N comme Nestor

Deux mille six cent vingt-quatre ans. C’est l’âge d’un cyprès qui pousse avec quelques frères et cousins dans un parc naturel de Caroline du Nord. 

N’est-ce pas magnifique, se dit l’Adrienne en sirotant son café du matin.

Mais le titre de son journal l’a d’abord induite en erreur: « één van de oudste bomen ter wereld », lit-elle, un des arbres les plus anciens. Pas le plus ancien. Pas Mathusalem. Un Nestor, donc.

La palme, si l’on peut employer ici cette expression, revient à un épicéa suédois d’environ huit mille ans.

Pourvu que les tronçonneuses leur prêtent vie… Et que les scientifiques arrêtent de prélever jusqu’au cœur de l’arbre ces baguettes leur permettant de s’amuser à des datations et autres frivolités.

Un peu de respect, que diable!

article en français ici.

N comme Ne te raconte pas d’histoires!

close up of heart shape

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« , voilà comment elle voyait sa vie de femme, dès ce jour merveilleux où son mariage serait célébré.

Elle le savait bien, pourtant, que la vie n’était pas comme dans les contes. Elle n’avait pas cette illusion: il lui suffisait d’observer la famille, la fratrie, les mères harassées, les soucis divers des uns et des autres et la mésentente conjugale légendaire de deux ou trois mégères du voisinage.

Pourquoi alors espérait-elle que son propre chemin serait tapissé de fleurs? Que sa propre histoire serait plus fertile en événements heureux que malheureux?

« On ne sait jamais si on a misé sur le bon cheval », disait sa grand-mère. « On ne le sait que quand tout est consommé. »

Mais au lieu d’écouter la sage grand-mère, elle a préféré croire son utopie.

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écrit pour les Petits cahiers d’Emilie avec les mots imposés suivants: MERVEILLEUX  – CONSOMMER – MARIAGE – SOUCI – FLEUR – MÉGÈRE – FRATRIE – UTOPIE – HARASSÉ – HISTOIRE – FERTILE – ILLUSION – CÉLÉBRER – CONTE – CENSURE

Comme on pouvait laisser tomber un mot, je n’ai pas utilisé CENSURE.

Photo de freestocks.org sur Pexels.com

N comme non

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Comment avaient-ils fait pour se retrouver, Marie n’en a pas la moindre idée. Un jour Atuahene a réapparu dans la vie de Muanza, comme le génie du livre. Atuahene et son grand corps fait pour lézarder sur une plage africaine ensoleillée en grattant une guitare. Atuahene et la merveilleuse élasticité de tous ses mouvements, son grand rire apaisant, son extrême maigreur et ses larges chemises d’un blanc éblouissant.

Marie ne comprend pas pourquoi ça a été tellement moins dur pour lui, d’acquérir le statut de réfugié. Quel est le problème pour Muanza? quel argument manque dans son dossier, pourtant déjà si volumineux qu’on pourrait en remplir une malle? à qui s’adresser quand on a déjà tout essayé et pris sa plus belle plume pour écrire jusqu’au ministre en personne?

Oh oui, il a répondu, le ministre: une feuille tout imprégnée de regrets de comédie et de considérations distinguées: Muanza doit quitter la Belgique.

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Merci à Emilie pour la reprise des Plumes d’Asphodèle. Les mots imposés étaient LÉZARDER – DUR – LIVRE – S’IMPRÉGNER – CORPS – ÉLASTICITÉ – ENSOLEILLÉ – APAISER – PLUME – GUITARE – MANQUE – MOINS – MALLE

La photo n’a aucun rapport avec Muanza ni avec Atuahene qui ne parlent ni l’arabe ni le français et juste un peu de néerlandais. Mais qui sont excellents en twi et en anglais 🙂

N comme nature

 

2019-01-03 (12)

C’est la nature qui a le dernier mot, disent tous les Islandais à qui on parle, qu’il s’agisse d’éruptions volcaniques ou d’aurores boréales.

Bien sûr, c’est évident.

Mais il est dans la nature de l’homme de suivre la sienne 😉

Ainsi, après avoir été maintes fois avertis du danger de la puissance des vagues de l’Atlantique à Reynisfjara, certains tiennent quand même à se faire peur ou à défier les éléments, et reviennent mouillés de leur promenade en bord de mer. Encore heureux qu’ils en reviennent, riant et s’ébrouant. D’autres ont été emportés.

Ainsi, nombreux sont ceux qui, où que l’on soit, ne voient le pays qu’au travers de leur smartphone. Leur temps se passe à prendre des photos, les regarder, les trier, en jeter, en envoyer sur les réseaux sociaux. La jeune fille à côté de moi dans le bus y a passé toute sa journée.

Ainsi, deux petits enfants sur cette plage de sable noir, font ce que font tous les enfants en vacances à la plage, ils construisent un château et tracent des fossés, des routes. En n’utilisant que leurs deux mains qu’ils finissent par sortir de leurs moufles – blanches, à l’origine 😉  – malgré le froid. 

N comme naturellement!

Cioccolata-calda

Chaque année, la carissima nipotina interrompt son régime alimentaire strictement ‘no carb’ quand elle passe une semaine en Italie où elle se régale de pizza bianca et de cioccolata calda, ce fameux chocolat chaud italien si épais et onctueux que la cuiller y tient debout.

Il n’y a que cette pauvre naïve Adrienne – et sa carissima nipotina – qui croyait que si la cuiller tient debout dans le chocolat chaud italien, c’est parce qu’on y met plus de chocolat.

Beaucoup de chocolat 😉

Grosse désillusion donc, un soir de la mi-décembre, en découvrant que cette magie provient d’un troisième et insoupçonné ingrédient: la farine.

Beaucoup de farine, autant de farine que de sucre… 

La photo d’illustration et la recette (1) viennent du blog de Naturalmente Stefy, qui les a elle-même reprises de la jeune femme ci-dessous (ou en tout cas repris la recette et ses proportions, mais sans la cannelle): 

Dans les commentaires sous la vidéo, on peut lire que d’autres utilisent la fécule de pommes de terre, la maïzena ou la fécule de riz pour donner sa consistance à la cioccolata calda.

Reste la question existentielle: faut-il dévoiler cette triste réalité à la nipotina ou la laisser flotter sur son nuage chocolaté?

(1) 225 gr de farine complète, 225 gr de sucre de canne et 150 gr de poudre de cacao amer, bien mélanger et mettre 2 cuillers de ce mélange par tasse de lait. Faire bouillir le lait, bien touiller et c’est prêt!

 

N comme nondidjou!

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C’était mercredi soir. Le téléphone sonne. L’Adrienne décroche, se disant que c’est probablement sa mère.

– Bonsoir, c’est Iris, pour un travail de fin d’année j’aimerais vous poser quelques questions.

A ce moment-là, bien sûr, l’Adrienne redevient Madame et coopère avec la gentille étudiante.

– J’aimerais savoir dans quoi vous trouvez la consolation en cas de deuil…  

Voilà un bien curieux hasard, se dit l’Adrienne, qui se trouve précisément à la veille d’un enterrement. Qui pense tout de suite à F***, dont depuis dix ans rien ne la console. A ses grands-parents. A son père. 

Bref, la fine mouche à l’autre bout du fil a tôt fait de mener la conversation sur les chemins du Seigneur…

– Ce n’est pas pour un travail de fin d’études, lui dit l’Adrienne un peu fâchée de s’être fait avoir pendant cinq bonnes minutes, c’est pour me convertir que vous m’appelez!

– Oui, répond la prénommée Iris, qui ne peut tout de même pas mentir jusqu’au bout.

Sa religion devrait en tout cas le lui interdire.