N comme nature

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Après avoir pataugé dans la partie basse et marécageuse, le petit groupe grimpait vers le soleil couchant, le guide marchant en tête avec les deux hommes en tenue de combattant des forêts, Jeanne et Mme de B*** en queue de peloton.

Ses petites chaussures en daim gris avaient bien souffert mais Jeanne n’osait pas lui en faire la remarque.
D’ailleurs, Mme de B*** était clairement très au-dessus de ces contingences et bavardait gaiement.

ça me revient tout à coup, s’exclama-t-elle, mercredi dernier j’ai vu votre papa qui sortait de la justice de paix!
– Ah! oui! ce sera encore pour cette histoire avec les voisins…

Comme Jeanne n’en disait pas plus, Mme de B*** s’arrêta au prétexte de reprendre son souffle dans la montée:

– Dites-moi… c’est grave?
– Grave ou pas, c’est un point de vue. Les voisins sont en train de construire une grande extension à leur villa alors qu’ils n’ont qu’un permis de bâtir un garage.
– Je vois! fit Mme de B***, qui ne voyait rien du tout, en réalité, puisqu’elle savait à peine où habitaient les parents de Jeanne.

***

écrit pour la question 7 de l’atelier aux questions d’Annick SB: Dites-moi, c’est grave ou pas?

Les 6 épisodes précédents: suivre le tag feuilleton.

N comme nature et forêts

Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com

Comme l’événement était organisé par Nature et forêts, le guide les a d’abord entraînés vers une petite clairière où ils pourraient se mettre en cercle pour l’écouter expliquer les lois et décrets régionaux, nationaux et européens concernant la protection de la faune et de la flore.

Aucun des participants ne semblait être l’heureux propriétaire d’une parcelle boisée, les tenants et aboutissants de ces réglementations leur passaient complètement au-dessus de la tête, mais ils faisaient poliment semblant d’écouter, en se dandinant de plus en plus d’une jambe sur l’autre à mesure que les minutes s’écoulaient et que le guide tournait page après page d’un épais dossier plein de dates, de schémas, de listes, de statistiques et de diagrammes.

La seule qui ne se dandinait pas, c’était évidemment Madame de B***, bien campée sur ses deux jambes et sa paire de béquilles.

Au moment où le guide reprend son souffle et tourne une énième page, elle se tourne vers la jeune femme blonde et dit bien fort:

– Vous croyez qu’on va finir par la faire, cette promenade? Vous croyez que ça va être possible?

***

écrit pour la question 4 de l’atelier d’Annick SB: « Vous croyez que ça va être possible? » – Merci Annick SB.

N comme novlangue

Cotutelle internationale de thèse à l'Université Paris 13

La première fois que l’Adrienne a rencontré le mot ‘cotutelle‘ elle a dû le relire…

Kèske sèksa?

Mais voilà, il semble tout à fait entré dans les mœurs universitaires, depuis que beaucoup d’étudiants mais aussi de doctorants suivent une partie de leur cursus à l’étranger.

Ainsi, « On appelle thèse en cotutelle l’organisation, la supervision et l’évaluation conjointes d’un doctorat, par deux universités partenaires. Grâce à la cotutelle, vous bénéficiez d’un encadrement scientifique plus large et plus riche, ainsi que d’une expérience internationale lorsque l’université partenaire est située à l’étranger. Les cotutelles favorisent et stimulent la coopération scientifique entre chercheurs (…) »
(source ULB)

Rien qu’à voir les modalités administratives, l’Adrienne est contente que cette coupe lui soit passée sous le nez 😉

N comme Nancy

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Nancy avait voulu savoir comment on disait ‘un bel homme’ en arabe.

Bien sûr, ça avait mis la puce à l’oreille des autres participants, surtout que juste avant, elle s’était fait répéter deux ou trois fois comment bien prononcer ‘un pain gris’.

– Nancy a clairement un projet! a déclaré Frank.
– Mais non, mais non, a dit Nancy sans grande conviction. Je vais juste tester mon arabe chez mon boulanger!

Au cours suivant, Frank a évidemment voulu savoir si le test avait été concluant.
Le ‘bel homme’ avait-il compris?

– Je n’ai pas de chance, a répondu Nancy. Il ne parle pas l’arabe.

Elle n’avait pas remarqué qu’il était Turc 🙂

N comme Non mais franchement!

Lydia Delectorskaya, dans l’atelier de Matisse, vers 1935. 

Non mais franchement, Patron!
C’est n’importe quoi!
D’abord, je ne suis pas blonde!
Et puis ces oreilles en feuille de chou?
Franchement, Patron!
Elles ne sont même pas pareilles toutes les deux!
C’est comme ça que vous me voyez?
Et ce renflement sur la joue, là?
Vous voulez suggérer quoi?
Que je pose la bouche pleine?
En plus vous avez mis la dédicace…
Les gens vont vraiment penser que j’ai cette tête-là!
Patron!
A part la raie au milieu, il n’y a vraiment rien de ressemblant!
Quoi! Ça vous fait rire?

***

Pour ceux que le destin de la belle Lydia intéresse, c’est ici.

Merci à Monsieur le Goût pour ce 57ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_57 .jpg

Le regard de cette Lydia Délectorskaya m’interpelle, comme on dit chez les psys. À moins que ce ne soit sa chevelure ou son teint ou son « col Claudine »… Cette Lydia qui resta une vingtaine d’années devant le regard de Matisse vous inspire-t-elle ? Lundi j’en saurai sans doute plus sur ce que vous en pensez, si vous en avez tiré une histoire ou si elle vous a simplement rappelé quelque chose ou quelqu’un.

N comme naturel, naturelle

– C’est votre couleur naturelle? demande Ali.

Puis il repose sa question en pointant l’index en direction de l’avant-bras de Thérèse.

– Bien sûr! dit-elle.

Et elle ajoute, en faisant un signe vers l’Adrienne:

– Ma mère est aussi blanche qu’elle, puisqu’elle est Portugaise.

Pourtant, Thérèse se considère Congolaise. Quand elle dit « chez nous », c’est du Congo qu’elle parle.

– Mais vous-même, dit-elle à Ali, vous n’êtes pas très noir non plus.

– Nous en Somalie on est moins noirs que dans d’autres pays africains, dit-il.

C’est ainsi que l’Adrienne, chaque mardi avant-midi, s’étonne, se marre et apprend plein de choses avec son babbelgroep 🙂

N comme nettoyage

Depuis le confinement on dirait que l’Adrienne s’énerve plus facilement – en tout cas sur fb où ces derniers mois elle « nettoie » de temps en temps des gens qui tiennent des propos lui déplaisant.

Elle a commencé par une ou deux personnes affichant des sympathies à droite de la droite, imbéciles heureux d’être nés quelque part mais niant à d’autres le droit d’y vivre.

Puis elle a zigouillé un ancien élève trumpiste – elle pourrait lui pardonner cette sympathie, tout le monde peut se trumper, mais pas son acharnement à vouloir prouver qu’il est le meilleur président au monde.

Et ces derniers jours elle a une furieuse envie de liquider l’ancienne collègue qui met entre cinq et dix articles en ligne chaque jour pour tenter de démontrer à quel point les experts ont tout faux dans leur façon de gérer la pandémie. 

Voilà: fb sert à souhaiter les anniversaires, à féliciter pour les mariages, les naissances, l’achat d’une maison, une réussite scolaire, un nouveau boulot, la communion de la petite… et pour le reste, il y a les journaux 😉

N comme nature, nature!

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

À travers les allées rompues sous la vigne vierge qui tend vers nous ses avides crochets, je l’emmène jusqu’au jardin d’en bas, terrasse chaude, étroit jardin de curé où je soigne mes fleurs communes, phlox que le soleil violace, aconits dont le bleu se délaie, soucis ronds et vermeils comme des mandarines, beaux œillets d’Inde en velours marron et jaune comme des frelons, nichés au petit fer, serrés dans leur calice qui éclate… Le long de l’espalier, un rideau de rosiers défend le pied des pêchers et des abricotiers et je caresse des yeux, en passant, les abricots déjà mûrs, chair lisse que le soleil rehausse de grains de beauté noirs.

Colette, La retraite sentimentale, titre qui clôt la série des Claudine, p.150 – d’autres larges extraits à lire ici. – source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici.

Colette est toujours au mieux de sa forme quand elle parle de nature, de jardins, de fleurs, de fruits ou d’animaux 🙂