider l’agriculteur qui respecte la biodiversité.

On ne peut qu’y adhérer même si on se lasse parfois de l’entendre – oui, même l’Adrienne, celle qui triait avant tout le monde, jardine écologiquement depuis ses débuts et fait depuis toujours tous ces autres trucs à la mode aujourd’hui, à commencer par économiser l’eau et l’énergie.

Alors elle se dit que si elle – qui est si motivée – se lasse d’entendre ces discours, ce doit être pire encore pour les autres.

– Encore! s’est-elle exclamée hier quand E*** lui a montré le sujet de son cours de géo en ce mois de septembre.

Vous l’avez deviné: c’est la catastrophe de la forêt amazonienne. Comme l’an dernier.

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L’info, la pétition et la source de la photo d’illustration sont ici.

N comme noir

94ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Gout_94.jpg

Sidonie se savait observée: sans doute le Baron voulait-il s’assurer que c’était bien elle, cette veuve en noir.

C’était en effet sa première sortie.
Mais il n’était pas question d’accorder de l’attention au Baron, elle était venue dans un but précis et s’y tiendrait.

Ainsi en avait-il toujours été, au cours de sa vie, et avec un succès plus que satisfaisant.
Il était temps maintenant de passer à l’étape ultime.

Être duchesse de Duras ne lui suffisait pas: elle lorgnait des moustaches princières, là, dans la première loge.
Car bien que ruiné, le prince poursuivait tant bien que mal son train de vie d’avant-guerre.

Et c’est là qu’elle allait pouvoir intervenir.
Sidonie sourit finement: tout était en place.

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Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Elle fait une drôle de tête, cette dame peinte par Mary Cassatt. Quelle idée semble la préoccuper? La scène? Les spectateurs? À vous de le dire.