N comme Non, rien de rien

Non, rien de rien – ou presque rien – n’est resté le long de la digue d’Ostende, de tous ces hôtels privés ou pour touristes, principalement à cause des nombreux bombardements en 40-45.

Cet hôtel-ci, par exemple, était au départ l’hôtel particulier que le consul du Brésil s’était fait construire en 1879, la grande époque de dom Pedro II.

Par la suite, comme on peut le voir sur la photo, il est devenu hôtel de tourisme mais les cariatides révèlent le lien du bâtiment avec le Brésil.

Celles du rez-de-chaussée ont survécu aux bombes et aux démolitions et sont exposées près de l’ancien château d’eau.

Où on peut les découvrir en sortant du Bosje, comme le 11 novembre dernier 🙂

Pour les photos historiques d’Ostende, source ici

N comme NOUS

Pendant un an, jour pour jour, la ville lui a offert ce local, un de ces petits commerces fermés « pour cause de fermeture », comme disait le père de l’Adrienne.

Chaque jour il y tenait porte ouverte, rencontrait les passants, écoutait leur histoire, leurs rêves, dessinait, peignait.

Certaines de ces rencontres se retrouvent dans la longue fresque qu’il a peinte sur des bandes de papier: la sympathique Myriam, la pétillante Barbara, les amies congolaises de Keta…
Fantastic women‘ a-t-il écrit au-dessus de leur petit groupe souriant, et il a bien raison.
Elles sont fantastiques.

Il a aussi porté un regard amusé sur notre folklore, celui dont nous sommes si fiers et que nous perpétuons depuis le Moyen Age.
Qui a survécu à toutes les invasions et à tous les interdits, survécu aux interdits espagnols de la Contre-Réforme, survécu aux interdits autrichiens du « Keizer Koster« , survécu aux interdits français de la « révolution » et à toutes les guerres.

Nous sommes cette petite ville, la plus pauvre de cette riche Flandre, et la plus décriée.

Mais nous savons que c’est dans le délabrement qu’on apprécie le plus la beauté.

Écrit pour l’Agenda ironique d’octobre sur le thème de la beauté.

La consigne demandait d’inventer un proverbe, j’ai inventé que « c’est dans le délabrement qu’on apprécie le plus la beauté ».

Beauté de l’art et de la solidarité.

N comme Natacha

Une jeune photographe belge, Natacha de Mahieu, démontre par une série de photos à quel point certains lieux sont devenus les victimes d’un « surtourisme » dû principalement à la mode de « l’instagrammable« 

Le but de sa série de photos est de rendre visible cette surconsommation des lieux et c’est assez réussi, comme on peut le voir dans la vidéo ici.

La photo d’illustration de ce billet, prise en Cappadoce, est de Natacha de Mahieu et vient du site de France Culture.

Pour ceux que les manipulations instagram par les influenceurs/-euses intéressent, voir ici.

N comme Nicolas

Dès que Madame a découvert Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny, elle a été fan inconditionnelle, comme le savent tous ses élèves.

TOUS. 🙂

Ces savoureuses petites histoires offrent toujours deux niveaux de lecture: celui de l’enfance racontée avec « naïveté » et celui de l’adulte que les auteurs critiquent – avec une ironie légère et une très juste observation de leurs inconséquences, petites lâchetés, petites manies et grandes contradictions.

Bref, une fan.

Ce qui fait qu’elle a un jour fait le déplacement à Paris pour voir une expo Sempé, ce qui lui a permis de connaître d’autres aspects du talent de ce dessinateur.

Il n’a malheureusement pas la vie éternelle.
Pas plus que le regretté Goscinny.

Reste leur œuvre.

Et ça, c’est bien.

N comme nitrite

Sur une des étagères de la cuisine, l’Adrienne a un petit pot contenant une poudre blanche (oui, riez :-)), cadeau de beau-papa, ainsi que ses recettes de charcuterie artisanale.

C’est grâce à lui qu’elle sait que sans cette poudre magique, le jambon cuit ne serait pas rose, mais grisâtre.

– Mais attention! disait-il. Il faut en utiliser le moins possible!

Sur le feuillet de la recette il a écrit: « 60 gram salpeter voor 10 liter water » comme grand maximum.
Utiliser le pèse-lettres ou la petite balance de pharmacien.

Ce qui signifie que lui aussi, qui avait officié dans la boucherie héritée de son propre père déjà avant guerre, savait que ce n’était « pas bon pour la santé« .
Qu’il en fallait juste un peu pour l’aspect et surtout pour la conservation.

Rien d’étonnant donc à ce que la discussion fasse rage ces dernières décennies sur le lien entre nitrates, nitrites et certains cancers.

Alors en apprenant que la France allait interdire ces produits, l’Adrienne a évidemment pensé à beau-papa.

Malheureusement le même jour, sans y prendre garde, elle a acheté de la bresaola – plus de quinze ans qu’elle n’en avait plus mangé! – et que voit-elle dans la liste des ingrédients?

Exactement: E 250 et E 252 🙂

N comme néerlanglish

– Pendant le confinement, commence la conférencière, j’en ai profité pour apprendre le néerlandais.

Admiration et applaudissements, bien entendu, chez tous ceux qui sont présents à l’événement.

C’est d’autant plus réjouissant et remarquable que la presse venait de publier cette semaine-là des articles sur les raisons pour lesquelles les jeunes belges francophones « refusent » d’apprendre le néerlandais.
Tous les clichés passent alors en revue, trop difficile, pas utile, c’est mieux l’anglais etc.

Bref, la musicologue américaine avait profité du confinement pour apprendre le néerlandais.

– Je vais donc m’adresser à vous dans cette langue et je remercie monsieur Untel qui a bien voulu corriger mon texte.

Malheureusement, monsieur Untel n’avait pas vérifié sa prononciation et il fallait s’accrocher pour filtrer le néerlandais dans sa prononciation anglaise, ce qui était un exercice assez épuisant, à la longue.

Mais sans doute surtout épuisant pour la conférencière, alors on va continuer de l’admirer pour ses efforts 😉

N comme noir

C’est Concetta qui en avait fait la remarque, dès le deuxième jour:

– Je vois, dit-elle au guide, qu’en Grèce les femmes « d’un certain âge » portent le noir, comme dans la Sicile de mon enfance…

On avait senti les guillemets quand elle avait précisé « d’un certain âge », vu que le gros de la troupe avait plus de 65 ans. Mais personne n’avait relevé, pas même Jef.

– C’est vrai, a répondu le jeune homme. Quand une femme devient veuve, il arrive encore souvent qu’elle porte le deuil jusqu’à la fin de sa vie. Et pas seulement dans les villages retirés!

C’est tout pensif qu’il a ajouté:

– Je n’ai pas connu ma grand-mère autrement que vêtue de noir. Et elle était veuve à 45 ans.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 123e devoir de Lakevio du Goût: « À quoi pense donc ce jeune homme si bien cerné par Aldo Balding ? »

N comme noix

Comme tout le monde, à l’école primaire l’Adrienne avait appris où se situait « le grenier à blé » de l’Europe mais ces derniers jours on peut lire par-ci par-là que ce grenier à blé a bien d’autres choses à offrir.

Oui continuons à en parler au présent.

Les fabricants de biscuits et les brasseurs craignent un manque de miel, l’agro-alimentaire est en manque d’huile de tournesol, la liste s’allonge quotidiennement.

Un petit tour sur wikisaitout apprend ceci, que sans doute nombre d’entre vous savaient déjà:

En 2018, l’Ukraine :

  • C’était le cinquième producteur mondial de maïs (35,8 millions de tonnes), face aux États-Unis, à la Chine, au Brésil et à l’Argentine ;
  • C’était le huitième producteur de blé (24,6 millions de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de pomme de terre (22,5 millions de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le premier producteur mondial de tournesol (14,1 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de betterave à sucre (13,9 millions de tonnes), qui est utilisée pour produire sucre et éthanol ;
  • C’était le septième producteur mondial de orge (7,3 millions de tonnes) ;
  • C’était le septième producteur mondial de colza (2,7 millions de tonnes) ;
  • C’était le 13e producteur mondial de tomates (2,3 millions de tonnes) ;
  • Était le cinquième producteur mondial de chou (1,6 million de tonnes), face à la Chine, à l’Inde, à la Corée du Sud et à la Russie ;
  • C’était le 11e producteur de pomme (1,4 million de tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de citrouille (1,3 million de tonnes), dépassé seulement par la Chine et l’Inde ;
  • C’était le sixième producteur mondial de concombre (985 000 tonnes) ;
  • C’était le cinquième producteur mondial de carotte (841 000 tonnes), face à la Chine, à l’Ouzbékistan, aux États-Unis et à la Russie ;
  • C’était le quatrième producteur mondial de pois séchés (775 000 tonnes), seulement dépassé par le Canada, la Russie et la Chine ;
  • C’était le septième producteur mondial de seigle (393 000 tonnes) ;
  • C’était le troisième producteur mondial de sarrasin (137 000 tonnes), seulement dépassé par la Chine et la Russie ;
  • C’était le sixième producteur mondial de noix (127 000 tonnes) ;
  • Produit 4,4 millions de tonnes de soja ;
  • Produit 883 000 tonnes de oignon ;
  • Produit 467 000 tonnes de raisin ;
  • Produit 418 000 tonnes de avoine ;
  • Produit 396 000 tonnes de pastèque ;
  • Produit 300 000 tonnes de cerise.

L’Adrienne a évidemment surtout été interpellée par ces tonnes de noix, parce que les noix, ça pousse sur des arbres, et qu’il est plus facile de réensemencer une terre pour qu’elle produise du blé, de l’orge, des tournesols… que de replanter des noyers et d’attendre vingt ans qu’ils offrent leur production.

On ne peut pas mieux dire que Prévert, quelle connerie, la guerre.

***

photo souvenir de l’été dernier et des excellentes fraises de Wépion

Pour ceux que ces questions agricoles intéressent, deux articles sur RFI ici (1e partie) et ici (2e partie), une analyse qui date de 2019.

N comme notes

Chimamanda et notre Amélie ont un point commun, en plus d’être femmes et auteurs: elles ont perdu leur papa en pleine pandémie, n’ont pas pu être présentes aux derniers instants et ont écrit un livre sur cette immense perte.

Chez notre Amélie, c’est un beau livre hommage qui raconte l’enfance et la jeunesse de son père, Premier sang.

Chez Chimamanda, c’est un livre sur le chagrin de la perte, Notes on grief (source de la photo et info ici), Notes sur le chagrin (en traduction chez Gallimard, premières pages à lire ici)

Un petit livre – une bonne demi-heure de lecture – dans lequel tous ceux qui ont perdu quelqu’un d’essentiel se reconnaîtront, de bout en bout.

N comme non

Le parfum des fleurs la nuit

La première règle quand on veut écrire un roman, c’est de dire non. Non, je ne viendrai pas boire un verre. Non, je ne peux pas garder mon neveu malade. Non, je ne suis pas disponible pour déjeuner, pour une interview, une promenade, une séance de cinéma. Il faut dire non si souvent que les propositions finissent par se raréfier, que le téléphone ne sonne plus et qu’on en vient à regretter de ne recevoir par mail que des publicités. Dire non et passer pour misanthrope, arrogant, maladivement solitaire. Ériger autour de soi un mur de refus contre lequel toutes les sollicitations viendront se fracasser. C’est ce que m’avait dit mon éditeur quand j’ai commencé à écrire des romans. C’est ce que je lisais dans tous les essais sur la littérature, de Roth à Stevenson, en passant par Hemingway qui le résumait d’une manière simple et triviale: « Les plus grands ennemis d’un écrivain sont le téléphone et les visiteurs. » Il ajoutait que de toute façon, une fois la discipline acquise, une fois la littérature devenue le centre, le cœur, l’unique horizon d’une vie, la solitude s’imposait. « Les amis meurent ou ils disparaissent, lassés peut-être par nos refus. »

Leïla Slimani, Le parfum des fleurs la nuit, éd. Stock, collection Ma nuit au musée, 2021, p.11-12 (incipit)

Bref, elle sait qu’il faut dire non si elle veut continuer à travailler sur le roman en cours, mais elle dit oui à la proposition de son éditrice: aller passer une nuit à Venise, enfermée au musée de la Punta della Dogana.

Un très bon livre 🙂

Lire un extrait ici.